Vaïn était retombé dans l'inconscience. Mon Seigneur me demanda del'assister, et ainsi donc, je l'aidai à déshabiller le malade, à le frictionner d'eau-de vie, à l'envelopper de couvertures. Puis, il m'ordonna d'aller me changer à mon tour, arguant que j'étais trempé, et que les humains étaient des créatures très sensibles au froid. - Nous avons assez d'un malade !me dit-il d'une voix ecore brisée par l'émotion. Et, tandis que je m'éloignais à la recherche de mon paquetage, il prit Vaïn dans ses bras, et l'attira contre lui avec une tendresse infinie. Tentant, je le crois, de lui communiquer un peu de sa propre vitalité, de ses propres forces. Après m'être changé, je remarquai que des elfes construisaient un abri de branchages. L'un d'entre eux, un grand soldat borgne, s'approcha de moi, une tasse fumante à la main. - Buvez ! me dit-il. Vous grelottez. Je ne m'en étais même pas rendu compte. mais, à présent, je me sentais vraiment gelé. - Je voudrais vous dire... ce que vous avez fait... enfin... Il cherchait ses mots, ému et mal à l'aise. Il me tendit la main. - Merci. Vaïn... c'est mon ami depuis toujours, et sans vous... Je répondis que si j'avais été seul, son ami ne serait plus de ce monde, et que, de toute façon, j'avais simplement été plus rapide à réagir. Il ne voulut rien entendre. - C'est vous qui avez été le chercher. Vous êtes des nôtres, à présent. Je m'appelle Girion. Il me serrait la main à me faire mal. mais cette douleur même était plus douce à mon coeur que le miel.
Je rejoignis mon Seigneur, qui serrait toujours Vaïn, inerte, contre son coeur. - Comment va-t-il ? demandai-je, me doutant de la réponse. - Mal, répondit-il. Il est au plus mal, Morgil. Je l'ai ramené, mais... Il faut qu'il s'accroche, maintenant. Qu'on l'aide à s'accrocher. Toi et moi. Son visage trahissait la plus profonde inquiétude. Il reprit : - Il a besoin de remèdes... Je dois le laisser, trouver des plantes. J'en ai vu certaines, près d'ici, qui pourraient l'aider. Veille sur lui, mon ami. Veille sur lui pendant que je ne puis le faire. - Comment ? demandai-je, désemparé. Que dois-je faire si... si çà ne va pas ? - Soutiens-le, s'il respire mal. Et sois là. Surtout, sois-là. Comme tu l'as été pour moi. je promis. Je me retrouvai seul avec le malade, taindis que mon Seigneur disparaîssait dans la forêt. Je m'assis, posant la tête de Vaïn sur mes genoux. Il ne réagit pas quand je l'entourai de mes bras. Il respirait laborieusement, douloureusement. Je cherchai son pouls. Il était faible, irrégulier. "Vaïn", murmurai-je, "Vaïn. Il parraît que les gens de ton peuple sont d'une résistance sans pareilles. Prouve-le moi, mon vieux. Prouve-le moi." Je pris sa main, flasque et brûlante, et continuai à lui chuchoter des mots d'encouragement qu'il n'entendait sans doute pas. Et que je murmurais autant pour me donner du courage que pour lui en donner à lui.
Après un long moment, je sentis une présence à mes côtés. je levai la tête Garion me dominait de sa haute taille. - On a terminé de construire l'abri, me dit-il. On y a préparé une couche confortable. Vaïn y sera mieux qu'ici. La brume se lève... Il avait raison. Je le laissai soulever son ami dans ses bras, et je le suivis jusqu'à la cabane. Il allongea Vaïn sur une couche d'aiguilles de pin recouverte de couvertures, le borda comme un enfant, et aménagea ensuite un de ces foyers elfiques dont je n'étais toujours pas parvenu à percer le secret. J'avais repris ma place au chevet de mon patient, lorsqu'il se tourna vers moi. - Sauvez-le, fit-il d'une voix brisée, tandis que les larmes ruisselaient sur son visage. Par Elbereth, je vous en supplie, sauvez-le.
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