Chapitre 9:
Corbeaux
(par
Gurth, ajouté le 20/01/07 20:57)
|
Beau Woods, Idaho, 6 mars, 11 : 07 AM
Kathrin gara sa voiture à côté de celle du shérif adjoint. C’était Burroughs qui avait fait appel au bureau du shérif du comté, apparemment toujours aussi inquiet à l’idée que Kathrin aille seule dans la forêt. Elle ne l’avait pas très bien pris, mais les dix minutes qu’elle avait passé à rouler dans la forêt l’avaient fait changer d’avis. Une atmosphère étrange régnait sur les bois. Même en ce froid mois de mars, la forêt n’aurait pas du être aussi silencieuse. Becker, l’adjoint du shérif, fumait nerveusement, appuyé contre sa voiture. Un fusil à pompe était posé sur le capot. Lorsqu’il aperçut Kathrin, il eut un soupir de soulagement. « Une cigarette ? demanda t-il lorsqu’elle l’eut rejoint. - Merci, j’ai les miennes. Vous croyez que je dois prendre le fusil ? Becker tira longuement sur sa clope et répondit, la voix rendue légèrement nasillarde par la fumée : - Inspirez à fond, et faites comme vous voulez. Allez-y, inspirez. » Elle obéit, et comprit ce qu’il voulait dire. L’odeur de la forêt semblait différente qu’à l’accoutumée. Comme si elle exsudait la peur. Kathrin alluma une cigarette et ouvrit le coffre de sa voiture. Elle en tira un Remington 870, le chargea et fourra une dizaine de cartouches dans ses poches. « Allons-y. » dit-elle. Les deux policiers jetèrent leurs mégots sur l’asphalte de la route 134 et s’enfoncèrent sous les arbres. Kathrin marchait devant, les emmenant vers la clairière dont Patrick avait parlé. Autour d’eux, on n’entendait que le bruit du vent dans les branches sans feuilles. Ils leur semblaient faire un vacarme terrible en marchant, et cela les inquiétait. Car cela risque d’attirer un prédateur, songeaient-ils, sans se le dire l’un à l’autre, car tout deux savaient bien qu’il n’y avait dans Beau Woods aucun prédateur qui ne craigne les humains. Kathrin et Becker débouchèrent finalement sur la clairière. Une nuée de corbeaux s’envola avec des croassements sinistres. Au sol s’étalaient les cadavres d’une vingtaine d’animaux, principalement des petits rongeurs et des oiseaux. Après le passage des corbeaux, ils étaient en piètre état, mais Becker découvrit un écureuil à peu près intact. Il le retourna avec le canon de son fusil, révélant clairement qu’il avait été éventré par un instrument tranchant. « Qu’est-ce que ça veut dire ? C’est un rituel sataniste, ou quoi ? dit Becker. - Je n’en sais rien. Ce que je voudrais bien savoir c’est si ça a un rapport avec l’état de ce pauvre « Fisherman ». répondit Kathrin. - Ce carnage doit dater de ce matin. Peut-être que celui qui a fait ça est encore dans la forêt… Au son de sa voix, Kathrin comprit que Becker n’exprimait pas par là son espoir de capturer le responsable. Il reprit : - Peut-être qu’on devrait demander du renfort. S’il faut fouiller Beau Woods… - Allons déjà faire un tour à nous deux. » Après un moment d’angoisse, Kathrin était en train de se reprendre. Il n’y avait pas de raisons rationnelles d’avoir peur. Elle était officier de police, tout comme Becker, et ils devaient faire leur travail. Et ils étaient armés…
Au détour d’un large chemin, ils découvrirent un pick-up F-150 vert délavé, modèle 1987. Kathrin était sûre de l’avoir déjà vu à Hem, mais elle ignorait à qui il appartenait. Becker et elle s’approchèrent du véhicule et jetèrent un œil à l’intérieur de la cabine. Il n’y avait rien de particulier. Soudain, une branche craqua derrière eux. Les deux policiers se retournèrent brutalement tout en armant leurs fusils à pompe. Un grand type venait de sortir du bois derrière eux et les regardait d’un air narquois, les mains en l’air. Il portait une casquette des Mariners de Seattle, une grosse veste à carreaux rouges, un jean et des bottes. « Qui êtes-vous ? » demanda Kathrin sans cesser de le menacer. - Jack Talmage. C’est mon camion. Quel est le problème, officier ? - Ça dépend. Qu’est-ce que vous faites dans la forêt ? - Je me promène. » rétorqua t-il, moqueur. Son insolence ne plaisait pas à Kathrin. Ça n’était pas comme souvent la manifestation d’un esprit indépendant et défiant. Il y avait dans sa voix quelque chose qui rappelait le caïd minable qui sait que l’avocat du parrain va arriver d’un moment à l’autre pour le tirer d’affaire. Une fierté malsaine. Cependant, elle baissa son fusil et Becker l’imita. « Rien remarqué de particulier, monsieur Talmage ? demanda le shérif adjoint. - Rien de spécial, shérif. Beau Woods est tranquille en cette saison. - Trop tranquille, intervint Kathrin. Vous feriez mieux de rentrer chez vous. Vous pourriez nous laisser vos coordonnées ? - Bien sûr. » Il ouvrit son pick-up et farfouilla dans la boîte à gant. Il en tira une carte et la donna à Kathrin. « Ça pourrait vous servir de toute façon », précisa t-il. Jack Talmage était dépanneur. Il monta dans son camion et repartit. « On aurait du l’amener au poste. Il avait peut-être un couteau sur lui. » dit Becker. - Possible. Mais pas de sang sur ses mains ni ses vêtements. Becker pointa quelque chose par terre, à l’endroit où se tenait Talmage quelques instants auparavant. - Vous avez vu ça ? » Kathrin jeta un œil. Quelques plumes de corbeau étaient étalées dans la terre froide.
|
|
Voir le
chapitre 9 sur 18
|
|
|
Script fourni par
,
adapté et modifié par .
|