Chapitre 8:
Coma et Hamburger
(par
Gurth, ajouté le 18/01/07 20:52)
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City Hall, Police Department, Hem, Idaho, 6 mars, 10 : 25 AM
Le HPD – Hem Police Department– employait sept officiers sous le commandement d’un lieutenant nommé par le conseil municipal. Les locaux étaient situés dans la mairie, imposant bâtiment de style palladien, style largement anachronique au moment de son édification en 1889. Mais le fondateur de la ville était nostalgique de l’époque de la guerre d’indépendance. La police utilisait quelques pièces du rez-de-chaussée. L’une d’elle était l’étroit bureau du lieutenant Burroughs, seul policier du HPD à n’être pas en uniforme. Régulièrement reconduit dans ses fonctions par le conseil municipal depuis plus de quinze ans, il était devenu, sinon un notable, du moins une figure locale de Hem. Kathrin toqua à la porte vitrée du bureau. Burroughs se leva pour venir lui ouvrir lui-même la porte. Tandis qu’elle entrait et s’asseyait il lui servit une tasse de café. « Alors, qu’est-ce que c’est que cette histoire de massacre animalier ? demanda t-il. - Je n’en sais rien, c’est pour ça que j’allais voir sur place. - Ecoute d’abord ça : il y a trois quart d’heure, on a retrouvé Miles Parker allongé inconscient au bord de la route 134. La route 134 traversait Beau Woods. - Miles Parker ? « Fisherman » ? fit Kathrin. - Lui-même. On l’a amené à la clinique, et là ils ont… attends, je te lis ce que m’a dit le docteur Cross tout à l’heure, ah voilà. Glasgow E2-V2-M4 à l’arrivée, intubation, intraveineuse. Bilan des fonctions vitales, tout est normal. Ils ont essayé de le réanimer mais ça n’a rien donné. Le Glasgow est tombé à E2-V1-M3. A priori il est dans le coma. Un hélico va arriver pour l’emmener à l’hôpital de Twin Falls. - On sait ce qui s’est passé ? Kathrin, bien que désolée, ne voyait pas qu’est-ce qu’il y avait d’inquiétant pour elle dans cette histoire. - C’est là qu’il y a quelque chose de bizarre, fit le lieutenant. Le docteur Cross n’a rien trouvé qui puisse expliquer la cause de ce coma. Aucun signe de traumatisme crânien, apparemment Fisherman n’avait pas bu, ni prit de drogue – ce qui ne serait pas son genre de toute façon – et il n’était pas sous traitement. - Qui l’a trouvé ? - Un type, euh, Kyle Jensen. Tu pourrais t’occuper de prendre sa déposition ? D’après ce qu’il a dit au docteur, il a trouvé Fisherman vraiment tout au bord de la route. Et il n’y a aucune trace de chute sur lui. Je trouve qu’on dirait… - Que quelqu’un la gentiment déposé, continua Kathrin. Je suis sur l’affaire, alors ? - Quelle affaire ? - Le mystère de la forêt… Kathrin se leva d’un air décidé. - Où est-ce que tu vas ? - A Beau Woods ! »
Annie’s Burgers, Pearl Ridge, Utah, à 15 kilomètres de Dugway Proving Ground, 6 mars, 10 : 43 AM
Attablé devant deux hamburgers, trois oeufs sur le plat et une énorme portion de frites, Stewart Jones semblait encore plus joyeux que lorsqu’il avait chanté à tue-tête et avec un indéniable talent Stuck in the Middle with You. De son côté, après un café et quelques tranches de bacon, Dan se sentait mieux. Il était prêt à écouter les explications de celui qu’il considérait déjà presque comme un allié. « Voyez-vous, professeur, commença Jones la bouche pleine, l’unité de test Delta est une espèce de chimère. Une créature mythique dont on garde l’existence secrète et qui ne sait pas très bien elle-même ce qu’elle est. Civile ? Militaire ? Et puis qu’est-ce qu’elle est censée faire ? Du renseignement ? De la recherche ? Excusez moi, mademoiselle, est-ce qu’on pourrait encore avoir du café ? » La serveuse resservit Dan, abasourdi par la facilité avec laquelle Jones parlait ouvertement de choses qui nécessitaient une accréditation Top Secret. Il ne craignait donc pas d’être jugé pour trahison ? D’autant que les environs d’un centre de recherche militaire était cerné d’espions chinois, c’était bien connu. Jones devina ses pensées. « Personne n’écoute ni ne comprend, professeur. C’est ça, l’humanité. Par exemple, si je vous raconte la façon dont j’ai dépecé et mangé ma petite sœur… » La serveuse continua à servir les quelques clients alentour. Personne n’avait rien entendu, et pourtant Jones avait parlé assez fort. Ou alors tout le monde faisait semblant de rien et la serveuse allait discrètement appeler la police. « Vous voyez ? Ils sont dans leur monde à eux. Et nous, dans le nôtre. Reprenons. L’unité Delta est bicéphale. Elle est dirigée à la fois par un militaire, le major général Caldwell, et par un civil. En l’occurrence, moi. Et je n’ai de compte à rendre qu’au secrétaire à la Défense. Caldwell et ses petits copains en uniforme, je m’assois dessus. Quant à ce qui est de Beckman et de Calahan, je suis de fait leur supérieur. Je me méfie de Beckman, cela dit. Il vous a dit pour qui il travaillait ? - Il m’a juste tendu un badge du département de la Défense, répondit Dan. Jones, qui l’écoutait en regardant par la vitre, fronça les sourcils une fraction de seconde. - Pas très précis. J’aimerai bien en savoir plus… Tiens… Attendez- moi une seconde. » L’expert se leva et alla au comptoir, où il commanda deux cafés à emporter. Il se retourna vers Dan, lui adressa un clin d’œil, et sortit sur le parking. Dan l’observa s’avancer jusqu’à une Ford Taurus gris métallisé et offrir les cafés à ses deux occupants. Jones revint, visiblement très satisfait de lui. « Je me suis dit que ces deux agents de la DIA étaient peut-être frustrés de nous regarder boire et manger. Vous auriez du voir leurs têtes ! - Ces types nous espionnent ? Dan eut un début de panique. Si ces agents avaient un micro longue portée, ils avaient sûrement tout entendu, et alors… - Pas vraiment, fit Jones d’une voix rassurante. Ils sont juste là pour notre protection : cadeau de Calahan. - Pourquoi ils se planquent, dans ce cas ? - Ne vous inquiétez pas pour ça, ça n’a aucune importance. Revenons plutôt à ce qui nous occupe. Vous avez remarqué les types en treillis noir et leurs hélicoptères, je suppose ? Prêté par le commandement des opérations spéciales. Oui, on utilise des soldats d’élite comme vigiles. Je peux vous assurer qu’ils ne font rien d’autre que garder des portes. C’est comme le colonel Adamson ; c’est un béret vert. Quant au commander Krazinsky, c’est un commando SEAL de la Navy. Vous vous demandez à quoi ça rime, non ? - Oui, fit Dan pour la forme. Il était toujours inquiet à propos des agents qui les surveillaient, et les subtilités militaires dont Jones semblait se délecter le préoccupaient peu par rapport à la chose qui était dans enfermée entre quatre plaques de blindage. - Vous savez ce qu’il y a dans la boîte au niveau – 7 ? demanda Jones qui décidemment lisait dans son esprit. C’était un peu dérangeant. - Non, évidemment. - Eh bien personne ne le sait. Ce qu’on sait, c’est qu’il est très dangereux. Alors on a mis des types également très dangereux pour le garder. Mais entre vous et moi, si ce qu’il y a là-dedans s’échappe, forces spéciales ou pas, on pourrait tous bien y passer. Bon, tant qu’on est là, on va prendre une bière, et après je vous raconte l’histoire de cette fascinante boîte. »
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