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Le bibliothécaire

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 6: Comment fait-il?
(par Wilwarin, ajouté le 30/12/03 04:21)


Journal de Celeluwhen
23 Nàrië 3017 du 3e Âge
Imladris

Seronist m’inquiète. Ce matin, quand je me suis rendue (sans trop d’espoir) à mon cours de langue, je l’ai trouvé dans un coin du scriptorium, où d’habitude personne ne s’installe, puisque c’est à la fois le plus chaud, le plus sombre et le plus humide. Mon cher maître était tout recroquevillé sur sa chaise. Il tenait ouvert entre ses genoux le fameux livre rouge illisible à mes yeux, de façon à ce que l’écriture soit horizontale. Il en était environ à la moitié. Chaque mot qu’il lisait lui faisait écarquiller les yeux de surprise et d’épouvante. Il tremblait tout entier, et se rongeait les ongles avec anxiété. Il me paraissait ne pas avoir dormi, et, contrairement à son habitude, ses longs cheveux étaient tout emmêlés et ses vêtements assez peu soignés.

Mais quel livre peut lui faire cet effet, lui qui en a lu tant ? Et comment fait-il pour comprendre ces pattes de mouches ? Moi qui sais reconnaître toutes les langues de Terre du Milieu, je n’ai jamais vu une telle écriture ! En fait, je ne les connais pas toutes, mais s’il sait lire celle-ci, c’est qu’il a appris à le faire. Il l’a appris dans un livre à propos de cette langue, sans doute. Ce livre est sûrement dans les étagères de la bibliothèque. Mais je connais par coeur les rayons des langues et des calligraphies, et je suis sûre qu’il n’y est pas ! Comment fait-il ?

J’hésitai un peu avant de déranger sa lecture, puis chuchotai son nom. Sans que son agitation ne le quitte, il leva sur moi des yeux apeurés, et il me regarda sans me voir. Je le fixai avec pitié et angoisse. Après un court moment, une forte convulsion le secoua et il replongea dans sa troublante lecture. Bouleversée, je courus à ma chambre, jetai mes livres par terre et m’effondrai dans mon lit. C’est ainsi que je t’écris, cher journal. Désolée si je mouille tes pages.

Seronist me réserve toujours un accueil si chaleureux ! J’ai peine à croire qu’hier, il m’a serrée si tendrement... et qu’il m’a remerciée de lui avoir montré ce livre ! S’il avait su l’effet qu’il lui ferait... Mais pourquoi ? Qu’y est-il écrit qui puisse troubler un Elfe sage, sûr et fier comme lui ? Je donnerais n’importe quoi pour avoir haussé les épaules et avoir replacé le bouquin sur la tablette, pour ne pas souffrir de cette vilaine curiosité qui me fait poser trop de questions... D’ailleurs, devais-je parler de l’attitude presque démente de mon cher bibliothécaire à Elrond ? Oh, non ; hier, j’ai manqué une merveilleuse occasion de me taire ; aujourd’hui, vais-je papoter à nouveau ? Sur les deux que nous sommes à connaître son existence, tous deux sommes profondément bouleversés. N’est-ce pas suffisant ? Aussi, un mystère tel que celui-ci mérite d’être éclairci avant d’être répandu. Dans ce cas, il n’y a que moi à pouvoir le résoudre... Mais comment ? En tout cas, je ne dois rien laisser échapper pour l’instant, question de ne pas répandre ce danger propre aux livres, que l’on nomme la connaissance, sans savoir sur quoi elle porte, et comment, par quelle langue, elle est transmise...

* * *

Je suis restée longtemps étendue sur mes draps, jusqu’à ce qu’une douce mélodie me tire de ma tourmente ; c’était sans doute Dame Arwen qui répétait sa harpe dans la cour. Je remis un peu d’ordre dans mes cheveux et me rendis au jardin pour la rejoindre avec ma flûte. Durant toute notre répétition, je gardai le silence sur mes inquiétudes, non pas parce que l’envie me manquait de me confier impulsivement à ma chère amie, malgré mes raisonnements de la matinée ; plutôt parce qu'il est assez malaisé de parler en jouant de la flûte. Après deux duos sylvestres, une sonate de sa composition et quelques mignons menuets, Arwen rentra pour manger, il était déjà l’heure de dîner, ajoutant qu’elle avait chaud. Je restai, affirmant ne pas avoir faim. En réalité, je n’avais pas envie d’échapper à ma faim tenaillante en allant manger, puis de constater l’absence probable de Seronist à table, ou encore de me rafraîchir en allant lire au scriptorium, pour être inquiétée par les grognements et les gémissements de mon maître.
Voilà trois heures que je pratique inlassablement des gammes, des arpèges, puis que je répète à des dizaines de reprises les passages difficiles des pièces que j’étudie avec Arëglin. L’ennui de ces répétitions me dérange à peine ; je n’ai pas la tête à penser à ce que je joue. Le soleil s’est couché. Je n’y vois pas plus clair dans mes pensées que sur tes pages, mon confident. Je te souhaite une meilleure nuit que celle que je vais passer.

Voir le chapitre 6 sur 6



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.