Chapitre 5:
La Mémoire de Baran (2)
(par
Stéphanie, ajouté le 03/07/03 17:38)
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« Je revenais d’une mission d’espionnage aux alentours de Noirchâteau. J’avais pu rencontrer Abeneg et j’avais suffisamment d’informations pour cette mission. Je m’étais engagé dans le Bois-Solitaire quand je tombai sur des traces de poursuite. Impossible de se tromper sur leur nature, elles étaient flagrantes. Je pris mes précautions, sortis mon arme et les suivis. Elles étaient encore fraîches, et au soir, j’atteignis le campement des traqueurs. Des Cendrés. A voir leur tête, ils avaient du perdre leur piste. Je leur ai évité la peine de devoir en rendre compte à leurs supérieurs, et leur ai sans doute épargné la torture par la même occasion. Puis je me suis mis en quête de l’objet de leurs recherches. A ce que j’avais entendu de leurs discussions, une femme et son enfant. J’ai fini par les trouver. La mère était morte, d’épuisement sans doute. Les Cendrés sont bons traqueurs, et j’ai été émerveillé par le fait qu’elle ai pu se soustraire à eux. Mais le bébé était simplement endormi dans ses bras. Je l’en ai extrait doucement et l’ai mis dans ma cape. Je devais en savoir plus sur la jeune femme. Elle était plutôt petite, le teint hâlé et le corps marqué par un travail incessant. Elle portait la marque des esclaves de Noirchâteau. Cependant, ses vêtements, même salis et déchirés par sa course, étaient de bonne facture. Elle portait une chaînette autour du coup, avec un pendentif en jade, mais rien d’autres comme objet personnel. Dans sa besace, elle n’avait que quelques vivres, fruits secs et viande boucanée. J’ai pris la chaîne pour la donner au petit, et ai enterré la femme en récitant le Chant du Grand Voyage. J’ai juré sur sa tombe de protéger son fils et de l’élever comme s’il était le mien.
Le reste de mon retour, il ne s’est rien passé de grave. J’ai eu peur, une nuit, en voyant s’approcher une louve de mon campement. Mais elle s’est simplement approché du petit, que j’avais nommé Lidec, l’a sentie et lui a léché le visage. Lui s’est éveillé, mais n’a pas eu peur. Il n’a pleuré que quand la louve est partie. Le lendemain, je me suis arrêté à une ferme isolée, et ai demandé du lait pour le gamin. La femme, méfiante, m’en a donné, mais sans grande grâce. En me retournant, j’ai compris pourquoi : la louve était sur le chemin, nous regardant. La fermière a dû penser que j’étais un Meneu qui aurait pu demander à ses loups d’attaquer le troupeau. Je n’ai rien fait pour l’en dissuader. L’essentiel était que le petit ai autre chose à boire que du jus de baies sauvages et de l’eau.
La louve nous a suivit pendant quelques jours, avant de disparaître une nuit. Nous avions dû quitter son territoire. Mais elle avait chassé pour nous, de façon à ce que je n’ai pas à abandonner trop longtemps Lidec. J’avais suffisamment de viande pour finir mon voyage sans avoir à chasser.
Voilà tout ; je ne sais rien de plus. »
Erellig soupira ; elle avait suivi le récit sans passion, pour l’avoir tant et tant écouté, cherchant un quelconque indice, sans en trouver aucun.
« Il te faudra demander aux Ethérés. - Lidec refuseras. - Convainc-le. J’ai dans l’idée qu’il devient nécessaire qu’il sache maintenant qui est son père. - Et moi que s’il l’apprend, il risque de ne pas s’en remettre. Et s’il était un enfant artefactiel ? Abeneg a dit que les Saigneurs savaient le faire. - C’est un risque à courir. Dis-lui que c’est moi qui t’ai conseillé de t’adresser aux Ethérés. »
Dubitative, Erellig salua Baran et sortit. Convaincre Lidec lui semblait l’épreuve la plus difficile à surmonter.
Comme elle se retourna une dernière fois avant de redescendre, elle vit que la Mémoire de Baran s’était déjà endormie. Le soleil maintenant haut dans le ciel miroitait sur les Pierres de la Salle, renvoyant des reflets doux couleur d’ambre et de feuille morte sur les branches du Corubier.
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