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Lidec et Erellig

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 43: Souvenirs (1)
(par Stéphanie, ajouté le 10/08/04 10:49)


Sa chambre n'étalait pas de luxe ostentatoire, la pièce dans laquelle ils entraient non plus. Les meubles étaient de qualité, mais de formes simples, en bois de merisier. Un table basse, quatre fauteuils, un grand tapis sur un parquet patiné, et une bibliothèque contenant autant d'objets de décoration que de livres – les livres étant eux-même décoratifs, dans leur couverture de cuir martelé et repoussé, teinte en rouge, jaune, orange ou noir, les couleurs étant alternés comme des perles sur un collier. Simple et agréable. Kennen les fit s'asseoir et se dirigea vers un petit meuble qui contenait des fioles de différentes couleurs. Il en sortit de tous petits verres, de forme légèrement bombée au fond, et sortit deux fioles. L'une d'un vert profond d'esmeralde, qui à la lumière projetait des lueurs jaunes clairs, et l'autre d'un rouge tirant au violine. Des liqueurs qu'il faisait parfois venir de loin, et dans le plus grand des secrets, puisque tout commerce avec les Petits avait été interdit depuis longtemps, leur dit-il.
« Cette liqueur verte, par exemple, vient du Monastère de Trèche, dans le Pays des Plaines... Les moines la font à partir d'une recette qu'ils tiennent secrète, bien entendu, et dont tous les bénéfices de la vente sont mis au service de la communauté, pour l'honneur de la Mère. Car c'est Elle qu'ils honorent, là-bas, et on m'a parlé d'une statuette en bois de chêne qu'ils pensent faite à son effigie, eux qui n'ont jamais vu ni même les Enfants des Eveillés... Mais il faut bien que l'esprit ai des repères tangibles... Mais ils l'honorent richement maintenant, d'or et de pierreries, de parfums riches et de cires lourdes. Je me souviens de leurs débuts... La liqueur avait le même goût – délicieux, sans quoi je ne prendrais pas tous ces risques pour la faire venir – mais le Prieur n'était pas le même. Ils étaient pauvres à l'époque, et l'argent, après avoir servit à réparer la petite chapelle, et refaire les toits de leurs petites maisons, était redistribué aux alentours. Ils vivaient simplement et honoraient la Mère avec plus de grâce, chantant tout le jour sa louange, et murmurant des prières la nuit, nourrissant chaque septaine le bois de la statuette de la cire de leurs ruchers en le patinant de leurs doigts noueux. Maintenant, ils sont bedonnants, leurs cellules sont des palais, leur vêture ferraient pâlir d'envie les rois des Petits, et ils chantent à heures fixes. Mais la liqueur est toujours aussi bonne, même si beaucoup plus chère. La décadence... soupira-t-il.
— Pourquoi continuer à leur en acheter, alors ? Et... enfin, vous vous rendez compte des risques ? s'exclama Deynussian. Si on vous surprenait !
— Chht... J'ai mes secrets... sourit Kennen. Et puis, ça m'amuse de braver les lois à l'insu de tous. Cette bouteille, cela fait un temps indéterminé que j'en ai. J'ai beaucoup de liqueurs, mais je n'en bois que peu. L'autre est de ma composition, mais je ne vous dirai pas ce qu'il y a dedans... Je vous laisse deviner d'abord. »
Et il leur en servit une moitié de verre.
« C'est celle que tu m'avais servie l'autre fois ? demanda Val.
— Non... L'autre était à la fraise des bois. Plus sucrée et moins ronde en bouche. Le parfum n'est pas le même non plus. Là, c'est un mélange, un peu plus difficile à deviner... »
Deynussian, qui avait senti son verre, parla de fruits des bois.
« Il y a de ça, en effet... Lesquels ?
— Framboise ?
— Oui... Et ? »
Elle en goûta, cherchant à reconnaître les saveurs du mélange. Rond, fruité, une légère trace d'amertume...
« Mûre ? Ou...
— Prunelle, déclara Val.
— Prunelle... C'est bien, vous avez du goût. Je vous ferai goûter de la liqueur de Trèche, plus tard. Vous ne pourrez pas trouver quelles plantes ils utilisent, par contre. Il doit bien y en avoir plus de nonante. On retrouve la menthe et la mélisse, mais pour le reste... »
Il s'était assis et dégusta de sa liqueur, semblant l'apprécier comme un met rare.
« Si nous en venions à ce qui nous intéresse ? proposa-t-il après. Raconte-moi, Deynussian.
— Depuis quand ?
— Depuis que tu as appris qui était vraiment le Petit pour qui tu as pris tant de risques. Raconte-moi ça aussi. »
Deynussian reposa son verre et se rapprocha du bord de son fauteuil.
« Et bien... Je vous avais parlé de ce que je voyais dans mon Miroir, n'est-ce-pas ? C'était il y a un cycle. Et vous m'aviez dit que vous-même perceviez des choses semblables dans le vôtre. D'étranges oiseaux au dessus de la Plaine des Mille Forteresses, des Ombres qui marchaient au milieu de Petits, et des rumeurs menaçantes dans les eaux. Ces cauchemars qui me hantaient, de forêts incendiées et de Petits enflammés vifs devant mes yeux, de sang et de cendre. Dans ces rêves je ne pouvais rien faire, j'étais à chaque fois spectatrice d'un massacre qui ne m'atteignait jamais. C'était assez... éprouvant. »
Elle jeta un regard sur Kennen, qui avait hoché la tête.
« Vous m'aviez dit que je vivais probablement, par l'esprit uniquement, ou plutôt à la manière dont nous nous matérialisons, nous autres Cheminants, dans les Clairières, des guerres qui avaient ou qui allaient avoir lieu. Je ne pouvais pas supporter ça. J'avais plutôt le sentiment – je l'ai encore, et plus profond – que ces guerres allaient se produire... Et puis... Je n'en ai parlé à personne encore, à part à Gwerel. Mais... – elle baissa le ton encore – je peux me passer de Ponts. Je n'ai pas besoin d'eux pour accéder aux Chemins du Guide. Je me crée des passerelles qui me suffisent à y accéder à l'insu de tous. C'est assez bizarre, aussi. Je suppose que c'est dû au fait que je suis une Native, je n'ai jamais pu trouvé indiqué, ou que ce soit, cette capacité. J'ai même été fouiller la librairie privée de Nest – j'ai bien failli me faire prendre d'ailleurs – mais rien, pas un mot là-dessus, sur les sensations éprouvées par les Natifs. En fait... Et bien, j'ai comme l'impression de retrouver un endroit dans lequel j'ai déjà existé avant. Je ne comprend pas ce sentiment, mais... Je connais tellement bien les Chemins que je sais où je suis instinctivement, comme si j'y avais déjà erré depuis toute éternité. »
Elle regardait de nouveau son verre, et ne vit pas le sourcil froncé de Kennen, ni les yeux fermés de Val. Ni ne vit leur attention croître soudainement.
« Bref... Quand nous avons abandonné les Petits, nous avons laissé des Veilleurs. Ils sont des relais physiques – on peut les toucher – mais aussi éthérés – ils sont présents sur les Chemins. Normalement, seul le Suivant peut les contacter, car il est le seul à savoir où ils se trouvent, vu qu'il est le seul à connaître tous les Chemins – théoriquement. Ils sont sur une certaine dimension qu'il est normalement le seul à pouvoir atteindre. Bien. Mais moi je peux les trouver et apprendre d'eux sans que Nest ne s'en doute un instant. »
Elle leva de nouveau les yeux vers Kennen, doutant qu'il ne la croit. Mains croisées à hauteur de son menton, il lui fit signe de continuer, peinant à masquer son excitation.
« Je ne m'en suis pas privée. Et j'ai découvert que dans la forêt où vivaient autrefois les Petits dont nous étions les plus proches, il y avait un Petit peu ordinaire. C'est à dire que, d'après le Veilleur, il n'avait pas un esprit normal. D'après le Veilleur, il était deux. Un endormi, et un par dessus qui grandissait. Cela m'a fortement intrigué, et j'ai fait mon enquête. »
Elle soupira, prit de nouveau sa respiration.
« Ma mère est Guérisseuse. C'est l'une des rares à qui il est permis de voyager hors de notre forêt, pour chercher des plantes qui ne poussent pas sous couvert d'arbre. Elle ne me parle pas toujours de ses voyages, mais j'ai découvert qu'il y a cinq cycles environs, elle avait dû s'aventurer plus loin qu'au Pays des Cendres, pour y chercher je ne sais quelle plante rare. Et en revenant de sa quête, avec en sa besace la précieuse plantule, elle est tombée sur une drôle de chasse... »
Kennen et Val étaient suspendu à ses lèvres, n'en pouvant plus d'attention...

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.