Chapitre 9:
Sir William.4.
(par
michele huwart, ajouté le 04/11/05 10:32)
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- J’arrive ! dis-je en reposant le livre à côté de l’ordinateur. Mais Pétunia toussota en me regardant de haut en bas. - C'est-à-dire, My Lady… Cat… Sir William s’habille toujours pour dîner. Et vos vêtements… euh… vos vêtements sont bien ordinaires. Je baissai les yeux vers le kilt, passablement élimé, aux couleurs de ma maison (en faveur duquel j’avais échangé mon jean en quittant l’université), jetai un regard à mes vieilles Todd’s, et éclatai de rire. Rire qui me resta au travers de la gorge quand je remarquai que la domestique avait échangé son habituelle tenue victorienne contre une robe fleurant bon la campagne. Genre « La petite maison dans la Prairie » , pensai-je. - Je n’ai rien d’autre, tentai-je de plaider. Mis à part un blue-jean, et un gros pull noir… - Sir William y a pourvu, répliqua-t-elle. Suivez moi, My Lady. Je ne relevai pas le « My Lady » cette fois. Je suivis, transie de curiosité, la petite femme à travers les couloirs du manoir. Jusqu’à une chambre, dont l’ameublement semblait lui aussi avoir traversé les siècles, où trônait, sur le lit, la robe la plus extraordinaire que j’avais jamais vue. A vue de nez, elle devait être à ma taille. Je ne pus m’empêcher de demander des éclaircissements à ce sujet. - Sir William, m’expliqua-t-elle, avait prévu que ce dîner aurait lieu, un soir ou l’autre. Et il est assez doué, dois-je dire, pour évaluer les mensurations des jolies femmes. A ces mots, elle rougit légèrement, et ajouta : - J’attends dehors, pour le cas où vous auriez besoin d’aide. Ce modèle de vêtement est assez… inhabituel, de nos jours. Elle sortit, me laissant seule face à la « merveille ». Je restai un moment, immobile et dubitative. Pourquoi Sir William, mon employeur, me faisait il des cadeaux aussi somptuaires ? Avait il des idées malsaines derrière la tête ? Je ne pouvais m’empêcher d’y songer… Et d’un autre côté, je me rappelais les œuvres meublant la maison, les livres abandonnés à côté de l’ordinateur, les paroles étranges, prononcées à l’heure du thé. Et, aussi bizarre que cela puisse paraître, je me rappelai Bilbo le Hobbit. Je me dis que, peut-être, la reine de Dale, parce qu’il avait dû y avoir une reine de Dale, ou la Dame de Rivendell, avant son agression, avaient dû porter des robes de ce genre. Et la curiosité – et, je l’avoue, l’excitation à l’idée de porter une telle splendeur, l’emportèrent sur la crainte. Je me déshabillai, et passai la robe… et je fus assez embarrassée. Elle se portait lacée dans le dos… et j’ignorais totalement comment me débrouiller seule pour l’attacher. Je me décidai donc à appeler Pétunia, qui se fit un plaisir de m’aider. - Voilà, dit elle, me contemplant son ouvrage fait. Une vraie princesse. Regardez-vous donc dans le miroir… Ma première réaction en voyant mon reflet fut de réclamer une brosse à cheveux… que Pétunia s’empressa de m’apporter, avant de retourner à ses fourneaux. J’arrangeai, tant bien que mal, ma coiffure, puis m’examinai à nouveau dans la glace. Et je ne vis plus Cat, l’étudiante en lettres, fauchée parmi les fauchées, mais Lady Catherine, dernière rejetonne, avec son frère informaticien, d’une longue, longue lignée remontant à la nuit des temps. La robe n’était ni bleue, ni grise, encore moins mauve. Elle n’était d’aucune de ces couleurs, et était de toutes ces couleurs à la fois. D’une sobre découpe « princesse », très longue, sa seule excentricité consistait en des manches très larges. Je la regardai à nouveau, et me remémorai ce conte français… Peau d’Ane… Peau d’Ane avait exigé de son père une robe « couleur du temps ». Et voilà que j’en portais une, dans cette maison où le temps semblait avoir été aboli . Je passai une dernière fois mes mais dans mes cheveux, et sortis. Robb m’attendait. Sa tenue était d’un anachronisme parfait. Il avait épinglé sur son gilet de brocard des pin’s de différentes équipes de football, et de groupes de rock assez hard, et les écouteurs de son walkman lui servaient de collier, alors que sa chemise à manches bouffantes et son pantalon étroit semblaient sortis d’un autre temps. - Sa Seigneurie t’attends, Cat, me dit-il sans cérémonie. Au moins, renchérit-il, ce soir, je ne vais pas être obligé d’écouter ses histoires à dormir debout. Il soupira. - Il est gentil. Il paie mes études, et tout… mais il est tellement vieux jeu ? - Et pour tes pin’s, osai-je demander, il ne dit rien ? Robb haussa les épaules. - Tant que je suis « habillé correctement », ça va… Ca m’oblige à me déguiser en ancêtre tous les soirs, mais bon… En fait, Sa Seigneurie n’est pas si terrible, quand on la connaît. Elle a juste des petites manies. Robb m’ouvrit la porte d’une grande salle à manger, éclairée aux chandelles. Mais où était diffusé, grâce à la technique moderne, un aérien concerto de Mozart. Sir William se leva de son siège, s’approcha de moi, et me baisa la main. - Votre Altesse Royale, me dit-il, on ne peut plus sérieusement. J’avais envie de lui rire au nez. Mais je ne pouvais m’empêcher de penser… Bard, l’archer d’Esgaroth… roi de Dale… Ce n’était qu’un conte pour enfants… Et, soudain, brutalement, je me souvins d’autre chose… un détail idiot, lu dans un livre de légendes. Un livre de légendes, dû au même auteur que celui où apparaissait « Bard de Dale ». Et mue par mon intuition, mon intuition déraisonnable, je le saluai. - « Votre Altesse Royale ». |
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