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Le Barde du Beleriand : L'erudit d'Oxford

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 4: Tante Marge.1;
(par michele huwart, ajouté le 13/06/05 11:57)


Ma logeuse m'ouvrit. Je devrais dire "notre logeuse", à mon frère Stephen, et à moi-même. Mrs. Hartwood était une dame âgée, dont la mère avait été la secrétaire de mon arrière-grand-père, à l'époque où celui-ci était un professeur de chimie de réputation mondiale. "Fils de Chimiste, petit-fils de chimiste, arrière-petit-fils de chimiste", plaisantait souvent Stephen. "Et même pas chimiste moi-même !" Quant à moi, il me venait souvent à l'esprit que j'aurais sans doute préféré descendre d'une lignée de comptables... Quoi qu'il en soit, Mrs. Hartwood nous louait des chambres à un prix dérisoire. Et, pour ne rien gâter, nous préparait plus souvent qu'à son tour des repas délicieux. Ce qui m'arrangeait bien : j'étais une étudiante appliquée, j'étais en passe de devenir une secrétaire passable - dixit Sir William- mais j'étais également la plus détestable des cuisinières. "Tante Marge", comme nous appelions familièrement notre logeuse, était pour nous un don du ciel. C'était une petite femme replète, aux boucles grises, qui n'était pas, songeai-je, sans me rappeler la servante de Sir William.
- Alors, me demanda-t-elle, curieuse comme à son ordinaire, et ce premier jour de travail ?
J'eus un geste vague, comme pour dire "ni bien, ni mal", même si, objectivement, je ne voyais pas ce que j'aurais pu qualifier de négatif dans cette journée. Sauf une impresion d'étrangeté. Cartésienne, malgré mes aptitudes littéraires, j'avais une curieuse aversion pour l'étrangeté. Ou plutôt, non. Aversion n'était pas vraiment le mot. Disons que ce qui sortait de la logique me serrait la gorge, et avait tendance à faire resortir en moi des sentiments que j'aurais préféré ne pas connaître : une impresion de finitude, d'impuissance. Etait-ce dû à ma condition de petite fille de bonne famille, élevée dans l'aisance, puis totalement ruinée ? Je ne sais. Mais je détestais me sentir impuissante. Ou déphasée. Et je m'étais sentie déphasée devant les textes que m'avait donné à taper Sir William. Je n'avais pas eu la sensation de lire un récit de guerre, mais celle de me trouver moi-même au coeur des combats. J'avais ressenti la terreur, la faim et la soif, le désir de vengeance et de sacrifice. J'avais vu, vu, bien mieux qu'en regardant n'importe quel reportage, l'arrivée des chars, les maisons s'écroulant sous les bombes, les mères serrant leurs fils morts dans leurs bras. J'avais éprouvé la haine et le désir de vengeance des assiégés de Vukovar... Et celà me bouleversait jusqu'au fond de mon âme.
- Connaissez-vous Sir William ? demandai-je à brûle-pourpoint à tante Marge ?
Elle haussa les épaules. Comme si une laborantine à la retraite pouvait avoir la moindre relation avec un tel personnage. Puis, elle me révéla une chose étrange, qui augmenta encore mon malaise, mais eut dans le même temps l'effet d'exciter ma curiosité : Sir William, selon elle, avait toujours été là. Existé. Elle ne s'était jamais particulièrement intéressée à lui, mais se souvenait que, petite fille déjà, elle avait lu ses articles dans le "Times". Que sa maison semblait être restée intacte depuis des siècles.
Ce fut à moi de la regarder d'un air compassé. "Vous perdez la tête, Tante Marge" lui dis-je. "Sauf votre respect. Sir William n'a pas l'air d'avoir plus de cinquante ans".
Mais, en disant ces mots, j'eus l'impression de mentir. Quel "âge" pouvait, selon moi, avoir mon employeur ? Tous, sans doute, et aucun. Trente ans... ou deux mille !
Même s'il était impossible d'avoir deux mille ans....
Selon la logique qui avait toujours été la mienne.
Mrs. Hartwood m'entraîna à la cuisine, et me tendit une pile d'asiettes, de verres et de couverts.
- Dressez la table, ma petite Cat, m'ordonna-t-elle sans cérémonie. Et, une fois celà fait, sortez votre frère de ses calculs bizarres et de ses histoires de "microprocesseurs" et de "programmation machin-chose". Le repas est prêt.
Il ne me serait jamais venue à l'idée de désobéir à Tante Marge. Nous lui devions trop, Stephen et moi. Si sa mère avait été la subordonnée de mon arrière-grand-père, aujourd'hui, c'était nous qui dépendions d'elle, et de son affection.
Il ne me falut que quelques minutes pour dresser la table. Mai beaucoup plus pour tirer mon intellectuel de frère de sa "programmation informatique".
- attends... attends... ne cessait-il de me répéter. Encore un peu. J'ai presque fini. Je dois enregistrer. Et ensuite, voir si çà fonctionne !
Je finis par me mettre en colère.
- C'est Tante Marge qui attend ! lui rappelai-je. Elle a cuisiné pour nous , et çà refroidit. laisse tes trucs informatiques, et viens dîner.
Il finit par obéir. Et, curieusement selon moi, à se rappeler que j'avais, ce jour-même, commencé un nouveau travail.
ce ne fut pourtant qu'attablé devant une grande - et seconde - assiette de soupe aux champignons, qu'il me demanda :
- Il ressemble à quoi, ton nouveau patron, Cat ?
Je ne sais pas pourquoi, mais ma première réponse fut :
- C'est un amateur d'art. Et... je crois qu'il s'intéresse à notre famille.

Je ne m'étais jamais particulièrement intéressée à l'histoire de ma famille.
J'étais un "membre" de l'aristocratie écossaise. Mon enfance avait été bercée des chants des cornemuses, et d'un autre, plus étrange, qui semblait monter de la terre, et que j'avais toujours préféré ignorer. J'avais toujours été écossaise... mais d'après Sir William, ma famille remontait "avant" l'Ecosse.
Comme toutes les familles, songeai-je. Toutes les familles remontent à... à....
Je fis l'impasse sur les compagnons de Bonnie Prince Charlie, ou de William Wallace.
Mon esprit se reporta sur les histoires que mon grand-père, ce scientifique passablement mécréant, me racontait lorsque j'étais petite fille. Et qui, curieusement, avaient été recoupées par certains textes datant de... de...
Selon Saint Gildas, un prince de Dale, nommé Bard, avait été l'écuyer du roi Loth des Orcades. Le père de Gwalchmaï, le Gauvain des légendes. Et était mort à Mount Badon, laissant un fils, Brand.
Brand de Dale, chevalier de la Table Ronde.
Je m'agitai dans mon lit. C'était ridicule. Un amassis de légendes.Qui ne m'avaient jamais tourmentées, jusqu'à ce jour.

Et je fus prise de fou rire ! Je fus prise de fou rire, au point que mon frère vint dans ma chambre, "voir si j'allai bien".
Je l'en assurai, et le renvoyai.
Jamais, je n'aurais osé lu avouer ce qui m'était venu à l'esprit...

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.