Chapitre 6:
Contact
(par
Gurth, ajouté le 14/01/07 20:59)
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Dugway Proving Ground, Utah, mess des officiers, préfabriqué A1, area 44, 6 mars, 09 : 28 AM
Dan regardait par la fenêtre. Derrière lui, Beckman et le commander Krazinsky prenaient un café avec deux autres hommes engoncés dans des costumes sombres : un certain agent Calahan, de la DIA, les services de renseignement militaires, et Stewart Jones, un expert de la DARPA, l’agence de recherche de l’armée. Dan ne se sentait pas très bien, en fait il avait très peur. Il était seul dans un endroit inconnu et plutôt désagréable avec des gens qui présentaient les mêmes caractéristiques, et si il en parlait à qui que soit on lui injecterait sûrement une dose de chlorure de potassium avec la bénédiction de la Cour Suprême. Le jet avait atterri dans la nuit sur la base de Hill. De là il y avait eu une heure et demie de route jusqu’à Dugway. Un passe magnétique, les clés d’un bungalow et un rendez-vous à neuf heures trente précises au bâtiment A1, area 44, attendaient Dan. Guidé par Beckman il s’était installé dans son nouveau logement, mais n’était pas parvenu à trouver le sommeil. Il en payait maintenant le prix, baillant et clignant des yeux. En face du mess, Dan pouvait apercevoir un autre préfabriqué (le Z 00) gardé par quatre soldats en tenue de combat complète, noire. Heureusement qu’on était en hiver, sinon ils crèveraient de chaud, se dit Dan. Et puis il pensa : 'tain, qu’est-ce que j’en ai à foutre. Un hélicoptère passa en rase-mottes au dessus du bâtiment. Un hélicoptère noir, comme dans une théorie conspirationniste. Dan avait lu une fois qu’on pouvait facilement confondre le vert foncé des aéronefs de l’armée avec du noir. Mais cet hélico-là était bel et bien noir. Le général Caldwell entra dans le mess, salua l’assemblée puis se dirigea vers Dan. « Professeur Huxley ? Je suis le major général Caldwell, commandant l’unité de test Delta. Je me doute que vous devez être quelque peu déboussolé, mais on aimerait se mettre au travail tout de suite. -Allons y. » Et qu’on en finisse, rajouta Dan mentalement.
Leur destination, le bâtiment Z 00, n’était en réalité qu’une boîte vide abritant un ascenseur, surveillé par deux gardes. Le général glissa une carte magnétique dans un lecteur, se soumit à une vérification d’empreinte digitale, rétinienne et vocale ; alors seulement l’ascenseur daigna s’ouvrir, emportant les six hommes au niveau – 7. Cent mètres sous terre, précisa l’agent Calahan. Le niveau – 7 ressemblait à un vaste hangar au centre duquel était posé le cube en acier, d’où partait de gros câbles. La pièce ne contenait que quelques ordinateurs posés sur des bureaux, et des fauteuils. En plus des inévitables gardes, un homme en costume noir se tenait debout près du cube. Le général le présenta à Dan. C’était Hoskins, un linguiste de la DIA que Dan aurait à former. « C’est grâce à votre article que j’ai pu identifier la langue de notre interlocuteur. Vous y aviez mis des exemples, et j’ai reconnu quelques mots. Celui pour « Homme » en particulier, dit Hoskins en souriant. - Bonne mémoire, répliqua Dan laconiquement. L'heure n'était pas aux questions du genre "Comme ça, vous lisez AC?". Bon alors, où est-il votre petit malin ? J’ai déjà dit ça à monsieur Beckman, mais je vais vous le redire : si un type prétend ne parler que le Commun, il se fout de vous. Ou alors il a eu des parents particulièrement retors. - Il est là, dans la boite, fit Jones. - Il est contagieux, ou juste très laid ? Dan s’étonna lui-même. Il était en verve, décidemment. Jones désigna un micro près d’un ordinateur. - Il n’est pas nécessaire que vous le voyiez. Vous pourrez communiquer avec lui avec ça. On peut commencer tout de suite. Hoskins ? Le linguiste tapa quelques touches sur un clavier. - OK, ça enregistre. Vous pouvez dire bonjour. » Soudain, Dan fit abstraction de son énervement et de sa frustration. Il observa les personnes présentes, et réalisa qu’elles semblaient très excitées, mais aussi… terrorisées, oui, c’était le terme exact. Et ça, ça n’était pas rassurant du tout.
Hem, Idaho, 6 mars, 09 : 47 AM
Kathrin patrouillait en voiture au hasard des rues de Hem. Le travail de police dans la petite ville se réduisait principalement à dresser des contraventions, ramener les éméchés chez eux et séparer les bagarreurs ou les couples. Pour le reste, il s’agissait de rendre service, de rassurer, de faire en sorte que Hem ait toujours l’air de la ville paisible qu’elle était. Kathrin se souvenait avoir tiré un coup de feu, quelques années auparavant. Il avait fallu achever un cerf imprudent renversé par une camionnette. Elle roulait au pas dans un quartier résidentiel quand son attention fut attirée par madame Lawson qui agitait les bras. Kathrin gara la voiture, faisant le deuil de ses kilos perdus. La tarte de madame Lawson allait, sans nul doute, s’ajouter à celle de madame McDougal. Mais ce matin là, madame Lawson n’avait pas fait de tarte. Dans le salon, son petit fils, Patrick – qui n’était donc pas à l’école, nota Kathrin – jouait nerveusement sur sa Playstation. Sa grand-mère s’approcha et lui toucha l’épaule. Il sursauta et se retourna. Lorsqu’il reconnut Kathrin il lui fit un faible sourire. « Raconte à l’officier Stockdale ce que tu as vu dans la forêt ce matin, dit madame Lawson. Il est ici pour la semaine, ses parents sont en voyage, glissa t-elle à Kathrin, alors je me dis qu’il peut bien se permettre l’école buissonière. - Ben… C'était dans la grande clairière près du pont écroulé sur la rivière… C’est là que c’était… Des animaux morts. Tués. Et des tas de corbeaux en train de les bouffer. Leur croassement… C’était pas normal. Comme si quelqu’un avait tué toutes ces bêtes pour les offrir aux corbeaux. Alors je me suis enfui… »
« Je vais me charger de ça, Patrick » avait dit Kathrin. Elle roulait maintenant vers Beau Woods, la forêt de Hem. Un taré qui s’amusait à massacrer les animaux, ça n’était jamais très sain. Elle passa un appel radio au poste. Le chef en personne lui répondit : « Ecoute, tu ne devrais peut-être pas y aller seule… Il s’est passé un truc, viens au bureau, je voudrais t’en parler directement… »
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