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Chapitre 8: Rencontre de hasard (poème layé)
(par Ronan Mackowski, ajouté le 06/04/02 23:03)


Ses cheveux étaient rouges,
Rouges ses vêtements ;
Il portait noblement
Une cuirasse rouge,
Ses armes revêtait :
De gueules à lion d’or ;
Mais son visage était
Pâle, et d’un fier port.
Et le rouge têtu
Ses traits à tous cachaient, [10]
Si bien qu’on le nommait
Le chevalier tout de rouge vêtu.

Il allait par les routes
Et les ponts écroulés
De pays désolés,
Mais ne laissait le doute
S’insinuer en lui
Car il savait sa quête
Plus sombre que la nuit
Et féroce la bête [20]
Qui dort au bord du monde,
Guivre qui des anneaux
Déroulait l’écheveau,
Lorsque la lune était encore ronde.

Tous lors de s’étonner
Qui le voyaient passer :
Son air fin et racé
Les faisait frissonner.
Mais lui n’y prêtait guère
Attention, car un rêve [30]
Occupait ses prières ;
Et il cherchait sans trêve
La trame d’un récit
Disparu sous le voile
D’un souple dais d’étoiles
Revêtu de souvenirs indécis.

Son cheval le menait
En pays étrangers ;
Lui ne voyait changer
Que la route où renaît [40]
Le danger, cent fois vu,
Aussitôt oublié.
Mais un jour, non prévu,
Arriva que lié
Son destin se rendit
A celui d’un pendu
Laissé pour mort : son dû
Pour avoir transgressé un Interdit.

L’homme était un trouvère,
Forgeur de poésie, [50]
Coupable d’hérésie
Par des juges sévères ;
Echappant au bûcher,
Mais le gibet obtint :
On l’y avait juché
Disgracieux pantin,
Jusqu’à la délivrance
Par l’errant chevalier
Qui s’en fut délier
L’autre tout juste ravi à l’enfance ; [60]

Et le jeune poète
S’obligea par serment
D’être sans reniement
Son écuyer ; la dette
Ne pouvant être éteinte
Que par la mort de l’un
Ou de l’autre, sans crainte
De nul esprit malin.
Ils devinrent dès lors
Compagnons d’aventure, [70]
Sans perdre la texture
D’un peu commun et redoutable sort.

La violence des nuits
-Embuscades, traîtrises-
Laissait place à la grise
Aurore, sans ennui,
Et le jour, en chansons
S’égrenait le chemin,
Poétique rançon
D’un soir sans lendemain : [80]
Car sans cesse pour eux
Revenaient les instants
D’un péril renaissant,
Malgré les lais, à la lueur d’un feu.

Et l’étrange amitié
Grandit dans l’intervalle
Des lieues que l’on avale ;
Entre estime et pitié
Navigue leur esprit
Désespérant d’atteindre [90]
Le but où sans répit
Tend le désir, sans craindre
Tel affadissement
Qu’apprend la lassitude ;
Mais dans la solitude
Il n’est d’autre partage que tourment.


Voir le chapitre 8 sur 17



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.