Chapitre 7:
A l'orée de la forêt
(par
Babycakes, ajouté le 22/06/02 17:53)
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Le rythme que la nécessité leur imposait avait cepandant un inconvénient : il les fatiguait trop pour qu’ils puissent devenir invisibles si un ennemi approchait. Ils étaient donc partis pour voyager une dizaine d’heures totalement à découvert. Mais le pays était grand, et le Seigneur espérait que les Esprits seraient trop occupés à surveiller la route que maintenant le reste des soldat empruntait. Ce reste de la troupe savait où aller, et ils trouveraient dans la grotte un message discret laissé en elfique afin de leur expliquer le chemin à suivre et la nécessité de presser le pas.
Ils en étaient à un peu plus de huit heures de routes, sans une pause, quand tout à coup ils sentirent au plus profond de leurs os les Esprits qui arrivaient. Aussitôt, des cris de panique se firent entendre, et la Dame eut du mal à reprendre le commandement : « Calmez-vous ! Il nous faut agir vite. Chacun va courir le plus vite qu’il le peut jusqu’à la forêt, sans s’occuper des autres. Nous ne pouvons nous rendre invisibles, nous sommes trop fatigués, et nous ne tiendrions pas assez longtemps. Je ne cache pas que j’ai peur qu’il y ait des pertes… » Ces derniers mots donnèrent aux soldat l’énergie du désespoir dont ils avaient besoin pour courir à toute allure. Balfamyn se retourna, effrayé et inquiet pour Flayelle. Leurs regards se croisèrent, et il n’eut pas le cœur de la laisser là, tremblante et cherchant vainement à s’envoler, la peur lui ayant paralysé tout les membres. Il retourna en arrière et la prit dans ses bras, reprenant sa course effrénée. Et les Esprits approchaient.
Bientôt ils furent là et s’attaquèrent au groupe qui traînait derrière. La Dame, dans un dernier effort leur cria : « Les perles !! Serrez fort vos perles ! Ne pensez à rien d’autre qu’elle ! Ils fuiront ! » Et, en effet, après une ronde rapide qui les entourait d’un opaque nuage gris, les Esprits poussèrent des cris à glacer le sang tout chaud dans les veines, et s’enfuirent. Ils avaient néanmoins emporté une poignée de soldats, qui hurlaient encore dans les têtes des rescapés. Les soldats les plus proches accoururent, et les prirent sur leurs dos et leurs épaules, car ils étaient épuisés, et que malgré tout il fallait continuer la course. Et ils finirent les derniers kilomètres ainsi, passant de dos en dos et d’épaules en épaules. Quand enfin ils furent à l’abri dans l’ombre noire de la forêt menaçante, ils furent lâchés sur le sol, et tous les autres s’écroulèrent de même. Balfamyn reposa Flayelle en douceur sur le sol, et lui dit : « C’est passé. Ça va aller mieux, maintenant. - Oh, Balfamyn ! Ne me laisses plus jamais ! Tu resteras toujours maintenant, n’est-ce pas ? » Mais il ne répondit pas, et s’éloigna la tête basse et les épaules voûtées sous le poids de son chagrin.
La Dame s’occupait des rescapés, leur imposant les mains et tentant d’effacer l’horreur de leurs subconscients, car, pris dans le tourbillon des Esprits, ils avaient perdu tout contact avec le monde et restaient enfermés dans les tréfonds de leurs cerveaux hurlant silencieusement leur peur. Au bout d’un moment, elle s’éloigna, et croisa Buykoul : « Ils vont s’en sortir, hein ? - Je ne sais pas. Ils ont une énorme peur, et ils sont devenus un peu comme des… zombis. Mais j’ai peur que les Esprits, à défaut de les emmener devant Kôleth n’aient réussi à les… transformer. - Vous nous aviez dit qu’ils ne pouvaient pas ! Vous nous aviez dit que nos perles nous protègeraient ! - Oui, et c’est ce que je pensais. Mais apparamment, Kôleth a trouvé le moyen de nous atteindre tout de même malgré les colliers, et ceux-ci ne nous servent plus qu’à faire fuir les Esprits, ou les impressionner. - Alors ils sont fichus… - Non, je ne pense pas. Mais il faut me laisser travailler, autrement je ne pense pas pouvoir les ramener à nous. »
Et la nuit se passa ainsi, la Dame veillant les malades, leur imposant les mains, écoutant silencieusement leur peur, et parfois se peignait sur son visage une expression d’immense compassion et de réconfort. Parfois, l’un d’eux s’agitait énormément, alors elle posait ses fraîches mains sur ses yeux, murmurait quelques mots, sur un ton rassurant, et l’autre se calmait. Dès que le ciel se fit moins noir (car on ne peut pas dire que l’aube pointa), la Dame demanda à parler au Seigneur : « Il faut que vous m’aidiez. Je n’y arrive pas toute seule. Ils ont moins peur, maintenant, mais ils ne veulent toujours pas revenir. Ils ne veulent pas les revoir. La douceur n’y fait rien, leur dévotion pour leur peuple encore moins. J’ai senti le mal germer dans leurs propos devenus égoïstes. - Mais que voulez-vous que je fasse ? Je n’y peux pas plus que vous ! - Si, vous pouvez, et vous le savez bien. Il faut maintenant réveler toute l’étendue de vos pouvoirs, les miens ne suffisent plus. - Vous savez bien ce que cela va entraîner ! Nous risquons de nous faire prendre ! Kôleth me repèrera à peine aurais-je commencé ! Et elle me croit mort, ce serait vraiment de l’imprudence… - Tout comme ce serait de la pure cruauté de laisser ces soldats devenir ses serviteurs ! Ils connaissent notre destination et nos projets ! Bien mieux que Kôleth… »
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