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Conte d'Hiver a Sombreval

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 4: La Nuit
(par Saivh, ajouté le 09/01/06 19:53)




La nuit devait etre tombee depuis quelques heures. Les arbres etaient maintenant noirs et il neigait a gros flocons. Il faisait humide et glacial. Gayette tremblait et ne sentait plus ses pieds. Par contre, meme si elle realisait qu'elle avait definitivement quitte le lieu etrange et qu'elle approchait de Sombreval, elle devinait encore quelques fois que des ombres trottinaient entre les arbres a quelques metres d'elle.

Elle entendit hurler des loups. Leurs hurlements se repercutaient dans la vallee.

Gayette se demandait comment elle etait parvenue a rester autant d'heures loin de chez elle. Qu'allait-elle dire a Robert? Des echos de voix lui parvinrent et elle distinguait des lueurs. De voix d'hommes.

- Cherchez partout. Il faut la retrouver.

- Ces satanes loups sont tout pres. Ils l'ont surement trouvee avant nous.

Gayette sentit sa tete se vider de son sang. Quelle heure etait-il pour qu'on en soit venu a la chercher dans la foret, au flambeau? Son pied heurta quelque chose. Un fagot de bois. En remerciant la providence ou l'etourdi qui avait laisse ce fagot la, elle s'en saisit. Les ombres qui l'avaient discretement accompagnee avaient disparues et les hurlements des loups se faisaient plus loitains.

Les hommes et les torches, par contre, se rapprochaient. Quelqu'un du l'appercevoir car une main puissante et sans delicatesse tomba lourdement sur son epaule. Le flambeau l'eblouissait et elle porta une main a ses yeux.

- Ici, elle est ici. Elle est vivante. Et entiere.

A la voix, Gayette identifia la main sur son epaule comme appartenant a Gildas, le forgeron. Un de ses marteaux etait d'ailleurs passe a sa ceinture. Il passa son bras de geant autour des epaules de Gayette qui claquait des dents.

- Robert! Ici!

Ils rejoignerent le reste du groupe, a l'oree du bois. Robert se precipita vers sa femme. La serra dans ses bras.

- J'etais partie ramasser du bois, je me suis perdue...

Robert la serra plus fort contre lui, la forcant a se taire en lui caressant la tete.

- Tu es la. Ce n'est pas grave. J'ai eu peur. Tellement peur. Les loups n'ont jamais ete aussi proches!

Gayette se degagea de son etreinte. Robert lui passa le bras autour de la taille. Presque tout le village etait la. La petite troupe redescendit vers Sombreval et se dirigea vers la taverne. Gildas donna un coup de coude a Robert.

- La Lamberte et ses fils ont fait assez de vin chaud pour nous abreuver toute la semaine, fit-il l'oeil petillant, ta femme en aura bien besoin. Elle est bleue de froid!

Effectivement, tout le village etait encore debout et rassemble a la taverne de La Lamberte. Les conversations allaient bon train et portaient sur les loups que l'on avait jamais vus aussi pres du village et sur les gens qui disparaissaient en foret, la plupart du temps, disait-on, enleves par le petit peuple.

Gayette se laissa tomber sur un banc. La Lamberte lui mis une tasse de vin brulant entre les mains, cligna de l'oeil et rejoignit sa clientele assoifee par les evenements de la nuit. Robert s'etait assis a cote d'elle et lui entourait les epaules d'un bras protecteur. Gayette restait muette et regardait la salle. Les fils de La Lamberte, grands gaillards toujours pres a percer un tonneau, jouaient aux des avec des fermiers du village voisin. Gildas avait rejoint sa femme, La Lilotte, et faisait honneur au vin chaud. Gayette n'avait jamais connu le vrai nom de La Lilotte. Tout ce qu'elle savait, c'est qu'on l'appellait La Lilotte. Des meches de cheveux aussi fauves que les feux de la forge de son mari s'echappaient de sa coiffe. Gildas etait son troisieme mari. De mauvaises langues sifflaient qu'elle avait empoisonne les deux premiers tandis qu'a la taverne de La Lamberte on riait que, femme de forgeron, elle avait un temperament de feu et les avait tout simplement epuises. Gayette pensa que les gens sont parfois stupides et que la vie est fragile. Rien que l'hiver precedent, cinq personnes etaient mortes de froid et de maladie et l'ete d'avant, deux etaient decedees, lors des canicules, d'avoir bu de l'eau saumatre.

La Lilotte trinquait avec Beckky, une jeune femme arrivee, quelques annees auparavant, avec un groupe de refugies venus de l'est du pays, fuyant les guerres de quelque petit seigneur. Elle portait avec elle un bebe qui etait maintenant un vigoureux petit garcon qui courait dans la taverne avec le fils de La Lilotte. Les refugies avaient continue leur route, Beckky etait restee. Elle connaissait les plantes et savait raccomoder les vetements.

Gayette fini son vin chaud et ferma les yeux. Robert se leva et lui prit le bras.

- Je te ramene a la maison.






Blottie contre son mari pour gagner un peu de chaleur, Gayette ne parvenait pas a dormir. Elle ecoutait la respiration paisible de Robert. Elle pensait a son age, a ses yeux sans couleur et a ses cheveux blancs et fins qui lui arrivaient aux epaules. La respiration de Robert se modifia. Il devait s'etre reveille.

Robert serra sa femme contre lui. Gayette se retourna et vit son visage penche sur elle. Il l'attira a lui et s'attira en elle. De ses yeux grands ouverts, elle observait son visage, scruta ses yeux sans couleur. Tenta d'y superposer les yeux verts. Echoua. La frustration et la rage monterent en elle et coulerent sur ses joues. Ses jambes devinrent un etau, les paumes s'imprimerent dans la chaire, les ongles mordirent et ses dents se planterent dans l'epaule de son mari, etouffant a moitie le hurlement furieux qui lui dechirait les entrailles et sortait de sa gorge. Robert la serra plus fort contre lui, lui caressa les cheveux, la berca.

- Chut, chut. Moi aussi j'ai eu peur. La. Pleure. Tu ne risque plus rien. Je suis la.

Gayette le haissait.


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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.