1.
Questions sans réponses...
(par
Celeluwhen, ajouté le 09/06/03 03:29)
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| Êtes-vous bien sûr que le monde dans lequel nous vivons est le Seul, le vrai, l’Unique ? Et si, comme celui de la Terre du Milieu, n’était-il que la création d’un individu, création sans valeur pour la quasi totalité des habitants du monde dans lequel ce créateur à peine divin vit ? Et si, nous aussi, nous n’étions qu’un livre ? Cependant, si notre monde n’était qu’un conte, comment le saurions-nous ? Et... les êtres de Terre du Milieu, savent-ils qu’ils n’ont d’autre vie que celle décrite dans un bouquin ?
Mais surtout, surtout, tenons-nous vraiment à découvrir les réponses à ces questions? |
2.
Deux petites étudiantes!
(par
Celeluwhen, ajouté le 14/06/03 04:40)
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| Journal de Seronist 19 Nàrië 3017 du 3e Âge Imladris
Quelle belle journée ! Tout s’est bien passé aujourd’hui, à la bibliothèque ; les livres sont en bonne santé, les étagères sont de joyeuse humeur, les plumes glissent avec ferveur et l’encre s’écoule allègrement ! Voyons, mon métier me monte à la tête...
J’ai fait passer à notre précieuse Dame Arwen son examen de Quenya. La pauvre princesse ! Comme j’ai eu de la difficulté à lui faire comprendre ces notions pourtant si simples ! Je me souviens des jours où, quand elle était toute jeune, je lui apprenais à écrire et à lire le Sindarin, sa langue maternelle. Elle était une élève plutôt douée ; elle maîtrisa assez tôt la grammaire sindarine. Toutefois, elle me confia sa lassitude d’étudier les langues, et me demanda de lui enseigner l’histoire de nos terres. Je le fis avec joie ; quoi de plus édifiant, pour une jeune noble, que de connaître le passé des peuples que les gens de sa trempe gouvernent ? Elle décida de replonger dans l’apprentissage des langues seulement quand, après, ma foi, des siècles, elle en eût appris suffisamment sur chacun des épisodes de l’histoire de ce monde pour qu’elle puisse comprendre les agissements de son père et des autres sages de notre époque. Madame choisit le Quenya. Nous passâmes des journées complètes, penchés sur ses manuels et ses parchemins, assis dans le scriptorium, sous la pluie battante du mois de Sùlimë, sous les pins qui entourent la Maison, ou encore sur le balcon inondé de soleil de ses appartements, à répéter les déclinaisons et les pronoms de cette belle langue. Ses progrès furent quand même lents et difficiles. Voilà bien deux yéni, deux centaines d’années, qu’Arwen s’acharne à étudier la langue de ses plus lointains ancêtres, et c’est aujourd’hui seulement que je l’ai jugée prête à passer son examen telda-turúna, la dernière des maîtrises, le plus difficile et plus complexe des trois diplômes à obtenir, celui qui confirme une compréhension de la grammaire, du vocabulaire et de l’expression parlée et écrite de la langue en question. Ma royale élève a passé difficilement ses deux premiers examens avec une note Finë, heureusement sans jamais frôler le Àya. Si je m’inquiétais beaucoup pour celui-ci, c’est qu’elle m’a assuré il y a quelques jours qu’elle abandonnerait l’étude du Quenya si elle ne réussissait pas à le passer avec facilité. Elle a tant étudié, je le sais, le soir, avec sa petite dame de compagnie ! Et elle était si nerveuse, ce matin, en tournant le premier parchemin de son examen! Je crois qu’elle souhaite vivement continuer à apprendre le Quenya avec moi, mais qu’elle est très découragée par ses difficultés. Pourquoi, en effet, ma si brillante élève de Sindarin est-elle soudain devenue une piètre étudiante en Quenya ? Je pense qu’elle est très absorbée par son apprentissage de la harpe, commencé depuis peu mais avec un talent incommensurable selon son maître de musique, mais pourtant... Quand j’ai repris sa copie, avant le repas du soir, j’ai été estomaqué ; il n’y avait pas une seule erreur. Je ne l’ai pas encore entièrement corrigée, mais j’imagine qu’elle aura un résultat semblable à Aman! Comme elle sera contente ! J’espère qu’elle continuera à aimer le Quenya, je n’ai jamais vu une telle réussite en examen, sauf peut-être par Celeluwhen...
Celeluwhen ! Cette petite est incroyable ! Quand elle est entrée ici, à Imladris, il y a quatre années, c’est à peine si cette toute jeune femme parlait le langage normal de l’Ouest, et elle n’écrivait pas du tout en tengwar. Elrond me l’a confiée pour que je l’aide à mieux converser en langage normal de l’Ouest et, si possible, que je lui apprenne à communiquer avec les autres Elfes. Eh, bien ! Après deux mois, elle maîtrisait sa langue première avec une assurance impressionnante. Une année encore, et elle pouvait jacasser en Sindarin avec aise et écrire sans problèmes avec nos belles lettres elfiques ! Depuis, elle a passé ses deux, oui, ses deux premiers diplômes de Sindarin avec la mention Aman, et elle est sûrement sur le point de me réclamer son examen du troisième diplôme. Elle se passionne non seulement pour la grammaire, mais aussi et surtout pour la littérature sindarine. Pendant que j’enseigne à Arwen, cette petite prodige passe parfois des heures à feuilleter des livres sur toutes les langues possibles parlées dans nos terres ; le Quenya, le Sylvain, la langue des Rohirrims, celle des nains, celle du Gondor, ou encore même les parlers obscurs et mystérieux des contrées du sud et de l’est. Mais d’où peut donc lui venir cette passion, cette adoration, presque, pour les langues ? Aujourd’hui, elle m’a annoncé que la langue qu’elle voulait que je lui apprenne quand elle aurait terminé ses diplômes ; l’Entique ! Elle veut que je lui enseigne l’Entique ! Bien sûr, j’en serais capable, mais enfin, voyons... Celeluwhen n’aura jamais fini de m’étonner !
À part tout cela, nous avons reçu les nouveaux manuscrits sur les sciences naturelles de la part de la bibliothèque du Gondor. Ils sont en meilleur état que ce à quoi je m’attendais. Je devrai les étiqueter demain, et ils intéresseront peut-être Glorfindel ou Erestor. S’ils attireront Celeluwhen ? La question ne se pose pas ; elle s’intéresse à tout ! Ah, bien sûr, je ne dois pas oublier de lui trouver le livre de partitions de flûte qu’elle cherche depuis une semaine. Oui, elle s’intéresse à tout ! Je me couche, maintenant. Je suis fatigué, et ma chandelle s’est déjà consumée.
Nàrië, Sùlimë ; Respectivement les mois de juin et de mars. Joli, non ? Fìnë ; Un cheveu, donc passer à un cheveu d’échouer... Ayà ; Effroi, terreur. Pour qualifier une note d’examen, argl... Aman ; Béni, libre de tout mal. Bref, parfait ! Celeluwhen ; Oui, la même que dans Aurestel, mais avant qu’elle ne rencontre Legolas, enfin, vous comprendrez si je trouve le temps d’écrire toutes ses aventures un jour... |
3.
Scepticisme...
(par
Celeluwhen, ajouté le 22/06/03 05:50)
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| Journal de Seronist 21 Nàrië 3017 du 3e Âge Imladris
Quelle joie ! Dame Arwen a en effet décroché la note Aman pour son examen, et, du coup, son diplôme. Elle a décidé d’étudier la littérature Quenya avec moi pendant quelques années encore. Je pourrais débuter par lui faire découvrir, analyser et comprendre quelques poèmes ou lais des Elfes de Valinor, puisqu’elle pourra aussi les interpréter avec sa si jolie voix !
J’ai réussi à convaincre Celeluwhen d’étudier autre chose que l’Entique... J’avais fait part de ses intentions à Elrond, et il m’avait fortement conseillé de lui enseigner quelque chose d’utile, en s’étonnant avec raison de l’absurdité de son souhait. J’ai dû tenter de la raisonner pendant des heures avant qu’elle ne se résigne à étudier une autre matière. Elle a enfin accepté d’apprendre l’histoire, avant même d’obtenir son troisième diplôme de Sindarin. C’est qu’elle a très hâte de commencer ce nouveau sujet ! Je pensais bien qu’elle allait l’apprécier, car elle écoute toujours avec attention les contes et les légendes racontés par les plus vieux Elfes, le soir, dans la grande salle.
En effet, ce matin, en arrivant dans le scriptorium, elle était toute empressée d’ouvrir les livres que je lui avais réservés. Nous commençâmes par l’Ainulindalë, le récit de la création de notre monde. Elle lit passionnément les premières pages, où on raconte la mélodie des Ainur et l’apparition d’Ëa au milieu du Vide, puis releva les yeux et me sourit avec amusement.
« Êtes-vous bien sûr que c’est ainsi qu’Arda a été créée ?»
Elle m’avait posé cette question avec une pointe de déception, mais aussi avec une flagrante incrédulité.
«Mais, oui ! Répondis-je sans hésiter. -Pourquoi ? -Parce que c’est écrit !»
Je me rendis compte un peu trop tard de la stupidité de cette réponse. Je réfléchis un moment, puis m’affaissai sur ma chaise.
«Qui l’a écrit, ce conte ?»
Elle avait osé traiter cette oeuvre divine, ce récit illustre de conte ! Un conte ! Rien qu’en le lisant, on pouvait sentir toute la vérité qui en émanait, parce que son auteur, en l’écrivant, avait sans doute été transporté dans les hautes sphères de la connaissance par cette même vérité. Mais... qui était-il donc, cet auteur ? Et, en effet, d’où avait-il appris toutes ces choses ? Encore une fois, je ne trouvai pas de réponse convenable à la question de ma jeune élève. Elle me fixait pendant ma réflexion étonnée avec un scepticisme sans cesse accru.
«Je ne crois pas que le monde dans lequel nous vivons ait commencé à exister de cette façon.»
Elle avait prononcé cette phrase comme une sentence sans appel, après laquelle je ne pus que rester bouche bée. C’était la première fois, en des milliers d’années d’enseignement, qu’un de mes élèves osait se rebeller contre des écrits des dizaines de fois millénaires, ou y opposer sa foi ! Sans doute amusée par mon ébahissement, Celeluwhen sourit à nouveau et s’exclama avec une politesse et une douceur frappantes;
«Dissocions la théologie de l’histoire ! Pourrions-nous passer à des notions un peu plus... crédibles ?»
Confus et subjugué, je lui tendis un livre au sujet de la Bataille de la Dernière Alliance, qu’elle ne pourrait heureusement pas contester malgré son effronterie passagère, puisque Elrond et quelques Elfes de notre maison eux-mêmes ont participé aux événements qui y sont relatés, et de surcroît, que notre cher maître en est l’auteur...
Maintenant, je suis dans ma chambre, seul, et le scepticisme de ma petite élève me hante encore tandis que ses paroles résonnent dans ma tête. Je dois bien souvent me l’être dit, mais cette fois-ci je le répète avec plus de conviction que jamais ; Celeluwhen n’aura jamais fini de m’étonner ! Au fond, c’est peut-être elle qui a raison. J’ai toujours cru en ce que mes maîtres m’enseignaient, pour la simple raison qu’ils tenaient leur savoir de leurs maîtres, qui, au bout de la chaîne, devaient bien tenir leur savoir d’un certain témoin des événements enseignés... Mais qui a été témoin de la mélodie des Ainur, à part les Ainur eux-mêmes ? Et, de toute façon, qu’est-ce qui me prouve qu’ils existent réellement, ces fameux «Bénis» ? Oh, tout mon monde, tout ce que je croyais fiable et digne d’une confiance aveugle s’écroule autour de moi, je n’ai plus aucun point de repaire... Je vais me coucher, je n’en peux plus !
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4.
Celeluwhen... amoureuse?
(par
Celeluwhen, ajouté le 29/06/03 23:32)
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| Journal de Celeluwhen 22 Nàrië 3017 du 3e Âge Imladris
Pauvre petit Seronist ! Depuis ce matin, il est tout chamboulé ! Je me demande bien pourquoi. Ça doit être ma réaction à propos de l’Ainulindalë qui l’a secoué. Mais, encore là, pourquoi en faire tout un plat ? Mon scepticisme n’est qu’un avis d’étudiante, après une première lecture, pourquoi, pourquoi s’en soucier tant ? De toute façon, après mûre réflexion, c’est probablement lui et ses innombrables savants qui ont raison, puisqu’ils sont si nombreux à avoir cru, appuyé et enseigné cette explication du commencement d’Arda. Je dois bien être la première et la dernière à ne pas croire à l’Ainulindalë, et mon avis sera bientôt oublié au profit de la foi raisonnable d’un quelconque grand historien. Tant pis !
Seronist n’en est pas moins bouleversé... Dame Arwen et moi sommes arrivées au scriptorium, comme à notre habitude, à la troisième heure depuis le lever du soleil, pour sa leçon de Quenya. Nous y avons trouvé Seronist, fouillant avidement l’étagère des livres d’histoire. Je laissai Arwen en sa compagnie, et allai m’asseoir pour étudier un peu la Bataille de la Dernière Alliance près de la fenêtre qui donnait sur l’Est et qui laissait entrer à cette heure-ci de tièdes rayons de soleil. Arwen vint me rejoindre quelques instants plus tard. Elle m’expliqua que Seronist avait annulé sa leçon, et je compris qu’il était trop absorbé par ses recherches pour se concentrer sur la littérature Quenya. Elle me demanda ce qu’il cherchait, alors que j’allais justement lui poser la même question. En haussant les épaules, elle sortit répéter sa harpe, me laissant attendre ma leçon d’histoire, si elle avait lieu, avec mes courageux guerriers et ce peu sympathique Seigneur des Ténèbres. Après quelques minutes, je refermai mon livre, puisque je l’avais déjà relu et que j’en avais saisi l’essentiel.
Je me dirigeai vers l’étagère où Seronist avait déposé, il y a quelques jours, les fameux manuscrits de la bibliothèque du Gondor. Je n’avais pas encore trouvé le temps de les feuilleter, puisque, ces derniers temps, j’avais passé le plus clair de mon temps libre à tenter avec un succès discutable d’interpréter un air de la Lothlòrien pour la flûte. Les sept nouveaux livres avaient été disposés côte à côte et un peu à l’écart des autres. Près d’eux avait été laissé un parchemin sur lequel étaient inscrits six titres, de la main de Seronist ; les tomes I et II de «De l’astronomie stellaire», «Flore curative de l’Ouest des Monts brumeux», «Des oiseaux des forêts septentrionales», «Hommage à Aulë; traité de géologie structurale»,et pour finir, qui me fit sourire,«Vie et moeurs des cousins de marais, ou l’éloge de la démangeaison». Je constatai, évidemment, que ces titres correspondaient à ceux des bouquins sur l’étagère. Par curiosité, j’ouvris le dernier volume, mais le refermai aussitôt avec horreur à la vue d’une illustration d’une facture exceptionnelle démontrant avec une précision inouïe toutes les plaies différentes que peuvent infliger les cousins.
En reposant cette horreur avec un haut-le-coeur, je constatai qu’un des livres n’était pas recensé sur la liste. J’essayai d’en lire le titre, mais il m’apparut écrit de symboles que je n’avais jamais vus auparavant, plus carrés et réguliers que ceux dont j’avais l’habitude. Quels étaient donc cette langue, ces symboles ? J’avais déjà entendu dire que la bibliothèque du Gondor gardait en son sein des ouvrages des rudes hommes du Sud et de l’Ouest, plus encore que celle d’Imladris, pour conserver leur culture, bien qu’elle soit peu développée et leur langue, barbare. Peut-être Seronist en avait-il demandé un exemplaire, pour une raison obscure? Alors, il savait le lire, bien sûr ! Peut-être le texte était-il écrit différemment du titre? Peut-être même lisiblement... Je l’ouvris avec espoir. Oui ! Les pages étaient écrites d’autre façon, zébrées verticalement de gribouillis semblables à des pattes de mouches, si bien que je crus un instant avoir découvert un second ouvrage à propos des cousins. Et non, bien sûr, tout cela était illisible. Je me résolus à aller nourrir ma curiosité quasi insatiable auprès de Seronist.
Je m’approchai de l’étagère derrière laquelle il était encore accroupi, feuilletant, avec une impatience fébrile, plusieurs livres à la fois, ou c’est ce que j’eus l’impression de voir. Il semblait prostré au milieu de nombreux livres placés pêle-mêle par terre. Il ne remarqua pas mon arrivée, et je dus murmurer son nom pour qu’il lève la tête ;
«Quoi ?»
Il s’était exclamé cela sèchement, mais quand il s’aperçut que c’était moi qui l’avais appelé, il se radoucit et me sourit.
«Qu’y a-t-il, mon enfant ? -J’ai trouvé ce livre, et je me demandais si...»
Il prit l’objet de mes questionnements et écarquilla les yeux.
«Où l’avez-vous trouvé ? -Parmi les manuscrits du Gondor. -Merci ! Merci...»
Devant mon incompréhension encore accrue depuis sa réaction pour le moins étrange, il répéta simplement ses remerciements d’un air ravi. Alors que j’ouvrais la bouche pour le questionner longuement sur les symboles du livre, sur l’objet de ses recherches ainsi que sur ses remerciements selon moi immérités, il rit et me serra dans ses bras comme il ne l’avait jamais fait, avec une reconnaissance pour moi inexplicable, et, sentis-je, avec un amour différent de celui qu’il m’avait toujours porté. Avant que je ne puisse l’interroger sur ce comportement vraiment bizarre, cette fois, il partit d’un pas rapide dans la direction de sa chambre, me laissant plus hébétée que jamais, et avec en plus son désordre sur les bras.
Je relevai mes jupes pour m’asseoir par terre, et commençai à ranger distraitement ses livres. Je repassai en pensée ma matinée, qui se résumait en fait à un tas de questions sans réponse. Ce qui me chicotait toutefois le plus était de savoir si Seronist m’aime d’amour. Je terminai mon rangement, et maintenant je me confie à toi, cher journal, qui comprends toujours si bien toutes mes émotions. Et s’il m’aimait vraiment ? Il m'a serrée d'une façon si... Oh, c’est indicible ! S’il m’avouait ses sentiments, que répondrais-je ? Au fait, est-ce que je l’aime, moi ? Je dois dire qu'il est beau, et qu'il serait parfait pour moi. Voyons, Celelu, tu sais bien qu’il est présentement des questions bien plus importantes qui devraient te préoccuper plus que celle-là, mais... En plus, folle que je suis, je fonde des soupçons sur une simple accolade ! Seraient-ce des espoirs ?
Ah, la cloche du repas de midi vient de sonner, je vais manger, et je ne devrais plus repenser à cela. Quelle étrange période dans la vie d’une femme que son adolescence !
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5.
Le livre rouge
(par
Celeluwhen, ajouté le 03/08/03 19:51)
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| Journal de Seronist 22 Nàrië 3017 du 3e Âge Imladris
Celeluwhen, je l’aime ! Il n’y a qu’elle qui pouvait tomber aussi bien, elle a trouvé exactement ce que je cherchais, et même plus ! Je voulais simplement retrouver une autre version de l’Ainulindalë, car je me souvenais en avoir lue une, il y a de nombreuses années, qui offrait une vision différente, plus ancienne et donc probablement plus proche de la vérité de la création d’Arda. J’ignorais si elle se trouvait ici, à Imladris, ou dans une des nombreuses autres bibliothèques que j’ai visitées. Maintenant, je crois me rappeler qu’elle se trouve en Lothlórien. Peu importe ! Cette chère Celeluwhen m’en a déniché une bien meilleure ! Je me demande comment j’ai pu ne jamais me rendre compte de l’existence de ce livre après tous ces siècles passés à épousseter, classer et réparer chacun des volumes de ma bibliothèque, surtout qu’il était parmi ceux que je venais tout juste de manipuler... Quel distrait je fais !
Tout à l’heure, j’ai feuilleté la miraculeuse trouvaille de ma jeune élève. Sa solide couverture d’un rouge brillant est gravé de lettres dorées annonçant pompeusement son titre ; L’histoire d’Arda complète, détaillée et véritable. Ce doit être le quatrième manuel d’histoire que je connaisse qui porte ce nom, mais celui-ci me semble assez différent de tous ceux que j’ai lus auparavant. Premièrement, contrairement à tous les livres de mes étagères, l’écriture s’étale sur ses pages de façon à ce que la fin des lignes des pages paires soit orientée vers la reliure, et les pages impaires orientées de la même façon, pour que ce soit le début de leurs lignes qui s’approche de la reliure. Pour n’importe quel elfe qui ne saurait pas comment tenir ce livre, trop habitué qu’il serait à nos lignes parallèles à la reliure, les lettres paraîtraient verticales !
Je n’ai pas encore commencé ma lecture en tant que telle, vu que plusieurs mots sont assez difficiles à déchiffrer ; l’écriture manuscrite est très peu soignée, comme si l’auteur n’avait griffonné que pour lui-même, dans un fouillis de notes. Plusieurs commentaires de la même main que le texte figurent en marge. Des ratures barbouillent parfois des pages complètes, et je crois même avoir trouvé la courte frange d’une feuille entière qu’on aurait déchiré. J’ai donc probablement sous les yeux le premier jet d’un des grands historiens de nos temps, écrit en 1951, selon une note hâtive sur la page de garde ! L’âge n’est pas précisé, mais je présume que c’est du troisième âge, le nôtre, dont il est question. Je me trouve donc en possession d’un livre de 1066 ans ! Ce n’est pas le plus vieux de la bibliothèque (celui-là date du début du second âge et a 6423 ans), mais c’est tout de même considérable, et il est si bien conservé qu’il paraît neuf ! Des 27 721 livres qui m’ont été confiés, une demi-douzaine ont plus de cinq mille ans, 28 ont plus de trois mille ans, 564 ont environ un millénaire, 24 892 ont plus d’un siècle et les 2231 autres ont été écrits ce derniers temps, mais aucun d’entre eux n’est aussi beau ! C’est dire si je connais bien chacun de mes chers bébés... Comment ai-je pu ignorer la présence de l’un d’entre eux, ce fameux et mystérieux 27 722e ?
Il me semble que le manuel est composé de deux sections différentes. La première, dont je suis certain d’avoir étudié plusieurs passages (entre autres l’Ainulindalë, bien sûr !), est séparée en cinq parties, la seconde, que je n’ai jamais vue, en six, la plupart divisées en chapitres. Je crois que j’ai une passionnante nuit blanche de lecture en perspective ! Je devrais aller chercher des chandelles aux cuisines avant de commencer ma veillée...
Mais avant, il faut bien que je modère mes emportements littéraires pour penser un peu à Celeluwhen... Tantôt, je me suis exclamé que je l’aime. J’ai écrit cela par excitation, sans vraiment y réfléchir ! Et ce matin, j’avais eu l’intention de l’embrasser, mais à voir son expression surprise et désorientée après que je l’aie seulement enlacée, je me suis contenté de lui sourire tendrement. Mais voyons, ce n’était que sous la forte impulsion de la joie, je ne l’aime pas ! Je n’ai jamais aimé aucune jeune fille, Elfe ou Femme, enlacé que je suis à mes veux millénaires de me vouer corps et âme à la connaissance et de m’attacher à elle pour toujours comme par le lien sacré du mariage, au nom d’Eru, du Premier et d’Ilúvatar. Ainsi, le pauvre Seronist que je suis ne sera jamais seron, si ce n’est de la ist !* Je ne sais même pas ce qu’est aimer, comment pourrais-je savoir tout à coup que je suis amoureux ? De toute façon, même si Celelu est belle, intelligente, douce, talentueuse, gentille, drôle, attentionnée, souriante, adorable, charmante et amicale, elle est beaucoup trop jeune pour moi, puisque j’ai 4221 ans de plus que ses insouciants 17 ans 9comme je peux être porté sur le calcul, ce soir...). Pour elle, je ne suis probablement qu’un vieil hurluberlu qui ne s’attache qu’à ses livres, tandis qu’elle est entourée de jeunes guerriers elfes et hommes qui lui font la cour, l’emmènent chevaucher en croupe de leur fier destrier, la font danser, lui racontent leurs incroyables exploits à l'épée et à l'arc, la raccompagnent à sa chambre, le soir venu, en lui susurrant des mots doux à l’oreille et jouent des sérénades sous sa fenêtre les nuits d’été. En effet, qui suis-je, à côté d’eux ? Tout cela explique peut-être sa réaction si surprise à ma sauvage et incontrôlable impulsion charnelle! Je suppose qu’elle aurait préféré que ce soit Elrohir ou Elladan qui la cajole, peut-être même Erestor, ou encore ce crétin d’Arëglin... Mais non, elle est trop bien pour celui-là ! Et de toute façon, si, par le plus étrange des hasards, j’en venais à l’aimer, je devrais contenir mon affection, puisque sa douce jeunesse, sa beauté infinie et sa vie mortelle sont passagères, elles se flétriront l’une après l’autre dans de trop courtes années. Comme le répète si souvent Maître Elrond à Dame Arwen, «S’attacher à un être mortel implique de s’exposer à la mort, mon enfant». Non pas que j’aie peur de la mort, mais plutôt que j’aie peur d’une vie sans Celeluwhen, du néant, en fait... J’ai écrit que j’ai peur d’une vie sans Celelu ??? Ah, tant pis, je suis absolument sûr que je ne l’aime pas d’amour, et cela me semble bien évident !
Voilà, je suis plongé dans le noir, j’ai trop attendu avant d’aller chercher de nouvelles chandelles. Aïe, je crois que j’ai échappé mon encrier sur la page, je constaterai le dégât tantôt...
*Calembour intraduisible Seron ; amoureux Ist ; connaissance |
6.
Comment fait-il?
(par
Wilwarin, ajouté le 30/12/03 04:21)
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| Journal de Celeluwhen 23 Nàrië 3017 du 3e Âge Imladris
Seronist m’inquiète. Ce matin, quand je me suis rendue (sans trop d’espoir) à mon cours de langue, je l’ai trouvé dans un coin du scriptorium, où d’habitude personne ne s’installe, puisque c’est à la fois le plus chaud, le plus sombre et le plus humide. Mon cher maître était tout recroquevillé sur sa chaise. Il tenait ouvert entre ses genoux le fameux livre rouge illisible à mes yeux, de façon à ce que l’écriture soit horizontale. Il en était environ à la moitié. Chaque mot qu’il lisait lui faisait écarquiller les yeux de surprise et d’épouvante. Il tremblait tout entier, et se rongeait les ongles avec anxiété. Il me paraissait ne pas avoir dormi, et, contrairement à son habitude, ses longs cheveux étaient tout emmêlés et ses vêtements assez peu soignés.
Mais quel livre peut lui faire cet effet, lui qui en a lu tant ? Et comment fait-il pour comprendre ces pattes de mouches ? Moi qui sais reconnaître toutes les langues de Terre du Milieu, je n’ai jamais vu une telle écriture ! En fait, je ne les connais pas toutes, mais s’il sait lire celle-ci, c’est qu’il a appris à le faire. Il l’a appris dans un livre à propos de cette langue, sans doute. Ce livre est sûrement dans les étagères de la bibliothèque. Mais je connais par coeur les rayons des langues et des calligraphies, et je suis sûre qu’il n’y est pas ! Comment fait-il ?
J’hésitai un peu avant de déranger sa lecture, puis chuchotai son nom. Sans que son agitation ne le quitte, il leva sur moi des yeux apeurés, et il me regarda sans me voir. Je le fixai avec pitié et angoisse. Après un court moment, une forte convulsion le secoua et il replongea dans sa troublante lecture. Bouleversée, je courus à ma chambre, jetai mes livres par terre et m’effondrai dans mon lit. C’est ainsi que je t’écris, cher journal. Désolée si je mouille tes pages.
Seronist me réserve toujours un accueil si chaleureux ! J’ai peine à croire qu’hier, il m’a serrée si tendrement... et qu’il m’a remerciée de lui avoir montré ce livre ! S’il avait su l’effet qu’il lui ferait... Mais pourquoi ? Qu’y est-il écrit qui puisse troubler un Elfe sage, sûr et fier comme lui ? Je donnerais n’importe quoi pour avoir haussé les épaules et avoir replacé le bouquin sur la tablette, pour ne pas souffrir de cette vilaine curiosité qui me fait poser trop de questions... D’ailleurs, devais-je parler de l’attitude presque démente de mon cher bibliothécaire à Elrond ? Oh, non ; hier, j’ai manqué une merveilleuse occasion de me taire ; aujourd’hui, vais-je papoter à nouveau ? Sur les deux que nous sommes à connaître son existence, tous deux sommes profondément bouleversés. N’est-ce pas suffisant ? Aussi, un mystère tel que celui-ci mérite d’être éclairci avant d’être répandu. Dans ce cas, il n’y a que moi à pouvoir le résoudre... Mais comment ? En tout cas, je ne dois rien laisser échapper pour l’instant, question de ne pas répandre ce danger propre aux livres, que l’on nomme la connaissance, sans savoir sur quoi elle porte, et comment, par quelle langue, elle est transmise...
* * *
Je suis restée longtemps étendue sur mes draps, jusqu’à ce qu’une douce mélodie me tire de ma tourmente ; c’était sans doute Dame Arwen qui répétait sa harpe dans la cour. Je remis un peu d’ordre dans mes cheveux et me rendis au jardin pour la rejoindre avec ma flûte. Durant toute notre répétition, je gardai le silence sur mes inquiétudes, non pas parce que l’envie me manquait de me confier impulsivement à ma chère amie, malgré mes raisonnements de la matinée ; plutôt parce qu'il est assez malaisé de parler en jouant de la flûte. Après deux duos sylvestres, une sonate de sa composition et quelques mignons menuets, Arwen rentra pour manger, il était déjà l’heure de dîner, ajoutant qu’elle avait chaud. Je restai, affirmant ne pas avoir faim. En réalité, je n’avais pas envie d’échapper à ma faim tenaillante en allant manger, puis de constater l’absence probable de Seronist à table, ou encore de me rafraîchir en allant lire au scriptorium, pour être inquiétée par les grognements et les gémissements de mon maître. Voilà trois heures que je pratique inlassablement des gammes, des arpèges, puis que je répète à des dizaines de reprises les passages difficiles des pièces que j’étudie avec Arëglin. L’ennui de ces répétitions me dérange à peine ; je n’ai pas la tête à penser à ce que je joue. Le soleil s’est couché. Je n’y vois pas plus clair dans mes pensées que sur tes pages, mon confident. Je te souhaite une meilleure nuit que celle que je vais passer.
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