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A la recherche de Gollum

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 6: La rive ouest de l'Anduin
(par Kévin, ajouté le 29/11/04 12:33)


Isílya, 25 Néminë T.A. 3011
ou lundi 27 février de l’an 3011 du Troisième Âge



Courir... Il nous fallait absolument courir...
De hautes collines se dessinaient au loin vers le nord-ouest, et cachaient le fleuve fougueux de l'Anduin, qui réapparaissait à nous vers l'ouest, et décrivait une courbe pour nous rejoindre.
Nous étions sortis il y a seulement une heure, Mithrandir et moi, d'un petit bois, alimenté par un ruisseau maudit descendant des Monts de l'Ombre, et venions de passer une nuit cauchemardesque à tenter d'éviter différentes patrouilles d'Orques et de Suderons. Et ce cauchemar continuait péniblement : derrière nous, à une distance d'environ un demi mille, nous poursuivait un groupe de nombreux Haradrim qui nous avaient repéré la nuit durant. Mithrandir avait appliqué tout son art à nous camoufler, mais ce fut inutile contre ces ennemis attentifs, qui eurent vite fait de nous démasquer et de nous pister.
Le sentier de terre se faisait de plus en plus humide en avançant vers les collines : nous étions en plein undómë, et le soleil passa sous un grand nombre de nuages, pour offrir encore un court moment ses précieux rayons de lumière orangée. Le paysage situé à notre gauche était par conséquent impossible à admirer. De plus, une masse épaisse de nuages gris sombre était postée au-dessus de l'Emyn Arnen, qui était pourtant notre destination.
Nous arrivâmes à une bifurcation, la route de Harlond se détachant de celle de Harad. La route de droite se perdait au loin entre quelques arbres malveillants, et celle de gauche se dirigeait droit sur les collines de l'Emyn Arnen. Elles délimitaient l'Ithilien du Sud de l'Ithilien du Nord, et elles se dressèrent devant nous dès que nous prîmes le sentier de gauche. Nos poursuivants soulevaient autour d'eux un épais nuage de poussière, et nous ne pouvions les distinguer. Nous parcourûmes rapidement une trentaine de milles sur une plaine herbeuse et cependant aride, avant d'arriver de nouveau sous les arbres, maintenant ceux de l'Emyn Arnen. Ils étaient aussi dénudés que ceux de la forêt que nous avions traversé ce matin, mais paraissaient plus accueillants. Mithrandir regarda alors furtivement autour de lui. La lumière se fit plus sombre, stoppée par les nuages et les ombres de quelques branches au-dessus de nous, et le silence s'installa. Mais il fut rapidement balayé par les lointains cris des Suderons à notre poursuite. Soudain, Mithrandir s'écarta vivement du chemin, et s'enfonça dans la forêt peu profonde. Il me fit signe de le suivre silencieusement en camouflant nos pas. Il trouva un arbre aux branches basses, et décida de grimper dessus. Nous nous livrâmes alors à un petit numéro d'équilibriste, montant sur des branches de plus en plus hautes, petites et fragiles. Puis Mithrandir s'arrêta, et s'assit sur l'une d'elles, assez solide pour supporter son poids. Il reprit son souffle, et écouta attentivement.
Les cris se rapprochaient petit à petit de nous, puis s'arrêtèrent subitement. Le silence le plus total s'installa alors, aiguisant fortement notre ouïe. Notre vue fit de même, modifiée à cause du soleil sur le point de disparaître au-delà des nuages. Je regardai Mithrandir, qui paraissait nerveux et tendu, après la journée de fuite que nous avions vécu. Il mit la main sur la garde de son épée, et je compris que la bataille était désormais inévitable. Nous n'avions pas réussi à semer les Suderons, qui avaient maintenant compris notre supercherie et se rapprochaient dangereusement de nous. Je saisis mon arc, et sortis deux flèches de mon carquois. Après en avoir placé une, je tendis doucement la corde, prêt à toute attaque surprise. Le chemin se dessinait et était séparé de nous par quelques troncs de taille variable. Surgirent alors de l'ombre un groupe de vingt hommes, richement vêtus et lourdement armés, portant fièrement la bannière de Harad. Ils marchaient, et regardaient dans toutes les directions, attentifs au moindre mouvement. Les premiers du groupe ne remarquèrent pas l'endroit où nous étions sortis du chemin. Cependant, une dizaine de Haradrim furent passés, lorsque l'un d'eux regarda à terre, et s'arrêta. Il se pencha, et remarqua quelques branches cassées et ainsi que des brindilles affaissées. Il tapota alors l'épaule de son camarade, et lui demanda d'examiner les traces au sol. Puis, il leva la tête au loin, et regarda attentivement entre les troncs qui s'élevaient devant lui. Il balaya lentement les environs, et posa les yeux sur nous. Il resta un long moment à nous observer, plissant les yeux et vérifiant à deux fois. Il sortit alors doucement du chemin et avança vers nous. Il n'était plus qu'à dix mètres de l'arbre où nous étions perchés, lorsque je tendis fortement la corde de mon arc, et visai le Suderon, avant qu'il n'alerte le reste du groupe. Je lâchai la corde, qui vibra silencieusement, et la flèche fendit l'air pour atteindre sa cible en pleine poitrine.
Tout se passa alors en un éclair : le Haradrim tomba à terre en un bruit sourd et en poussant un petit gémissement. Ses camarades se détournèrent alors vers nous, et pénétrèrent au milieu des arbres en poussant des cris de guerre et en dégainant leurs épées. La chance fut avec nous, car ils n'avaient aucun archer, et je réussis ainsi à tuer plus de la moitié d'entre eux avant qu'ils ne trouvent notre cachette. Entre-temps, Mithrandir était discrètement descendu de l'arbre et attendait que j'épuise mes flèches pour lancer son attaque. Ce fut vite le cas, et il ne resta plus que cinq Suderons quand l'Istari chargea pour me laisser le temps de descendre à mon tour. Je dégainai mon épée et vint rapidement aux côtés de mon ami. Ce n'était pas la première fois que je le voyais combattre, mais j'étais toujours étonné de sa dextérité et de son agilité à manier en même temps son bâton et son épée. Par ailleurs, Glamdring luisait d'un faible éclat au combat. Les cinq survivants s'avérèrent plus difficiles à tuer que les précédents, peut-être fut-ce le fait que nous combattions au corps à corps. Nous nous livrions à une lutte acharnée entre les arbres, nous en servant autant de mur de défense que d'élément de surprise. Ce fut après maints coups d'épée et quelques égratignures, que nous fûmes enfin débarrassés du groupe de Suderons. Je m'essuyai le front, puis remis l'épée dans mon fourreau. Mithrandir rentra aussi Glamdring, et s'appuya contre un hêtre massif. Il respira profondément, puis prit la parole :
- Je deviens trop âgé pour ce genre de choses ! fit-il.
Un ton moqueur pouvait facilement se déceler dans le ton de sa voix, et il commençait à reprendre des couleurs, après le long moment de tension que nous avions traversé durant toute la journée. Nous prîmes une grande part de lembas, et décidâmes de nous reposer dans les environs. Je choisis de nous éloigner du lieu du combat, et Mithrandir aquiesca aussitôt. Nous nous levâmes, et fîmes route jusqu'à ce que la nuit nous environne totalement. Nous trouvâmes alors une petite clairière, parfaite pour nous reposer convenablement. Alors, une fois allongés, Mithrandir m'énonça à nouveau où nous étions sensés nous rendre le lendemain :
- Demain, nous sortirons de la vaste étendue de collines de l'Emyn Arnen, pour nous diriger vers le port de Harlond. Cela fait plus de douze lunes que nous n'avons cherché sur la rive ouest de l'Anduin, et Gollum pourrait peut-être s'y trouver...
J'écoutai tout en dodelinant légèrement de la tête. Mithrandir aperçut mon comportement bizarre, et termina au plus vite son discours. En effet, le dernier signe de notre cible nous avait été donné il y a plus d'un an auparavant. Et depuis, nous avons complètement perdu sa trace, cherchant en vain de la Forêt Noire aux lointaines frontières de Harad, en passant par les vastes plaines de Dagorlad, et en se risquant même à l'entrée du territoire de l'ennemi. Nous avons même failli à plusieurs reprises nous faire surprendre par des hordes hostiles, comme tel était le cas aujourd'hui. Mais notre espoir ne s'estompait pas, car nous avions maintenant la très nette impression de nous rapprocher sensiblement de lui, et cela nous redonnait du courage.
- Aragorn ??
Je m'étais brièvement assoupi, et je me rendis compte que Mithrandir tentait de me réveiller. Il frappait des mains et claquait des doigts devant mon visage, essayant de me sortir de mes songes.
- J'étais en train de vous expliquer le chemin que nous prendrions après-demain - ou Menelya, si vous préférez. Mais si vous êtes à ce point fatigué, je vous l'expliquerai au petit déjeuner demain matin.
Je restais perdu dans un songe, mi-conscient, mi-rêveur, et mit un certain moment à m'apercevoir que Mithrandir s'adressait à moi. Je clignai alors des yeux, puis revins à la réalité.
- Mmhh... Oui, oui, nous verrons cela demain, Mithrandir..., fis-je d'un ton nonchalant.
Je m'allongeai alors sur l'herbe douce. La température diminua considérablement, et nous nous couvrîmes des vêtements chauds de Lórien. La fatigue augmenta sa prise sur moi, et je finis par sombrer dans un profond sommeil réparateur. Les ténèbres m'entourèrent, et je ne vis bientôt plus rien...

- Il est temps de se réveiller, Aragorn ! me dit une voix qui se fit de plus en plus précise et bienveillante.
J'arrivai à distinguer la lumière du jour à travers mes paupières fermées. J'ouvris lentement les yeux, puis les refermai aussitôt, en plaçant ma main en visière. Les rayons matinaux du soleil traversaient - ou plutôt transperçaient - la forêt comme si elle était uniquement faite d'eau. Mes yeux toujours fermés, je remarquai alors une petite ombre se placer devant moi. Je soulevai de nouveau mes paupières, et vit un visage caché par le faux jour aveuglant derrière lui. Je mis un petit moment à m'adapter, et aperçus alors le sourire habituel de Mithrandir. Ses yeux étaient obscurcis par l'ombre de son chapeau gris et penché. Il me regarda longuement, puis me tendit la main afin de m'aider à me relever. Une fois debout, je regardai autour de moi, tel un nouveau-né découvrant pour la première fois le monde qui l'entoure. Toute trace des sombres nuages de la veille avait disparu, et malgré les branches nues qui nous entouraient, nous parvenions à distinguer au-dessus de nous un superbe ciel bleu clair. L'absence des nuages avait quelque peu rafraîchi l'atmosphère, et je gardai mes vêtements chauds. Un magnifique jeu d'ombres formés par les rayons lumineux, les arbres dénudés et la poussière environnante pouvait être aperçu dans l'ensemble de la forêt. Mithrandir et moi organisâmes alors un petit repas complet, pour nous permettre d'affronter avec sérénité la journée qui se présentait à nous. Mithrandir m'en fit une brève description, qu'il n'avait pu achever la veille :
- Si vous êtes moins enclin à vous endormir en ce moment, je peux vous expliquer le chemin que nous allons prendre. Nous traverserons le Grand Fleuve par le biais de la ville de Harlond, puis longerons les Champs du Pelennor et explorerons les environs, du Rempart à l'Anduin. Nous monterons demain, jusqu'aux premiers arbres de l'Ithilien du Nord, puis descendrons retraverser l'Anduin par Osgiliath. Il faudra cependant emprunter les souterrains, car la ville grouille d'Orques répugnants, et y pénétrer serait du suicide, tenant de la folie pure. Nous explorerons ensuite le val de Morgul, et nous dirigerons vers Minas Ithil et les escaliers de Cirith Ungol, sans toutefois les pratiquer. Mais nous verrons cela le moment venu...
Mithrandir et moi avions déjà exploré les environs de la demeure du Seigneur des Nazgûls, mais j'avais l'impression qu'il voulait y trouver autre chose - ou peut-être voulait-il tout simplement vérifier que Gollum ne se jetait pas bêtement dans la gueule du loup. Quoiqu'il en fut, il avait un autre projet en tête, mais il ne voulait pour l'instant pas le dévoiler. Nous partîmes rapidement, et adoptâmes une marche soutenue. Les premières pentes se firent sentir une petite heure plus tard, augmentant légèrement la difficulté de la marche. Le terrain devint plus raide, et nous émergeâmes subitement de la mer d'arbres dénudés. L'endroit où nous étions semblait être une île perdue au beau milieu d'un immense océan, une île vide, sans végétation, et baignée des rayons obliques de l'astre lumineux. Mithrandir s'arrêta un court instant afin de se repérer, fit un tour d'horizon, et remarqua vers l'ouest une ville lointaine que traversait le Fleuve de l'Anduin. Mithrandir s'exclama alors, furieux contre lui-même :
- Nous avons dévié de notre chemin ! Nous sommes approximativement en train de nous diriger vers Osgiliath. Il faut retrouver le sentier qui nous mènera à Harlond, nous perdons un temps précieux !
Il pressa le pas et descendit presque en courant la haute colline. Nous plongeâmes alors à nouveau dans la forêt, suivant une route invisible, et essayant tant bien que mal de garder une direction fixe. Mithrandir et moi parcourûmes vingt milles, à passer entre de grands arbres millénaires, avant d'arriver un petit sentier disposé là.
- Ca y est, nous avons retrouvé notre route, fit-il, le ton joyeux de retour dans sa voix. Nous arriverons à Harlond dans un peu plus de deux heures.
Ce fut effectivement le cas, et nous vîmes quelques maisons gondoriennes se dresser devant nous quand le soleil passa au zénith. Les arbres et les collines de l'Emyn Arnen étaient loin à l'horizon lorsque nous arrivâmes à l'entrée de la ville. Cinq années s'étaient écoulées depuis mon dernier passage au port de Harlond, et la ville s'était largement dépeuplée depuis. La menace des Pirates d'Umbar s'était faite de plus en plus grandissante, et certains Gondoriens craignaient de les voir débarquer ici. Les portes d'entrée étaient surveillées par deux gardes en armure, qui nous laissèrent passer sans discuter après avoir reconnu Mithrandir.
- C'est incroyable comme les gardes sont bienveillants avec vous ! lui fis-je, étonné.
- Je connais le traitement qu'ils réservent aux Rôdeurs, et je vous en plains, même si je n'ai jamais pu le constater. Cependant, ils ne m'ont laissé passer qu'à contrecoeur, perdant ainsi l'occasion de vous maltraiter. Il m'a fallu user de ma persuasion naturelle, pour qu'ils nous laissent passer sans anicroche.
Nous pénétrâmes ainsi dans Harlond, et nous rapprochâmes du port et du Fleuve. La ville devenait de plus en plus agitée en se dirigeant vers le port, et je vis plusieurs bateaux marchands amarrés décharger leurs précieuses cargaisons. Mithrandir se dirigea alors instinctivement vers un pont proche. Il faisait toute la largeur du Fleuve, et était entièrement fait de pierre blanche et de pavés lisses. Nous le traversâmes, avant de nous retrouver sur la rive opposée. Les bâtiments de la rive est avaient un teint différent, peut-être plus clair. De plus, les bateaux n'accostaient pas de ce côté du Fleuve, ce qui offrait un large panorama sur la ville d'en face et sur les lointaines et noires Montagnes de l'Ombre. Les maisons se firent de moins en moins grandes et nombreuses au fur et à mesure que nous nous rapprochions de la sortie. Une nouvelle fois, nous arrivâmes à une porte gardée, et les gardes ne nous laissèrent sortir qu'à contrecoeur. Enfin, nous arrivâmes sur une route très pratiquée, qui traversait le Gondor et le Rohan dans toute leur largeur, et pouvant nous amener de l'Isengard à Pelargir. Nous tournâmes alors au nord-est, et vîmes au loin d'une immense plaine une autre ville, cette fois-ci en ruine. C'était Osgiliath, ancienne capitale du Gondor, déchue suite à de nombreuses guerres qui la décimèrent autrefois.
Nous commençâmes à inspecter les environs, en explorant les plaines situées à droite de la route. Les recherches s'avérèrent rapidement infructueuses, et les rayons du soleil passèrent lentement du jaune brillant à l'orange agressif, tandis que l'astre glissait doucement sur la toile du firmament. Quelques nuages résistaient ça et là, et offraient à présent un magnifique relief empreint de blanc, de rose et de bleu. Nous avançâmes vers Osgiliath, mais traversâmes soudain la route et décidâmes de la contourner : une forme sombre enveloppait la ville frontière, presque comme un voile empêchant toute lumière de pénétrer dans l'enceinte de l'ancienne capitale. Une ambiance désagréable flottait au-dessus et autour de cette ville, et elle paraissait détenir quelque maléfice ou malédiction qui s'abattrait sur quiconque tenterait de la traverser. Nous vérifiâmes jusqu'au coucher du soleil la partie gauche de la route, et les recherches furent aussi riches en découvertes que celles que nous venions de faire. Nous choisîmes de dormir à l'abri d'un petit bosquet feuillu, même pendant l'hiver, et isolé, siégeant sur l'accotement du sentier menant au territoire du Rohan.

La nuit passa tranquillement, et nous fûmes uniquement dérangés par les sabots de quelques cavaliers passant de temps en temps dans la nuit. Un vent frais se leva, et rasa par petites houles la vaste plaine voisine des Champs du Pelennor, amenant de lointains nuages sombres qui couvrirent le ciel étoilé. Puis, sans prévenir, quelques gouttes se firent entendre dans le feuillage du buisson. Elles devinrent de plus en plus grosses, avant de se transformer en petits grêlons, qui fouettèrent sauvagement le bosquet. Ce dernier finit par perdre son rôle d'abri, et laissa filtrer des grêlons gros comme mon pouce. Mithrandir et moi prîmes tous les vêtements et couvertures chaudes qui étaient placés dans nos sacs pour nous protéger du froid et de la pluie. La nuit finit péniblement, les deux dernières heures étant les pires, et les grêlons devenant encore plus gros. Puis, aussi soudainement qu'elle était apparue, la grêle s'arrêta de tomber et les nuages se dissipèrent, laissant de nouveau place à un ciel qui s'éclaircissait progressivement. Le soleil préparait son approche, imperturbable, teintant le ciel oriental d'une faible couleur bleutée et de quelques touches orangées. Nous nous levâmes avant son apparition, et nous préparâmes à partir. Le soleil perça alors subitement l'obscurité qui régnait sur la plaine, et ses rayons commencèrent à inonder de lumière la Terre du Milieu. Les nuages de cette nuit maintenant allégés de leur charge s'étaient dirigés vers l'est, et ils furent colorés d'une joyeuse couleur jaune orangée. L'astre s'élevait lentement au-dessus de la ville frontière d'Osgiliath, qui paraissait toujours aussi peu enthousiasmante, malgré le ton clair qui émanait des bâtiments encore debout.
Nous nous mîmes en route, après avoir pris un petit déjeuner, composé de lembas, toujours aussi comestible que le jour où Dame Galadriel nous l'avait donné. Cependant, les vivres se faisaient de moins en moins nombreuses, et nous commencions à en manquer. Le réflexe nous vint de rationner les parts. Nous prîmes alors deux fois moins de pain elfique qu'à l'accoutumée. En agissant ainsi, nous pouvions encore espérer nous nourrir durant deux, voire trois mois. Cette journée était assez chargée, et nous devions explorer le nord d'Osgiliath, pour redescendre à la ville frontière, et la franchir par les souterrains. Ces souterrains allaient être un calvaire, je le sentais dans mon coeur, mais nous n'avions pour l'instant pas le temps d'en discuter. Nous prîmes la direction du Nord, et suivîmes le chemin qui passait juste à côté du bosquet jusqu'à la hauteur de la Forêt Grise à notre gauche et d'un autre petit bois à notre droite. Nous tournâmes alors et mîmes cap à l'est, vers le soleil qui se hissait péniblement sur le fond bleu uni. La forêt se dressait lentement devant nous, au fur et à mesure que nous avancions, mais le terrain était quasiment impossible à pratiquer, après la quantité de pluie qui était tombée la nuit même. Nos pieds s'enfonçaient un peu plus à chaque mouvement, et nos vêtements commençaient à baigner dans la boue qui s'était formée. Même Mithrandir traînait difficilement sa cape grise, qui avait obtenu une légère couleur marron. Nous avions beaucoup de peine à parcourir les dix milles qui nous séparaient de la forêt, et nous y arrivâmes seulement lorsque le soleil atteignit son apogée. La recherche dans la forêt fut de toute évidence encore moins fructueuse qu'à l'habitude : nous ne couvrîmes qu'une petite superficie de l'étendue de végétation de vingt-cinq milles sur quinze, et fûmes contraints de rebrousser chemin avant la tombée de la nuit, pour ne pas nous embourber. Nous sortîmes avec plus de peur que de mal de la forêt, et aperçûmes vers l'ouest le soleil sur le point de coucher, passant derrière de petits nuages blancs - ou plutôt rose orangés vu les rayons qui les traversaient. Nous nous mîmes en direction de la ville ruinée d'Osgiliath, qui dessinait dans le soir blême une frêle forme prête à s'effondrer. Etrangement, la ville était beaucoup plus près qu'elle en avait l'air, et nous traversâmes les dix milles de distance avant même la disparition complète de la lumière à l'horizon. Mithrandir s'arrêta à quelques encablures des premiers bâtiments de la ville silencieuse, et se tourna vers moi :
- Pour éviter à nouveau de nous faire repérer pendant la nuit, je souhaiterais traverser les souterrains d'Osgiliath cette nuit même. Je crains que nous reposer ici ne nous pose plus d'ennuis que nous n'en voudrions.
J'aquiescai en silence, et, tirant sur les bretelles de mon sac pour le remonter, je suivis Mithrandir dans l'obscurité qui s'installait progressivement. Je connaissais l'existence de ces souterrains, mais ne les avait emprunté qu'une seule fois. J'étais par conséquent incapable d'en trouver l'entrée, et encore moins de nuit. Cependant, Mithrandir, lui, semblait se diriger les yeux fermés vers l'enceinte de la ville et vers une petite bâtisse de pierre blanche, construite entre trois maisons plus grandes. Cette bâtisse n'était pas protégée, n'étant bloquée par aucune porte. En son entrée, nous trouvâmes un long et raide escalier de pierre, dont les marches étaient voûtées par le temps et le passage des hommes. Cet escalier conduisait dans un endroit obscur, et Mithrandir alluma faiblement son cristal pour se repérer. Nous commençâmes à descendre les marches, et nos pas résonnaient faiblement, se répercutant sur les murs qui nous entouraient. L'obscurité nous entoura, et le cristal s'assombrit soudainement. Mithrandir souffla, agacé, et prononça quelques paroles complexes, puis le cristal reprit son illumination normale.
- Osgiliath est réellement entourée d'une aura sombre, et Sauron exerce ici un poids important, me disait-il à voix basse. Sur le sort réservé à cette ville, la balance penche petit à petit du côté du Seigneur des Ténèbres. Cependant et à mon grand étonnement, Denethor ne s'aperçoit pas que cette ville est une charnière pouvant ouvrir à l'ennemi la porte de la victoire. Si Osgiliath tombe, le sort de la Terre du Milieu ne tiendra plus qu'à un fil, car Minas Tirith sera condamnée.
Nous marchâmes un petit moment sur un dallage dur et régulier, avant d'arriver à un sol déformé et humide.
- Nous voici arrivés dans les souterrains d'Osgiliath, annonça Mithrandir. Désormais, nous ne nous arrêterons que lorsque nous serons sortis des profondeurs immondes de cette ville.
Il s'engagea alors dans les tunnels obscurs, qui révélèrent péniblement, grâce au faible halo de lumière qu'émettait le cristal, des murs sales et poussiéreux, ainsi qu'un passage empli d'eau d'égout, de déchets, et même de cadavres. Maintes batailles s'étaient déroulées à la ville frontière, et une petite partie avait eu lieu dans les égouts. Des Orques et des Gondoriens, mais aussi des Orientaux étaient morts ici. Je regardai autour de moi, et contemplait cet horrible spectacle, qui tirait facilement des insipides Marais des Morts. Le terrain était en pente douce, et nous descendions petit à petit, entourés par le faible son de gouttes tombant dans la mare d'eau sale environnante. Une bifurcation se présenta à nous, et nous prîmes le chemin de droite. Puis, sans prévenir, la lueur qui jaillissait faiblement du cristal se mit à vaciller, telle une bougie n'ayant pratiquement plus de cire, puis s'éteignit. L'obscurité nous envahit, et je n'arrivai même pas à voir Mithrandir situé juste devant moi. Ce fut alors comme si tout s'était stoppé autour de nous : les gouttes s'arrêtèrent de tomber, et la très faible brise qui parcourait les tunnels souterrains disparut. Seul notre souffle brûlant brisait le silence en créant de la buée devant nous. Un froid pénétrant s'installa et renforça l'humidité déjà omniprésente.
- J'ignorais que le pouvoir qu'étend Sauron sur cette ville était aussi grand, lâcha Mithrandir, étonné. L'Ombre parvient même à annuler certains de mes pouvoirs. Nous sommes forcés de marcher les bras levés et à tâtons. Quand nous commencerons à remonter, je tenterai de rallumer le crist...
"floc ! floc ! floc ! floc ! floc !"
Mithrandir fut interrompu par le bruit de pas dans l'eau derrière lui. Nous nous tûmes, et écoutâmes attentivement. Les pas s'arrêtèrent, et un lourd silence tomba. Puis, ils recommencèrent, cette fois à une allure plus modérée. Qui pouvait bien-être cet individu ? Un Orque ? Leur déplacement se faisait majoritairement la nuit, et les tunnels leur étaient propices. Mais nous fûmes rapidement fixés sur l'identité de la personne, lorsque nous entendîmes un faible grognement, qui nous était étrangement familier. Les pas se rapprochèrent lentement, et nous sentions un certain doute dans le comportement de Gollum. Dans un "floc" de plus en plus fort, nous l'entendîmes avancer vers nous, puis accélérer soudainement et s'éloigner. Je me retournai vivement et courus vers le son. Je me souvins alors de la bifurcation que nous avions emprunté un instant plus tôt, et m'aperçus qu'il avait pris l'autre chemin qui se présentait à lui. Je me lançai à sa poursuite, et entendis ses pas clapotants s'éloigner, puis disparaître dans l'obscurité.
- Arrêtez, Aragorn ! cria Mithrandir derrière moi. Il est trop loin, et vous ne pourrez le rattraper dans cette obscurité. La seule chose que nous pourrons gagner sera de nous séparer sans plus pouvoir se retrouver, et nous perdrons sa trace encore plus rapidement. Hâtons-nous, si nous voulons le retrouver ! Prenons le chemin qu'il a emprunté, nous arriverons ainsi plus près de lui.
Je sentis Mithrandir passer à côté de moi, les mains posées sur le mur pour se guider. Il reprit le flambeau et se dirigea dans le sombre couloir. Une heure passa, alors que nous étions encore dans le souterrain, à tenter de pister Gollum. Il devait avoir, comme les Orques, une nette préférence pour l'obscurité, et ses yeux devaient y être habitués. Nous aperçûmes tout à coup une faible lueur au loin - peut-être était-ce le clair de lune. Puis le tunnel se mit à remonter doucement, et l'eau se fit de moins en moins profonde. Mithrandir essaya alors de rallumer le cristal, qui émit un petit clignotement avant d'illuminer le couloir d'une petite lumière blanche. Le déplacement se fit alors plus rapide, pataugeant dans les flaques à présent moins gênantes. Puis nous débouchâmes sur un petit buisson épineux, dont les branches avaient déjà été écartées par notre individu. Nous sortîmes, et aperçûmes en contrebas la ville d'Osgiliath. Ce souterrain nous avait menés en dehors de la ville, et nous n'en attendions pas mieux. Mais un autre problème fit rapidement surface : où était passé Gollum ? De vastes étendues d'herbe et de collines s'offraient à nous, éclairées par les rayons de la lune. Au loin, se dessinaient dans un faible relief les Monts de l'Ombre, et derrière eux émanait une puissante lumière rouge flamme, originaire de la Montagne du Destin. Mithrandir éteignit le cristal, et fit un tour d'horizon en plissant les yeux, mais l'obscurité qui régnait nous empêchait de voir à plus de cinquante mètres.
- Nous avons perdu la trace de Gollum, tout du moins jusqu'à demain matin, me dit Mithrandir. Nous essaierons alors de repérer le chemin qu'il a suivi. Il faut maintenant trouver un endroit pour nous reposer.
Nous continuâmes vers l'est et nous éloignâmes ainsi de la ville frontière, qui disparaissait lentement sur la toile noire du firmament. Bientôt, les eaux malsaines du Morgulduin apparurent, embaumant de son petit grondement l'endroit où nous nous trouvions. Ce ruisseau serpentait entre quelques petites collines et formations rocheuses. Nous décidâmes de nous reposer à proximité d'un petit groupe d'arbres solitaires, s'élevant silencieusement au-dessus de la plaine vallonnée. Mithrandir, apparemment vexé d'avoir échappé de si peu à Gollum, ôta son chapeau et le laissa tomber au sol. Il posa son bâton, et s'allongea sans dire un mot sur l'herbe humide. Je fis de même, et fermai rapidement les yeux, éreinté par la journée de marche que nous avions accompli, alors que le jour recommençait déjà à prendre le dessus sur le tapis noir étoilé.

Le soleil était déjà bien haut situé dans le ciel, quand j'ouvris les yeux. Cependant, un détail désagréable me réveilla instantanément, comme si l'on avait vidé un tonneau entier d'eau glacée sur ma tête : je ne m'étais pas réveillé de moi-même, ni Mithrandir. Nous n'étions pas seuls, et un groupe d'une trentaine d'Orques nous avait entouré, nous menaçant de leurs armes. Ils avaient subtilisé les nôtres, nous laissant à leur merci. Je me levai rapidement, et aperçus Mithrandir, les poignets liés, tenu par un Orque de forte corpulence. Il me regarda, puis se tourna vers son gardien, qui le fixait d'un oeil méprisant. Trois ennemis me saisirent, deux par la taille, et le troisième essayant de me lier les mains. Ce fut rapidement chose faite, et l'on me rapprocha de mon ami. Un Orque se détacha du groupe, puis s'avança vers nous. Il stoppa à vingt centimètres de mon visage, puis se mit à soutenir longuement mon regard. Son haleine formait dès la sortie de sa bouche un énorme nuage de buée qui m'atteignit en pleine face. Je fronçai les sourcils, mais me persuadai à le fixer fermement. Ce petit jeu dura un peu moins d'une minute, avant qu'il n'abandonne et ne recule. Il prit alors la parole :
- A croire que cette nuit se sera vraiment bien terminée ! On s'apprêtait à rentrer lorsqu'on vous a croisé, endormis. Je ne te donnerai pas l'occasion de te laisser filer, Tharkûn. Le Seigneur de Luzburg sera vraiment ravi de voir que je... qu'on t'a attrapé. On va t'emmener dans les geôles de Minas Morgul en attendant que la nouvelle arrive à Sauron.
Mithrandir regarda d'un air mauvais le supérieur des Orques, qui prit un air hautain en le regardant avec dégoût.
- J'aurais dû vous envoyer dans les profondeurs du Monde le jour où nos chemins se sont croisés, Shagrat.
- Oui, mais tu ne l'as pas fait, vieillard, répliqua l'Orque, d'un ton ironique. Ton orgueil t'oblige à faire certaines choses qu'aucun autre ne ferait. Tu es fier, Tharkûn, et c'est ce qui vient de causer ta perte. Allez les gars, on s'en va !

Voir le chapitre 6 sur 15



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.