Chapitre 9:
Marche sous la pluie
(par
Laurent Femenias, ajouté le 18/07/03 01:22)
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Pourtant, depuis ce matin, le soleil avait laissé place à des nuages noirs et orageux. Il faisait toujours chaud mais le climat était plus lourd et menaçant. Les cris des corbeaux mêlés au souffle du vent dans les buissons étaient les seuls bruits que Sam distinguait. Les terres situées au nord de la Grande Route sont quasiment désertes toute l’année. Le gibier y étant rare, peu nombreux sont les chasseurs qui pénètrent parfois dans ce mélange de broussailles et de sous-bois. Sans les corbeaux, cet endroit aurait presque semblé sans vie. Le calme régnant aux alentours finit par inquiéter quelque peu Sam. Il avançait désormais gêné et méfiant.
Bien entendu, le chemin ne se trouve pas encore dans la Forêt, mais les quelques arbres qui le bordent laissent présager que l’entrée de Galinda est toute proche. Il n’y a pourtant pas à proprement parler d’entrée car la frontière n’existe pas réellement. Lorsqu’on avance sur le chemin en s’enfonçant dans les sous-bois, les broussailles s’épaississent peu à peu et les arbres deviennent vite nombreux et menaçants. On peut très bien ne pas réaliser que l’on se trouve dans Galinda. C’est sans doute la raison pour laquelle les paysans ou chasseurs appréhendent tant de s’engager sur ce chemin.
Sam repensait à tout ce qu’on lui avait répété depuis son enfance concernant la Forêt. Il lui semblait que dans la région, on prenait plaisir à se faire peur, que Galinda faisait partie d’un patrimoine dont on était fier tout en le craignant. Il se rendit compte que c’était la première fois que de telles idées lui venaient à l’esprit. En fait, tout ceci est certainement présent dans l'inconscient de nombre de personnes même si peu osent l’admettre. Absorbé par ses pensées, Sam ne se rendit compte qu’il commençait à pleuvoir que lorsque il fut mouillé de la tête aux pieds. Il avait pris soin de bien s’habiller et portait un manteau épais, mais celui-ci était désormais complètement trempé. Il avait hâte d’arriver chez Dunman. Comment allait-il être reçu ? Sam pensait que le vieil homme serait heureux d’avoir de la visite mais ressentait néanmoins une légère angoisse.
Il pressa le pas et abattit sa capuche sur sa tête. Ses cheveux lui collaient au visage et le gênaient un peu. Tout en redoutant la réaction de Dunman, il pensait que lors de leurs quelques rencontres, le vieil homme lui avait toujours témoigné une certaine tendresse. Bien sûr, il se comportait de façon étrange avec les gens, ce qui lui donnait un air rude et renfrogné. Mais c’était probablement en raison de la solitude qu’il connaissait depuis tant d’années.
Sam repensait également à leur toute dernière rencontre. C’était juste avant l’été. Même s’ils avaient peu parlé, c’était ce jour-là qu’il avait véritablement décidé de partir le plus rapidement possible. Sam avait maintes fois pensé à la mine d’informations sur la Forêt que représentait John Dunman. C’était cette proximité entre Galinda et lui qui le fascinait le plus. La Forêt semblait vivre au même rythme que Dunman ou peut-être était-ce le contraire. L’hiver, il semblait vieux, cassé et recroquevillé. L’été en revanche, il paraissait plus fort et plus jeune, comme les arbres qu’il aimait tant. Lui savait que même au plus profond des ténèbres se cachait la vie...
Il fut interrompu dans ses pensées par un coup de tonnerre retentissant qui vint subitement troubler le calme environnant. Il ne pleuvait plus. Sam leva les yeux et vit devant lui un mince filet de fumée s’élever à une vingtaine de mètres. Après un denier virage et envahi d’une étrange émotion, il arriva devant la maison.
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