Chapitre 5:
Le livre rouge
(par
Celeluwhen, ajouté le 03/08/03 19:51)
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Journal de Seronist 22 Nàrië 3017 du 3e Âge Imladris
Celeluwhen, je l’aime ! Il n’y a qu’elle qui pouvait tomber aussi bien, elle a trouvé exactement ce que je cherchais, et même plus ! Je voulais simplement retrouver une autre version de l’Ainulindalë, car je me souvenais en avoir lue une, il y a de nombreuses années, qui offrait une vision différente, plus ancienne et donc probablement plus proche de la vérité de la création d’Arda. J’ignorais si elle se trouvait ici, à Imladris, ou dans une des nombreuses autres bibliothèques que j’ai visitées. Maintenant, je crois me rappeler qu’elle se trouve en Lothlórien. Peu importe ! Cette chère Celeluwhen m’en a déniché une bien meilleure ! Je me demande comment j’ai pu ne jamais me rendre compte de l’existence de ce livre après tous ces siècles passés à épousseter, classer et réparer chacun des volumes de ma bibliothèque, surtout qu’il était parmi ceux que je venais tout juste de manipuler... Quel distrait je fais !
Tout à l’heure, j’ai feuilleté la miraculeuse trouvaille de ma jeune élève. Sa solide couverture d’un rouge brillant est gravé de lettres dorées annonçant pompeusement son titre ; L’histoire d’Arda complète, détaillée et véritable. Ce doit être le quatrième manuel d’histoire que je connaisse qui porte ce nom, mais celui-ci me semble assez différent de tous ceux que j’ai lus auparavant. Premièrement, contrairement à tous les livres de mes étagères, l’écriture s’étale sur ses pages de façon à ce que la fin des lignes des pages paires soit orientée vers la reliure, et les pages impaires orientées de la même façon, pour que ce soit le début de leurs lignes qui s’approche de la reliure. Pour n’importe quel elfe qui ne saurait pas comment tenir ce livre, trop habitué qu’il serait à nos lignes parallèles à la reliure, les lettres paraîtraient verticales !
Je n’ai pas encore commencé ma lecture en tant que telle, vu que plusieurs mots sont assez difficiles à déchiffrer ; l’écriture manuscrite est très peu soignée, comme si l’auteur n’avait griffonné que pour lui-même, dans un fouillis de notes. Plusieurs commentaires de la même main que le texte figurent en marge. Des ratures barbouillent parfois des pages complètes, et je crois même avoir trouvé la courte frange d’une feuille entière qu’on aurait déchiré. J’ai donc probablement sous les yeux le premier jet d’un des grands historiens de nos temps, écrit en 1951, selon une note hâtive sur la page de garde ! L’âge n’est pas précisé, mais je présume que c’est du troisième âge, le nôtre, dont il est question. Je me trouve donc en possession d’un livre de 1066 ans ! Ce n’est pas le plus vieux de la bibliothèque (celui-là date du début du second âge et a 6423 ans), mais c’est tout de même considérable, et il est si bien conservé qu’il paraît neuf ! Des 27 721 livres qui m’ont été confiés, une demi-douzaine ont plus de cinq mille ans, 28 ont plus de trois mille ans, 564 ont environ un millénaire, 24 892 ont plus d’un siècle et les 2231 autres ont été écrits ce derniers temps, mais aucun d’entre eux n’est aussi beau ! C’est dire si je connais bien chacun de mes chers bébés... Comment ai-je pu ignorer la présence de l’un d’entre eux, ce fameux et mystérieux 27 722e ?
Il me semble que le manuel est composé de deux sections différentes. La première, dont je suis certain d’avoir étudié plusieurs passages (entre autres l’Ainulindalë, bien sûr !), est séparée en cinq parties, la seconde, que je n’ai jamais vue, en six, la plupart divisées en chapitres. Je crois que j’ai une passionnante nuit blanche de lecture en perspective ! Je devrais aller chercher des chandelles aux cuisines avant de commencer ma veillée...
Mais avant, il faut bien que je modère mes emportements littéraires pour penser un peu à Celeluwhen... Tantôt, je me suis exclamé que je l’aime. J’ai écrit cela par excitation, sans vraiment y réfléchir ! Et ce matin, j’avais eu l’intention de l’embrasser, mais à voir son expression surprise et désorientée après que je l’aie seulement enlacée, je me suis contenté de lui sourire tendrement. Mais voyons, ce n’était que sous la forte impulsion de la joie, je ne l’aime pas ! Je n’ai jamais aimé aucune jeune fille, Elfe ou Femme, enlacé que je suis à mes veux millénaires de me vouer corps et âme à la connaissance et de m’attacher à elle pour toujours comme par le lien sacré du mariage, au nom d’Eru, du Premier et d’Ilúvatar. Ainsi, le pauvre Seronist que je suis ne sera jamais seron, si ce n’est de la ist !* Je ne sais même pas ce qu’est aimer, comment pourrais-je savoir tout à coup que je suis amoureux ? De toute façon, même si Celelu est belle, intelligente, douce, talentueuse, gentille, drôle, attentionnée, souriante, adorable, charmante et amicale, elle est beaucoup trop jeune pour moi, puisque j’ai 4221 ans de plus que ses insouciants 17 ans 9comme je peux être porté sur le calcul, ce soir...). Pour elle, je ne suis probablement qu’un vieil hurluberlu qui ne s’attache qu’à ses livres, tandis qu’elle est entourée de jeunes guerriers elfes et hommes qui lui font la cour, l’emmènent chevaucher en croupe de leur fier destrier, la font danser, lui racontent leurs incroyables exploits à l'épée et à l'arc, la raccompagnent à sa chambre, le soir venu, en lui susurrant des mots doux à l’oreille et jouent des sérénades sous sa fenêtre les nuits d’été. En effet, qui suis-je, à côté d’eux ? Tout cela explique peut-être sa réaction si surprise à ma sauvage et incontrôlable impulsion charnelle! Je suppose qu’elle aurait préféré que ce soit Elrohir ou Elladan qui la cajole, peut-être même Erestor, ou encore ce crétin d’Arëglin... Mais non, elle est trop bien pour celui-là ! Et de toute façon, si, par le plus étrange des hasards, j’en venais à l’aimer, je devrais contenir mon affection, puisque sa douce jeunesse, sa beauté infinie et sa vie mortelle sont passagères, elles se flétriront l’une après l’autre dans de trop courtes années. Comme le répète si souvent Maître Elrond à Dame Arwen, «S’attacher à un être mortel implique de s’exposer à la mort, mon enfant». Non pas que j’aie peur de la mort, mais plutôt que j’aie peur d’une vie sans Celeluwhen, du néant, en fait... J’ai écrit que j’ai peur d’une vie sans Celelu ??? Ah, tant pis, je suis absolument sûr que je ne l’aime pas d’amour, et cela me semble bien évident !
Voilà, je suis plongé dans le noir, j’ai trop attendu avant d’aller chercher de nouvelles chandelles. Aïe, je crois que j’ai échappé mon encrier sur la page, je constaterai le dégât tantôt...
*Calembour intraduisible Seron ; amoureux Ist ; connaissance |
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