Chapitre 52:
Jour de pluie (1)
(par
Stéphanie, ajouté le 05/02/05 21:38)
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Elle se réveilla avec la sensation d'être au printemps. Les oreilles prêtent à entendre les oiseaux, à saisir le bourdonnement lourd des abeilles, le bruissement des bourgeons éclatés... En lieu et place, ce fut le martèlement discret et têtu d'une pluie lourde. L'envie subite la pris de s'en retourner sous ses couvertures, avant qu'elle ne remarque qu'elle n'était pas dans son lit, mais sous une tente. Et que les souvenirs lui reviennent. Bizarrement, ils s'arrêtaient à la menace du Furtif. Elle ne se souvenait pas de plus loin. Ce qui la fit rire, avant qu'elle ne s'en étonne : « Me voilà toute guête, va-t'en voir qu'il n'y ai pas de neige dans l'air ! »... Et pour s'en assurer, elle s'arma de courage et fourragea dans ses affaires pour en sortir un lainage supplémentaire et sa pèlerine encombrante mais imperméable. Puis enfila ses bottes. Vérifia être bien couverte. Et sortit enfin. Pas de neige dans l'air, mais elle retient tout de même un pouffement de rire en voyant les chevaux allonger un museau piteux vers elle en l'entendant. Les pauvres bêtes n'avaient pas d'abri, et l'une henni tristement. Impossible de se fier au soleil pour avoir l'heure, ni à la lumière du jour. Mais comme elle n'avait pas envie de rentrer pour ressortir réveiller les autres, elle secoua la première tente qu'elle avait sous la main. Aux grognements, elle reconnu Lidec. « Lidec, debout ! C'est le matin. — Matin, matin... t'en as de bonnes, toi ! Apparement tu es en pleine forme. Tu es sûre que le jour s'est levé ? J'ai l'impression de n'avoir dormit que trois heures. — Pourquoi je te réveillerais sinon ? Allez, au petit déjeuner ! J'ai une faim de loup, moi. — De loup ou de Worlën ? — De quoi ?! Bon sang, faudra penser un jour à mettre un auvent à ces tentes, je suis en train de me détremper... Je n'ai pas bien entendu, avec le bruit de pluie. De quoi tu parles ? — De Worlën. Attends, je m'habille, et je te raconte après. Ça ne te dit rien rien ? — Du tout. Mais y'a un truc de bizarre : je ne me souviens de rien après que Tadocan ai parlé du Furtif... Juste d'avoir eu l'impression d'être effleurée par un Ethéré. Ah, si ! D'un chemin de flamme. Tu sais, un peu comme dans la Clairière. J'ai marché dessus, mais je n'arrive pas à aller plus loin... Je ne me rappelle même pas comment on est arrivé là. — C'est du joli... Réveille les autres, il n'y a pas de raison. » Elle s'acquitta du travail et bientôt quatre hommes regardaient, aussi piteux que leur chevaux, les nuages s'épancher. C'en fut trop pour Erellig qui fut prise d'une crise de fou rire, à laquelle les autres ne comprirent rien. « Il flotte comme pas deux et ça te fait rire ! Moi qui rêvait d'une tasse fumante où tremper un quignon sec... » maugréa Lidec. « C'est raté pour les deux... suffit de le sortir, ton quignon, pour qu'il se liquéfie, se moqua Areg. — Hourra... On ne va même pas pouvoir déjeuner au sec avec ce sale temps. Tu aurais pu nous laisser dormir, Erellig ! On n'a pas eu droit à ton traitement de choc, nous. — Quel traitement de choc ? Décide-toi, frangin, je ne comprend rien à ce que tu racontes depuis tout à l'heure ! — Tu veux dire que tu ne te souviens de rien ?! Ah ça, c'est extraordinaire ! » Areg avait l'air estomaqué. « De rien du tout ? — Bon, pour information, Tadocan a parlé hier d'un Furtif. Gerc nous a conseillé de nous tenir sur nos gardes. J'ai senti comme un contact de la part d'un Ethéré... Je me suis sentie bizarre, comme si j'étais isolée de vous par une brume qui buvait son et couleurs. Et puis j'ai vu le chemin de flammes. C'était un peu comme dans la Clairière, mais blanc... — Là c'est moi qui n'y comprend rien, la coupa Tadocan. Qu'est-ce que le chemin de flammes ? — A vrai dire, je le nomme comme ça, mais c'est le seul nom qu'il me vient. Ça ressemblait un peu à ce que les Adeptes voient dans la Clairière, des rubans de lumière, sauf que là tout était blanc. Je me souviens m'y être déplacée. J'avançais vers quelque chose qui semblait attirer les flammèches, et puis... » Elle baissa la tête, fronçant des sourcils. « Je crois... si, quelque chose à bondit sur ma droite, et... je suis tombée ? Peut-être. Plus loin, j'ai beau chercher, rien ne me vient en mémoire. » Les autres se regardèrent, intrigués. « Et bien, commença Lidec, tu as tenté un Entraînement. Apparemment, la Worlën a voulu t'attirer pour t'avertir, et... — Ça fait deux fois que tu me parles de Worlën et je ne sais toujours pas ce que c'est, Lidec. — Fichue pluie. La prochaine fois on met les tentes en triangle. Viens t'asseoir, plutôt que de te tremper dehors. Attend, on enlève nos affaires... » Tadocan et lui repoussèrent leurs sacs au fond et Erellig essaya de se secouer de la pluie avant de rentrer, se cala dans un coin, et fit pester Tadocan en l'effleurant de sa pèlerine détrempée. « Mes excuses... Alors, raconte. — Bon, alors. Je fais dans l'ordre. Tu as tenté un Entraînement. C'était bien une Ethérée qui te contactait. Mais tu as Echoué. Enfin... On va dire. Je m'en suis rendu compte, et pendant que Areg et Gerc cherchaient un coin où nous pourrions faire halte — ici même —, je t'ai soigné avec le remède habituel. Après on a pu faire un feu, mais tu étais toujours dans un état lamentable, et même le remède n'avait pas grand effet. Alors Areg a pris sa lyre et a commencé le Dit de la Mère Eternelle. Il ne l'a jamais finit. Y'a un truc qui nous a flanqué la frousse avant. Qui a finit le Dit à sa place. En clair, c'était une Ethérée, une Worlën, et le Furtif qui nous pistait. » Erellig fit une drôle de tête. « Très clair en effet. Une Ethérée qui normalement ne vient que dans une Clairière et est intangible, d'où son nom, une Worlën que je ne sais toujours pas ce que c'est, et le Furtif qui nous a suivit pendant une journée. En plus explicite ? — Elle a confirmé les trois. C'était... elle était un peu humaine, si tu veux, mais plus grande que nous. Et couverte d'une fourrure gris-bleu. Enfin, ce n'était pas sa peau, hein, mais une pelisse. Elle avait les mains tatouées et la joue gauche aussi. D'abord, Tadocan nous a dit que c'était le Furtif. Après, je ne sais comment, Areg l'a reconnue comme une Worlën, tu sais, ces Hommes-Loups dans les histoires. Et puis c'est à ses yeux que j'ai reconnu une Ethérée. Elle avait le même regard. Et elle savait que tu étais une Adepte. Elle t'a soignée en chantant le Dit, mais comme les Guérisseurs devaient le faire au début, parce que c'était vraiment un chant magique. C'était vraiment... extraordinaire, de sentir ça. On était ramené aux tous premiers temps, tous premiers, quand rien n'existait d'autre que la Mère Eternelle, mais ramenés physiquement, si tu veux. Il n'y avait vraiment rien autour de nous. D'ailleurs, on ne se voyait même pas. C'était comme si nous n'étions que des esprits invisibles transportés à cette époque. Je me suis senti... complètement apaisé, après. Mais ensuite, elle ne l'a chanté que pour toi, et on est revenu là. Après, elle nous a donné quelques explications. Elle nous a dit qu'elle avait essayé de te contacter, parce qu'on a des Cendrés aux trousses. Mais elle a dû te faire Echouer, parce que tu allais la faire repérer, je ne sais pas pourquoi, parce qu'ils ont un Innommable avec eux. Et il va falloir atteindre au plus vite le Dévers, des Brise-Ténèbres nous y attendent. Elle nous suivra de loin, au cas où les Cendrés nous rattrapent. Après, elle nous a dit qu'elle veillerait, et on a monté les tentes, et dormit. Elle a dû partir au petit matin. Voilà en gros. On te racontera mieux en chemin, mais il va falloir lever le camp. Avec un peu de chance, la pluie va les gêner autant que nous. Ça va ? — Un peu dur à assimiler, mais... J'aurai des questions. Bon, la pluie n'a pas l'air de vouloir s'en aller... Si je comprend bien, il va falloir remballer sous la flotte, ça va être très drôle. Or courage, compagnons ! Le pire est à venir ! Mais d'abord je mange... » Elle se leva, rabattit sa capuche sur la tête, et retourna à sa tente. Finalement, déjeuner seule allait lui permettre de mieux intégrer tout ça... Une Ethérée tangible, une Worlën des légendes, et une Furtive... Beaucoup pour un seul être. Elle entendit les pans des autres tentes se refermer... Ils avaient raison, la pluie s'infiltrait de partout... Elle avait le bas du pantalon déjà détrempé. |
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