Nous nous dîmes adieu dans un petit matin glacial. Brièvement. Sans trémolos dans la voix. J’avais le cœur trop serré pour çà, et, il me plaît de le croire, mon Seigneur également. Lorsque j’eus tourné les talons, pour tant, il me rappela..
Il avait détaché de sa ceinture un étui de cuir, dans lequel se trouvait un poignard à la garde niellée d’or. Il me le tendit avec un sourire triste. - Tiens. Cà pourra t’être utile, sans doute. Je le tiens de mon père. Cà me fait plaisir de te l’offrir. Pour la première fois depuis notre rencontre, je mis genoux en terre devant lui. Comme pour quémander une bénédiction. Le genre de bénédiction que donnent les pères à leurs fils. Et qu’il me donna, ce matin-là.
Et je me retrouvai seul, physiquement seul, pour la première fois depuis bien des années.
Au début, mes par furent hésitants. Puis, je pris mon courage à deux mains, et pris la direction du Brethil. Tandis que l’hiver se faisait de plus en plus glacial.
Je n’étais jamais entré dans une auberge. Sauf une seule fois. Pour dévaliser l’aubergiste et ses quelques clients. Je tâtai la bourse que m’avais donnée la Reine. Je pris ma respiration, et franchis le seuil, m’attendant à être dévisagé comme une bête curieuse. Moi, l’ancien hors-la-loi… Et ce fut ce qui se passa. Je m’approchai pourtant de l’aubergiste. Osai lui demander une chambre. Ajoutant que j’avais largement de quoi la payer. Il m’inspecta des pieds à la tête. Fronça les sourcils. Puis se fit grave. - Vous êtes, me dit-il, soupçonneux, vêtu à la façon d’un seigneur Elfe. Et vous n’êtes ni l’un, ni l’autre. - Je ne suis, reconnus-je, et qu’aurais-je pu faire d’autre, pas un seigneur. Et encore moins un Elfe. Je ne suis qu’un bâtard de Dor Lomin. Un ancien hors la loi. Qu’un grand seigneur de Doriath a pris sous son aile. Et qui cherche aujourd’hui un apprentissage de guérisseur. L’aubergiste fut surpris de ma réponse. Il hésita un instant, avant de demander : - De guérisseur ? Pourquoi ? - Mon Seigneur, répondis-je, m’a enseigné les rudiments de l’art de guérir. Mais je n’ai eu à soigner jusqu’ici que des blessures de guerre, ou presque… Mon Seigneur prétendais que j’étais doué, pour m’occuper des autres. J’avais difficile à la croire. Mais c’est tout ce que je sais à peu près faire, à part me comporter comme un voleur. J’avais parlé d’une traite, comme pour me justifier. Etonné, l’aubergiste me dévisagea avec encore plus d’insistance, puis éclata de rire. - Pensiez-vous que nous vous prenions pour un brigand ? me demanda-t-il, comme si j’avais été dupe. Allons, Messire ! Je vous fais immédiatement mener à votre chambre. Quant à vos talents de guérisseur, ma foi, nous sommes servis, ici, dans ce domaine. Il vous faudra poursuivre votre quête d’un maître plus avant ! Je remerciai, vaguement confus, et je gagnai ma chambre. J’y restai un bon moment, avant d’oser me rendre dans la salle commune. Je me sentais intimidé, à l’idée de me trouver pour la première fois depuis mon enfance, seul, au milieu de gens à priori honnêtes. Sans personne sur qui m’appuyer… La faim, cependant, m’incita à vaincre mes craintes. Et je me retrouvai au milieu de personnes que l’on pourrait qualifier de normales. Qui, cette fois, et sans doute grâce aux explications du patron, me regardèrent certes comme un étranger, mais pas comme un suspect. Je bus, ce soir-là, un peu plus que de raison. Et, malgré cela, je peinai, par la siute, à trouver le sommeil.
Ce scénario ce reproduisit bien des fois, lors de mon errance au Bréthil.
Jusqu’au jour où, à mes yeux, se produisit un miracle.
|
|
Voir le
chapitre 59 sur 67
|
|
|
Script fourni par
,
adapté et modifié par .
|