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Celui qui hantait la forêt...

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 5: Enchantement
(par Ronan Mackowski, ajouté le 27/03/02 18:07)


Ce jour-là, comme les jours suivants, je continuai à m’enfoncer à l’intérieur de la forêt, mais sans plus rencontrer aucune trace de mon mystérieux poursuivant. Au lieu de cela, je percevais autour de moi la vie contrastée qui habitait les arbres, le lent bouillonnement de la sève que je sentais parfois sourdement s’écouler le long de l’écorce en y posant la main, le bruissement des feuilles et des rameaux qui peuplait mes oreilles d’échos familiers ; mais il y avait aussi tout ce qui fait l’animation d’une forêt en temps normal : le mouvement discret, à la limite de l’imperceptible, du renard ou du daim sauvages dont frissonnaient les buissons environnants, le merle qui captivait mon oreille de son chant agressif et joyeux…
Toutes ces merveilles trop vite entr’aperçues (et dont la nostalgie hantait irrémédiablement mon esprit dès que je les avait quittées) occasionnaient maintes haltes méditatives dans ma progression, parfois pénible, parfois rendue plus aisée lorsqu’au milieu de la dense étendue de verdure s’ouvrait de temps à autre une trouée, presque une clairière, où l’herbe poussait abondante.

Dans cette excitation quasi-panthéiste où chaque sensation parvenait à saisir plusieurs sens à la fois, -comme si des correspondances mystérieuses pouvaient s'établir entre l’ouïe et la vue, ou le toucher -, et où le moindre rai de lumière qui réussissait à se faufiler sous l’épais dais de branches et de rameaux entrelacés, qui procurait parfois une atmosphère de ténèbres plus épaisses que la nuit (quand bien même le milieu de la journée eût-il été atteint ou dépassé), évoquait des mondes plus anciens que le soleil, je n’arrivais pas à garder une conscience claire de l’écoulement du temps.
Mais d’autres éléments pouvaient m’apporter une indication, sinon précise, du moins assez fiable pour me permettre de juger de mon avancée. De fait, au fur et à mesure que je sentais la dénivellation générale du sol augmenter, je remarquais un subtil changement dans les essences des arbres, l’intrusion de plus en plus insistante de bouquets de bouleaux au milieu des massifs plus sombres de chênes et de frênes qui avaient jusque là dominé le paysage, comme si le passage vers une nature différente, plus montagneuse et plus difficile, s’effectuait par l’entremise de cette présence plus fréquente, comme l’annonce probable d’un changement de saison.

Mais en ces moments de contemplation bénis, comme je m'empressais alors d'oublier mon frère! Quand je m'en apercevais, c'est avec amertume que je blâmais cette indifférence comme la marque d'un esprit prompt à satisfaire les passions égoïstes de son âme au détriment des souffrances que pouvaient endurer les personnes qui m'étaient le plus chères.
Et pourtant, cela me déchirait le coeur que de délaisser, ne fût-ce qu'un instant, ces magnifiques paysages pour poursuivre mon errance, je m'en rendais compte à présent, sans but réel.

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.