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Bad Trip en Faerie

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 5: VI.
(par Gurth, ajouté le 01/12/04 18:04)


Not-at-all legal girl
almost nude
in white sockets
w/ enigmatic smile

Listening Morrison & Alcohol
Princess of Nothing (Void & Ether)
– nonetheless –
still a princess
w/ diadems & dresses

Innocent smile
perverse body
Whore's feet
child's eyes


À nouveau au milieu des livres, je regarde l’épée. Depuis Hastings, elle est brisée, et sur le tronçon on lit seulement Fingall M.. Arme sauvage et non perverse, si peu de notre monde.
Il n’y a rien de plus humain qu’un combat à l’arme blanche. Nous avons su compenser nos infériorités physiques, qui rendaient nos luttes pataudes et simiesques! La lame… Elle tranche là où nous arrachions, elle perce là où nous brisions. Elle décuple la souffrance, car la blessure s’ouvre sous les coups d’un corps étranger à l’Homme! La finesse de la coupure, la netteté de l’entaille, tout cela dans une pluie de sang! Le sang est liée à l’épée plus que tout autre arme. Nos poings faisaient de la bouillie, les balles brûleront! Mais le contondant fait jaillir l’hémoglobine avec une intimité terrifiante.
Quand l’ennemi s’approche pour vous achever d’une balle, la tension se relâche, la douleur s’estompe. La mort sera immédiate et indolore. Et l’autre est si loin de vous! Mais lorsqu’il vient vers vous, épée en main, vous comptez les pas, bientôt son souffle vivant est sur vous, il vous empoigne et enfonce jusqu’à la garde l’objet redouté dans un craquement sinistre. La douleur est intense, et la mort encore loin.
Une blessure se reçoit, mais s’inflige également. Sentir la chair qui s’ouvre sous votre lame, être éclaboussé du sang de son ennemi. Lire la peur dans un regard, l’entendre en écho dans un cri… Se sentir tout-puissant, invincible, un fauve. Aphrodisiaque et pleinement syphilitique.

Ma sœur frappe à la porte, like she did one thousand times before. Elle entre doucement, m’embrasse sur le front, et pose l’épée un peu plus loin. Je laisse tomber mon bras nu, et elle me fait l’injection. J’entends l’aspirine s’agiter dans le verre, et sa main me soutient le menton pendant qu’elle m’aide à boire.
Je repense aux jours précédents. Toutes ces rencontres insupportables! J’abhorre ces gens à la dérive, ces révoltés, qui soupirent sur le monde ou leur vie. Ne comprennent-ils pas que tout cela n’a pas d’importance… il faut traverser les millénaires, pas se sentir bien dans le siècle de sa naissance!

« Qu’est-ce que tu dis, Fingall?
– Rien… Comment va Octobre?
– Toujours aussi resplendissant.
– Ses pupilles sont inégales, irrégulières, atrophiées et dépigmentées…
– Changement soudain de personnalité, comportement extravagant, euphorie!
– Dépression, épilepsie, tremblements de la lèvre et de la langue!
– O saint Fingall’s sane prayer… he-e !
– Automne sanglant… Tout va bien, petite sœur.»

Je caresse doucement ses cheveux. Notre amour est décharné, sans sécrétions, une passion de bouts de doigts tremblants, atrophiée et anémique. Sans doute dépérira t-elle aussi, ou alors elle continuera à nourrir mon corps jusqu’à sa décomposition totale.
Les jours pluvieux passent lentement, entre quintes de toux orageuses et éclaircies d’un bleu flotteux d’aquarelle. De temps à autre, je jette un livre au feu, qui gémit à peine avant de disparaître. Les flammes ne réchauffent rien dans le froid humide de l’automne, pas plus qu’une main ou un souffle.
Il fait jour jamais, et nuit à quatre heures, le soleil est si pâle et lointain! Ce n’est qu’une étoile parmi des milliards d’autres, blanche et glaciale. Seules les feuilles brillent un peu, avant d’aller macérer dans la boue. La fête des Morts approche et les scorpions s’éveillent entre les momies.
Je rêve encore. Je suis Alice et j’avance tranquillement sur le chemin. Fingall O’Flahertie est Alice, je ne me lasse pas de regarder mes nouvelles mains et de les passer dans mes cheveux. Je ne suis plus fatigué, malade ou pourri, mon sang est pur et plein de fraîcheur; rien n’est sale dans un corps de petite fille. Il y a un croisement, et princesse Névrose Nécrosée est là.

« Bonjour Alice, enfin, Fingall O’Flahertie ! Toujours aussi ridicule; tu ne comptes pas mourir comme ça? grince Nécrose Névrosée.
– J’y pensais.
– Toujours ton histoire de robe blanche, ruban, dentelle et autres tresses, hein?
– Laisse moi, Névrose.
– Te laisser refuser son destin? Jamais! Ecoute Fingall, je sais que tu vas bientôt écrire une œuvre magistrale! Quelque chose comme Finnegan’s Wake ou Satiricon!
– Je veux juste disparaître. Emanation délètere du néant, mort vivant qui marche, mon passage ici aura été parfaitement imperceptible…
– Mais après il n’y a rien! Si tu ne laisses rien ici, alors, tu ne seras plus du tout.
– Qui sait?
– Moi ! C’est ta seule chance Fingall !»

Mais je n’écoute plus, et la supplique de princesse Nécrose Névrosée résonne longtemps : angels dance and angels die.

Voir le chapitre 5 sur 6



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.