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Lidec et Erellig

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 47: Souvenirs (5)
(par Stéphanie, ajouté le 16/09/04 15:03)


« Pas mon Miroir ? Mais... comment ? Pourquoi ? »
Kennen rangea ses bouteilles et revint s’asseoir. « A moi de raconter une longue histoire. Et comme toi, je ne sais trop par où commencer. Par des généralités, peut-être. Nous ne sommes pas aussi doués que les Ganelën pour lire les destins, si les destins existent. Mais je sais reconnaître quand des évènements isolés filent une trame quand on les mets ensemble. Or, les brins qui semblaient éparses se mettent à faire un tissu serré. J’en ignore le dessin, j’en ignore les couleurs, et je ne sais où il finira. Mais la navette est en train de ravauder les brins ensembles. Un des premiers brins est notre parenté, avec Valérian, et surtout sa capacité à se passer de Miroir. Un deuxième est toi. D’autres encore sont ces Petits, assez extraordinaires, il faut l’avouer. Ensuite, ce que dit mon Miroir. Il y a beaucoup de choses que je ne t’ai pas encore dévoilé. De troublantes coïncidences.
« Le jour de ta naissance, j’ai eu une étrange vision. J’étais en contemplation au Lac de l’Etoile, et soudain, ou petit à petit, je suis entré dans un spectacle étrange, auquel j’étais étranger, spectateur invité à suivre une représentation dont je n’étais pas acteur. L’impression était bizarre, et malgré toute mon expérience, c’était la première fois que j’en faisais l’expérience. J’ai vu l’Etoile au fond du Lac, mais elle ne m’était pas destinée, je le savais. L’image était trouble, le message guère lisible à l’époque, mais l’Etoile battait comme la poitrine d’une femme endormie, lentement, paisiblement, pleinement, comme heureuse du simple fait de reposer. Une forme s’approchait lentement, naturellement, de l’Etoile. Une femme debout, qui se coulait comme une rivière tranquille, et un chant clair semblait résonner depuis les Harpes de Pierres, en réponse au rythme de la respiration de l’Etoile — et j’accordai ma respiration à cette osmose... La forme humaine a dû s’évanouir sans que je ne la vois, ou je me suis assoupi, je ne sais, car un temps indéterminé plus tard, la sensation de paix extrême se dissipa, sans douleur, refluant comme une vague, et l’Etoile n’était plus visible. Les Harpes chantaient toujours, mais pas de la même manière ; il pleuvait, évidement. Je sortis des Cavernes Scintillantes et attrapai froid au retour, puisque je n’avais rien prévu de plus chaud que ma tunique courte et un pantalon fin. J’ai très longtemps gardé cette vision pour moi ; elle me consolait, me réconfortait, me soutenait, mais je finis par la confier à mon épouse. J’avais comme l’impression de n’avoir été qu’invité à une représentation qui n’était pas pour moi. C’est elle qui finit par faire le lien entre ta naissance et ma vision. A cette époque, tu étais entrais juste en apprentissage. C’est une fois que je dis ton nom qu’elle m’arrêta : “Deynussian, tu dis ? Chant de pluie ?” Chant de pluie, oui. Tu étais né un jour pluvieux, tu avais des capacités assez étranges — peu sont à la fois Cheminant-Né et Mirant — tu étais... Oui, né le jour où j’avais pris froid, le jour où j’étais allé méditer au Lac de l’Etoile, le jour où j’avais eu cette étrange vision qui ne m’étais pas destinée. Elle était là pour toi. J’en avais été le spectateur accidentel, mais c’était à toi qu’elle était destinée. »
Il marqua une pause. Deynussian se sentit étrange. La description de la vision de Kennen l’avait troublée... comme un rêve dont elle ne se souviendrait pas, mais qu’elle découvrait avoir fait. Elle objecta pourtant :
« Je ne suis pas la seule à être née ce jour-là. Gwerel aussi. Gwerel aussi, Etoile du matin. Gwerel est Maître de l’Oubli. Ce qui n’est pas fréquent non plus. Ce pourrait... ce pourrait être lui.
— Non. J’en ai la certitude.
— Vous avez dit que la vision était trouble !
— Trouble, mais féminine. Elle était pour toi. Pas pour lui. »
Il la regardait, mais elle ne lui rendit pas son regard, et le laissa continuer.
« J’en ai eu d’autres... preuves, si l’on peut dire. Tes visions dans ton Miroir, par exemple, concordaient souvent aux miennes, et surtout, elles étaient précoces. Tu étais précoce, et cela ne laissait de me surprendre, et de renforcer mes convictions.
« Je t’ai suivie de près, avec l’aide de Valérian. Ton enrôlement aux Aubiers, avec Gwerel, ton apprentissage de Cheminante... Et puis Nest a commencé à inciter le Conseil à se méfier de toi. Jusqu’à maintenant, ce n’était que louanges à ton égard, devant ton caractère exceptionnel, enfin une Worlën qui faisait honneur à notre peuple, et puis Nest à commencé à susurrer que tu pourrais fort bien te retourner contre eux. En quoi je te défendis, et ce jusqu’à maintenant. Jusqu’à ce que tu déclenches la crue, et là, la situation devint assez inconfortable pour moi... »

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.