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Repentance

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 66: Neithan
(par michele huwart, ajouté le 22/04/05 13:01)


Nous cheminions, Vaïn et moi. Algarond nous avait prêté des chevaux. Je n'étais pas bon cavalier, n'ayant pour ainsi dire jamais eu l'occasion de monter. Je me débrouillais, néanmoins. A vrai dire, je n'avais pas vraiment envie de rester trop longtemps éloigné de ma petite famille. D'un autre côté, la perspective de passer quelques jours seul en compagnie de mon ami ne m'était pas désagréable.
Même si une autre perspective m'était désagréable... bien que je l'eusse cherchée.
- Pourquoi veux-tu donc le revoir ? m'avait demandé Vaïn, inquiet de ma réaction.
- Je ne sais pas, lui avais-je répondu. Je sais juste que j'en ai besoin. Que je ne pourrai jamais guérir, si je ne lui parle pas.
Mais j'ignorais ce que j'allais lui dire...
Vaïn l'avait retrouvé, par hasard. Il menait une existence modeste, bien éloignée de celle d'un prince de Doriath ou de Dor Lomin, dans un village situé à vingt lieues du mien. Et nous cheminions vers ce village...
Plus nous en approchions, plus j'étais mal à l'aise. J'avais mal dormi la nuit précédente, malgré la présence rassurante de mon compagnon. J'avais l'estomac noué, la gorge serrée. Monseigneur... priai-je intérieurement, bien qu'il ne puisse m'entendre, oh, Monseigneur... aidez-moi.

A l'entrée du village, Vaïn m'indiqua la direction de la maison de Neithan.
- Il se fait appeler Turambar, ici, me précisa-t-il. Morgil, je te laisse, maintenant. Je serais plus qu'un intrus, entre vous.
Je protestai. Qu'il ne serait jamais un intrus. Que j'avais besoin de lui. Que...
Il ne céda pas.
- Cette conversation doit avoir lieu entre vous deux. Mais je ne serai pas loin. Retrouve-moi à l'auberge. J'y exercerai mon métier, en t'attendant.
Et je me retrouvai seul. Seul à chercher la maison de Neithan.
Elle ne fut pas difficile à trouver. Il se tenait sur le pas de la porte, bavardant avec une femme âgée tout en caressant un gros chen de berger. Lorsque je m'approchai, ils se saluèrent, et la femme s'éloigna.
Je mis pied à terre devant lui.
Il avait peu changé. Il était resté jeune, fier et beau, tel que dans mes souvenirs. Avec, malgré tout, dans le regard, une ombre de chagrin qui ne devait pas le quitter. Je le saluai. Spontanément, je l'appelai "capitaine". Il me dévisagea, longtemps, avant de me reconnaître.
- Morgil, me dit-il d'un ton hésitant. Tu as changé.
Il était vrai que, vêtu de mon manteau elfique, chaussé de bottes de cuir fin, propre, les cheveux lissés vers l'arrière et retenus par un lien de cuir, j'étais loin d'avoir conservé l'apparence de l'homme-loup en guenille qu'il avait connu des années plus tôt.
- Entre.
La pièce était propre, bien tenue, méticuleusement ordonnée. Il m'invita à m'asseoir, mais je restai debout. Je n'étais pas là pour une visite de courtoisie.
Et Neithan le savait.
Face à lui, je sentais en moi remonter la colère, la rage, et l'épouvantable chagrin qui me broyait le coeur. Mais j'étais incapable de dire un mot.
Il s'empara d'une bouteille d'eau-de-vie. Nous en versa une rasade à chacun. But la sienne d'un coup, s'en reversa une deuxième, qu'il but à la suite. Il tremblait.
- Il t'aimait.
Je m'attendais à tout, sauf à celà. Il avait parlé d'une voix brisée, presqu'enfantine, et infiniment triste.
- Il t'aimait, reprit-il. Il avait confiance en toi. Plus qu'en moi, je pense... Il avait raison, sur ce point. Tu lui avais sauvé la vie... tu l'avais soutenu dans la souffrance... et moi... moi...
Les larmes coulaient sur son visage. Lourdes. Silencieuses. J'aurais pu en être ému. Je ne le fus pas.
- C'est de votre faute... fis-je froidement. Sans votre entêtement, sans votre orgueil... Il serait toujours en vie.
Puis, baissant les yeux, et égoïstement, j'ajoutai.
- Je ne l'aurais pas perdu.
Je pleurais, moi aussi.
Et soudain, je me rendis compte que notre peine était commune.
Et je fus éberlué de le voir s'agenouiller devant moi.
- Morgil... je... je te demande pardon. Je te demande pardon, à toi, parce qu'à qui d'autre pourais-je le faire ? C'est ma faute. Tu as raison. C'est ma faute. C'est moi qui l'ai entraîné dans cette galère. Et c'est moi qui l'ai tué. Pardon... oh... Beleg... Morgil... Pardon !
Ma raction m'étonna moi-même. J'avais l'impression que ce n'était pas moi qui agissait.
Je le relevai, le forçai à s'asseoir, et me mis à lui parler doucement.
- Il vous a rejoint de son plein gré, Neithan. Il vous a rejoint parce qu'il vous aimait, et qu'il craignait pour vous. Je ne puis vous pardonner le mal que vous lui avez fait, mais je vous pardonne la peine que ce mal m'a causée. Et je sui sûr...
... "Tu sais bien que je lui ai pardonné depuis longtemps"....
Une voix d'outre-tombe surgit dans mon esprit. "Merci, Monseigneur", répondis-je mentalement.
-...je suis sûr que, là où il se trouve, il vous a pardonné, lui aussi.
-... oh... balbutia-t-il, je ne sais pas... je ne sais pas...
- Je ne puis vous pardonner à sa place, repris-je, amis je connais quelqu'un qui pourrait le faire.
- Et qui ? me supplia-t-il de répondre.
Une très ancienne conversation me revenait en mémoire, durant laquelle j'avais demandé pardon à mon Seigneur pour mes crimes passés, pour la mort d'un homme au manteau gris dont le regard ne m'avait plus quitté.
- Eru, lui dis-je. Et vous. Puissiez-vous vous pardonner un jour, Neithan. Puissiez-vous trouver la paix.
Il me regarda longtemps, sans répondre. J'essuyai ses larmes, et lui servit un nouveau verre d'eau-de-vie, que je le forçai à avaler.
- L'as-tu trouvée ? finit-il par demander. La paix ?
L'avais-je trouvée ?
Une autre voix parvint alors à mon esprit et à mon coeur. Une voix que j'avais vaguement entendue, autrefois, et que j'avait fait taire à jamais.
... "Il y a longtemps que je t'ai pardonné, Morgil...".
- Oui, répondis-je. Oui, je l'ai trouvée. Même si la blessure de la mort de mon Seigneur restera béante à jamais. Je l'ai trouvée.

Je suis un long moment en compagnie de Neithan. Nous avons évoqué le passé, l'avenir. Il m'a raconté sa vie, et j'ai fait de même. Les noms s'entrechoquaient. Ceinwyn et Finduilas, Nellas et Lalaith, Griet et Gwindor. Morwen et Vaïn. Becca et Forweg. Huor et Garion. Le Roi. La Reine. Et, par-dessus tous, celui qui nous avait été si cher à tous deux, Beleg à l'arc-de fer, son ami, mon Seigneur.

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.