Chapitre 46:
Souvenirs (4)
(par
Stéphanie, ajouté le 08/09/04 18:41)
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« Et qu'as-tu fais, quand tu as appris cela ? — Je ne l'ai pas su tout de suite. Ce qui m'est apparu clairement quand j'ai sondé l'esprit-double, c'est que Dunimac était le père de Léofa. Je ne le lui ai pas dit tout de suite. D'abord, parce qu'à ce moment, j'étais trop secouée par cette découverte. Ensuite, il n'aurait pas été capable d'assumer le choc. Et puis, ce n'est pas moi qui lui ai répondu les fois suivantes. Je ne sais pas combien de fois il a essayé de nous contacter, mais je sais que durant l'une d'elle, ce fut Nest qui le rejeta. Ou du moins, il l'aurait rejeté de façon... fatale, si je n'étais pas intervenue. Indirectement, je ne pouvais pas me permettre de le faire autrement. Comme je peux me passer de Pont, j'ai pris un Chemin qui ressemble à celui des rêves pour mettre en garde mon élève, Erellig. J'ai éveillé son inquiétude, et elle a pu détourner l'Entraînement sur elle... Je crains que le choc ne fut très rude pour eux deux, mais je ne pouvais pas faire mieux sans me révéler. Ils s'en sont sortis... et Nest était furieux. Je pense qu'il aurait souhaité se débarrasser une fois pour toutes de cet esprit-double qui démolissait toutes ses belles théories sur la disparition des Karlën. — Vous êtes souvent si radicaux ? — Quand le besoin existe, oui. Ce que les Cheminants ne perçoivent pas, la plupart du temps, c'est que les Petits sont beaucoup moins résistants que nous. Et que ce qui constitue pour nous un simple refus de réponse est pour eux un Echec, automatiquement. — Un Echec ? — C'est ainsi qu'ils l'appellent. Ils n'ont pas de réponse, et le choc en retour de ce refus de notre part est immense. Ils peuvent ne pas y survivre. Il suffit que notre refus soit maladroit, ou trop... négatif, pour que leur esprit se perde, et que leur organisme cesse de fonctionner. — Il va falloir que tu m'expliques un peu plus clairement, là. » Val grimaçait. « Vous êtes assez secrets, avec vos manoeuvres sur les Chemins, et ça me dépasse un peu... — Heu... Hmf, faire simple, dure gageure... Que veux-tu que je t'explique ? — Et bien, ce que tu as appelé Entraînement. Pourquoi les Petits vous appellent, et pourquoi vous pouvez leur imposer un Echec. — Ce ne sont pas tous les Petits qui nous appellent, mais seulement les Adeptes. Des Petits qui ont certaines aptitudes à s'aventurer sur les Chemins pour entrer en contact avec nous. Le Guide avait repéré ces capacités chez quelques uns d'entre eux, et en prévision de notre départ, avait établi quelques places fortes pour permettre des contacts d'esprit à esprit. Ce qu'ils appellent les Clairières Etherées. Des endroits où le contact est favorisé par les persistances des Ponts. Chaque Pont créé laisse une marque sur les Chemins — qu'il est possible de supprimer, c'est même la première chose que je me suis appliquée à apprendre — , une sorte de pierre d'achoppement qui peut servir de repère pour l'établissement d'un Pont futur. Le Suivant peut aussi contrôler, de cette manière, qui va où. Les Clairières sont donc des sortes de catalyseur, où les Adeptes peuvent s'exercer plus facilement. L'utilité de ces Entraînements était au départ de leur fournir des renseignements, des conseils, des avis... Maintenant, notre rôle est très réduit, et le nombre d'Adepte a diminué de beaucoup. Nous continuons à les former, cependant, car cela fait partie de notre Serment, et que mal contrôlées, leurs capacités peuvent faire beaucoup de dégâts. Mais il s'agit plus de les contrôler que de leur être d'un quelconque secours. Du moins pour la plus grande partie des Cheminants, sous la houlette de Nest. A vrai dire — elle grimaça — nous ne sommes que trois, et peut-être quatre, à considérer que les Petits ne sont pas des jouets sur lesquels s’exercer. Trois Aubiers, et le quatrième est un tout jeune qui commence à apprendre, mais j’ai entendu dire qu’il avait du mal avec ces conceptions. Je sais que Nest a morigéné son maître et l’a repris plusieurs fois... » Elle frissonna. Le gamin avait dû sentir passer ces reprises, elle-même en avait subit plus d’une. Et ce n’était franchement pas agréable. « Les Petits, une fois qu’ils maîtrisent mieux leurs capacités, peuvent rentrer en contact avec nous. Ils ne peuvent pas choisir leur interlocuteur, simplement entrer en contact avec le Pont Principal du Louvier, où l’un des nôtres est toujours posté en veille, avec à charge de leur répondre. Ils nous demandent conseil, nous exposent leurs problèmes... De plus en plus, il ne s’agit que de leurs problèmes personnels, alors qu’avant ils s’inquiétaient de leur Cité... C’est pourquoi certains Cheminants, lassés de leurs questions qu’ils jugent oiseuses, leurs dénient toute réponse avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur les Petits. « Pour en revenir à Léofa, donc, j’ai d’abord compris que Dunimac était son père, et dès que j’ai pu lui répondre, je le lui ai dit. Nous en avions discuté avec les Aubiers, et cela nous paraissait la meilleure des solutions. Les Cendrés et leurs Innommables, d’après les Veilleurs, commençait à s’agiter, et d’après ce que j’avais compris, Léofa pouvait être la cause de cette agitation. Ils avaient même attaqué la Cité des Corubiers... Agir devenait urgent. Heureusement, alors que j’étais de veille, j’ai été contactée par la jeune Erellig, mon élève. Elle est très douée : elle a effectué un Entraînement triangulaire, chose presque impossible pour eux, car demandant d’énormes réserves psychiques et un sérieux équilibre mental. Car elle était avec Léofa, et c’est lui qui m’a posé la question. J’avoue avoir encore un peu hésité, mais j’ai fini par le lui dire... Après, la machine était lancée. Nest s’est rendu compte de ce que j’avais fait — je pense qu’il espionnait le Pont du Louvier au moment où je veillais. Après... vous savez mieux que moi ce qui s’est passé au Conseil. Il m’a reniée tout à l’heure. Mon Pont sera brisé ce soir. Et mon Miroir aussi, semble-t-il ». Elle s’était retournée d’un air fataliste vers Kennen. « Non non. Ce n’est pas ton Miroir qui sera brisé. » Il s’était levé, avait reposé son verre à liqueur et débouchait la bouteille de Trèche. « Je vous ressert ? » Erellig resta bouche bée, pendant que Kennen remplissait de nouveau son verre et celui de son frère. |
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