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La naufragée d'Orient

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 5: (pas de commentaire particulier)
(par Cécile C., ajouté le 26/06/03 22:29)


Lorsque les deux frères eurent rejoint le détachement d’archers, ceux-ci étaient seuls, et aussi déconcertés qu’on avait jamais vu des gens déconcertés dans cette partie d’Arda. Anh Ni, comme toujours, était bien visible au milieu et le soleil se reflétait sur ses habits ; Carangil qui avait craint tout d’abord elle n’ait été enlevée par des Orcs se dit qu’à la réflexion c’était ce qui risquait le moins de lui arriver. Effectivement, lorsqu’un archer voulut bien lui faire son récit, il n’y eut plus aucun doute là-dessus.
Les Orcs les avaient surpris non loin de la frontière, alors qu’ils maraudaient sous les premiers arbres du bois. La garde de la jeune fille n’avait relâché sa vigilance, et l’alerte ne fut pas une surprise ; comme ils voyageaient par le chemin cependant, ils n’avaient pas eu le temps de se mettre à couvert et l’affrontement s’était engagé tout de suite. Les Orcs étaient nombreux, et bien qu’il leur eût fallu davantage d’efforts pour contrer les flèches rapides des Elfes, l’avantage n’était pas revenu immédiatement à ces derniers.
Alors qu’ils pensaient appeler à l’aide, un feu s’était soudain déclenché devant eux, et les ennemis avaient été pris dans un brasier qui les avaient resserrés au milieu du chemin, sans s’étendre aux sous-bois alentours. Avant que les cris se soient tus dans leurs gorges brûlées, le feu s’était éteint. Des Orcs n’était resté qu’un tas de cendres blanches. Anh Ni, ajouta le soldat, avait attendu ce moment pour détourner les yeux.
Pendant que le désordre s’apaisait à grand peine, Anh Ni avait gardé les mains liées et elle cherchait ses amis du regard. Carangil ne se demanda pas si elle aurait pu également faire brûler ses liens. Il lui fut reconnaissant de n’avoir pas bougé et de lui éviter des ennuis futurs ; malgré tout, ce fut au chef des archers qu’il s’adressa. L’autre n’avait aucune idée de ce qui lui avait sauvé la vie.
— C’est pourtant pour ces pouvoirs que la Dame a commandé qu’elle soit emmenée à Mirkwood, dit Carangil une fois qu’il lui eut expliqué. Croyez-vous encore qu’elle soit un danger pour nous ? Vous auriez pu vous retrouver dans la situation des Orcs, ou alors elle vous aurait abandonné et vous auriez eu bien du mal à la retrouver, à supposer seulement que vous vous soyez tirés de l’embuscade, mais voyez ! Elle attend que vous redeveniez ses gardiens.
Il fut très difficile aux soldats de choisir entre l’ingratitude et la désobéissance, assez pour qu’ils décident finalement qu’on ne les avait pas appelés pour prendre ce genre de résolutions et que la Reine pourrait se décider à leur place. Ils annoncèrent donc leur intention de ramener la prisonnière en Lórien, sur quoi ils ramassèrent leurs flèches, bien entendu toujours intactes au milieu du tas de cendres, et prirent le chemin inverse accompagnés des deux frères. Les excuses d’Anh Ni leur parurent leur sembler particulièrement irritantes, mais comme leur honneur dépendait de leur reconnaissance, ils évitèrent de ne pas y répondre.
Ainsi ils atteignirent la demeure de la reine, et les deux frères durent s’arrêter au pied de l’arbre, et il leur fallut attendre plusieurs jours encore avant qu’un messager ne leur transmette l’invitation de la Dame. Lorsqu’ils le suivirent, ils remarquèrent que montait à leur suite un Elfe de leur peuple, mais si bizarrement accoutré qu’ils reconnurent en lui un envoyé du royaume de Thranduil. Dans la grande salle, Anh Ni les attendait toujours, tout à fait libre cette fois, quoique sans doute bon nombre de ceux qui se trouvaient présents se tenaient prêts à l’empêcher de fuir. Elle n’en montrait pas la moindre intention. La Dame la regardait parfois de côté. Carangil soupçonna qu’elle lui en voulait de ne pas la laisser lire dans ses esprits.
— Soyez les bienvenus, dit-elle. Les circonstances sont particulières, mais j’espère que la réunion sera de courte durée.
Tous les Elfes présents devaient l’espérer avec elles, mais ils ne dirent rien. Le roi, présent à ses côtés, salua à son tour l’Elfe de Mirkwood et l’invita à prendre place.
— En ces temps troublés, commença Galadriel, où les pouvoirs de l’Ombre regagnent en force et en noirceur, il nous est plus que jamais nécessaire de fermer notre pays, hormis à quelques alliés dont nous sommes assurés. Nous n’aurions sans doute pas fait exception pour Anh Ni si elle n’avait pas franchi les frontières sans être vue, ce qui aurait déclenché les plus vives inquiétudes si elle n’affirmait pas s’être éveillée dans la forêt même, sans autre souvenir que son nom, et d’avoir marché dans les bois en cherchant à s’en retourner.
« Nos règles cependant ne souffrent pas d’exception. Le dernier fait devrait par ailleurs être le plus alarmant de tous, et nous ne serions pas ici s’il ne s’était produit un événement que je ne saurais encore interpréter en bien ou en mal. Lors que les nôtres conduisaient Anh Ni en Mirkwood, elle a par l’effet d’une magie puissante vaincu un bataillon d’Orcs en maraude, et sauvé la vie de ses gardiens, suite à quoi elle fut ramenée ici, au lieu d’être conduite dans les geôles de Thranduil. De ce fait, je ne saurai me prononcer, ni trancher encore si sa magie est un danger pour nous ou si la loyauté d’Anh Ni ne nous fera jamais aucun doute.
Elle garda un instant le silence. Le messager de Mirkwood crut qu’elle avait achevé ; il se leva alors et s’avança devant elle.
— Si vous voulez m’accorder un instant, ma Dame, dit-il, c’est le roi Thranduil lui-même qui m’envoie aujourd’hui, avec ce message que je dois délivrer.
— Qu’a donc à nous dire Thranduil ? demanda Galadriel.
— Le roi, ma Dame, vous fait mander que Mithrandir le magicien lui a déjà confié un prisonnier, une petite créature malingre et sauvage et qui lui donne le plus grand mal ; et que ses geôles ne sont pas des auberges de village, qu’on y fasse enfermer tous les ennemis des alentours.
Carangil et son frère échangèrent un regard. Ils venaient d’avoir exactement la même pensée : le temps qu’on séjournait d’ordinaire dans les prisons de Mirkwood ne s’accordait guère aux paroles de son roi.
Le messager reprit alors :
— Par ailleurs c’est de nous que l’ennemi est le plus proche, et avec cela seul nous avons fort à faire. Aussi le roi vous prie de bâtir une tour, ou d’enchaîner votre prisonnière à un arbre, et de garder chez vous vos propres menaces.
Le messager s’inclina et regagna le coin de la salle. De tout ce temps Anh Ni n’avait pas bougé ; si elle avait laissé quelqu’un lire dans ses pensées cependant, il aurait simplement su qu’elle était en train de découvrir que parler la langue d’un autre peuple ne suffit pas toujours à le comprendre, et qu’autant d’embarras pour savoir si on enfermerait une personne de leur propre race dans cette forêt ou la forêt voisine au lieu de s’en faire une alliée dans des temps incertain lui paraissait du plus haut ridicule. Elle avait cependant senti que personne ne serait heureux de l’écouter se défendre, et elle gardait les yeux baissés, les mains à plat sur ses genoux.
Quand la reine eut retrouvé quelque chose à dire, elle parla d’une voix plus lasse.
— Eh bien, dites à Thranduil que je n’en prends pas offense et que je lui demande pardon d’avoir voulu abuser de son hospitalité, dit-elle. Il est vrai que des alliés doivent se partager la guerre. Il ne sera pas dit que nous en aurons livré plus que leur part à nos voisins. S’il le désire, Anh Ni restera en Lórien. Et puisque Carangil a bien voulu lui offrir ses soins, il devra répondre d’elle, jusqu’à son départ.
Carangil s’inclina dans le doute. Pour la première fois, la reine se tourna vers Anh Ni.
— Considérez à présent que vous êtes libre, si vous ne tentez pas de vous enfuir de Lórien, dit-elle. Carangil et son frère seront tenus responsables de vos allées et venues. Si le pays est attaqué, vous combattrez avec nous, ou notre bienveillance vous sera impossible à regagner.
Sur quoi s’acheva la séance de délibération la plus brève de toute l’histoire des Elfes.

Voir le chapitre 5 sur 8



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.