Je roulai le corps de ma victime sous les arbres. Je lui ôtai son manteau. Et je vis à nouveau son visage. Qui était-il ? D'où venait-il ? Quelqu'un l'attendait sûrement, dans un village proche, ou dans une ville lointaine. Mais il ne reviendrait pas. J'étais puissant, maintenant. J'avais accompli l'acte de pouvoir absolu : prendre la vie. Gratuitement. Enfin, presque gratuitement.
Je suis rapidement revenu près du feu. J'ai lavé le sang tachant le manteau gris au moyen de neige fraîche. J'ai mange le repas de ma victime, pris son arc, ses flèches et sa bourse. Et je suis parti. Très loin. Très vite. Je n'étais plus un enfant, maintemant. Je n'avais plus rien d'un enfant malgré mon jeune âge. Le chemin à travers les montagnes était toujours aussi pénible. mais ma force était différente. Et ma haine du monde plus grande encore.
Se pouvait-il que le mal accompli par moi-même puisse décupler ma haine du monde ? Ce fut le cas. Et, pour la première fois pourtant, je voulus la partager, cette haine. Avec d'autre comme moi. D'autres hommes. D'autres criminels. Pour me prouver que je n'étais pas un monstre. Pour me l'entendre dire. Pour m'entendre dire : j'ai fait pire, ce n'est pas grave. C'est normal.
Mais c'était grave. Ce n'était pas normal. Je n'étais pas un monstre. J'avais agi comme tel. Commis l'irréparable. Je le savais. mais je refusais de le voir. Je me trouvais de fausses excuses. Mais à mes yeux elles étaient vraies.
J'ai erré seul dans les montagnes. Pendant des jours. pendant des mois. Je n'étais pas rongé par le remord. L'acte que j'avais commis m'avait surtout fait connaître un sentiment ignoré jusque là : l'indifférence. A tout ce qui n'était pas moi.
Et, un matin, je les vis sur le bord du chemin. Du chemin descendant vers la plaine. Ils étaient trois. C'étaient des hommes. Et ceux-là me ressemblaient. |
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