Chapitre 6:
Les deux frères et la hache
(par
Kendra (Elisa), ajouté le 12/03/06 11:31)
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Dans une humble chaumière, deux frères vivaient avec leur mère. Le père, en mourrant, n’avait laissé pour tout héritage qu’une hache, qu’il disait magique. Mais les deux enfants n’avaient jamais réussi à en tirer d’autres propriétés que celle de fendre du bois. L’un comme l’autre, ils travaillaient de leur mieux pour gagner leur vie. Mais la mère préférait son fils cadet, qu’elle favorisait en toute chose, du couchage à la nourriture, en passant par la parole. Elle se montrait toujours bourrue envers l’aîné, et douce envers le cadet. Les deux frères s’aimaient beaucoup, mais l’aîné se plaignait souvent du comportement de la mère, priant son frère d’y mettre fin. Que ce fut consciemment ou non, le cadet n’avait jamais vraiment cherché à faire changer les choses. Peut être par paresse, peut être parce qu’il ne savait pas comment guérir l’aveuglement de sa mère, il en était simplement resté là. Mais comme l’aîné était généreux, et que la mère n’était pas une marâtre, après tout, il lui pardonnait, bien qu’il fût peiné de ce que son frère ne s’afflige pas de l’injustice.
La mère, qui était un peu sorcière, se dit un jour que si son fils pouvait épouser une riche héritière, ils ne seraient plus dans le besoin. Elle réfléchit longtemps, et alla marcher dans la forêt voisine pour voir ce qu’elle pouvait faire. En bordure de forêt coulait une rivière très large. Sur l’autre rive s’étendait de beaux champs d’orge et de seigle dorés où travaillaient de nombreux ouvriers. Mais au milieu de la rivière, il y avait une belle île fleurie d’anémones, et dans le château en son centre, vivait une dame qu’on disait d’une grande beauté. Celle-ci se montrait parfois à la fenêtre, peignant ses longs cheveux, brodant une tapisserie, ou jouant du luth. Elle avait un regarde mélancolique, mais les gens sur la rive ne le voyaient pas, car elle était trop loin. A vieille femme, elle, le voyait, car elle avait quelque pouvoir. Elle prit conseil avec elle même et décida que cette femme épouserait son cadet. Toute la nuit, elle rôda autour de l’île, voyant qu’il n’y avait pas d’autre moyen d’y aller qu’en barque. Or, elle n’en possédait pas. La seule barque de l’île était amarrée parmi les saules, sur l’île elle même.
Au matin, la femme rentra trouver ses fils, son aîné puisait de l’eau, et son cadet trayait leur unique vache en chantant. Ils se levèrent vivement, inquiets de son absence nocturne. Mais elle ne dit rien, et prit le cadet par le bras. - Ecoute moi, souffla-t-elle à son oreille. Ce soir, tu prendras la hache de ton père. Tu iras près de la rivière au soleil couchant. Tu y trouveras un saule, en vue de l’île du château. Tout en regardant face au château, tu le fendras d’un coup de hache. Ce que tu trouveras dans la faille, tu devras en prendre soin, car ce sera a source de notre richesse, et nous avons bien peu. Soit finaud, et garde toi d’échouer !
Le cadet ne dit rien à son frère, car sa mère avait un drôle d’air qui lui faisait peur. Le soir même, il alla à la rive et trouva le saule. Sans hésiter, il le frappa de la hache alors que le soleil se couchait. L’arbre se fendit en deux dans un craquement. Mais dans la faille, il y avait la dame du château. En robe moirée, ses cheveux brillants dans les derniers feux du jour. Dès qu’il la vit, ce fut le coup de foudre. Mais il lui sembla qu’il ne pouvait la ramener dans sa chaumière, si sombre, basse et sale. Mais la dame, qui semblait aussi sous le charme, lui prit la main et appela trois fois d’une voix claire. En face, sur l’île, la barque attachée au saule parmi les roseaux se détacha et vogua vers eux à travers le courant. Ils y montèrent et elle les ramena sur l’île. Il y passa la nuit en compagnie de la dame.
Au matin, il revint chez lui sans mot dire, mais il portait une ceinture d’or, qu’il donna à sa mère. Son aîné n’osa pas l’interroger, car il sentait l’œil brillant de sa mère sur lui, et la craignait. Mais chaque matin son frère revenait, silencieux et l’air triste, avec un joyau, une pièce d’or, un peigne d’ivoire. Mais il ne parlait jamais. La mère vendait les objets au marché, et ils avaient plus à manger, et des vêtements décents. Mais c’était encore son frère le préféré et sa mère qui gardait la plus grande part des richesses pour elle même, alors qu’il continuait à travailler dur. Un jour que les deux frères allaient aux champs, l’aîné interrogea vivement son cadet au sujet des mystérieuses richesses qu’il rapportait au matin. Mais il refusa de parler, l’air navré mais inflexible. Alors éclata la dispute: l’aîné, lassé d’être toujours lésé au profit de son cadet, lui reprocha non seulement de ne pas l’aider, mais en plus de lui cacher ses secrets par crainte de leur mère. Il le menaça, mais rien n’y fit. Alors l’aîné abandonna son frère et courut se cacher à travers les bois, ivre de colère. Le soir, il décida de se poster près de la chaumière pour épier les mouvements de son frère. A la tombée de la suit, il le suivit discrètement, jusqu’à la rive. Là, le cadet sortir la hache et en frappa le saule, qui se fendit. Eberlué, l’aîné vit une femme magnifique sortir de la faille. L’arbre se referma une fois qu’elle eut posé le pied par terre. Puis il vit a femme appeler la barque, et son frère y monter en sa compagnie. Il comprit bien vite d’où venaient les richesses qu’il ramenait à la maison au matin. Il se demanda pourquoi son frère ne parlait jamais de cette femme, et pourquoi il était si triste et las au matin. Mais par dessus tout, il voulait savoir pourquoi il lui avait caché la vérité, alors qu’ils étaient frères. Il devait savoir…. Mais l’île du château était au milieu de la rivière, il ne savait pas nager, et le courant était fort. Il s’assit à réfléchir un moment. La barque où était monté son frère était de nouveau amarrée au saule de l’île. L’inspiration lui venant, il se leva et cassa une branche du saule d’où était sortie la dame, et appela trois fois. La barque se détacha et vogua vers lui. Il y monta d’un pas décidé. Elle s’en revint d’elle-même vers le château de l’île et s’amarra à son saule comme elle l’avait fait avant. Il traversa des parterres de fleurs endormies et des pelouses humides qui luisaient confusément au mince clair de une. Aucun domestique à la porte, aucune lumière de torche aux fenêtres, sauf une. Il devina facilement que c’était la chambre de la dame. Elle était en haut de la tour qui regardait la rive d’où il venait par dessus la rivière. Il passa le portail en arc, entra dans la cour, toujours personne. La porte de la tour s’ouvrit sans bruit, elle n’était pas gardée. Il monta l’escalier de pierre comme une ombre, et trouva la chambre. Une odeur d’étrangeté flottait partout dans le château vide, mais c’est bien de la chambre qu’elle semblait provenir. La porte n’était pas complètement fermée, et le verrou n’était pas tiré. L’aîné glissa un regard entre la porte de bois et le mur, son frère était assis sur le lit de pourpre à baldaquin, la dame à côté de lui. Ils se tenaient par la main sans mot dire, à s’échanger de lourds regards.
- Je ne suis pas venu ici pour épier les amourettes de mon frère. Pensa l’aîné en se mordant la lèvre. Qu’il fasse ce qui lui plait, mais à l’aube il devra s’expliquer devant sa maîtresse ! Sur ce, il s’éloigna de la porte, le cœur serré, et s’allongea sur la pierre froide du sol. Il lutta pour ne pas s’endormir, mais le sommeil s’enroula autour de lui comme la neige autour des arbres en hiver. Ce fut le cri aigu d’un coq qui le réveilla, alors que le soleil émergeait à peine de l’autre côté de la rivière. Il se leva fiévreusement, prêt à en découdre. Il entrebâilla de nouveau la porte, mais ce qu’il vit le saisit d’effroi. Son frère était debout près du lit, embrassant la dame dans un au revoir. Mais au lieu de jambes, une hideuse queue noire et luisante, comme un immense corps d’anguille sortait de sa robe et s’enroulait sur le sol. Il étouffa un cri de sa main, et se tapit contre le mur quand son frère sortit de la chambre, tête basse et mine sombre. Il le suivit de loin jusqu’à ce q’ils atteignent les pelouses. Son frère allait défaire l’amarre de la barque quand il le saisit à l’épaule. - Es-tu fou, cadet ? Ta maîtresse est un monstre ! Quel pacte notre mère t’a-t-elle fait accepter pour quelques joyaux ? Quelle crime cette femme a-elle commis pour être changée en serpente ? Il ne lui laissa pas le temps de répondre, et lui assena un coup de poing sur la figure. - Tu vas rentrer avec moi, parler à notre mère, et ne plus jamais revenir ici, tu m’entends ! Que donnes-tu à cette serpente en échange de son or ? - Attends ! cria le cadet en se protégeant le visage. Mais son frère roula sur lui, l’étouffant à moitié. Sa main se referma sur le manche de la hache attachée à sa ceinture. -Pitié, laisse-moi parler ! supplia le cadet, voyant son frère lever la hache au-dessus de lui. C’est une malédiction ! Son frère changea de visage, la hache lui suggérait quelque chose. Il était évident qu’elle était magique. - Je sais comment la lever, dit l’aîné en lâchant son frère. -Que fais-tu ? cria le cadet en frottant sa joue tuméfiée. - Arranger un peu les jambes de ta maîtresse, répondit l’aîné en filant vers le château. Ne t’oppose pas à moi ! Le cadet comprit, mais son frère se ruait déjà vers le portail , il le poursuivit dans les escaliers, la vue gênée par les coups qu’il avait reçus. - Pitié, ne fais pas ça ! Elle n’y est pour rien, cria-t-il à travers la porte. Mais il était trop tard, il vit la dame renversée sur le lit, et son frère lever la hache au dessus d’elle. La grande queue d’anguille, noire et noueuse tomba et se tordit sur le sol au milieu d’une flaque de sang noir et visqueux. Mais à la place où elle s’était trouvée attachée au corps, c’étaient deux jambes parfaitement entières qu’il voyait maintenant. Chaque matin, la dame redevenait une serpente, et seule le coucher du soleil lui rendait son apparence normale C’était la hache de son père qui avait levé cette malédiction. La dame se leva chancelante, mais bien vivante et entière. C’est alors qu’il prit conscience de la loyauté de son frère, malgré la façon injuste dont sa mère et lui l’avaient traité. Et la hache de leur père avait permis la révélation de la vérité contre les mensonges de la mère. Depuis ce jour, les frères ne se quittèrent plus et rendirent à l’île la gaîté que la malédiction de la dame avait éteinte. Ils vécurent longtemps et heureux.
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