Il était l'un de ceux aui s'était approché de nous, par hasard. Il était l'un de ceux que nous aurions dû tuer. Il avait croisé notre route. Il avait des armes superbes. Qui nous faisaient envie. Nous aurions dû le tuer. A vrai dire, nous avons voulu le tuer. Mais il ne s'est pas laissé faire. C'est l'un des nôtres qui s'est trouvé étendu. Mort. D'une pierre en pleine tête. Et Neithan a pris sa place. S'il avait réussi à tuer l'un de nos compagnons, celà voulait dire qu'il était adroit. S'il était dépossédé, celà voulait dire qu'il était comme nous. Ancore que je me demande encore aujourd'hui de quoi j'avais été, moi, dépossédé. Je n'avais jamais possédé que ma misère et les coups de mon maître. Que celui-ci dépende des amis du Ténébreux ou des seigneurs de Dor Lomin. Des parents de Neithan. Lui avait vécu en Doriath après la mort de son père. Il avait été le fils adoptif du Roi ! Le Roi ! Et le Roi lui avait fait outrage ! Il était parti. Il nous avait rejoint. Il nous comprenait. S'il n'y avait eu la guerre, il serait devenu mon Seigneur. Il était simplement mon compagnon.
La vie ne changea pas vraiment à la venue de Neithan. Vols, rapines et meutres, quelquefois. Toujours la violence et la misère. Toujours, la Liberté. Ou ce que, du moins, je croyais tel. Mais nous prîmes d'autres personnes pour cibles. Pas toujours. Parfois, seulement. Si ces "personnes" en étaient bien. Car comment qualifier les Orcs, créatures du Ténébreux ? Etaient-ce des bêtes ? Etaient-ce des gens ? Peu importait. Ils étaient dangereux, nous attaquaient parfois. Avant, nous ripostions. maintenant, nous allions à leur rencontre. Certains étaient riches. Plus riches que bien des hommes. Neithan nous avait interdit de manger la viande de leurs rations. C'était peut-être de la chair humaine. Il y avait donc pire que nous ici-bas !
Nous nous prenions pour des coureurs des bois. Après toutes ces années, nous restions des amateurs en ce domaine. C'est ce que nous comprîmes vite. Même le chef, à contre coeur. Neithan était de loin le plus jeune d'entre nous. Presque encore un enfant. Mais un enfant qui connaissait les secrets des Elfes. Les secrets des Bois. Les moyens de passer inaperçus dans la nature. de faire un feu invisible. De trouver un abri dans un arbre creux qui paraît sain. D'attirer le gibier sans attirer l'ennemi. Il connaissait aussi les secrets des armes. Les secrets de la guerre. Neithan était un prince. Un prince-soldat. Et, petit à petit, il fit de nous des soldats. Des soldats sans cause. des soldats sans patrie. des soldats dont le seul idéal était eux-mêmes. mais des soldats quand même. Entraînés. Organisés. Il prenait de plus en plus d'importance parmi nous. Le chef, Forweg, en prenait ombrage. Mais il le montrait peu. neithan nous rendait efficaces, redoutables. Nous n'étions plus de pauvres exclus à la recherche d'on ne sait quoi. Nous étions forts. Forweg aimait diriger des hommes forts. Celà lui donnait l'impression de l'être encore plus.
Jusqu'au jour où Neithan le tua. J'ai su pourquoi. A l'époque, je l'avoue, je ne l'ai pas compris. Tuer l'un des nôtres pour sauver quoi ? La vertu d'une paysanne ? Elle aurait bien pu vivre sans. Mais il le fit. Et prit la tête de notre bande. Il ne devint pas notre chef. Mais notre capitaine.
|
|
Voir le
chapitre 7 sur 67
|
|
|