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La sentinelle du crépuscule: La Dernière Maison Simple

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 4: Nuit d'hiver
(par Blandine Lelièvre, ajouté le 21/12/07 18:40)


Erestor jeta quelques bûches à côté du feu allumé devant la tente des officiers. Il était allé les chercher, avec mille précautions, dans la forêt qui bordait le campement de l’armée en déroute. Mais les Orques étaient encore loin ; Elrond avait forcé l’allure vers le nord, afin de laisser une nuit de repos à ses soldats avant le retour du soleil et des combats.
Comme Gil-Galad l’avait craint, l’aide apportée par Elrond s’était révélée insuffisante face aux armées de Sauron : Celebrimbor avait été tué, et seuls quelques Elfes avaient réussi à rejoindre l’armée d’Elrond. Obéissant à Gil- Galad, le Semi-Elfe avait ordonné le repli de ses troupes ; pressés par les Orques qui les poursuivaient, ils s’étaient dirigés vers les montagnes. Le massacre était proche, mais Sauron avait appris la présence de Varya et Vilya au Lindon. Il avait alors marché vers l’ouest, ne laissant qu’une petite troupe traquer les Elfes, troupe pourtant assez importante pour les écraser jusqu’au dernier en cas d’attaque.
Le Semi-Elfe n’était pas dans la tente ; seuls s’y trouvaient Limtal et Sadorhen, les deux Elfes envoyés par Celebrimbor avant l’attaque de Sauron pour mettre les 3 plus beaux anneaux en sécurité à Eglarest. Ils les avaient confiés à Gil-Galad, puis étaient repartis avec Elrond et son armée, même si la situation leur semblait désespérée en Eregion. Ils installaient leurs affaires et s’interrogeaient sur l’itinéraire du lendemain.
Erestor resserra son manteau autour de lui et se rapprocha du feu. La nuit tombait. Au bout d’un moment, les premières étoiles s’allumèrent au firmament et la lune se leva, faisant scintiller d’un éclat blanc et froid la neige qui recouvrait le sol. On n’entendait dans l’air glacé qu’un doux bourdonnement irrégulier : le murmure des Elfes qui discutaient dans leur tente, finissant de manger avant de prendre un peu de repos.
Des pas firent soudain crisser la neige. Erestor se retourna, mais il savait déjà que c’était Elrond : aucun Elfe, plus léger, n’aurait fait autant de bruit en marchant ! Mais ses soldats lui pardonnaient volontiers ce défaut; c’était un bon chef, avisé et courageux, qui n’abusait jamais de son autorité. Chaque soir, il avait pris l’habitude de se promener dans le camp et de discuter avec les Elfes, afin de connaitre l’état et le moral de ses troupes. De plus, c’était un excellent médecin, enseigné par Gil-Galad lui-même. En cas de blessures graves, les Elfes n’hésitaient jamais à venir le voir. Pourtant, ils murmuraient entre eux depuis qu’il avait ordonné la retraite, car l’idée d’une déroute les humiliait profondément.
Elrond s’arrêta près du feu, aux côtés d’Erestor. Les flammes se reflétaient dans ses yeux gris, éclairant étrangement son visage soucieux et préoccupé. Erestor n’osa pas le questionner.
Après quelques instants de silence, Elrond parla enfin :
-Cette situation ne peut plus durer. Nous fuyons depuis des jours, et à présent les troupes préfèreraient mourir sur place plutôt que montrer leur dos à l’ennemi une fois de plus.
-C’est toi qui nous l’as ordonné, et nous t’avons obéi, répliqua Erestor, tentant de refouler la colère qui montait en lui.
Malgré l’orgueil qu’il partageait avec les troupes, il s’était comme elles soumis à l’ordre de retraite, bien qu’il eût de loin préférer périr au combat).
-Les Orques sont trop nombreux ; à quoi une guerre ouverte nous servirait-elle ? répondit calmement Elrond. J’espérais que l’hiver aurait eu raison d’eux plus vite que de nous. Mais je me suis trompé, car ils ont de nombreux alliés dans cette région, des trolls et des géants qui leur fournissent assez de vivres et de combustibles pour vaincre le froid. A cela, il y a une solution : si nous trouvions un refuge dans un endroit caché et difficile d’accès, nous pourrions résister à un siège jusqu’à l’arrivée de ceux de Númenor.
Erestor avait écouté sans rien dire. Après tout, le Semi-Elfe avait raison : soit ils continuaient à fuir, ce à quoi ils ne pouvaient se résoudre ; soit ils revenaient combattre, et se faisaient tuer jusqu’au dernier ; soit ils résistaient dans un lieu adapté, comme le proposait Elrond.
-Tu as raison, dit-il. Mais sais-tu où nous nous installerons pour faire face à l’ennemi ?
-Je l’ignore encore. C’est pour l’instant ma première préoccupation. Nous devons invoquer la bienveillance toute-puissante des Valar, afin qu’ils nous guident vers un lieu propice ! soupira-t-il en tournant son regard vers l’Ouest. Je pense que les Orques ne se déplaceront plus à présent, persuadés que nous ne passerons pas les montagnes ; ils attendront que, affaiblis par le froid et sans courage, nous soyons faciles à retrouver et à faire disparaitre. Va informer les troupes : dès demain, nous chercherons un endroit où regrouper nos forces.
Erestor le salua avec joie et s’éloigna. Le Semi-Elfe n’avait pas voulu prévenir les soldats avant de soumettre son idée à son second et ami ; c’était une chose de plus qu’Erestor appréciait.

Malgré l’heure tardive, la nouvelle se répandit comme une trainée de poudre ; Elrond le réalisa en écoutant les chuchotements qui circulaient d’une tente à l’autre. Il s’enroula dans sa couverture et se prépara à dormir, comme ses officiers le faisaient déjà. Les Elfes n’aiment pas dormir trop près du sol ; les lits de camp étaient donc constitués de quatre bâtons droits plantés dans le sol, tendant entre eux un rectangle de toile. Une fois plié au fond du sac, ce matériel était léger et peu volumineux, et les soldats pouvaient les emmener partout sans difficulté. Après avoir fait le tour du camp, Erestor rentra dans la tente ,se faufila silencieusement entre les lits et se coucha près de celui de son chef. Tous deux se murmurèrent un bonsoir fatigué et s’endormirent presque aussitôt.
Beaucoup de gens croient que les Elfes ne connaissent pas le sommeil comme nous l’entendons, se contentant de laisser leur esprit errer sur les sentiers des rêves elfiques. Mais en réalité, il leur arrive de dormir véritablement, après un long labeur ou un dur effort physique. Certains prétendent même qu’ils ont le sommeil plus lourd que les Hommes, et qu’il est difficile de réveiller un Elfe endormi ; mais personne n’a jamais pu confirmer ces dires.
Les soldats étaient épuisés, car la journée avait été rude. Peu d’entre eux avaient déjà foulé cette contrée si éloignée d'Eglarest. Chez eux, l’hiver était le frais repos de la nature, la paisible méditation de toute chose ; ici, la morte saison était sauvage, cruelle, prête à arracher la vie par ses griffes gelées. De plus, ils devaient se contenter de l’air rare des montagne, auquel ils n’étaient pas habitués. Hormis les sentinelles, ils dormaient donc tous profondément, et Elrond et Erestor ne faisaient pas exception à cette règle.
Alors qu’il sommeillait, le Semi-Elfe vit soudain, montant de l’est et dépassant la cime des hautes montagnes, une étoile plus brillante que toutes celles qui piquetaient le ciel. Un aigle se dirigea vers elle ; il survola un bois de pins sombres, puis vint se percher sur le haut d’une falaise qui surplombait un gouffre vertigineux. Un torrent bondissait au fond, en cascades d’écume blanche. De l’autre côté, le sol remontait doucement, couvert d’un foisonnant tapis herbeux. Quasiment tout en haut, il y avait un orifice dans la paroi, comme l’entrée d’une grotte. L’aigle s’envola et y pénétra ; après quelques dizaines de mètres dans la galerie, il se retrouva à l’air libre, dans une immense vallée presque plane, encerclée de falaises. Et au milieu, une femme svelte, revêtue de vert et couronnée de fleurs dorées, dansait gracieusement. Sous ses pas, la terre devenait fertile, les fleurs éclosaient et les arbres donnaient du fruit. Elrond ne l’avait jamais vue, mais son cœur lui dicta son nom :Yavanna Kementari, la Valar Reine de la Terre, dont la danse faisait jaillir la vie.
Elrond se réveilla en sursaut. Il sauta à bas de son lit et sortit précipitamment de la tente. Un éclat blanc l’aveugla à moitié : Ëarendil, l’Etoile de l’Espoir, s’était levé sur le camp des Elfes, fidèle aux sentinelles des premières heures de la nuit.
Le Semi-Elfe baissa les yeux ; ils reconnut la forêt de pins de son rêve, mais son regard ne portait pas au-delà. Il bondit en avant, le cœur battant, sans se soucier de l’étonnement des sentinelles qui le virent sortir du camp en toute hâte. Il s’engagea dans le bois sombre. L’épaisse couche d’aiguilles qui recouvrait le sol étouffait le bruit de ses pas tandis qu’il s’enfonçait entre les arbres. Il avait perdu tout notion du temps, se demandant de temps à autre si cette forêt obscure et sans fin n’était pas la suite de son rêve ; il courait, courait sans s’arrêter, et son souffle haletant s’envolait en nuages blancs dans l’air glacé des premières heures du matin. Il voyait l’étoile qui le guidait se rapprocher de plus en plus de l’horizon, tandis que le ciel pâlissait devant lui, prémisse de l’aube toute proche.
Arrivant enfin à la limite des arbres, il ralentit l’allure, n’osant croire à ce qu’il allait découvrir. Il s’avança jusqu’au bord de la corniche et baissa les yeux. La vallée était exactement celle dont il avait rêvé, hormis qu’elle était toute blanchie par la neige des montagnes. Face à lui, le soleil levant teintait la roche de reflets dorés, tandis que l’Etoile pâlissait devant son éclat avant de disparaitre à l’horizon. La falaise du haut de laquelle il se tenait semblait à pic à première vue, mais la roche ressortait par endroits, formant grossièrement un sentier en saillie jusqu’en bas. La rivière était gelée. Le regard d’Elrond se porta devant lui : sur la pente opposée, il vit le large plateau, recouvert de buissons touffus enfouis dans la neige, qui de loin formaient de grosses sphères blanches. Il repéra ensuite l’entrée de la faille qui menait à la vallée voisine, avec une bouffée d’émotion en pensant que Yavanna l’avait bénie.
Etrangement, la vallée était orientée d’ouest en est, presque perpendiculairement à l’orientation de la chaîne de montagnes. Cela lui permettait de recevoir la lumière du soleil jusqu’au lit du torrent. C’était un lieu magnifique, idéal, quasiment imprenable en cas d’attaque et de siège. Elrond murmura un nom, Imladris, la Profonde Vallée de la Faille, puis un chant jaillit de ses lèvres pour remercier Yavanna qui lui offrait ainsi le lieu où il pourrait fonder la Cité-Refuge.

Voir le chapitre 4 sur 14



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.