Chapitre 40:
Berthe. 2.2.
(par
lambertine, ajouté le 08/07/00 15:47)
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Berthe était née ici. Elle ne connaissait rien du vaste monde, mais le village, ses hameaux, la forêt environnante avaient peu de secrets pour elle. Dire qu’elle s’y sentait en sécurité aurait été exagéré, mais elle n’avait pas peur. Elle ne craignait pas la forêt, ni le froid, ni la neige. Peut-être le Malin ? Elle se signa. La sainte Vierge Marie n’abandonnait jamais les âmes pures, elle en était certaine. Pourquoi alors aurait-elle craint le Diable ? Elle releva le bas de sa robe pour franchir une branche tombée en travers du chemin, réprima un frisson. Non, elle ne craignait pas le froid, ni la forêt, ni la neige, mais elle se serait bien attardée à la ferme des Fonds devant un bol de cidre chaud. Comme le lui avait proposé Baptiste, avant de baisser les yeux devant la grimace désapprobatrice de sa mère. Elle avait compris. Elle avait pris congé. A quoi bon s’imposer ? Elle n’ignorait pas où se trouvait sa place. Et Noël s’en venait. Il lui faudrait préparer la fête. La modeste fête. Du pain bis. Des pommes séchées. Une poule au pot, agrémentée de carottes. Des châtaignes cuites sous la cendre. Elle porterait pour l’occasion la robe de laine bleue offerte par la Gayette à l’automne. Elle était certes loin d’être neuve. Seulement neuve pour elle, et c’était déjà ça. Un bruit dans le lointain, assourdi. Un craquement de branchages. Un animal, sans doute. Peut-être un sanglier. Ou une biche. Ou même un loup, qui sait ? Ils étaient bien nombreux, les loups, en cet hiver glacial. Nombreux, et peu farouches. Menés par un démon, répétait à l’envie le Baron, l’hôte de Dame Valentine. Berthe se signa une nouvelle fois. Ils ne feraient qu’une bouchée d’elle, ces loups affamés. Ceux qui hurlaient à présent, se répondant par-dessus la vallée. La vallée sombre de Sombreval, la bien nommée. Elle s’accrocha aux troncs minces des bouleaux pour descendre vers la rivière. Il aurait été malvenu de glisser, de dévaler la pente jusqu’à l’eau bruissante çà et là recouverte de glace mince. Un peu plus bas, au détour d’un méandre, elle aperçut une silhouette à moitié camouflée par les arbres. Une femme, de toute évidence. Une femme du village. Nulle étrangère ne se serait aventurée dans la forêt et dans la neige, un soir de Noël. Nulle villageoise non plus, à vrai dire. Pas le soir de Noël. Et pas seule. La femme n’était pas seule. Il y avait un homme, du moins Berthe le croyait-elle. Un homme, ou autre chose. Et des loups, derrière eux. Des loups. Une corne de chasse. Dans le lointain. Vers le village. Elle se prit à trembler. Elle avait peur, à présent. Pas des loups, comme elle aurait dû… Elle traversa la rivière à gué, attirée comme un aiment par la femme. Par cet homme inconnu. Par les loups. Une corne de chasse. Et des cris. Le craquement d’une branche sous le poids d’un homme. Derrière elle. Juste derrière elle. Une main sur son épaule. Une main qui la serrait… serrait… Elle voulut crier. Elle ne le put. Une autre main, sur sa bouche, l’en empêchait. - C’est le Diable qui t’envoie, ma jolie, faisait la voix de l’homme. Ou Jésus, ma parole, qui exauce mes vœux. Que Monseigneur aille se faire foutre. Quant à toi… Les lèvres de l’homme lui avaient pris la bouche. Elles goûtaient l’aigre, et la bière bon marché. Elle sentait la nausée lui envahir le corps, tentait de se débattre, en vain. L’homme arrachait ses vêtements, la précipitait sur le sol enneigé, l’écrasait de son poids. L’étouffait. La déchirait. Mal… Noir… Froid… Froid…
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