1.
I.
(par
Gurth, ajouté le 25/11/04 22:14)
|
Unharmed you have walked by shadows, dark yet unclouded and, Silence has stood around thy rough body as a gentle hand « Tu pleures, petit frère ? – Non. – Si, tu pleures. – C'est juste pour être en harmonie avec Octobre. – Fermes la fenêtre, tu vas prendre froid. – Mais j'aime bien l'odeur de la pluie et du vent. – C'est bientôt ton anniversaire, tu sais. – Je voudrais un gâteau à l'ananas et à la crème anglaise. – Bien sûr, petit frère. »
Ma grande sœur est folle, je crois. Ça n'est pas grave, et puis elle s'occupe bien de moi, mais les gens ne sont pas très gentils avec elle. Ils se moquent parce qu'elle n'est jamais très bien coiffée et qu'elle ne sait pas arranger sa robe comme il faut, et aussi parce qu'elle prend soin de moi alors que je ne suis qu'un bon à rien. Les gens d'ici ne savent pas ce qu'est un poète ; moi non plus, mais au moins je fais tout ce que je peux pour le découvrir. Bien sûr c'est complètement inutile de lire toute la journée, et de griffonner des mots insensés, et ça ne rapporte pas beaucoup, rien en fait. Les après-midi d'octobre s'étirent ; ça s'assombrit, ça pleut, ça vente, tout comme j'aime. Tout est vert très foncé, il y encore des taches de couleurs, et par endroit un peu de brun doré, et tout cela luit sous les gouttes larges et lourdes. L'air est enfin respirable, libre des orages moites d'août. C'est tout ce que je voudrais dire dans la poésie, mais ce n'est pas vraiment bon, les mots ne sortent pas comme il devrait. Je fais toujours tellement de taches, et mes doigts saignent en noir. Je crois qu'un poème doit être poisseux, à la fois collant et liquide, comme de l'urine, du sperme, des larmes, du sang, tout doit dégouliner de sécrétions intimes, brûlantes avec un arrière-goût amer. Les mots doivent coaguler, mais pas trop. La musique, elle, doit être délétère, incandescente comme le blues ou un album des Doors. Quel jour sommes nous ? Un calendrier c'est aussi déprimant qu'une montre, alors je n'en ai pas. Ah oui, bien sûr ! Treize octobre. Funeste date. Treize octobre 1066. Demain, il y aura bataille. Faire le ménage sur le bureau. Je pousse les papiers, les livres, les crayons. Un recueil de poésie vient de s'écraser sur le parquet, et un porte-plume roule tant bien que mal jusqu'à le rejoindre. Le champ de bataille est prêt, j'aligne mon armée. Tout plein de petites figurines bariolées qui se mettent en rang comme elles peuvent. Je tire mon épée. Il y a une inscription presqu’illisible gravée dans une plaque d'argent sur la lame. Je ne sais pas si Fingall est un nom très saxon, mais qu'importe. Ce n'est pas tant pour un peuple que je combattrai, mais un monde. Je sais bien que tout cela est absurde, car les choses changeront quelque soit l'issue du combat. La date n'est qu'une coïncidence bricolée après-coup par les historiens. Tout ce que j'espère, c'est mourir avec honneur pour défendre le commencement.
« Tu as sorti tes petits soldats ? Tu crois qu'Harold pourrait gagner, cette fois. – Non, Harold ne peut pas gagner. – Il ne devrait peut–être pas se battre, alors. – Il y a des fois où on lutte pour la victoire, et d'autres fois… – Pour que les gouttes d'Octobre soient chaudes et salées. »
Ma sœur comprend tout par moment. Je sais ce qu'elle a posé sur la table de chevet, sans avoir besoin de l'avoir vu. Comment a t–elle pu deviner. Je ferme les yeux et me retourne. C'est tellement réel dans mon esprit que j'ai peur que ça ne perde de sa matérialité si je soulève les paupières. Finalement, je regarde. Et voilà. Un verre de whisky et un tube d'aspirine. En partant, elle a mis de la musique. Le tourne-disque crache, toussote, et finalement c'est parti. When the music's over. Je lâche deux cachets au dessus du liquide ambré. Ils tombent en m'éclaboussant, coulent, puis nagent un instant, erratiques, entre deux eaux, avant de revenir en surface, effervescents et joyeux, où ils rebondissent contre la paroi dans une course elliptique insensée. Je me penche jusqu'à ce que mes yeux soient au niveau du rebord du verre. Des gouttelettes ambrées sautent et chatouillent mon nez. Alors il n'y a plus que des bulles qui aèrent le bronze en fusion. Je bois lentement, avec un glaçon. Le soleil se couche, sans éclat, et la nuit fait la part belle à l'eau qui brille faiblement sous les étoiles nuageuses. Tout est triste, et c'est bien.
Le soir après la bataille, je suis allongé, nu, sur mon lit. Je serre tant que je peux mon épée, mais elle est pleine de sang, et ça glisse. Je suis tout couvert d'entailles sur le côté, et ça coule, le drap boit à satiété, je sens les battements de mon cœur le long des plaies. Ma sœur en assise à côté de moi, elle me soigne. De temps en temps, comme à un rapace aux ailes brisées, elle me donne un petit morceau de lard cru, et je lèche ses doigts luisants de graisse. Je sens ses lèvres chaudes et humides tout contre mon oreille, elle chante doucement.
O ! sweetest sweet, and fairest fair, Of birth and worth beyond compare Thou are the causer of my care, Since first I loved thee…
Il y a des livres éparpillés dans la pièce, et de temps en temps le vent s'engouffre par la fenêtre entrouverte, et fait voler les feuilles mortes de mes lamentations qui couvrent le tapis. Sur le bureau, il y a des toutes petites flaques de sang séchées, et les petits soldats s'y reposent, renversés.
Le lendemain, je suis malade, et c'est bien ainsi. La pluie morne et monotone tape le carreau, dehors est immergé. Mon lit est une forteresse imprenable, avec des couvertures pour hautes murailles, et trois épais oreillers pour mâchicoulis. J'écarte le drap qui emmitoufle ma tête, et voici une meurtrière. Elle a déposé pour moi un plateau, avec une purée et du jambon coupé en fines lichettes. Les pommes de terre ont un arrière–goût de marrons, une bouchée suffit. Je ferme les yeux, ça tourne, je me plaque aux murs d'une chambre distordue, et revient à moi. J'ouvre le Seigneur des Anneaux au premier chapitre. Tout ce que Tolkien a jamais pu écrire n'a qu'une seule raison d'être : pour que notre cœur s'emplisse de mélancolie au long des cent premières pages. Parce que la première phrase est la dernière joie du monde. Le dernier souffle avant la grisaille éternelle. Il n'y a de vraie beauté que morte. |
2.
II.
(par
Gurth, ajouté le 26/11/04 17:30)
|
Was on a trip looking for an elf–maid Found Maggie McGill & antic whiskies No fair lady in sight.
Nice smile Nice child Pretty mom
Took a fix. Sought Alice Then, under arrest it sucked.
I wanted so much to be
Alice.
To weep, lick, and come.
Just as she does. C'est beau, un autodafé; toutes ces étincelles d'humanité qui s'envolent vers les étoiles… Les pages se tordent, se replient sur elle-même, contorsionistes hystériques, voulant échapper aux flammes impitoyables. Ça rougeoit aux extrémités, ça noirit, un trou jaune, illisible! Je rêve de voir une bibliothèque livrée au feu. Quant sa cellule flambe, que pense le condamné à perpétuité? Rit-il de voir la prison honnie ignitée, craint-il pour sa vie? J'ai toujours détesté ces gros meubles en bois massif et lustré, avec les volumes serrés sur l'étagère. Du flacon sans ivresse! Mes livres sont empilés, allongés lascivement, ou dorment au pied du lit, chiens fidèles, nymphomanes repues. Ils sont sales, déchirés, cornés, tachés, pliés, arrachés, vivants! Des pages se promènent, d'autres rongent lentement la reliure qui les tient enchaînés. Corps détruits, esprits cherchant l'illusion de la liberté, ils ont commis tous les abus. Les collections sont dépareillés, il y a l'éclat de la diversité, et surtout cela ne me procure ni satisfaction ni contentement; ceux-là ne sont pas le reflet de mon érudition, ni des outils au service de mon intelligence; c'est moi leur esclave, je mendie des parcelles de beauté, dévorant, un famélique bientôt chassé, indigne. Peu m'importent les détails matériels, caractères, pagination, papier, reliure! On n'a jamais rien écrit de plus beau que «The publisher asks the reader's indulgence for typographical errors unavoidable in the exceptional circumstances» Ne vous excusez surtout pas, madame Sylvia Beach! Je sors dans le jardin; ça soufle un peu sur les feuilles encore vertes, et on entend les oiseaux. Tout est paisible, mais on ne fait qu'y passer, nous sommes des étrangers dans cette saison, et sa beauté putréfiée nous échappe, pas de reflet dans une flaque de boue.
« Tu vas prendre froid, rentres maintenant. – On dirait que l'automne ne veut pas de moi. – Rentres, je vais te refaire tes pansements. J'ai fait un gâteau, aussi. – Je viens.»
Le gâteau est bon avec Summer’s almost gone. Par la fenêtre de la cuisine, je regarde l’aquarelle du dehors : il n’y a que les arbres sur le fond blanc des nuages gris. Sur la table, il y a les bandages d’hier, écarlates. Ma sœur a apporté ma dose. On croit que c’est quelque chose de se piquer ; ça ne l’est pas. J’ai vu des gens qui détournaient les yeux au cinéma pour ne pas voir un personnage planter la seringue, parce que l’idée de l’aiguille qui s’enfonce dans la veine les dégoûte. En fait ça n’a rien de terrible quand on a l’habitude, c’est comme tout, il faut s’y faire. Manger de la viande aussi c’est répugnant, si on réfléchit bien : il y a des os, du cartilage, de la chair, du sang, que la cuisson cache à peu près aussi bien qu’une manche de chemise recouvre un bras de toxico. On pourrait dire que personne n’est jamais mort d’avoir mangé un rôti, ça n’est plus tout à fait vrai, alors. Et puis tout ça n’a aucune importance, ce n’est pas comme si j’allais vivre. Longtemps, longtemps après. Il fait nuit à nouveau. J’essaie d’écrire un peu, mais ça ne donne rien ou presque. Je n’en ai plus la force, il est bien trop tard. Les mots fuient ma tête par paquets entiers, je ne sais même plus où aller. Ma main tremble un peu, et le crayon m’échappe, tombe par terre. Lance mon bras à sa poursuite, tâte un instant le plancher, le trouve, le ramène. [...]Rien pour ces cornées violées par une page blanchâtre? Mes doigts engourdis serrent la plume qui perce, déchire sauvagement le papier Alors même que les Doors sont si volatiles Aveuglé par la blancheur! Je ne vois plus! Quelle importance Ma tête remue sans raison si ce n’est m’affaler dans un tourbillon sans fin[...] Dans un mouvement involontaire, terrible tellement il est saccadé et brutalement soudain, je repousse tout autour de moi. Mon épaule se désarticule presque, mes doigts grattent férocement par terre pour agripper à nouveau la feuille, mais se heurtent à un livre. Si je pouvais bouger mon cou, pencher ma tête, pour savoir où chercher! Mais les vertèbres sont bloquées, tordues sur la gauche, et mes yeux fixent le bureau. Tans pis, j’happe le livre par un pan de sa couverture, torturant atrocement la reliure; c’est qu’il est lourd! Une page au hasard, sans le reconnaître. «Et là, bien qu’Elrond fût mort… » Et on veut toucher à ça! J’appuie ma tête sur l’épais volume, les pages sont confortables comme la mousse au bord d’un lac printanier. J’y plonge, et oublie. Après, je rêve. C’est un soir sans fin d’octobre après la pluie, j’erre le long de champs en friche sur un chemin détrempé jusqu’à la lisière de la forêt. Le ciel tourne au gris bleu qui contraste si bien avec les lumières électriques des rues et des maisons, et je cherche un abri pour regarder au chaud la campagne livrée aux seuls corbeaux. Alors j’aperçois la chaumière, sans murs, sans toit, sans fenêtres, c’est juste un mot : « chaumière ». J’entre sans frapper, comme si j’étais chez moi, il y a une table avec un échiquier. Mat, déjà? L’automne a quitté les carreaux opaques, et une bourrasque de neige tambourine contre la porte. Des tempêtes de neige le 12 janvier, oui! |
3.
III.
(par
Gurth, ajouté le 27/11/04 15:49)
|
Stars in your eyes Scars on my face Nothing u could’nt heal w/ love & faith If only u would hear My soft breath Coming along your ear Mes blessures d’Hastings me font mal, et je crois que l’une d’elle s’est un peu rouverte, mais qu’importe. Pour la première fois depuis longtemps, je suis sorti, et je marche dans la grande ville, vulgaire, commune, populaire quoiqu’elle fasse. Les gens sont d’une laideur atroce, c’est à dire qu’ils détestent être là où ils sont et n’ont pas d’espoir. Tout est répugnant de bassesse, des millions de misanthropes contraints à la socialisation. Me voici arrivé. Je tire la carte de ma poche, à moitié pliée, j’ai arraché un coin, nerveusement mâché. Elle est un peu tâchée, du sang ou bien du chocolat.
HEROSTRATUS CLUB
– Paris –
Gentlemen only
Dogs allowed C’est au dernier étage, une vaste pièce unique. Plusieurs épaisseurs de tapis persans recouvrent le sol, il y a des tables basses, et de très nombreux coussins. Une quizaine de personnes, tout au plus, buvant et mangeant autour des tables. Il n’y a ni femme ni musique. Baron Saint-Just, engoncé dans un costume de hussard de la mort, me fait signe. Avec lui, trois inconnus. « Messieurs, voici Fingall O’Flahertie. Salut, Fingall. – Salut, Saint-Just. Bonsoir messieurs. – Nous allions porter un toast! Prends un verre, Fingall. Champagne 1788. Imbuvable, mais… On trinque à Aphrodite Ourania. – Goûte le chapon, il est excellent par contre. – Je ne savais pas qu’on avait avancé Noël. – Allez, ne fais pas encore ta sale tête. Cela fait presque six mois qu’on ne t’a pas vu, et pourtant on a eu de belles flambées! Je trempe un morceau de chapon dans la sauce et attrape un lardon au passage. C’est vrai qu’il est bon. – Wamba n’est pas là? – Il a été interné il y a bientôt trois mois. Tu sais ce que c’est… Non, justement, je compte bien ne jamais le savoir. Un des convives rempli mon verre d’un vin que j’espère meilleur que le précédent. – Et voilà, monsieur O’Flahertie. A propos de Wamba, savez vous si il a finit son livre? – Il avait abandonné ce projet, et voulait écrire un recueil de nouvelles ou quelque chose comme cela. C’est trop tard à présent. – Sais-tu ce qu’il nous a amené la dernière fois qu’il est venu? Un Candide de 1759 annoté par Voltaire lui-même. – Pas mal, mais pas autant que ce que j’ai avec moi ce soir, intervint un personnage que je n’avais jamais rencontré, sanglé dans un uniforme prussien. – Montrez-nous donc ça! Il produit, devant notre petit groupe ébahi, un pastel de La Tour. Il est rare de voir des tableaux ici, le club étant plutôt spécialisé dans les livres. – Un jour, j’apporterai la Joconde, dit doucement Saint-Just en déposant son verre. – Quelle apothéose cela pourrait-être…»
Ça commence. On ouvre les fenêtres, à cause de la fumée. Tout le monde s’assoit en cercle, bien confortablement installé dans les coussins. Saint-Just apprête l’autel, une grande vasque de marbre sculpté, et dans le plus grand silence, quelqu’un y dépose le premier sacrifice. C’est un livre d’heures du XVIème, qui aurait appartenu à Erzébet Bathory. Une allumette, et les pages jaunies et craquelées prennent instantanément. Les personnages des enluminures essaient de fuir, et une représentation de l’Enfer prend soudain vie. Il y a dans la destruction d’objets anciens, rares, uniques comme un manuscrit, une délectation particulière. C’est un mélange de fascination et de révolte, une partie de nous voudrait plonger sa main dans les flammes pour sauver la précieuse relique, mais quelque chose nous en empêche, le sentiment d’entrer dans l’histoire du livre, d’être sa fin comme le scribe en fut le commencement. Ce simple amas de pages prétendait se moquer de l’humanité, survivant toujours quand ses lecteurs mourraient, et le feu rappelle alors violemment que ce que l’homme a fait, il peut à tout instant le défaire; le pouvoir du Créateur. Et puis, il y a l’indicible jouissance de faire le mal, de commettre un acte gratuitement répugnant, priver l’avenir du passé, décider égocentriquement que seul son présent compte, et que jamais plus personne ne pourra poser les yeux sur ce livre, ne pourra voir l’erreur du copiste au feuillet 12, découvrir un symbole païen dans la majuscule enluminée du feuillet 25, et ainsi de suite… Un morceau de parchemin rougeoit tranquillement, puis se consume finalement. Il n’y a plus qu’un tas de cendre. On le recueille précieusement, et la poussière noire est placée dans une petite urne, dûment étiquettée, avec la liste des convives. Dans mille ans, peut-être, on saura que Fingall O’Flahertie a assisté, le dix-sept octobre 19... à la destruction par le feu d’un manuscrit du XVIème siècle. Vient une Saison en Enfer d’octobre 1872. Alors, je réalise, regardant la petite plaquette d’à peine cinquante pages partir en fumée, que tout cela ne m’amuse plus autant qu’il y a six mois. Ce n’est pas que je m’insurge soudainement contre ces autodafés, au contraire c’est l’inverse, il n’y a même plus en moi l’étincelle de répulsion qui rend ces petits incendies si délicieux. Je ne ressens plus rien. Et puis, mes compagnons me dégoûtent soudainement; ils sont si mesquins! Erostrate se moquerait de nous, assis en cercle autour d’un ridicule feu qui brûle un tas de papier. Si c’était le Livre de Kells, encore! Je regarde les visages émaciés, translucides, jaunâtres, au front couvert de sueur. Les regards sont emplis d’excitation, mais c’est celle du poisson qui frétille sur la berge; tous ont peur! C’est la terreur de la mort qui se lit en eux, et les mains tremblent, couvertes de transpiration noire comme du pus.
Alors, je m’en vais.
Dehors, deux fantômes de la rue Beautreillis discutent tranquillement.
«Why do I drink? So I can write poetry – A nous deux nous ferons un Dieu, et nous voltigerons vers l’infini… – As the body is ravaged, the spirit grew stronger… – Alors, sans peur et sans remors, je me coucherai sur la terre.»
|
4.
V.
(par
Gurth, ajouté le 30/11/04 23:27)
|
[...] ( en marge : once upon a Roman Four - written in a joyceful shorthandish tone - some Wholly Blieble. vanished! Alors...) Cleaning the looking-glass, tried to see infinity there was nothing but my own affliction
If the looking-glass Were cleansed All would appear as it is Or so I believed
Till the day I die There will be No more aliteration Je suis fatigué de la ville et des hommes. J’ai mal à la tête, mes mains tremblent, je transpire beaucoup. Je suis malade et je vomis de la poésie; je ne la supporte plus. Je cherche le chemin qui se poursuit sans fin à travers les rues grises qui crachent l’essence arc-en-ciel; mais je ne peux le trouver, les littérateurs s’acharnent à barrer la route, et ils éditent, éditent toujours plus! Un océan de verbiage épais comme la sphaigne, il est de plus en plus difficile de surnager, le ciel n’est d’aucun secours, les étoiles sont cachées par des nuages filandreux et dégoûtants, et de petits hommes ricanent et clouent leurs noms partout où ils peuvent. Je sais que c’est éphémère, donc cela ne peut me toucher. Je ne cherche pas de consécration dans le siècle; la beauté ne peut être tâchée par eux. Mais mon œuvre est… inexistante. Alors? Pourquoi font-ils ça? C’est bien trop pensé, ininstinctif et pas du tout féminin, ça ne coule pas c’est propre! Infécond et sans vie… […]Ecrire avec des putains Elles comme les mots Donnent leurs corps Mais gardent leurs âmes Je ne veux plus des règles Sanguinolentes et féminines Plus de vers et de pieds Cela empeste tant la tombe !
Une fillette babille, et voilà leurs moues réprobatrices! Tais-toi, enfant, car l’on va déclamer! Jaloux! Et ils la chassèrent, lors she sang such songs as the children of the Edain made long ago when the tongues of Elves was still fresh upon their lips. Et la mère honteuse n’osait rien dire. Ils oublient l’innocence et la naïveté, pourtant bien plus sérieuses que tous leurs conclaves. La simplicité est haïssable, car sans nuances, un monde abject de couleurs primaires, mais l’érudition plus ignoble encore car sa complexité est artificielle. Rien d’intéressant alentours, juste la nuit polluée. Alors la lune se dégage, nouvelle et invisible. Surrender to the waiting world. Je me traîne jusqu’à l’aube humide qui dévore les statues avant de quitter pour toujours la ville et sa sophistication violemment inesthétique. Le goudron éthéré qui s’évapore lentement des trottoirs m’étouffe; preuve que je suis encore bien vivant.
En route vers la forêt, je croise mille tâcherons occupés à faire rimer deux mots. Est-ce que je fais vraiment partie de ça? Ce serait trop intolérable que mes phrases ne traversent pas les millénaires, peu m’importe qu’elles restent anonymes! Remplir ses personnages de soi-même comme on jette une bouteille dans la mer du Temps et espérer… Viens, talent ! Génie ! Viens ! Que tout soit facile Ecarlate & immaculé Rien qui ne soit laborieux et minable et sans rien aucune émotion même
Pourquoi ! Le génie est mécanique Une machine, une bête que l’on dresse Ignare ! Oui ! Je suis libre de tout donc du talent aussi !
Je ferais de la médiocrité mon étendard sanglant, je ne chercherais pas la consécration divine dans ce qui touche au plus profond de l’âme, mais bien dans ce que l’homme a de plus insignifiant, de plus mauvais, de plus pitoyable. Pas de latin, pas de mètres, pas de trouvailles, rien, rien, rien, rien : il faut que l’on ne puisse RIEN trouver, RIEN défendre, RIEN acclamer, RIEN admirer, RIEN ! ! ! !
« Vous savez, with proper assistance you could have left off at seven. – Je le sais, et puis qui êtes vous encore? – Je ne fais que passer dans cette forêt. Il y a longtemps maintenant que les royaumes des hommes durent, et ceux qui l’habitaient ont disparu. – Vous avez une jolie robe, mais vos yeux… – Je suis princesse Névrose Nécrosée, ou la courtisane Nécrose Névrosée, et… – Tu émanes de la maladie, c’est cela, oui. Et les corbeaux… – Mangent les yeux en premier. – Tu guettais quelque part, mais pourquoi maintenant? – La fin est dangereusement proche pour toi, à moins que je ne t’en dissuade… Encore trois années magnifiques si tu renonces… – O saint Fingall’s sane prayer… he-e ! – Tu ne peux transformer le poison comme tu le fais des mots. Crois-tu qu’un palindrome puisse te sauver ! – La prière, peut-être… – Regarde mon sein et mes lèvres, Fingall ! Tu ne peux pas rejeter une telle perdition ! C’est pour cela que tu vis ! – Je mourrais donc… – Mais l’âme de tes livres est avec moi ! – Ce ne sont pas mes livres… Je ne faisais que passer entre leurs pages, et tes draps ont trop la couleur du linceul pour que je m’y glisse. – Ne me crains pas Fingall. – Wamba ne te craignait pas, et maintenant ! – Tu ne devrais pas avoir peur de le suivre… Les autres ont peur, mais toi ! Tout ce que je te demande c’est trois années de plus…»
Princesse Névrose Nécrosée s’en va lentement dans un long flottement de mousseline, mais je ne goûterais pas à ses délices… Ce n’est pas de la peur, c’est seulement que… Les arbres hurlent que mon temps par ici est fini, que le monde qui vient n’est plus pour moi, que je ne dois pas voir les murs s’écrouler…
Tant pis pour courtisane Nécrose Névrosée et sa General paralysis of the insane. |
5.
VI.
(par
Gurth, ajouté le 01/12/04 18:04)
|
Not-at-all legal girl almost nude in white sockets w/ enigmatic smile
Listening Morrison & Alcohol Princess of Nothing (Void & Ether) – nonetheless – still a princess w/ diadems & dresses
Innocent smile perverse body Whore's feet child's eyes À nouveau au milieu des livres, je regarde l’épée. Depuis Hastings, elle est brisée, et sur le tronçon on lit seulement Fingall M.. Arme sauvage et non perverse, si peu de notre monde. Il n’y a rien de plus humain qu’un combat à l’arme blanche. Nous avons su compenser nos infériorités physiques, qui rendaient nos luttes pataudes et simiesques! La lame… Elle tranche là où nous arrachions, elle perce là où nous brisions. Elle décuple la souffrance, car la blessure s’ouvre sous les coups d’un corps étranger à l’Homme! La finesse de la coupure, la netteté de l’entaille, tout cela dans une pluie de sang! Le sang est liée à l’épée plus que tout autre arme. Nos poings faisaient de la bouillie, les balles brûleront! Mais le contondant fait jaillir l’hémoglobine avec une intimité terrifiante. Quand l’ennemi s’approche pour vous achever d’une balle, la tension se relâche, la douleur s’estompe. La mort sera immédiate et indolore. Et l’autre est si loin de vous! Mais lorsqu’il vient vers vous, épée en main, vous comptez les pas, bientôt son souffle vivant est sur vous, il vous empoigne et enfonce jusqu’à la garde l’objet redouté dans un craquement sinistre. La douleur est intense, et la mort encore loin. Une blessure se reçoit, mais s’inflige également. Sentir la chair qui s’ouvre sous votre lame, être éclaboussé du sang de son ennemi. Lire la peur dans un regard, l’entendre en écho dans un cri… Se sentir tout-puissant, invincible, un fauve. Aphrodisiaque et pleinement syphilitique.
Ma sœur frappe à la porte, like she did one thousand times before. Elle entre doucement, m’embrasse sur le front, et pose l’épée un peu plus loin. Je laisse tomber mon bras nu, et elle me fait l’injection. J’entends l’aspirine s’agiter dans le verre, et sa main me soutient le menton pendant qu’elle m’aide à boire. Je repense aux jours précédents. Toutes ces rencontres insupportables! J’abhorre ces gens à la dérive, ces révoltés, qui soupirent sur le monde ou leur vie. Ne comprennent-ils pas que tout cela n’a pas d’importance… il faut traverser les millénaires, pas se sentir bien dans le siècle de sa naissance!
« Qu’est-ce que tu dis, Fingall? – Rien… Comment va Octobre? – Toujours aussi resplendissant. – Ses pupilles sont inégales, irrégulières, atrophiées et dépigmentées… – Changement soudain de personnalité, comportement extravagant, euphorie! – Dépression, épilepsie, tremblements de la lèvre et de la langue! – O saint Fingall’s sane prayer… he-e ! – Automne sanglant… Tout va bien, petite sœur.»
Je caresse doucement ses cheveux. Notre amour est décharné, sans sécrétions, une passion de bouts de doigts tremblants, atrophiée et anémique. Sans doute dépérira t-elle aussi, ou alors elle continuera à nourrir mon corps jusqu’à sa décomposition totale. Les jours pluvieux passent lentement, entre quintes de toux orageuses et éclaircies d’un bleu flotteux d’aquarelle. De temps à autre, je jette un livre au feu, qui gémit à peine avant de disparaître. Les flammes ne réchauffent rien dans le froid humide de l’automne, pas plus qu’une main ou un souffle. Il fait jour jamais, et nuit à quatre heures, le soleil est si pâle et lointain! Ce n’est qu’une étoile parmi des milliards d’autres, blanche et glaciale. Seules les feuilles brillent un peu, avant d’aller macérer dans la boue. La fête des Morts approche et les scorpions s’éveillent entre les momies. Je rêve encore. Je suis Alice et j’avance tranquillement sur le chemin. Fingall O’Flahertie est Alice, je ne me lasse pas de regarder mes nouvelles mains et de les passer dans mes cheveux. Je ne suis plus fatigué, malade ou pourri, mon sang est pur et plein de fraîcheur; rien n’est sale dans un corps de petite fille. Il y a un croisement, et princesse Névrose Nécrosée est là.
« Bonjour Alice, enfin, Fingall O’Flahertie ! Toujours aussi ridicule; tu ne comptes pas mourir comme ça? grince Nécrose Névrosée. – J’y pensais. – Toujours ton histoire de robe blanche, ruban, dentelle et autres tresses, hein? – Laisse moi, Névrose. – Te laisser refuser son destin? Jamais! Ecoute Fingall, je sais que tu vas bientôt écrire une œuvre magistrale! Quelque chose comme Finnegan’s Wake ou Satiricon! – Je veux juste disparaître. Emanation délètere du néant, mort vivant qui marche, mon passage ici aura été parfaitement imperceptible… – Mais après il n’y a rien! Si tu ne laisses rien ici, alors, tu ne seras plus du tout. – Qui sait? – Moi ! C’est ta seule chance Fingall !»
Mais je n’écoute plus, et la supplique de princesse Nécrose Névrosée résonne longtemps : angels dance and angels die.
|
6.
VII.
(par
Gurth, ajouté le 02/12/04 17:43)
|
27 octobre 19..
Vingt-sept années, sept mois et vingt-six jours.
Quitter le monde et s’enfoncer dans le néant, etc. Toutes banalités usuelles.
Quelque part, il y a un petit cimetière abandonné, adossée à une église en ruine, en haut d’une colline. La matin, un épais brouillard recouvre la région, et seuls surnagent les vieux murs et les pierres tombales. Le portail rouillé ferme mal, et grince quand le vent hurlant s’engouffre entre les barreaux dévorés.
Ma tombe se dressera là, peut-être.
On y lira : FINGALL O’FLAHERTIE
1066 – 27 OCT. 19..
O SAINT FINGALL’S SANE PRAYER... HE-E !
|
Script fourni par
,
adapté et modifié par .
|