Chapitre 57:
Retour à Menegroth
(par
michele huwart, ajouté le 24/02/05 13:51)
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J’avais retrouvé avec plaisir ma petite chambre de Menegroth. Et avec délices les voluptés de l’étuve. J’avais eu chaud au cœur en entrant dans la salle des gardes, où j’avais été accueilli non plus comme un étranger, mais comme un frère d’armes. Pour les soldats du roi Thingol, j’étais maintenant une personne digne de confiance. Et même s’ils se moquaient gentiment de ma nullité aux jeux de cartes, ou, réminiscence de mon premier séjour, de l’incapacité de ceux ce mon peuple à tenir l’alcool, ils me faisaient plutôt part d’une certaine admiration. Admiration ! Je me demandais bien pourquoi. Je n’avais rien fait de particulier… Seulement apprendre les rudiments de ma profession future. Très souvent, je rejoignais Vaïn dans ce qui avait été son atelier. Ce m’était un crève-cœur, parfois, de le voir caresser ses métiers à tisser avec une tendresse nostalgique. J’aurais voulu l’entraîner au loin, lui dire que, non, la vie, la très longue vie qui se profilait devant lui n’était pas perdue. Qu’il ne servait à rien de ne penser qu’au passé. Mais de quel droit lui aurais-je fait la morale ? Il s’agissait de sa vie, de son chagrin. Et j’étais bien le dernier à pouvoir comprendre ce que mon ami ressentait. Son passé à lui avait été heureux. Il avait travaillé avec passion, et était devenu un maître-artisan. Mon passé à moi…. Mon passé à moi, comment aurais-je pu le regretter ? Il n’était qu’une suite de mépris et de crimes. Morgil-le-bâtard. Morgil-l’esclave. Morgil-l’assassin… - Les tiens sont d’habiles artisans. Tu devrais, suggérai-je un matin à mon ami, demander à un menuisier de concevoir un métier qui ne nécéssiterait qu’une seule main. Je suis sûr que… Il m’interrompit. Sans brusquerie, mais fermement. - Non. Non, Morgil. Je sais très bien que ce serait possible. Et qu’au fil des années, je pourrais apprendre à l’utiliser. Mais… Il ouvrit un coffre délicatement sculpté, en sortit une étoffe arachnéenne. Splendide. Plus que splendide. - …je pourrais sans doute retravailler, mais jamais je n’atteindrai plus la qualité… la qualité d’ »avant ». je ne veux pas fabriquer de l’étoffe de second choix. Je ne veux pas que l’on vienne se fournir chez moi par pitié, pour me faire plaisir. C’est sans doute de l’orgueil de ma part, mais… non. Il me faut trouver autre chose… autre chose ! Il sortit de la pièce, revint bientôt avec une carafe de vin. Il me demanda de faire le service. Alors nous avons bu. Trinqué au passé et à l’avenir. Mon avenir. Son avenir. Peu importait. Bientôt nous allions nous séparer. Sans doute, à jamais. Et recommencer chacun une vie nouvelle…
Je ne vis que très peu mon Seigneur à Menegroth. Non qu’il m’évitât. Au contraire ! mais je me sentais un intrus lorsqu’il rejoignait Nellas pour de longues promenades en forêt. Et je préférais donc décliner ses invitations à les accompagner. Je crois qu’il m’en sût gré. J’évitais, lors de nos rares rencontres, de lui réitérer ma demande de l’accompagner. Même si ma crainte grandissait de jour en jour. Crainte de ma propre solitude, certes, mais surtout, crainte d’autre chose, que je ne pouvais exprimer, et que je gardais au fonds de mon cœur. Je ne m’en ouvris à personne, pas même à Maïn, même si je confiai à mon ami mon désir de suivre mon Seigneur jusqu’au bout du monde. Et, aussi, une question qui, de temps à autre, me taraudait l’esprit. - Crois-tu qu’il en ait assez de ma présence ? Sur quoi, il se mit à rire. - Arrête un peu, Morgil ! S’il agit comme il le fait, c’est pour de toutes autres raisons, et tu le sais. - Parce qu’il n’a pas confiance en moi ? hasardai-je. - Parce qu’il a confiance en toi. Sans doute plus qu’en Turin. Dans le cas contraire, t’enverrait-il, seul, vers les tiens ? Je dus reconnaître qu’il avait raison.
Et vint le temps des adieux.
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