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Conte d'Hiver a Sombreval

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 9: Matin d'Hiver
(par Saivh, ajouté le 16/01/06 20:53)




Gayette et Robert etaient assis face a face mais mangeaient en silence, comme si ils etaient seuls. Leurs regards ne se croisaient pas et le silence etait lourd, rythme seulement par des bruits de mastication.

Gayette finit sa biere, se leva et se rendit dans l'echope. Profitant de ce moment de solitude, dans le silence et l'odeur de la laine, elle monta les tretaux devant la fenetre, apres avoir ouvert les volets. Gayette choisi egalement les plus beaux tissus de l'echope et les deposa sur la table. Elle regarda par la fenetre ouverte. Le soleil etait pale et humide, quasi absent. Des rires montait haut dans le ciel.

Les enfants s'etaient reunis dans la rue principale. Ils couraient, prenaient leur elans et faisaient des glissades sur la boue gelee. Leurs yeux brillaient et leurs joues etaient rouges d'excitation. Gayette les suivait du regard, un leger sourire flottant sur les levres. Une silhouette menue, pourtant, etait immobile et se tenait a l'ecart. Le petit Louis observait les autres enfants, les yeux grands et graves, n'osant pas s'approcher d'eux. Il se tenait pres de la forge et avait 2 doigts en bouche.

La neige, lentement, commenca a tomber. Gayette reserra son chale. Le soleil avait disparu et le ciel etait devenu blanc. Les yeux de Gayette buvaient cette blancheur. Blanc. Comme les ailes des cygnes. Gayette entendit l'appel d'un loup. Elle savait que cet appel ne venait pas de la foret, mais du lac, et qu'elle devait etre la seule a l'entendre. D'ailleurs les gens qui passaient dans le village ne paraissait pas s'affoler. Et le bruit serein du marteau sur l'enclume annoncait que Gildas venait de commencer sa journee.

Gayette sursauta. Son chat roux venait de sauter sur les tretaux. Il approcha son nez rose de celui de la jeune femme et ronronna bruyamment. Gayette le prit dans ses bras et alla s'asseoir sur un petit tabouret, dans un angle de l'echoppe, pour filer. L'animal s'allongea a ses pieds.

Le fil tournait et s'etirait rapidement. Une fois les doigts pinces sur la laine, ses mains pouvaient travailler seules et laisser son esprit vagabonder. Tombe, tourne, tire et enroule. Tombe, tourne, tire et enroule. Tombe, tourne, tire et enroule. Tombe, tourne, tire et enroule. Tombe,

Les enfants glissaient et riaient...

Sur la neige blanche, sous le ciel brillant, des loutres se laissent glisser sur la pente blanche et epaisse. Elles plongaient dans le lac et recommencaient.

Le marteau frappait l'enclume... tourne,...

Les cygnes encerclaient le lac. Ils glisserent sur l'eau sombre. Les gouttes avaient gele aux branches des hetres, des chenes et des bouleaux. Si le vent les agitait, elles tintaient comme des clochettes.

...tire et enroule.

Des pas se dessinaient dans la neige. Si elle les suivait, elle saurait d'ou il venait. Les ombres se detachaient du bois et les loups marchaient paresseusement dans la poudre blanche.

Tombe...

Les loups hurlaient. Sans rage ou frenesie. Ils appelaient.

...tourne...

Le volet, mal attache, battait contre le mur. Robert l'immobilisa et reprit la conversation. Gayette leva les yeux. La Lilotte et Beckky touchaient des tissus du doigt -les plus beaux, pour Noel- et parlaient avec Robert. Gayette cligna des yeux. Les choses devenaient plus nettes et elles commencait a percevoir les mots de leur conversation. Elle se redressa et s'approcha du petit goupe, souriante. Les deux petits garcons etaient avec leur mere. Le vent portait le bruit du marteau sur l'enclume et Gayette entendit les loups. Elle fut la seule. Le chat roux etait assis, droit, sur les tissus et les enfants etiraient leur main et leurs doits pour froler la fourrure.

- Alors, que pensez-vous de ces tissus?

- Difficile de faire un choix.

- C'etait hier? Robert avait repris la conversation la ou elle s'etait arretee.

Beckky parlait comme on donne une description. Sa voix ne s'engageait pas. Sans doute attendait-elle de voir les choses pour les juger ou emettre une opinion.

- Oui. Elle rodait tout pres du village. C'est ce qu'ils ont dit en tout cas. Il paraitrait que ca fait deja plusieurs nuits qu'elle traine pres du village.

Robert attira Gayette a lui, les doigts alanguis sur les hanches de sa femme.

Beckky se tourna vers La Lilotte. Celle-ci continua.

- Selon les hommes du Baron, c'est une louve qui semble avoir deja vu plusieurs hivers et qui devrait donc etre difficile a chasser. Guildas m'a dit que le Seigneur Helmgaud compte abattre la bete et en offrir la pelisse a la Dame Valentine.

La bouche de Gayette avait un gout acide et sa langue lui restait collee au palais.

Elle relanca la conversation sur les tissus. La Lilotte, Beckky et Gayette echangerent differentes informations telles que qui porterait quoi, coiffures et rubans. Robert ecoutait sans enthousiasme et etouffait des baillements discrets. Finalement, le choix de Beckky s'arreta sur une laine verte et celui de La Lilotte sur une laine ocre, teinte a l'oignon. Robert leur offrit de prendre la laine avec elles.

- Gayette nous les apportera demain matin, dit Beckky.

Gayette se tourna vers son mari. Son sourire gagnait ses yeux.

- Je leur ai promis un prix pour m'aider a faire ma robe. Nous sommes fort occupes en ce moment. De plus, je n'ai pas encore fait mon choix. Je ferai ca aujourd'hui. J'ai tres envie d'une nouvelle robe cette annee. S'il te plait...

Robert serra sa femme plus fort contre lui. Beckky et La Lilotte les saluerent. Gayette les regarda s'eloigner, les deux petits garcons courant en cercle autour d'elles.




Cette nuit-la, Gayette entendit hurler un loup. Elle sut que cette fois-ci le hurlement ne provenait pas de la foret pres du lac, mais des alentours du village, tout proche. Robert, dans un demi-sommeil, la serra contre sa poitrine.


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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.