Chapitre 8:
Gayette
(par
Saivh, ajouté le 23/12/05 11:41)
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Gayette savoura les derniers moment d'obscurite parmi l'ombre des nombreux rouleaux. Il gelait et la piece sentait la poussiere, le bois, la neige et la laine. Des pas dans la pieces d'a cote l'informerent que Robert avait fini sa biere et son fromage et que dans quelques moments la lumiere grise et chargee de nuages envahirait l'echope. Elle sentait la presence de son mari derriere elle et ouvrit les volets. La bise lui mordit le visage et porta son regard d'ardoise claire sur le chemin boueux, qui faisait office de rue principale, et les flaques d'eau gelee, grises et bleues, comme sa robe de laine. Gayette rajusta son bonnet sur ses oreilles et remonta sous son menton l'echarpe qu'elle avait croise sur la poitrine. Robert lui passa le bras autour de la taille et elle posa brievement la tete sur son epaule.
Gayette avait epouse Robert deux ans auparavant, alors qu'elle n'esperait plus se remarier. Son pere avait lie son destin, a quatorze ans, a un homme beaucoup plus age qu'elle et devenu infirme, mais relativement aise, aupres duquel elle avait passe dix ans, plus comme garde-malade que comme epouse. Deux ans plus tard, un ami de son pere, Robert, l'epousait. Il venait de perdre sa seconde et tres jeune epouse en couches, ainsi que l'enfant. Sa premiere femme avait rendu l'ame dans des circonstances similaires. Gayette ne pu s'empecher de penser que Sombreval portait bien son nom et avait depuis longtemps ete oublie de Dieu.
Dieu... Elle leva les yeux et devina la silhouette du chateau au travers du jour naissant et de la brume. Qu'il semblait loin le jour d'ete ou les jeunes Lambert et Bertrand rayonnait sur la foule de leurs paysans, aureole de la gloire de ceux qui vont froler Dieu aux portes du Paradis, en Terre Sainte.... Ils etaient beaux. Et idiots. Comme ceux qui ne doutent de rien et surtout pas d'eux-memes. Pierre, le jeune frere de Robert, avait joint le cortege des pelerins qui s'etait rapidement forme derriere les jeunes seigneurs. Elle lui avait remis le sort de son couple entre ses mains, lui avait demande d'interceder aupres de Dieu directement. Le temps passe vite. Les espoirs aussi. Gayette doutait que Pierre vive encore. Mais qui etait-elle? Une femme du commun. Comment des gens comme eux peuvent-ils signifier quelque chose? La jeune Valentine l'avait impressionee par son air grave et sa tenue malgre son aspect si enfantin. Gayette se demanda a quoi devait ressembler la vie de sa Dame, loin au dessus de ses sujets, derriere les murs sombres du chateau.
Robert et Gayette vendaient de la laine et meme du tissus pour ceux qui pouvaient parfois s'en offrir. Les doigts de Gayette, longs et fins, etaient durs a force de filer. Elle suivit son epoux du regard. Gayette s'estimait satisfaite de cette union. Elle etait heureuse d'eprouver de l'attachement et de l'affection pour son mari. Elle aimait sa presence et travailler avec lui, elle aimait son calme et son intelligence, sa maturite, son experience. A son contact, elle avait le sentiment de grandir et de s'ameliorer. Et il la respectait. Il n'avait pas honte de lui demander son avis. Et il ne la brutalisait pas. Malgre son ventre plat.
Ayant renonce a parler a Dieu, elle n'etait apres tout qu'une femme du commun et Dieu etait maintenat aux cotes des hommes partis vers la Terre Sainte, Gayette s'etait tournee vers la presence plus proches de ceux que l'on disait vivre dans la foret sombre qui les entourait. Un matin, tres tot, elle s'etait dirigee vers un lieu repute frequente par le petit peuple. On disait que de menus cadeaux a leur reine la rendaient attentive aux femmes en situation difficile. Et c'est la aussi que poussaient des herbes dites magiques. Elle ne tremblait pas et, le pas decide et la machoire serree, s'etait dirigee vers le coin sombre de la foret. Le jour ne s'etait pas encore leve, le ciel prenait a peine des tons de bois brule, mais de ses yeux habitues a l'obscurite, elle reconnu la silhouette de celui qu'elle savait se prenommer Guy. Le jeune homme avait une repuation de mystere dans le voisinage, peut-etre meme de rebouteux voire, chuchotaient certains, de sorcier. Gayette n'eu pas peur de lui car la seule chose a laquelle ele pu penser fut pourquoi le jeune homme semblait venir du chateau. |
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