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A la recherche de Gollum

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 4: Le commencement
(par Kévin, ajouté le 29/11/04 12:29)


Menelya, 9 Nárië T.A. 3009
ou mercredi 11 juin de l’an 3009 du Troisième Âge



Je terminai mon repas frugal : quelques fruits des bois frais, accompagnés d'un peu de pain et d'eau fraîche pour me désaltérer. Puis je pris quelques instants afin de me reposer. L'air était frais et humide, et le soleil était à son zénith. Aucun nuage, aussi faible soit-il, ne venait déranger la course frénétique des rayons du soleil, envahissant de lumière le paysage montagneux qui m'entourait. De hauts et grands monts encapuchonnés par un manteau blanc s'élevaient de la carapace de la terre et offraient un relief splendide à ce merveilleux paysage. Au loin, au nord, émergeaient de la mer de pics le Celebdil et le Fanuidhol, qui paraissaient dominer tous les autres. Je décidai alors de ranger mes affaires, repris ma route, et empruntai à nouveau l'Escalier des Rigoles Sombres. C'était un escalier raide, glissant et qui paraissait interminable. Il suivait la pente de la montagne le long d'un chemin sinueux, parsemé d'embûches et de lacets, et permettait de traverser les Monts Brumeux dans toute leur largeur, en évitant ainsi de passer outre la chaîne de montagnes, longue d'environ six cents milles, ou de passer en dessous. Tout le long de cet escalier pouvait se faire entendre le doux et paisible son de l'écoulement du Cours d'Argent, rivière qui alimentait le profond lac du Kheled-Zâram, avant de se jeter dans le Grand Fleuve de l'Anduin. Je mis deux heures à atteindre le Lac du Miroir, dont les eaux sombres m'empêchaient d'en voir le fond, en dépit de sa surface étonnamment calme. Néanmoins, le vent frais descendait des cols recouverts de neige éternelle et venait chatouiller le gazon touffu, encore humide de la rosée du matin. Au loin, à une trentaine de milles environ devant moi, après une petite série de courbes régulières, le Cours d'Argent disparaissait dans une épaisse forêt, au-dessus de laquelle s'élevait une étrange et brillante lumière, telle un deuxième astre lumineux. La faune et la flore aux environs de la Nimrodel et du Cours d'Argent était on ne peut plus accueillante : le gazouillis des merles et des criquets, superposé à celui de la rivière qui coulait aux abords du sentier irrégulier, était d'une harmonie qu'aucun autre lieu de la Terre du Milieu ne pouvait rivaliser. Puis, ce sentier disparut subitement, et laissa place à une vaste étendue d'herbe. Je me tournai alors vers la lointaine forêt et continuai ma route, en suivant la petite vallée creusée par le Cours d'Argent. A ma gauche, une formation rocheuse s'élevait, telle une île abandonnée au beau milieu de la Haute Mer, et un petit lac s'y était formé suite aux nombreuses pluies diluviennes de Víressë.
Le jour faiblissait au fur et à mesure, et le soleil se préparait à disparaître à l'horizon, derrière l'Anduin et la Forêt Noire. Quelques faibles nuages, à peine visibles, venaient troubler la toile bleu claire du ciel, et l'on pouvait apercevoir vers le nord un orage menaçant. En effet, en direction du col de Caradhras, voisin de Fanuidhol et de Celebdil, la couleur bleue du firmament était petit à petit dévorée par une teinte un peu plus sombre, de couleur grise. Je décidai alors de trouver un endroit pour me reposer avant d'arriver à ma prochaine destination, la forêt à l'est. Je choisis un petit bosquet isolé qui me permettrait de passer la nuit à l'abri, vu les intempéries qui se préparaient. Le soleil finit sa longue descente deux courtes heures plus tard, après que je me fus restauré et désaltéré, et l'obscurité tomba. Les nuages chargés avaient fini par me rattraper, et quelques gouttes solitaires tombaient ça et là. Soudain, au-dessus des lointains Monts Brumeux, plus loin même que le Caradhras, un vif éclair jaillit de la couche épaisse de nuages et fendit l'air tel un fouet. La lumière produite se répandit dans les nuages alentour, qui s'éclairèrent un très court instant, puis s'assombrirent de nouveau. Quelques secondes s'écoulèrent, dans le noir et le silence total, quand un faible grondement se fit entendre, ressemblant à un roulement de tambour. Il se fit de plus en plus bruyant, puis s'estompa aussi rapidement qu'il était apparu. Les gouttes vinrent de plus en plus nombreuses, et bientôt, le petit abri que formaient les feuilles du bosquet retint de moins en moins d'eau. Un nouvel éclair apparut, beaucoup plus proche de moi cette fois-ci, comme le montrait le temps que mit le grondement du tonnerre pour venir à mes oreilles, plus bruyant que le précédent, mais moins que ceux qui allaient suivre. En effet, lorsqu'une vingtaine de minutes plus tard, l'orage passa juste au-dessus de ma tête pour atteindre son apogée, un éclair apparut, aussitôt suivi, non pas d'un roulement, mais d'un claquement sec et aigu, qui faillit me percer les tympans. Puis, l'orage s'éloigna, les grondements et la pluie se dissipèrent, et le silence retomba. Les gros nuages disparurent lentement, dégageant le ciel et permettant aux rayons blancs de la lune d'éclairer faiblement les collines. A un stade avancé de la nuit, le temps s'éclaircit, les nuages s'écartèrent et quelques points lumineux apparurent sur la voûte noire du ciel. Quelques éclairs désormais silencieux pouvaient encore être aperçus sur la lointaine ligne d'horizon du sud, mais ne venaient plus déranger le calme qui était tombé sur la vaste plaine sombre. Je restais assis encore quelques minutes, avant de me résoudre à me coucher et à reprendre des forces pour le dernier jour de voyage.

Il faisait nuit, et pourtant, je savais que le soleil était levé.
L'obscurité régnait, imperturbable, souveraine, et semblait demeurer ici pour toujours.
Le silence était pesant, et j'avais l'impression qu'il n'y aurait plus aucun être vivant sur la Terre du Milieu.
Puis, soudain, un ronflement presque imperceptible, comme un grognement intérieur, brisa ce silence.
Je me levai pour tâcher de voir où il se trouvait.
Je sortis du buisson, sec comme un arbre mort, et me dirigeai vers le son.
Plusieurs dizaines de mètres passèrent et pourtant, ce bruit gardait la même intensité, comme s'il devait rester à une certaine distance de moi.
Puis, j'arrivai à la limite d'un marais : un marais désolé, silencieux, et lugubre.
- Sacquet ! Sacquet ! Sale petit voleur ! Il nous a volé mon Précieux !
La voix de l'individu en question était rauque, presque desséchée, et sans aucune bienveillance.
Tout en continuant à chercher, j'essayai de me remémorer où j'avais entendu le nom de Sacquet, qui ne m'était pas inconnu.
Et au détour de hautes fougères placées là, je le trouvai, agenouillé au bord du marais, en train de contempler son reflet et de lui parler.
De temps à autre, il émettait de petits sons, comme des crachats, tout en disant :
- Gollum ! Gollum !
Puis, au moment où je me préparais à l'attraper, il se transforma brusquement en un immense oeil sans paupières, et rouge de flammes.
Cet oeil me fixait, durement, et me fit plier du regard.
Au moment où je baissai les yeux, il prononça quelques mots dans la langue du Mordor :
- Ash nazg durbatuluk, ash nazg gimbatul, ash nazg thrakatuluk agh bruzum-ishi krimpatul...
J'avais l'impression que ces mots avaient erré pendant des milliers d'années avant de parvenir à mes oreilles.
Effrayé, j'essayai en vain de me boucher les oreilles, car mes mains ne m'étaient d'aucun secours face à ce puissant Maiar.
La seule aide qui me vint fut un aveuglant éclair blanc, suivi d'un voile de même couleur, qui enveloppa l'oeil de feu.
Bientôt, il devint totalement blanc, puis se rétrécit, jusqu'à devenir une boule éblouissante de la largeur la paume de ma main, et disparut.
Et à sa place se tenait debout un vieil homme, tout de blanc...
...mais non...
...ce ne pouvait pas être...
...Olorín !
Puis un nouvel éclair m'aveugla, et tout disparut ...

Le jour s'était de nouveau levé. Toute trace des intempéries de la veille avait disparu. Je venais de me réveiller, et me trouvais assis, essoufflé, comme si je venais de courir une distance de dix milles d'un trait. Qu'était ce rêve ? A quoi correspondait-il ? Je passai un long moment à me poser des questions à propos de ce rêve.
Puis je repris mes esprits et commençai à m'organiser : la journée était bien chargée et je devais partir dès maintenant. Je changeai mes habits, à présent trempés de la veille, pris des vêtements secs et rassemblai mes affaires. Après un petit-déjeuner revitalisant, je me remis en route. Je commençai tout d'abord par chercher le ruisseau du Cours d'Argent, que j'avais quitté la veille, et qui devait me mener directement à mon but. Je le trouvai sans grande difficulté, puis le suivis. A une dizaine de milles de la forêt, ce ruisseau accomplissait une brusque courbe vers le nord, pour ensuite reprendre sa course normale et rattraper le sud et la Nimrodel. Une heure plus tard environ, j'arrivai à la lisière de la forêt, silencieuse et déserte d'apparence, mais en fait gardée par d'innombrables patrouilles elfiques : je me trouvais dans le Naith, bois immense entourant le coeur de la Lothlórien, Caras Galadhon. Je pénétrai alors dans la forêt, marchant désormais d'un pas un peu plus lent, afin d'essayer de trouver un sentier praticable. Ce fut rapidement chose faite, et je fus obligé d'abandonner le ruisseau qui m'avait guidé jusqu'ici à partir des Escaliers des Rigoles Sombres. Le son de l'écoulement se faisait moins fort au fur et à mesure que je m'enfonçai dans les bois. Je finis par ne plus l'entendre du tout, et le seul bruit qui m'environnait était celui du vent naissant dans les Monts Brumeux et venant secouer harmonieusement les feuilles et les branches du Naith. Tout à coup, j'eus le pressentiment que l'on m'observait. Je m'arrêtai alors, tranquille, à côté d'un chêne millénaire, au tronc sculpté d'une multitude de fissures et de rainures, sifflai un air que j'avais appris lors de mon enfance dans la Maison d'Elrond et attendis. Quelques secondes passèrent, quand le même air fut sifflé par un elfe perché au sommet de l'arbre. Silence de nouveau. Puis une voix m'interpella dans son langage originel :
- Maë Govannen, Dúnadan !
Je regardai les branches hautes de l'arbre, toujours vides ; mais je reconnaissais tout de même la personne qui m'avait adressé la parole. Je souris alors, puis parlai dans le vide à mon interlocuteur invisible :
- Bonjour, Haldir ! J'ignorais que vous connaissiez le chant d'Elrond par ici ! Je pensais que vous m'auriez répondu autrement, mais je me trompais.
La voix dans les airs me répondit. Mais cette fois-ci, elle se déplaçait. Je restai debout à côté du chêne, attendant un signe éventuel de Haldir :
- L'un de mes amis a récemment eu l'occasion de se rendre dans la Dernière Maison Elfique à l'Ouest et d'apprendre ce chant, qui me l'a à son tour inculqué. Je trouve cette chanson magnifiquement harmonieuse et paisible...
La voix se trouvait à présent derrière moi, toujours dans les airs. Elle continua :
- ...et si j'ai un jour l'occasion de me rendre à Imladris, je ne tarderai pas à apprendre de nouveaux chants.
Je feignis de ne pas me rendre compte que la voix se trouvait maintenant juste dans mon dos, bien que Haldir le devinât sans aucun problème.
Je pris la parole :
- Vous ne serez pas déçu, mon ami ; ce chant n'est pas le meilleur de ceux d'Imladris, ou du moins, j'ose le croire.
A ce moment, Haldir me toucha l'épaule gauche, et je me retournai. Il était debout, une longue échelle de corde derrière lui. Il était souriant et apparemment heureux de me revoir.
- Aragorn ! me dit-il le sourire toujours aux lèvres.
Nous nous étreignîmes longuement, puis reprîmes la conversation :
- Depuis combien de temps ne vous ai-je pas vu, mon ami ? me demanda-t-il.
- Cela fait... pas moins de vingt-... vingt-huit années du monde extérieur, ou trois cent cinquante pleines lunes environ, si vous préférez. Pour vous, cela ne représente quasiment rien, mais pour moi et pour beaucoup d'autres, cela fait une éternité.
- Cessons les bavardages sur la terre ferme. Voulez-vous que je vous amène au coeur de la Lothlórien ?
- Avec grand plaisir, Haldir.
Il frappa alors trois fois des mains, et quelqu'un perché en haut du chêne lui répondit de deux coups nettement espacés. Haldir me fit signe de monter. Je m'exécutai, et grimpai alors à l'échelle de corde grise, qui m'amena sur une petite plate-forme en bois, épousant parfaitement la forme du chêne. Un elfe m'y accueillit. Ce n'était pas la première fois que je me trouvais ici, mais j'étais toujours surpris par la manière dont étaient accrochées ces plates-formes. Les Elfes mettaient un point d'honneur à ne pas détériorer le milieu dans lequel ils vivaient, et la nature le leur rendait bien. Ce fut donc sur ces longues plates-formes, passant d'arbre en arbre, que Haldir me mena à travers le Naith jusqu'à Caras Galadhon. Haldir était l'un de mes grands amis d'enfance et nous discutâmes pendant toute la durée du trajet, ce qui me donna l'impression que le trajet était beaucoup plus court qu'il ne l'était réellement. Je n'avais pas vu passer les premiers quarante milles, lorsque nous fûmes contraints de nous arrêter pour passer la nuit. Le soleil était à présent couché, mais son absence ne m'empêchait pas de voir la forêt environnante : elle était teinte d'un léger bleu clair qui tapissait tous les arbres aux alentours. De plus, le son mélodieux de chants elfiques parvenait à mes oreilles. Il n'existe aucune comparaison entre les chants d'Imladris et ceux de Caras Galadhon, si ce n'est qu'ils sont tous d'une incroyable et agréable volupté. Leurs notes glissent avec douceur sur l'air, elles expriment et renvoient très facilement le sentiment que l'on souhaite nous faire ressentir. Le Naith en était en permanence empli, manifestant ainsi l'évolution actuelle de la Lothlórien. Nous dormîmes jusqu'à l'aube dans une petite cabane de bois, toujours suspendue dans les arbres.

Le lendemain, nous repartîmes en empruntant une nouvelle fois les plates-formes. L'intérêt de nos sujets de conversation ne diminuait pas au fur et à mesure que nous avancions : le puits d'informations de Haldir se révélait au final très utile, pour ne pas s'apercevoir de la distance de vingt milles qu'il nous restait encore à parcourir. La fin de matinée approchait, lorsque Haldir me fit descendre le long d'une échelle afin de rejoindre de nouveau la terre ferme. Il me guida à travers quelques arbres sur une trentaine de mètres, puis s'arrêta :
- Nous voici arrivés, Dúnadan. Voyez !
J'avançai un peu, puis débouchai subitement sur une immense vallée baignée d'une lumière étonnamment blanche : aux rayons du soleil s'ajoutait la lumière naturelle qu'émettait le coeur de la Lothlórien, Caras Galadhon. Caras Galadhon qui paraissait de loin être un immense arbre, mais était en fait composé d'une multitude de petits côte à côte et formant ainsi une vaste coupole de feuilles. Ici était la demeure de la dame Galadriel et de Celeborn, Seigneur de ce lieu. En jetant un regard au nord, j'aperçus une haute colline, le Cerin Amroth, l'endroit même où Arwen Úndomiel m'offrit son amour. Je passai un certain temps à contempler le sommet de cette colline, et à me rappeler ma bien-aimée. Puis Haldir avança et commença à descendre le long de la vallée pour rejoindre le sentier menant à l'entrée de Caras Galadhon. Quelques minutes plus tard, nous arrivâmes sur une route de pavés blancs. Nous étions entourés d'une végétation luxuriante et abondante, qui ne nous dépassait cependant pas. Le sentier était étonnamment sec, même après la pluie diluvienne qui était tombée l'avant-veille au soir. Mon ami continua tranquillement jusqu'à la porte d'entrée de Caras Galadhon, précédée d'un grand pont blanc, puis s'arrêta à la hauteur de l'elfe qui y était posté.
Il expliqua que j'étais attendu par la dame Galadriel, et l'elfe nous laissa passer outre sans poser d'autres questions. Toutefois, juste avant de disparaître de sa vue, il m'annonça qu'une autre personne attendait ma venue, personne dont il n'avait pas entendu le nom. Je me demandai de qui il pouvait bien s'agir, lorsque nous entrâmes dans la partie principale de la ville : devant et au-dessus de moi, s'élevait un nombre incalculable d'arbres, tous magnifiquement bien préservés, et autour desquels s'entrelaçaient des escaliers sculptés paraissant tenir debout seuls. Le soleil eût été absent, cela n'aurait rien changé à la luminosité qui existait ici : les rayons de l'astre étaient quasiment tous arrêtés par l'épaisse couche de feuilles au sommet, et la ville entière était éclairée par une couleur bleu marine paisible, générée par de nombreuses petites lanternes, et nécessitant cependant un certain temps d'adaptation. Une ambiance apaisante régnait en ce lieu, et enveloppait chaque personne, habitant ou étranger. Haldir m'amena tout droit, jusqu'à un immense tilleul ayant un tronc d'une circonférence d'environ vingt mètres et dont les racines se propageaient un peu partout. Il monta quelques marches et me fit signe de le suivre. Je m'exécutai et montai un escalier délimité par une barrière de fer sculptée de formes symétriques, gracieuses, couvert par un toit de même nature et éclairé par de nouvelles lanternes. Cet escalier s'enroulait en colimaçon autour du tilleul, tel des treilles tentant désespérément de s'accrocher à une clôture.
La journée était pratiquement terminée, et le soleil venait caresser la ligne diffuse et lointaine de l'horizon, quand nous arrivâmes devant une immense maison, décorée d'innombrables colonnes s'entrelaçant les unes aux autres, et d'une pâle lumière blanche tendant vers le bleu. En son milieu se trouvait une estrade de plusieurs marches menant à la Salle où siégeaient Galadriel et Celeborn. Haldir me fit passer une avant-garde de deux elfes et nous montâmes les quelques marches qui nous séparaient des Seigneurs de la Cité des Arbres. J'arrivai sur une plate-forme blanche harmonieusement délimitée par les troncs de plusieurs arbres et offrant un point de vue unique de la ville. Elle me mena automatiquement à une nouvelle série de marches, en haut desquelles émanait une puissante et brillante lumière.
Je vis alors, une fois monté, une salle immense aux murs d'argent et au toit d'or, et au fond, dans deux grands fauteuils blancs, la dame Galadriel et le Seigneur Celeborn, en pleine discussion avec une personne que je connaissais bien. Cette personne n'était pas un elfe, mais était tout de même aussi sage et âgée qu'eux. Il avait des cheveux longs, tout comme eux, mais gris et en broussaille, et non blonds et lisses. Il avait une voix grave et profonde, contrairement à celles de ses interlocuteurs. Les trois personnes ne nous avaient toutefois pas remarqué, et lorsque Haldir interrompit leur conversation, l'invité se retourna et dessina un large sourire :
- Bonjour, Aragorn ! J'attendais justement votre arrivée.
- Maë Govannen, Dúnadan ! m'annonça Celeborn.
Une sorte d'aura miraculeuse flottait autour de la Dame Blanche, et j'avais l'impression qu'un soleil avait été créé uniquement dans le but d'éclairer la Reine des Galadhrim. Paisible, elle me fixa des yeux et me salua du regard. Je m'inclinai profondément devant elle, puis me tournai vers Celeborn et le saluai :
- Bonjour, Seigneur de Caras Galadhon, le coeur du royaume elfique sur Terre.
Il inclina légèrement et sereinement la tête, puis regarda la personne assise à sa droite. Je fis de même, et saluai enfin celui que je n'avais pas revu depuis un peu moins de huit ans :
- Bien le bonjour, Mithrandir, mon vieil ami !!
Il se leva, puis vint à moi, les bras ouverts ; il m'enserra un long moment, et ajouta quelques petites tapes dans le dos, puis recula d'un pas et me saisit par les épaules. Tout en scrutant mon visage, il m'annonça, ses sourcils formant une joyeuse arcade :
- Vous n'avez pas pris une ride !
Il enleva ses mains, puis retourna s'asseoir. Haldir s'absenta après les remerciements des Seigneurs de la Lórien, et Celeborn dit alors d'un air solennel :
- Nous vous attendions, Dúnadan. Nous avons à parler de faits importants dont vous devez déjà avoir idée.
Mes yeux tombèrent sur Mithrandir, qui me regardait, tranquille, quoiqu'il fût plongé dans un de ses songes habituels. Il hocha la tête, comme s'il était en train de fumer paisiblement sa pipe. Alors, la Dame Blanche prit la parole :
- Vingt-huit années se sont écoulées depuis votre dernière venue. Cependant, celle-ci n'est pas annonciatrice que de bonnes nouvelles. Votre arrivée déclenche aussi une succession d'évènements d'importante nature, pouvant plonger la Terre du Milieu dans l'Ombre à laquelle elle a échappé à la fin du Deuxième Âge.
La Dame des Galadhrim ne parlait jamais sans nécessité, et elle avait un certain don pour plonger son interlocuteur dans un profond doute, parsemé de questions intérieures plus complexes les unes que les autres. A sa parole s'ajoutait aussi le fait qu'elle était capable de parler à notre esprit, complétant ainsi l'idée qu'elle avait prononcée tout haut. Jamais elfe n'a été plus sage.
- La Dame Galadriel n'a pas tort, annonça Celeborn, après quelques secondes de silence. L'Obscurité grandit de nouveau et le temps de répit qui a été donné à la Terre du Milieu ne va pas tarder à s'épuiser. Sauron renforce ses armées dans la perspective d'une attaque prochaine des Mondes Libres. Il n'attend plus que le déclencheur de cette réaction...
Les différents morceaux d'un puzzle que j'avais commencé à assembler il y a huit années environ, et qui s'étaient éparpillés au fil du temps, commençaient à refaire surface et à se regrouper. Mithrandir confirma mes lointaines idées :
- ... Le déclencheur, Aragorn, vous vous en doutez, n'est autre que...
- ... Gollum, répondis-je d'un air grave. Je crains le pire ; la dernière fois que j'ai entendu parler de lui, c'était il y a quelques quarante pleines lunes. Mais depuis, j'ai complètement perdu sa trace. Ne me dites pas que l'ennemi l'a pris...
- Non, non, me rassura Gandalf. Sauron ne l'a pas encore trouvé. Et nous non plus.
Le trait des sourcils de Mithrandir s'était soudain fait moins joyeux, et il paraissait ainsi chargé d'un lourd fardeau, qu'il avait peine à supporter. Il continua, imperturbable :
- Non, ce qui m'inquiète, c'est qu'il y a moins de trois pleines lunes, j'ai entendu des rumeurs parlant d'un étrange personnage à la lisière des Marais des Morts, juste à la frontière de l'immense plaine de Dagorlad. Je trouve que Gollum se risque dangereusement à proximité du territoire de l'ennemi. Avez-vous eu des renseignements sur son emplacement, aussi vieux soient-ils ?
- Bien sûr, mais je doute quand même que des informations datant de l'an 3005 nous soient d'une grande utilité. La dernière fois que j'ai entendu parler de Gollum, c'était il y a donc quatre ans. Il se trouvait... – attendez, ça me revient – ... dans l'Est du Rohan, ... très exactement dans les plaines de l'Est Emnet, et se dirigeait vers le Sud, et le Gondor. J'ai cru avoir une chance de l'attraper, mais je ne l'ai pas vu ni même entendu, et j'ai presque aussitôt perdu sa trace.
Mithrandir semblait réfléchir à toute vitesse, et posait le regard un peu partout dans la pièce. Puis après un court instant, il marmonna quelques mots à voix basse :
- S'il était passé par... mais non, quelqu'un l'aurait forcément aperçu... Et l'Emyn Muyl... il aurait pu y rester... oui ce doit être ça...
Il s'éclaircit la gorge d'un raclement à peine audible, puis émit son hypothèse :
- Je pense que vos informations ne sont pas erronées, et en rassemblant les différents indices que nous avons récupérés, j'en tire une conclusion qui pourrait être la bonne. Je pense que Gollum, après être passé par le delta de l'Entalluve, n'aura pu traverser le fleuve à gué, et aurait donc continué à longer l'Anduin. Il aurait ainsi atteint le Nindalf et l'île de Cair Andros et aura eu la possibilité de passer sur la rive est. Il aurait alors pénétré dans l'Ithilien, puis serait remonté vers le nord, en direction des Marais des Morts. Quelques semaines plus tard, il serait rentré dans les collines tranchantes d'Emyn Muyl et se serait perdu. Les indices que j'ai collectés concordent parfaitement, jusqu'à ce moment précis. A partir de maintenant, je ne fais que des suppositions, car je suis dans le noir total : Gollum aurait pu se perdre un bon moment dans l'Emyn Muyl, peut-être même un voire deux ans. Il aurait ensuite débouché vers le sud-est, et se serait trouvé, il y a seulement trois lunes, entre les Marais des Morts et la plaine de Dagorlad...
Le silence tomba. Mithrandir venait de sortir toutes ces informations en un temps record, et il me fallut un petit moment pour recoller les morceaux. De plus, alors que je n'avais entendu parler que deux fois de notre piste, lui n'avait pas cessé de la suivre. J'ignorais s'il avait été plusieurs fois sur le point de l'attraper, mais en tout cas, ces informations révélées me donnaient l'impression que ma tâche était quasiment terminée. Mais - je ne sus si Galadriel avait lu dans mes pensées - la Dame Blanche contredit aussitôt mes idées en prenant de nouveau la parole en s'adressant à Mithrandir et moi :
- Cette importante nouvelle n'est pas à écarter, et vous devez dès que possible vous lancer à la recherche de Gollum, aussi loin et caché soit-il, dussiez-vous explorer les fin fonds de Rhûn et du Rhovanion. Votre quête a pour seul but de retarder l'attaque prochaine de Sauron, mais est vitale pour la survie de la Terre du Milieu. C'est pour cette raison que vous partirez le plus tôt possible à la recherche de cet étrange individu. Si vous ne réussissez pas à le trouver, ne désespérez pas, car c'est dans la confiance que vous placerez tout votre espoir.
- Quoiqu'il en soit, chaque minute est précieuse, continua Celeborn. La rapidité et la discrétion seront vos meilleurs atouts pour capturer Gollum, et il risque vous glisser plusieurs fois entre les doigts. Il pourrait vous poser beaucoup plus de difficultés que vous ne le pensez, et vous ne devriez pas le sous-estimer, car il a plus d'une fois échappé à nos troupes.
Mithrandir était apparemment au courant de toutes ces précautions et ne semblait pas y prêter grande attention. Il paraissait absorbé par quelque songe lointain. Néanmoins, quand Celeborn termina sa phrase, il remua dans un léger sursaut, cligna des yeux, puis se remit en place dans son fauteuil.
- Excusez-moi, fit-il doucement. J'étais en train de réfléchir à une quelconque aide que l'on pourrait nous apporter. Je pense que nous aurons beaucoup à faire tous deux, et que nous aurons sûrement besoin d'une aide extérieure.
L'Istari me fixa, et de son regard bienveillant, m'invita à l'aider dans cette mission.
Je repris profondément mon souffle. Huit années venaient de s'écouler depuis la première proposition de Mithrandir pour cette mission de recherche, et l'on venait enfin me réclamer. Je posai les yeux sur le sol de bois blanc ; puis je me levai, droit et fier, et annonçai :
- Eh bien, mon ami, nous revoici de nouveau ensemble. J'accepte avec joie votre demande, et m'engage à vous aider dans cette recherche jusqu'à avoir atteint notre objectif.
- Je vous remercie, Aragorn, me dit Mithrandir, le sourire aux lèvres.
Il se leva à son tour, puis Galadriel et Celeborn suivirent. La Dame Blanche annonça :
- Vous partirez demain, dès l'aube, en direction des plaines de Dagorlad. Mais en attendant, reposez-vous et reprenez des forces. Ce soir, vous dormirez en paix.
Mithrandir et moi reculâmes et sortîmes du palais. Une fois à l'extérieur, il laissa exprimer ses sentiments :
- Je suis vraiment heureux de vous avoir une nouvelle fois comme partenaire, sachez-le, Aragorn. Mais notre quête ne sera pas de tout repos et nous devrons peut-être pister Gollum de longs mois voire de longues années. Mais je sens que nous finirons par le trouver, que ce soit avant ou après l'ennemi. Mais nous n'en sommes pas encore là, et nous devons prendre du repos. Allons tout d'abord nous restaurer.
Nous descendîmes les marches infinies de Caras Galadhon, et après plusieurs dizaines de minutes, nous arrivâmes enfin aux cuisines de la Lórien. Nous prîmes un repas plus qu'agréable, qui nous revigora rapidement, puis repartîmes en direction des chambres. En chemin, et entre les claquements réguliers de son bâton, Mithrandir me raconta comment il avait accumulé les différents indices de la position de Gollum, des Monts Brumeux jusqu'à la plaine de Dagorlad. Et c'est ainsi qu'il me parut n'être passé qu'une dizaine de minutes, lorsque nous débouchâmes sur la porte des chambres, alors que la nuit était pratiquement tombée. Mithrandir et moi continuâmes un long moment à discuter, quand la fatigue apparut subitement.
- Reposez-vous, Aragorn, me fit-il. Demain sera une dure journée et nous partirons dès le lever du soleil. Passez une bonne nuit.
- Bonne nuit à vous aussi, Mithrandir.
Et nous nous dirigeâmes vers nos chambres respectives, fermant la porte de chêne massif sculptée derrière nous. La chambre était très légèrement éclairée de bleu, mais cela me permit tout de même à me diriger. Au fond de la chambre, à travers une baie, s'élançait un balcon donnant une vue superbe sur un groupe d'immenses arbres. Ce balcon était protégé par une longue barrière de bois blanc formant des courbes harmonieuses et surplombait la cour extérieure. Dans la chambre flottait un chant elfique qui tentait désespérément de nous endormir. Je me préparai, puis m'allongeai. Il ne fallut pas longtemps à la fatigue et au sommeil pour me submerger, et je m'endormis alors. Les ténèbres m'envahirent, et je plongeai dans un sommeil réparateur et sans rêves, filtré par le pouvoir protecteur de la Dame des Galadhrim.

Pam Pam Pam Pam Pam !
Quelques légers coups furent frappés à la porte, et me tirèrent peu à peu de mon sommeil.
PAM ! PAM ! PAM !
On insista, et les coups se firent de plus en plus forts. Puis une voix profonde m'appela :
- Aragorn ! Réveillez-vous ! Nous devons partir le plus tôt possible ! Dépêchez-vous !
Je me levai et me dirigeai vers la porte que j'ouvris, et découvris Mithrandir sur le pied de guerre. Il ne paraissait pas s'être couché de la nuit, et n'attendait plus que moi.
- Cela fait déjà plus de vingt minutes que je tente de vous réveiller. Dépêchez-vous et préparez-vous !
Mes paupières étaient lourdes, et je ne sentais pas mes pieds. Le plancher grinça légèrement comme je me dirigeai vers la salle de bains, l'air hagard et étourdi. Toutefois, quelques instants plus tard, je fus sur pied, en forme et prêt à entamer cette belle journée. J'ouvris alors à Mithrandir, qui m'attendait toujours dans le couloir voisin, et qui s'engouffra tel le vent dans une pièce où l'on venait d'ouvrir une fenêtre. Il parcourut alors la chambre de long en large, et paraissait impatient de partir.
- Nous devons monter voir au plus vite la Dame Galadriel et le Seigneur Celeborn, afin de leur faire part de notre départ, me fit-il précipitamment.
- Mais nous devons aussi prendre des vivres et des vêtements ; nous en aurons besoin pour notre quête !
- Voyons, cela est prêt depuis un bon moment déjà. J'ai tout préparé depuis deux heures. Il ne reste plus que vous.
Je me hâtai alors, enfilai ma veste et empaquetai mon sac. Puis nous nous mîmes en route du palais. Le soleil n'était pas encore levé, et la Cité des Arbres n'était éclairée que par quelques lanternes disséminées ça et là sur des escaliers en colimaçon, donnant ainsi l'impression d'une ville en pleine expansion aérienne. Nous empruntâmes le grand escalier menant au palais, et les gardes nous laissèrent passer sans plus de questions. Ce fut au bout de deux centaines de marches que nous arrivâmes sur la plate-forme blanche précédant l'entrée du palais. Plusieurs elfes se promenaient autour de nous, occupés par quelque tâche. Nous traversâmes la plate-forme, et arrivâmes à l'escalier. Mithrandir déposa son bâton au bas des marches, puis monta, alors que je le suivais de près.
Les Seigneurs de la Cité des Arbres nous attendaient, assis tranquillement dans leurs fauteuils. Galadriel désigna de la main deux sièges blancs, et nous invita à nous asseoir. Nous discutâmes rapidement sur nos différentes destinations et la Dame Blanche nous accorda sa grâce. Nous saluâmes alors Celeborn et Galadriel et sortîmes. Mithrandir m'amena à la porte de sortie du sud-est de Caras Galadhon. Des immenses arbres centenaires du milieu de la Cité, nous arrivâmes à de plus jeunes et plus bas. Les escaliers en colimaçon se firent de moins en moins nombreux, et la lumière environnante devint plus claire. Une demi-heure passa, lorsque la porte se dressa devant nous. Nous prîmes alors les sacs que l'on nous avait apporté des chambres, et sortîmes de la Cité. Alors, au détour d'un virage, nous émergeâmes de l'ombre, et les rayons lumineux nous agressèrent vivement. Je plissai les yeux et mit ma main en visière, mais Mithrandir, à côté de moi, semblait s'être déjà accoutumé à cette éblouissante luminosité. Il continua rapidement et s'enfonça dans la basse végétation alentour, baignant dans le son apaisant des criquets.
La colline se présenta à nous, grandissante au fur et à mesure que nous avancions. La pente se fit de plus en plus forte, et nous suivions tant bien que mal le sentier blanc qui nous guidait, lorsque nous arrivâmes au sommet de cette colline. Je me retournai alors une dernière fois vers l'endroit que je ne devais voir que d'ici une dizaine d'années : le sommet de Cerin Amroth dépassait de cinquante pieds les arbres environnants. Mon coeur y restera pour toujours, accompagné de la grâce et de l'amour éternels d'Arwen. Quelques instants plus tard, je repartis derrière Mithrandir, qui m'avait attendu. Il engagea alors la conversation :
- Avez-vous eu l'occasion d'aller sur la colline de Cerin Amroth durant votre séjour ?
- Non, je n'en ai pas eu le temps, bien que j’aie aimé en trouver. La perspective d'être passé par la Lothlórien sans m'être arrêté sur le sommet de Cerin Amroth me fait une blessure une coeur que je ne pourrais peut-être refermer qu'à la vue de ma bien-aimée ou de cette colline.
- Mais n'avez-vous pas récemment vu Úndomiel ?
- Non, je ne l'ai vue depuis maintes lunes.
C'est ainsi que, l'air absent, j'arrivasse en compagnie de Mithrandir dans la Forêt du Bois d'Or. Des elfes nous firent monter sur les habituelles plates-formes permettant le passage de la Forêt en toute sécurité, et nous continuâmes notre chemin, parsemé des récits de Mithrandir et des caprices des rayons du soleil qui peinaient à traverser les nuages et les feuilles innombrables. Nous passâmes ainsi les collines de l'Egladil et avançâmes rapidement. L'écoulement du Cours d'Argent flottait dans l'air lorsque la nuit tomba. Mithrandir décida de continuer jusqu'à l'orée du Bois, puis de nous reposer à l'abri du pouvoir de la Lórien. Nous arrivâmes alors au-dessus du Cours d'Argent, qui descendait, tranquille, maintenant enrichi de l'eau de la Nimrodel. Puis, juste après avoir franchi le Cours d'Argent, la plate-forme s'arrêta, et nous descendîmes par une longue échelle de corde. Mithrandir eut du mal à se tenir à l'équilibre et mit un long moment à mettre le pied sur la terre ferme. Je proposai de passer la nuit ici, tant que nous étions encore protégés par les elfes sillonnant sans relâche les plates-formes supérieures. Mithrandir aquiesca et nous nous allongeâmes sur l'herbe verte et touffue.

La nuit passa rapidement, et nous ne dormîmes que très peu de temps. Mithrandir se leva avant même les premières lueurs de l'aube, et tâcha de me réveiller, chose qui fut beaucoup plus aisée que la veille. Nous partîmes silencieusement, seules personnes se mouvant dans l'ombre fragile que tentait de préserver la Forêt d'Or. Le Cours d'Argent fut notre guide pendant une grande partie de la matinée, puis nous fûmes contraints de le quitter et de suivre l'Anduin, dans lequel il se jetait. Ce fut quelques mètres plus loin que nous arrivâmes à l'orée du Bois, que nous ne perçûmes pas du premier coup vu le manque de clarté. La Forêt se termina brusquement, comme si nous avions franchi une frontière au-delà de laquelle les arbres ne devaient plus s'étendre.
Nous débouchâmes sur une vaste plaine, délimitée à l'ouest par les Monts Brumeux, au sud par l'étrange Forêt de Fangorn et à l'est par l'Anduin et la lointaine Forêt Noire. Le ciel décrivait un magnifique dégradé qui s'étalait du noir au bleu très léger, signe du proche lever du soleil. Cette plaine était très proche du Rohan et du plateau de l'Est Emnet, où Théoden m'avait demandé de me rendre quatre ans plus tôt, et où l'on découvrit les premiers signes de Gollum. Une légère brise venait caresser les étendues herbeuses autour de nous, quelquefois déformées par de petites proéminences rocheuses. Mithrandir s'arrêta, prit un grand bol d'air frais et respira profondément :
- Eh bien, allons-y, mon ami...
Et nous partîmes ensemble, tels deux grands enfants profitant de l'absence du soleil pour se déplacer rapidement et furtivement. Bientôt, les hauts Bois de la Lothlórien ne furent qu'une petite ombre lointaine, qui se détachait paisiblement du paysage alentour à l'aide du soleil naissant...

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.