Chapitre 49:
Souvenirs (7)
(par
Stéphanie, ajouté le 16/10/04 13:22)
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La tension nerveuse, l’alcool qu’elle n’avait pas l’habitude de boire, les évènements qui se précipitaient lui faisait perdre ce contrôle d’elle-même qu’elle s’était imposé dès qu’elle avait fait partie des Aubiers, et elle se sentait prête à fondre en larmes, le désirait même, d’une certaine façon. Val avait peur, elle le savait. Pouvait-il en être autrement ? Briser son Miroir ! Que ce soit son frère qui dusse s’acquitter de la tâche pouvait amoindrir les risques, certes, et de ne pas être exposé à la vindicte du Conseil ni à un autre choc mental auparavant d’autant plus, mais qui pourrait affronter un tel accident sans crainte ? Et pourtant, sans avoir de lien avec elle autre que d’être des Aubiers, sans garantie autre que quelques espoirs ne reposant sur rien, sans contrepartie quelconque à son sacrifice, il lui épargnait la mort, sûre et lente, il lui épargnait la mort la plus terrible — celle où seul le corps s’anime, et où l’âme est détruite, où l’esprit déraisonne, s’enfonce dans la fange pour ne plus s’en désembourber. Pour rien. Et Deynussian ne savait comment réagir face à ce don. Tout en sachant ce qu’elle devait faire. Mais en ignorant comment régler sa dette. « Petite soeur, ils ont raison... Tu dois accepter l’offre qu’ils te font. Ta posture de figure fière et solitaire ne devant rien à personne en prendra un coup, mais cela n’atteindra que ton amour-propre. Refuse, et c’est nous que tu détruiras. Nous : toi, moi, Gwerel et Nrek. — Masran e fan’t ! Cela t’est facile à dire ! — Pas autant que tu le crois... je partage tes capacités, ou plutôt, nous partageons nos capacités réciproques. Ce qui t’atteint me touche aussi. Ce qui t’atteint atteint Gwerel, ce qui m’atteint atteint Nrek. Puisque nous sommes Gestanië. Tu n’as jamais testé la force de ce lien jusqu’à la corde, petite soeur, mais je peux t’assurer que c’est ce qui se passera. Quand l’amour uni tant Ceux-qui-marchent-debout que les Esprits-incarnés qui les protègent, alors tout coup fatal transite entre eux. En détruire un détruit les trois autres. Nest fera d’une pierre quatre coups. — Alors je dois accepter que Val sacrifie sa raison pour sauver ce qui restera de la mienne ? — Nul n’a dit que Val laissera sa raison dans les bris de son Miroir. Nul n’a dit que tu perdras la tienne aussi. Mais oui, tu dois l’accepter. Parce que si je parviendrai sans doute à affronter et absorber une partie du choc pour le Pont, je serai saturée pour le Miroir, et ne te serai plus d’aucune utilité. — Je ne raisonne pas en utilité avec toi, Kalia. — Je le sais, mais les faits sont là. Je pourrai protéger nos deux Rúnie pour le premier choc, pas si un deuxième s’en mêle ; même s’ils sont loin, nous serions trop atteintes pour le contenir. » Elle se tu. Deynussian finit par hocher la tête, insensiblement, comme à ses propres pensées. Et pourtant, elle acceptait de cette manière l’offre de Val. A regret, à reculons, sans ostentation. C’est ainsi qu’ils interprétèrent son mouvement silencieux. Val émis un soupir contenu, et Deynussian n’osa le regarder dans les yeux. Et ne pu s’empêcher de se traiter intérieurement de lâche. « Alors qu’il en soit ainsi, fit Kennen d’une voix douce. Il me reste une chose à... » Un toquement sec se fit entendre. Il se retourna d’un coup vers la fenêtre au côté de sa bibliothèque ; la tête grave d’un corbeau se penchait sur le côté. Kennen ouvrit la fenêtre, et l’oiseau se percha de suite sur son poignet, ouvrant le bec dans un croassement rauque. Il en fit tomber un bout de branche de noisetier. « Krassan ! Qu’y a-t-il encore ! », jura Kennen entre ses dents, le ramassant. Quelques entailles le marquaient, signes dont la signification échappait à Deynussian. « Nhéa ! », jura-t-il encore, mais cette fois sans se contenir. « Nest et quelques soldats rappliquent. Il vous faut partir, comme vous êtes venus. Je paries qu’ils veulent me surveiller... Mais vous venez trop tard, mes agneaux : vous manquez de ressources ! » Une lumière dangereuse flottait dans ses yeux... Celle d’un jouteur face à un adversaire dont il sait l’infériorité, et qu’il se fera un plaisir d’envoyer mordre la poussière à la moindre occasion. Celle d’un escrimeur face à un adversaire haï, qu’il s’empressera de feinter. Deynussian ne remarqua qu’à ce moment-là qu’il était dangereux, terriblement dangereux, pour qui il souhaitait perdre... Et intelligent, remarquablement intelligent... Aurait-il pu rester si longtemps au Conseil s’il n’avait pas su manoeuvrer sa barque en embobinant celles des autres ? Kennen relâcha l’oiseau, sans lui donner la récompense qu’il attendait visiblement, et ferma la fenêtre. Ils se levèrent aussitôt, se dirigeant vers sa chambre. « Une autre chose, Deynussian : tu partiras d’ici ce soir, je suppose ? — J’envisageais même de me soustraire à la sentence, mais je risque de brûler mes cartes... Oui, je partirai... après. » Elle ne pu dire après quoi, mais de toute manière, ils le savaient parfaitement. « C’est plus sage, en effet. Une chose : avant de partir, passe par le Miroir de l’Etoile. — Seule ?! » s’exclama-t-elle, estomaquée. Le Miroir de l’Etoile est réservé au Maître, et seul lui peut décider d’y emmener un disciple suffisamment doué pour soutenir l’épreuve. « Mais... même si vous m’en estimez capable... Enfin, je ne sais dans quel état je serai pour pouvoir... — Tu pourras le faire, parce que je l’ai vu. Ce n’est pas de mon propre chef que je t’y envoie. La requête vient de plus profond. » A ce moment on tambourina à la porte. « Cornebouc ! Ils viennent déjà m’emmouscailler ! Partez, vite, vite... » Il ouvrit lui-même le passage. Les coups sur la porte continuaient, mais il serra tout de même la main de son frère, et donna une brève accolade à Deynussian. « Courage, ma petite, souffla-t-il. Tu as toute ma confiance. Tu réussiras. » Et il la poussa dans le dos. D’un certain point, cela l’arrangeait de ne pas lui faire face... Les yeux lui piquaient. Le mécanisme joua, et ils se retrouvèrent entre deux murs, ayant juste eu le temps d’entendre Kennen crier : « Ma porte n’est pas un tambour, et je ne suis pas sourd ! » « Les verres ! » chuchota Deynussian. « Quoi, les verres ? — Pourvu qu’il pense à les enlever avant d’ouvrir la porte ! Ils verront qu’il n’était pas seul... — Nhéa ! En ce cas.... filons vite, il faut que l’on soit hors du bâtiment avant qu’ils ne se mettent à y roder... » Et ils se mirent à courir le plus silencieusement possible, tentant de ne pas heurter les murs. |
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