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La naufragée d'Orient

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 6: (sans nécessité de description)
(par Cécile C., ajouté le 11/07/03 22:26)


Ce que Carangil ne comprit que lorsqu’ils se furent éloignés de Caras Galadhon, et que Norgil, que le silence commençait à déranger, eut fait part à la jeune fille de ses espoirs que l’hospitalité des Galadhrim pourrait alléger son exil, c’est qu’en réalité, Anh Ni n’avait pas du tout espéré qu’on renoncerait à l’envoyer à Mirkwood. Pour dire la vérité, répondit-elle après un instant, la sentence de la reine venait de balayer ses espoirs de prendre congé une bonne fois pour toutes et de partir toute seule à la recherche des siens.
— Je me serais laissée conduire jusqu’à la prison, dit-elle. Je ne pense pas qu’ils auraient pu me retenir là-bas. Je suis habituée à ne pas me faire remarquer.
— C’est un fait, dit Norgil.
— Mais le miroir de la reine était si bien caché, et je ne voulais pas le retrouver par la ruse, ou en manquant à l’honneur envers ceux qui m’ont accueillie. Puisqu’on ne me laissait pas m’en approcher de bon gré, je voulais partir. A force de parcourir le monde, j’aurais bien fini par retrouver l’endroit d’où je viens. Je ne peux plus maintenant. Et il n’y a personne ici qui connaisse le monde assez bien pour en avoir une idée.
— Tout savoir a ses limites, dit Carangil qui songea aussitôt que c’était une remarque idiote.
Mais il savait qu’il ne serait pas accueilli devant la reine de sitôt et qu’il ne pouvait rien faire pour lui rendre service, excepté peut-être se taire. En cours de route, Norgil les laissa entre eux, et s’en alla rejoindre dans de hautes branches un groupe de musiciens qui improvisaient sur une vieille romance sinda. Ce n’était pas la première fois que Carangil se faisait la réflexion que pour un peuple supposé par nature mélancolique et las du fardeau de leurs mémoires, les siens avaient une manière plutôt légère de passer leurs journées. Comme lui-même avait cependant de meilleures raisons d’être préoccupé, il ne le suivit pas, et fit encore quelques pas avec Anh Ni, vers nulle part.
Enfin, elle s’assit dans la mousse, la tête posée sur ses genoux.
— Si la guerre se déclare, votre reine acceptera-t-elle mon aide ? Me jettera-t-elle au cachot comme si j’étais de vos ennemis, ou me laissera-t-elle me battre avec vous sans craindre que je la trahisse ?
— Elle te l’a dit, dit Carangil. Pourquoi demandes-tu cela ?
— Je réfléchissais, dit-elle. Il y a peu de choses que je me rappelle, mais l’une est certaine, c’est que je ne refuserais jamais l’aide de quelqu’un de mon sang, qu’il parle ma langue ou non. Vous fermez vos frontières et vous parlez comme à des traîtres à ceux qui pourraient être vos alliés. Comment voulez-vous vous mettre en sûreté si vous refusez dans vos rangs ceux qui auraient les meilleures raisons d'y être ?
— Certains ne te croient peut-être pas une parente si proche, dit Carangil. Et le sang n’est plus un lien si solide. Des Elfes se sont tués entre eux, il y a longtemps.
Elle releva la tête.
— Notre Ennemi a des armes perfides, voulut-il s’expliquer. Le mensonge a été la meilleure.
— Vous avez tués les vôtres sur la parole d’un ennemi ?
— Si nous avions su qu’il s’agissait d’un ennemi…
— Je vous comprends. Mais vous pouvez admettre que c’est vous qui compliquez vos propres problèmes.
— Cela se peut.
Bien entendu il savait lui-même qu’il n’y était pour rien, mais il décida de ne pas lui parler tout de suite des fils de Fëanor, de la chute de Doriath et des guerres qui ne s'étaient jamais vraiment finies. Elle avait l’air suffisamment mélancolique.
— Veux-tu que nous allions rejoindre Norgil ? demanda-t-il.
— Ce n’est pas la peine. J’ai besoin de réfléchir. Je vous remercie vraiment.
Et elle continua à regarder droit devant elle.

Voir le chapitre 6 sur 8



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.