1.
A la veillée...
(par
ISENGAR, ajouté le 19/09/05 22:11)
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| Le Vieux alluma le minuscule fagot tassé au creux de sa bouffarde, une curieuse pipe au tuyau entrelacé comme on ne peut en voir que dans cette partie-ci de la Comté. Confortablement calé au fond de son fauteuil, il tétouilla consciencieusement l’objet jusqu’à ce qu’une âcre fumerole s’en échappe. Puis il roula sa blague en vessie de porc dans laquelle était conservée la précieuse herbe à pipe mêlée à quelques rondelles de carottes, garantes d’un fumet et d’une humidité idéales. C’était le signal. Les jeunots, filles et garçons, s’approchèrent en silence et firent une ronde autour de lui.
D’ordinaire, il parlait peu. Mais le soir, à l’heure des contes et légendes, l’ancien devenait bavard. Et pour tout son auditoire venait le moment de se taire et de boire aux paroles d’autrefois...
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2.
Chiens, chat et chevreuil et douze coupantes cordes...
(par
ISENGAR, ajouté le 20/09/05 00:26)
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| On raconte, en pays de Forez que tout commença la veille, à l’arrivée de premières convives. Et maintenant, ce fut au château des parents de la dame Kendra, de la maison d’Eorl, et dans les communs qui se trouvaient de l’autre côté de la rue, que tout fut préparé avec un soin inégalé. Dame Kendra et ses deux premières invitées devaient se révéler par la suite les instigatrices d’un merveilleux et faërique banquet aux senteurs musquées des Indes et aux subtils bouquets du Levant... De ces dames charmantes, les chroniques n’ont retenu que d’étranges noms. La première, aux yeux brillant d’une maternelle espièglerie était dite s’appeler Sylvae de Pibrac, la seconde, la plus jeune, mais aussi belle et douce que son aînée, portait un chapeau orné de plumes. Et maintenant on l’appelait la demoiselle des Verts-bois et des Champs d’or, mais d’aucuns la nommaient sous le chantant nom de Laegalad. Et on disait des deux dames qu’elles étaient des fées.
La plupart des voyageurs étaient attendus pour le jour suivant, reconnu comme le jour premier de la Rencontre. Beaucoup venaient du Pays de France, et autant des terres d’Outre-Quiévrain. Et tous furent au rendez-vous. Tous sauf un. Venu de fort loin, d’un pays de cocagne dominé par la plus belles des cathédrales sous le ciel, un fier Hobbit fut hélas retardé et manqua l’heure de la Rencontre. Et maintenant, ce Hobbit, chasseur et ménétrier, qu’on appelait l’Intrépide et le sans-peur, heurta un jeune chevreuil avec le chariot qui devait le conduire jusqu’à Paris. Le massacre fut grand et le sang gicla haut, mais malgré la juste faim qui le tenaillait, il n’y eut point de ripailles improvisées car Isengar le beau savait que l’amitié n’attendait pas. De fait elle dut attendre. Et de fait il passa la journée à lui courir après.
Or donc, Tous finirent par se retrouver. Et la foule se gaussa du retard du Hobbit, tandis que commençaient les ripailles et que le soir couvrait doucement de nuages pluvieux le pays de dame Kendra.
Les chroniques ne peuvent citer tous les convives ici, tant ils furent nombreux. Maintenant, qu’ils n’en prennent pas ombrage : ils seront cités tout au long de ce conte. Le premier dont le nom entre dans le récit était le sire Bastien aux courtes braies. Celui-là, qu'on dit empereur de terres lointaines, avait accueilli Isengar à l’arrivée dans les terres du Forez, et ce dernier lui en était très reconnaissant. Aussi fut-il fort marri, et plus que tout autre, quand on découvrit qu’un chat avait dévoré une grande partie du dessert réservé à son ami le sire Bastien. Mais cet incident malheureux impliquant le chat glouton et indélicat n’occulte en rien la grande réussite du repas et la qualité notable des victuailles.
La nuit tombant, les chiens, fort nombreux et bruyants, se mirent à aboyer dans le pays. Le vent et la pluie s’invitèrent et ne quittèrent plus ces champs de Faërie.
Maintenant arriva la tant attendue princesse de Mâcon. Seule avec sa monture, cavalière de charme et de talent, elle fut égarée par les souffles mesquins du vent dans les chemins perdus du Forez profond. Lorsqu‘elle arriva enfin au château de la dame Kendra, la lumière des étoiles précédait ses pas légers, et sa grande et désarmante beauté faisait faillir plus d’un. Et plus d’un faillit.
Non que sa grâce altière voilait la beauté des autres dames. Au contraire, toutes ces charmantes invitées, Lalaith aux cheveux bruns, Rebecca et Melilot, Elbaratha et Emilie, Melo-Dye la dame de Créteil et Saivh-aux-cheveux-de-blé, les deux fées Laegalad et Sylvae et la Dame Kendra, toutes mêlaient leur élégance dans une harmonie de beauté féerique et féminine et dans laquelle la lumineuse princesse de Mâcon se fondit comme les rais du soleil épousent l’immaculée surface de la neige pure. Et on dit que le princesse s’appelait Béatrice et que sa mère était la fée Sylvae.
Sans doute fut-ce l’effet de l’hypocras, mais Isengar le ménétrier, encore charmé par les charmes charmants de la princesse juste arrivée, accepta de jouer quelques airs de musique en secret en compagnie de maître Tirno et des dames Kendra et Laegalad. Les quatre conspirateurs amusés laissèrent donc la grand’salle des communs aux convives sous la veille émerveillée de Neiklot du Midi, dont l’accent tonitruant-chantant rythmait de ses éclats l’assemblée rassasiée.
Maintenant, on dit qu’au château le ménétrier fut aussi décevant qu’inutile. Des douze cordes de la guitare qu’on lui présenta, il ne tira aucun son crédible, aucun son audible. Ses doigts, pourtant rompus à l’art de la gratouille, souffrirent de la dureté de l’instrument. Les flûtes enchanteresses de ses compagnons prirent alors définitivement le dessus. Et le séjour bascula sous l’air faërique des la musique des fifres, turlupins, pipeaux et autres flûtiaux...
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3.
Le plus long petit déjeuner de tous les temps…
(par
ISENGAR, ajouté le 20/09/05 23:18)
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Or donc, les joyeux fêtards subirent les effets de la fatigue, car la nuit était très avancée. D’aucuns se couchèrent dans les endroits que la dame Kendra leur avait affectés. Ici un lit, par là un simple matelas. Tous, princes et conteurs, beaux sires ou simples manants, s’accommodèrent de très bonne grâce aux contraintes du moment. Quelques-uns choisirent de goûter au confort d’une auberge proche et fort réputée. Guidés par Yyr l’étoilé et Benilbo le demi-elfe, ces convives de qualité s’encombrèrent d’Edrahil, un parvenu notoire devenu colonel d’une armée improbable par le jeu de relations troubles avec quelques forces occultes et maléfiques. Dans la soirée, ce même homme s’était offert le luxe d’arriver fort tard et avait effrontément réclamé un cocher pour le conduire jusqu’au château d’Emilieu. Isengar et Yyr s’étaient chargés de la besogne, et malgré cela, ils furent couverts de reproches et d’opprobre… Mais son attitude fut vite pardonné, car il fit par la suite preuve de plus d’humilité et confondit les ardeurs de son caractère fielleux avec la douceur des lieux et la joie du moment. Et maintenant dit-on qu’il partagea même avec l’assemblée certaines connaissances précises qu’il avait d’un vaste complot fomenté par un certain Pierre fils de Jacques et qui avait englouti dans les rais de son influence néfaste toute la prestigieuse école des Ponts et Chaussées, faisant d’elle un temple dédié aux plus sordides bacchanales…
Au Château d’Emilieu, les dames acceptèrent la présence parmi elles du ménétrier Isengar. Comme il est bien connu maintenant, et bien qu’autour de lui fussent réunies tant de grâce et de beauté, le Hobbit garda la tête froide et se comporta avec toute l’honnêteté et la grandeur d’âme connue et reconnue par tous, sauf par quelques serpents de mauvaise foi dont les contes n’ont fort heureusement pas retenu les noms.
Ménétrier et homme à tout faire, Isengar fit un peu de vaisselle, comme il avait été convenu en assemblée. Maintenant, bien que l’ampleur de la tâche le fît frémir, il fit de son mieux, lavant, raclant, rinçant. Il garda même de côté une moulinette que les aléas de la confection des merveilleux plats avaient brisée en deux morceaux. Enfin, un petit et un grand morceau… Dame Kendra en fut informée et songea à garder l’objet de côté pour le réparer plus tard Cependant, d’étranges événements futurs allaient compliquer les choses et faire récolter au ménétrier des reproches plutôt que des louanges…
Au matin de ce jour second, quelques personnes se levèrent tôt, n’arrivant plus à trouver le sommeil. On se réunit, à peu près frais et pas plus dispos, la vélocité et le verbiage cédant la place à quelque chose d’indéfinissablement plus vaseux. Seules quelques dames et fées, telles Laegalad et Béatrice, se levèrent fraîches et belles comme si la rosée du matin et le pâle soleil de l’aurore avaient été leur berceau de nuit. Et Isengar fut le seul à contempler ce doux prodige et tous, empereurs ou manants, furent jaloux de lui. Mais le plaisir de se retrouver était là. Et très vite, la douce hôtesse de ces bels gens et gentes dames s’en fut chercher le pain pour que tous puissent déjeuner dans les règles d’un art dans lesquels les Hobbits en particulier, et Isengar le premier entre tous, sont passés maîtres.
Au menu, merveilleuses confitures d’agrumes, miel d’ici et d’ailleurs, lait et thé et thé au lait, un peu de café préparé par la dame Saivh, pains d’Outre-Quiévain et brioches sans nom, et puis des céréales, des fruits et toutes sortes d’autres mets aussi bons au goût qu’agréables au regard. Maintenant Maître Bastien, fit d’étranges remarques sur la non-valeur et la caducité de cette accumulation de mets. Aussi jeta-t-il son dévolu sur un pot de confiture de mûre qui faillit être son seul et unique aliment durant tout le séjour. De ce qu’il mangea en plus à d’autres occasions, il en sera dit plus tard dans le récit.
Ainsi donc commença le plus long petit déjeuner de tous les temps. Les bardes des provinces de France chantent encore aujourd’hui – soit, disons-le, quelques jours après que les événements se fussent déroulés – la bravoure de Gawain dit le Breton de Dourdan, fier gourmet aux cheveux d’apôtre qui s’enfila plusieurs mètres de tartines confiturées, ou la vaillance d’un Ronan de Paris dont on eut pu dire qu’il n’avait pas fini sa croissance pour se nourrir tant et plus, ou encore de l’insolence d’un Isengar, qui engloutissait goulûment un cinquième petit-déjeuner à un moment où d’autres de moindre résistance ventrale déclaraient forfait et criaient grâce devant un modeste pot de lait. Maintenant, le Petit-déjeuner dura fort loin dans la journée, comme il a déjà été dit. Et en cette heure tardive arrivèrent ceux du gîte. Superbes, ils prirent place parmi les convives, les aidant à terminer les derniers mets copieux livrés par les bons soins de dame Kendra et de ses alliés. A ce moment tardif arriva aussi maître Tar Palantir. Les bras chargés de cadeaux, il fut accueilli par rires et par chants. Maintenant, fût-il arrivé les bras vides, qu’il n’aurait pas été chassé… enfin en supposant que l’usage eût été respecté.
La troupe attablée était au grand complet et rires et chants reprirent de plus belle, accompagnés par un concert ininterrompu de fifres, turlupins, pipeaux et autres flûtiaux... Les annales du Forez ne disent pas si le cadeau de dame Kendra fut offert en cette heure. Sans doute l’abus de la douceur épicée de l’hypocras explique-t-elle que les conteurs qui inspirèrent cette chronique furent assez piteux sur cet événement pourtant marquant. Maintenant, il semble qu’au cœur du chœur, dame Kendra jouait de cette grande flûte noire. Mais d’autres diront qu’il était encore tôt et qu’à ce moment, le cadeau n’était pas encore sien…
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Promenades, cuistrerie et ripaille.
(par
ISENGAR, ajouté le 21/09/05 22:09)
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| Or donc il advint que d’aucuns eurent envie de découvrir les paysages environnants à l’occasion d’une promenade. Et c’était une tradition dans les grandes assemblées des bels gens et gentes dames. On se réunit devant les communs, tandis que d’autres convives continuaient de festoyer. Bien que le mot fût passé que le départ était imminent, fort peu nombreux furent ceux qui se joignirent au groupe. Ainsi filèrent sur le vert chemin l’empereur Elwë et son éminence grise, Medonnen Eldendil. Laegalad la fée, Melilot la rieuse et la princesse de Mâcon, Béatrice aux yeux de coquillages nacrés, étaient de la compagnie. Suivaient Neiklot du Midi, Yyr l’étoilé, Gawain l’apôtre et Isengar le ménétrier. Vallis des Jardins, Gurth aux cheveux d’or et sa dame Rebecca fermaient la marche. Manwë Sulimo, maître des vents était de la partie. Maintenant on dit en Faërie qu’il est le Seigneur du Souffle d’Arda, et le Premier des Rois. Mais de sa compagnie, les promeneurs se seraient bien passés car son zéphyr était froid et fort. Au moins chassait-il les nuages de pluie... Par monts et par vaux |
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Promenades, cuistrerie et ripaille.
(par
ISENGAR, ajouté le 21/09/05 22:09)
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| Or donc il advint que d’aucuns eurent envie de découvrir les paysages environnants à l’occasion d’une promenade. Et c’était une tradition dans les grandes assemblées des bels gens et gentes dames. On se réunit devant les communs, tandis que d’autres convives continuaient de festoyer. Bien que le mot fût passé que le départ était imminent, fort peu nombreux furent ceux qui se joignirent au groupe. Ainsi filèrent sur le vert chemin l’empereur Elwë et son éminence grise, Medonnen Eldendil. Laegalad la fée, Melilot la rieuse et la princesse de Mâcon, Béatrice aux yeux de coquillages nacrés, étaient de la compagnie. Suivaient Neiklot du Midi, Yyr l’étoilé, Gawain l’apôtre et Isengar le ménétrier. Vallis des Jardins, Gurth aux cheveux d’or et sa dame Rebecca fermaient la marche. Manwë Sulimo, maître des vents était de la partie. Maintenant on dit en Faërie qu’il est le Seigneur du Souffle d’Arda, et le Premier des Rois. Mais de sa compagnie, les promeneurs se seraient bien passés car son zéphyr était froid et fort. Au moins chassait-il les nuages de pluie... Par monts et par vaux, les promeneurs s’en furent. Et rieurs était leur visages et riante leur humeur. Ils passèrent sous des bois profonds et goûtèrent aux paysages grandioses, tantôt dans des lieux déserts ou tantôt devant les maisons des hommes.
Lorsqu’ils revinrent à leur point de départ, tous les autres convives, ceux qui avaient manqué la randonnée se préparaient à prendre le relais. Et ceux-là étaient sous la conduite bondissante de dame Kendra et du sire Bastien qui fit, nous dit la chronique, de curieuses démonstrations de saut de Cabri. Et toujours le vent les accompagnait.
Maintenant, la partition en deux groupes fut l’occasion d’échanges plus calmes et plus intimes pour ceux qui restaient.
Le retour des promeneurs du second groupe permit de s’attaquer à la préparation du second banquet de cette grande réunion. La cuisine se fit au son de la musique des fifres, turlupins, pipeaux et autres flûtiaux. Et les chants bretons, les balades irlandaises et autres ritournelles calédoniennes cadencèrent le travail de ces dames et celui des messieurs qui les encourageaient de loin.
Et maintenant advint-il qu’en fouillant dans la poubelle de la cuisine pour des raisons que les contes ne révèlent pas, dame Kendra mit la main sur la moulinette que maître Isengar avait mis de côté la veille, comme il a été expliqué plus haut. Aussitôt, le pauvre ménétrier fut accusé de s’en être débarrassé. Ce qui était une idée saugrenue. Et bien que la dame ne détint aucune autre preuve que son hâtive conviction, Isengar fut publiquement appelé « cuistre ».
Cet incident ne ternit cependant pas la joie de ces instants agréables. Cependant, l’heure du départ pour le sire Neiklot vint rapidement, car il était attendu par ceux de son clan pour une autre fête à laquelle il ne pouvait se soustraire. Ainsi quitta-t-il les champs de Faërie et la Terre d’Emilieu. Et ce premier départ jeta une ombre dans le cœur de chacun, car celui-là, dont l’accent et la verve marquèrent ses compagnons, avait gagné l’estime de toutes et de tous.
L’heure du Banquet approcha. Dans la cuisine, musique, chants et danses rythmées accompagnaient l’accélération de la préparation des mets. Dans la salle commune s’activèrent les invités. Tous se prêtèrent mutuellement main forte et la solidarité était admirable. On tira les nappes, on distribua verres et couverts, on sortit quelques bonnes bouteilles. Si l’hypocras était encore à l’honneur, les bouteilles de vin de Champagne de maître Tar Palantir éclipsèrent toutes les autres boissons. Et longtemps, des pots de bière des maîtres brasseurs du Plat Pays ou de la verte Eirin restèrent orphelins sur les grandes tables du Banquet.
Et maintenant dit-on qu’Isengar et Tar Palantir, voulant émerveiller leurs compagnons, décidèrent de monter une pyramide de gobelets pour accueillir les saintes bulles du vin de Champagne. Tar Palantir versa les premières gouttes et l’opération semblait se dérouler dans de bonnes conditions. Mais la chronique raconte que tout à coup, sans que l’on s’y attende, toute la pyramide s’effondra, répandant le liquide ô combien sacré sur la table. Mais tout n’était pas perdu et les chopes remplies furent levées en l’honneur de dame Kendra.
Le Banquet put commencer. Et les convives, mis en appétit par leur longue promenade se régalèrent de ce que leur avait préparé la dame d’Emilieu. Ce fut un bon moment, et moult chants agrémentèrent ces heureuses agapes. Maître Yyr voulait sans cesse prendre la parole et Isengar demandait le silence pour qu’il puisse s’exprimer. Car d’aucuns de chanter à tue-tête des chants d’encouragements au départ du discours, puis à la fin. Et ainsi firent-ils pour tous ceux qui souhaitaient prendre la parole. Et en fin de compte, tout ne fut plus qu’un grand bruit joyeux.
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6.
Jeu de rôle et feu de l’amitié.
(par
ISENGAR, ajouté le 22/09/05 22:59)
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| Le festin continuait et les rires et les chants s’entremêlaient. A la fin, il fut décidé par quelques compagnons de jeu de reprendre une vieille partie entamée à d’autres occasions et restée inachevée. Sous la capitainerie de Bastien aux courtes braies, qui s’était gavé de confiture de mûre tout au long du repas, le groupe dit des rôlistes montèrent aux étages des communs. Maintenant, le froid y était glacial. Et à Isengar qui les avait rejoins après coup, tous demandèrent si les compagnons restés au chaud dans la pièce commune avaient fini par se retirer... Et bien que le Hobbit ménétrier eût répondu négativement, tous se ruèrent vers les étages inférieurs sans entendre et sans attendre la réponse. Mais la salle commune n’était pas libre... Et pour la deuxième fois en cette sainte journée, Isengar fut chargé du titre peu glorieux de « cuistre » qui comme le rappellent les maîtres des mots de la langue de France est synonyme de « pédant encrassé ». Mais le malentendu fut vite dissipé. Et Isengar ne fut pas malheureux car tous étaient ses amis, et il les aimait tous. Même cet Edrahil, ce manant qui se disait colonel et que tout le monde semblait apprécier, et qui pourtant, par moments et à l’occasion de courtes remarques acerbes, faisait peser sur l’assemblée le poids de son retard de la veille... En fin de compte, tous s’entassèrent dans une vaste chambre, couverts de capes, de peaux et de couvertures. Et, dominant ses compagnons, Bastien donna le départ du jeu. Et de ce qui se déroula ensuite, ce conte ne le dit pas. Et peut-être mieux vaut-il que cela reste caché…
Or donc, cette nouvelle division en deux groupes permit, une fois de plus, des discussions plus tranquilles en aparté. Au fond de la pièce, Benilbo le semi-elfe et Moraldandil l’érudit conversèrent et échangèrent à propos de la matière des parlers de Faërie et d’ailleurs. Leurs langues discouraient sur ce beau thème, et leur prolixité forçait l’admiration des autres convives restés dans la grande pièce commune devenue si calme. Laegalad et Tirno l’Helvète se retirèrent vers le château de dame Kendra pour réviser quelques passages à la flûte, dans l’éventualité d’un petit concert futur.
A la fraîcheur de cette nuit venteuse, les compagnons répondirent par un bon feu de cheminée. Très vite, le crépitement du bois sec dans l’âtre attira quelques belles dames et beaux seigneurs vers les moulures de la cheminée. Et autour de dame Saivh, de tranquilles, passionnantes et amusantes discussions purent avoir cours... De temps à autres, Béatrice descendait des étages pour nous faire profiter du merveilleux plaisir de sa présence. Elle nous donnait des nouvelles des autres, évoquant les facéties d’un certain Guili-Guili ou encore les difficultés de coordination entre le groupe et le maître de la partie. Puis elle remontait retrouver ses compagnons de jeu, et tous se rapprochaient du feu car un peu de chaleur quittait la pièce avec elle.
De ce doux refuge, les amis de la cheminée purent voir partir par petites grappes quelques joueurs fatigués. En particulier ceux du gîte qui avaient encore un peu de chemin à parcourir avant de retrouver les bras de Morphée... Puis à leur tour, petit à petit, ils gagnèrent le lieu du repos. Car à ce moment, il était déjà très tard... Dans le château des parents de la dame Kendra, Yyr l’étoilé avait engagé un passionnant débat théologique avec Moraldandil et dame Kendra, sous l’arbitrage assoupi de Gurth, Lalaith et maître Tirno... la discussion dura fort tard mais la fatigue, là aussi, finit par avoir raison des orateurs. Maintenant, à l’image de Laegalad la fée, de la princesse Béatrice et d’Isengar le Hobbit, il est fort certain que d’agréables conversations en alcôve continuèrent jusqu’à très loin dans la nuit...
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7.
Ce qui se passa le jour du Seigneur…
(par
ISENGAR, ajouté le 22/09/05 23:35)
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| Or donc, après cette tardive et ludique veillée, de nombreux invités se couchèrent pour la plupart à l’heure où le coq affûte ses vocalises. Aussi la matinée entière ne suffit pas à observer le réveil de tous. Maintenant dit-on que certains qui étaient déjà réveillés depuis un bon moment, tel Isengar et la délicieuse dame Béatrice, restèrent derrière les portes closes de leur chambre et sous le confort de leurs couvertures. Et d’aucuns, empereurs ou manants, furent une fois encore jaloux de lui.
Le tardif petit déjeuner fut aussi copieux que la veille. Mais les convives étaient un peu plus fatigués et certains souffraient de cette courte et éphémère indisposition que d’aucuns, parmi les apothicaires et les thérapeutes, appellent une ancéphaloproctalite passagère.
A matinée céda la place au midi, puis à l’après-midi. Isengar le ménétrier, ne voulant pas rester sur ses échec de la veille et de l’avant-veille, emporta avec lui la guitare aux douze coupantes cordes. Maintenant lui avait-on signifié qu’il devait jouer en lieu et place un air bien précis en compagnie de la flûte enchanteresse de dame Laegalad la fée. Il se retira alors en compagnie de Gurth et Rebecca et grand fut son plaisir car la belle princesse de Mâcon les accompagna. Pour eux, il joua et joua encore jusqu’à ce que ses doigts ne puissent plus supporter l’effort. Et bien que sa démonstration fût plus mauvaise encore que la veille, il était heureux car ses auditeurs riaient et l’encourageaient. Bastien aux courtes chausses eût été présent qu’il n’aurait pas manqué de souligner la non-valeur et la caducité de la chose. Maintenant il convenait de souligner qu’il n’était pas prêt à jouer sur un tel instrument aux si nombreuses cordes. Eût-il amené sa propre mandoline aux cordes de nylon, son luth à six coups, que les choses eurent été bien différentes… mais les sages diront que la parole est facile quand les actes ne suivent pas. Aussi attend-t-on le Hobbit au tournant…
Dans la grande salle commune, les belles dames et les beaux seigneurs se réunirent tous à nouveau. Tandis que la foule se sépara en trois groupes distincts pour goûter à la fièvre des jeux de carte, dame Kendra s’installa avec son matériel de scribe et réalisa de jolis petits billets à l’attention de chacun de ses prestigieux invités. Le travail était long mais plaisant car il convenait de trouver une phrase personnalisée pour chacune des miniatures. Et chaque phrase mettait en valeur un fait ou une action qui s’était déroulée durant le séjour et qui avait eu pour protagoniste le destinataire de la missive calligraphiée. De son côté, Isengar fit tourner parmi la troupe attablée des cartes achetées la veille avec Neiklot, Gurth et Rebecca et destinées à quelques amis absents. Maintenant la chronique ne les cite pas, mais s’ils lisent un jour ce modeste conte, ils se reconnaîtront et sauront à quel point ils sont chers au cœur de ceux qui furent présents ces jours là au venteux champ de fête des Terres d’Emilieu.
Trois groupes parmi les invités se formèrent pour d’ardentes parties avec des jeux de cartes. On eût pu croire que c’était une grande honte de transformer la grande pièce commune en infâme tripot, et ce, le jour du Seigneur. Toutefois, les intentions étaient louables et aucun des partie jouées ne sentait ni le souffre, ni le marrissement. Du côté du colonel Edrahil, dont la sinistre réputation était pourtant connue de toutes et de tous, on joua par exemple au « barbu » un innocent et passionnant divertissement pour les grands et les petits… Isengar soupçonna un instant que le nom du jeu était une allusion à peine subtile au fameux Pierre fils de Jacques, porteur de barbe, déjà évoqué à d’autres moments dans ce récit. Mais ses soupçons s’effacèrent vite. Maintenant, il joua aux côtés de la belle Béatrice et il en fut heureux car ils tenaient ensemble les mêmes cartes. Et non loin de là, empereurs ou manants, tous furent une fois de plus jaloux de lui...
Dame Kendra, qui tenait toujours les rênes de la fête, décida que le moment des ripailles était revenu. On attisa le feu, on sortit les viandes et d’étranges mets de forme curieuse que dame Melo Dye qualifia de saucissoïdale et qui de fait se révélèrent être par la suite être des saucisses pimentées à base de bœuf et d’ovin, et des saucisses de porc dans du boyau de mouton. Yyr l’étoilé, devenu expert en matière de grillades et autres cuissons à la braise depuis un mémorable séjour en terre de Pibrac, fut chargé de l’entretien du foyer. Tâche qu’il assuma avec succès. Maintenant tous se régalèrent une fois de plus. Et si les louanges n’allaient plus directement vers dame Kendra ou vers les fées qui suppléèrent ses efforts culinaires, l’assemblée n’en était pas moins particulièrement reconnaissante.
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8.
L’heure des premiers départs...
(par
ISENGAR, ajouté le 23/09/05 23:30)
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| Maintenant vint la triste nouvelle... L’heure des premiers départs était arrivée. Et dans la grande froideur automnale de cette après-midi dominicale, dames Melilot, Rebecca et Elbaratha ainsi que maîtres Gurth et Gawain s’en furent dans la première navette vers le relais des chemins ferrés de Firminy. Une seconde navette devait séparer du reste de la troupe Bastien, le colonel Edrahil et dame Lalaith, merveilleux petit bout de princesse, qui laissa un grand vide après elle.
Alors, pour tenter d’effacer le désappointement général, Isengar et Ronan de Paris invitèrent l’assemblée à se rendre au grenier de la maison commune et lancèrent un défi au jeu du baby-foot, une étrange invention qui se jouait avec des pantins de bois et de curieuses mécaniques sur une table creuse. Cette distraction brutale évoquait une forme de soule qui ne se jouait qu’avec les pieds... Yyr et Tar Palantir relevèrent le défi mais furent terrassés par un score de 10 à 9. Une autre partie s’engagea, mais tous les spectateurs se lassèrent très vite et abandonnèrent le jeu en cours laissant Isengar et Ronan écraser leurs nouveaux adversaires sans que personne ne puisse jamais témoigner de l’exploit...
Soudainement, comme la foudre frappant le cœur d’un arbre, on annonça le départ imminent de la douce princesse Béatrice. Maintenant, tous furent attristés de savoir la charmante demoiselle sur le point de regagner sa ville de Mâcon, et Sylvae de Pibrac la première. Mais d’autres furent plus touchés encore, car ils savaient que les choses ne seraient plus les mêmes après le départ de cette adorable enfant des fées. Mais rien n’empêcha son départ. Pas même Isengar le ménétrier qui tenta des mimiques de bouffon pour distraire la belle tout en sachant qu’il n’avait ni la classe ni le talent d’un certain Dongann, célèbre porteur de grelots.
Le vent et la grisaille s’abattirent avec plus d’intensité encore, au moment où le cheval de dame Béatrice disparut au détour d’une ruelle en emportant définitivement sa délicieuse cavalière avec lui. Maintenant, ce n’était peut-être qu’une impression ressentie par quelques-uns, car dame Kendra invita quelques compères à partir en promenade, tandis que d’autres noyaient leur désappointement dans une nouvelle partie de cartes. Et de fait, le temps se révélait beaucoup plus clément que les jours précédents. Alors tous comprirent que la grisaille était dans leur cœur.
Un petit groupe s’en fut donc par les chemins boisés et charmants de la Terre d’Emilieu. Dame Kendra conduisait la troupe et son entrain redonnait le sourire aux âmes attristées. Vallis des jardins, Tirno l’Helvète et Isengar le Ménétrier formaient la petite troupe de dame Kendra. Et elle les conduisit sur des parcours en marge des domaines de Faërie, allant jusqu’à leur permettre de rendre visite à l’arbre aux secrets, dont les branches confortables pouvaient soutenir jusqu’à douze nains et plus. En continuant leur promenade vers les pentes du Forez, là où se dévoilait la chaîne des monts d’Auvergne, les quatre promeneurs cueillirent au passage maître Moraldandil. Et tous revinrent sur leur pas tandis que la nuit couvrait le pays de son froid et sombre manteau.
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9.
Dépossession de chambrée et régression de confort...
(par
ISENGAR, ajouté le 24/09/05 15:36)
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| La troupe restante s’offrit un ultime banquet, faisant la part belle aux tomates et aux quartiers de melon. Un étrange plat à base de poulet marri et de carbo-poivrons fut servi ensuite. Mais tous se régalèrent tout de même. Pendant la préparation de ce plat, Isengar, Medonnen Eldendil et Vallis se mesurèrent dans l’épreuve de l’épluchage d’oignons. Nul doute que parmi ces trois hères, au moins l’un d’entre eux prétexta l’irritation de la blanche cive sur les yeux pour laisser libre cours aux larmes qu’il retenait depuis le départ de la féerique princesse de Mâcon. Maintenant, en guise de dessert, le sire Benilbo, qui avait discrètement illuminé de son aura elfique toute l’assemblée, présenta un projet cartographique appelé Landroval. Ce projet permettait un merveilleux voyage tridimensionnel dans les contrées d’Arda, tel que le professeur JRR Tolkien les avait décrit à la postérité. Tous furent enchantés et louèrent longuement le talent de maître Benilbo. Et les yeux de la dame Emilie brillaient de fierté pour son doux et savant prince, qui dépassait les maîtres Cassini et Berthier de Sauvigny en talent, en savoir-faire et en imagination. La Chronique rappelle par ailleurs qu’une nouvelle version de la Flamme du Dragon, célèbre dictionnaire interactif des langues de Faërie, avait été présentée à quelques initiés, dont le sire Moraldandil, au cours de cette assemblée.
Maintenant advint-il que le père de dame Kendra, le sire d’Emilieu, souhaita que fussent libérées les chambres du château encore occupées par quelques invités. Les belles dames et leurs seigneurs furent donc proprement dépossédés du confort dont ils avaient jusqu’alors bénéficié dans les chambres à lintérieur de l’enceinte du château. Ils furent alors obligés de se mêler aux manants qui peuplaient les couloirs et les chambres de la maison commune... Dans le froid, on rapatria matelas, oreillers, édredons, couettes et sacs...
Le tout fut installé dans les diverses parties de la maison. A l’étage, la grande fraîcheur des pièces fut compensée par la chaleur de l’amitié. Mais ce n’était guère suffisant, et beaucoup de frileux se hâtèrent de glisser au fond de leur couette. Isengar, Hobbit malheureux, pensait avoir perdu l’agréable compagnie de la gente fée Laegalad, qui avait partagé avec la dame Béatrice, sa joyeuse chambrée pendant ces deux dernières nuits. Mais, ô hasard de la promiscuité, ils finirent par se retrouver ensemble dans la même pièce et gagnèrent la compagnie de la belle dame Sylvae de Pibrac, la propre mère de la princesse de Mâcon, comme il a déjà été dit. Et Isengar en fut heureux, et d’aucuns, empereurs ou manants, furent une dernière fois jaloux de lui.
Maintenant, beaucoup voulaient retarder l’heure du sommeil et prolonger les agréables moments passés en compagnie des autres. Ainsi, maître Vallis, l’Empereur Elwë et Medonnen Eldendil restèrent autour de dame Kendra et dame Melo Dye devant la chambre de Sylvae, Laegalad et Isengar. Rires, chants et agréables discussions marquèrent ce délectable moment...
Puis petit à petit, les lampes s’éteignirent, et les yeux se fermèrent. Et dans la froideur de la grande maison, tous finirent enfin par s’assoupir. Et ce dont chacun rêva, le conte ne le dit pas...
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10.
L’Adieu à Emilieu
(par
ISENGAR, ajouté le 24/09/05 15:40)
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| Au petit matin, alors que les nuages venaient enfin à se dissiper, laissant quelques rais de soleil réchauffer le pays de Forez, Medonnen Eldendil et le sire Elwë s’en retournèrent vers leurs terres d’Empire.
Un fort groupe se prépara aussi au départ. Et ceux-là, la chronique les a bien retenus : Dame Melo Dye de Créteil ; dame Laegalad la douce fée des verts bois et des champs d’or ; Vallis des jardins ; Ronan de Paris, Tirno l’Helvète et Isengar le ménétrier. Chargés de sacs et de souvenirs joyeux, ils furent guidés par dames Kendra et Sylvae jusqu’au relais des chemins ferrés de Firminy.
Et là, le grand wagon autotracté que d’aucuns appelaient « téheuhère », les emmena vers leurs pays respectifs. Et Kendra et Sylvae restèrent seules sur le quai. Elles retournèrent en Terre d’Emilieu où restaient encore les derniers invités : Moraldandil l’érudit, Yyr l’étoilé, Benilbo le demi-elfe, Saivh de la verte Eirin... ceux-là se préparaient à la difficile tâche de tout ranger et tout nettoyer...
Le « téheuhère » continua son voyage. En la bonne ville de Saint Etienne en Forez, Vallis des jardins fut le premier à quitter le groupe. Plus loin, ce fut à Lyon, la capitale des Gaules, que Laegalad et maître Tirno s’en furent sur leurs propres chemins. Ne restaient alors plus que trois compères. Aussi embarquèrent-ils dans le « thé-jévé » sorte de long convoi de wagons très rapides qui devait les ramener en direction de la ville de Paris. Derniers instants de Faërie, l’annonce du préposé au contrôle de validité des billets rendit le sourire aux trois voyageurs, fort tristes de se retrouver si peu nombreux sur le chemin du retour. « Bonjour, je suis Franck, votre contrôleur... vous me reconnaîtrez grâce à ma cravate à fleurs sur fond de chemise bleue... » disait l’agent des chemins ferrés par le truchement d’un microphone. « Je vous rappelle qu’il est strictement interdit de fumer dans l’ensemble du train, d’ailleurs c’est la même chose dans tous les trains de puis le 1er septembre, il est donc inutile de vous réfugier au wagon restaurant ou de tenter de vous cacher dans les toilettes pour en griller une, de toute façon, vous êtes filmés... » et ainsi de suite... Ce fut la plus agréable des façons pour nos trois compères de retrouver la vie de tous les jours... Que ce Franck, s’il entend un jour ce conte, en soit remercié
A Firminy, le soleil brillait de son plus bel éclat. La visite de Manwë Sulimo et des ses pluvieux et venteux alliés ne permit pas, au cours des trois jours de fête, de faire toutes les activités prévues à l’origine, comme la promenade en canoë ou la visite à la fête médiévale du Puy. De même, l’envie de se retrouver et de s’amuser en cette joyeuse communauté d’amis, fit que les sujets de travail et d’études furent largement mis de côté. Maintenant, il y eu quelques débats, et de la musique aussi. Mais ce fut essentiellement en petits groupes, loin de la foule, que ces événements discrets eurent lieus.
Adonc, à la fin de tout, reste le souvenir d’un long et formidable banquet. Rires, chants et sons de fifres, turlupins, pipeaux et autres flûtiaux marquèrent ces trois mémorables journées. Après que Moraldandil et dame Saivh eurent passé le balais dans la grande salle commune et dans les chambrées de l’étage, la maison de la fête d’Emilieu se retrouva vide, froide, et blanche, et verte, et mauve... et parabolique. Et vice et versa...
Alors, dame Kendra, grava quelques runes sur le fronton de l’entrée de la grande salle. Des runes symbolisant la grande vitesse à laquelle ces trois journées passèrent, et symbolisant aussi le fait que tout ce qu’on rêvait de faire en trois jours ne pu être complètement accompli. Et ces runes disaient : « No Stairway to Heaven ». Et la légende raconte qu’Isengar jura que ce n’était que partie remise.
A VanimaElisa. |
11.
Last partings... until an other meeting
(par
Bes, ajouté le 24/09/05 18:32)
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| Après le départ des derniers passagers du cheval de fer, ne restaient que Dame Sylvaé, Saivh de la verte Erinn, Tar Palantir aux Belles Mains, Moraldandil-aux-Idiomes-Multiples, Venildo le Petit Prince et Yyr au Front Etoilé.
Pour soigner sa bienheureuse tristesse, le coeur plein à déborder, dame Kendra emmena ces derniers voyageurs dans un coin de campagne visité la veille en compagnie d'Isengar le Ménétrier, Vallis des Jardins et (bon sang de bois, qui était le troisième Marcheur ??? Je ne parviens plus à me rappeler, j'implore son pardon mais c'est le black-out)un troisième chevalier.
Il s'agissait d'un hêtre géant, qu'elle avait baptisé Hirilorn en souvenir d'un noble végétal poussant dans un monde parallèle. Dans l'arbre, elle avait souvent chanté, ou simplement regarder le vert des feuilles se muer en or et fondre le long des gris rochers. Yyr au Front Etoilé le premier gravit les branches comme si les arbres étaient son élément naturel, suivi, parfois moins lestement du reste de la troupe. Tar Palantir au Belles Mains n'ayant pas besoin d'étirer sa colonne vertébrale pour atteindre les premières branches, il s'assit également sans difficulté sur une fourche.
De quoi on parla dans cet arbre, tout étonné d'accueillir si belle compagnie, l'histoire ne se rappelle pas, tant la narratrice était perdue quelque part au-dessus de sa cime, flottant dans le soleil éphémère de ce lundi matin.
Puis il fut temps pour Tar Palantir de reprendre son errance sur les routes d'Auvergne, notamment sur la Route à la Pente Périlleuse qui mène à Aurec, ville sur le Grand Fleuve Loire. Dame Kendra épongea donc ses larmes d'un sourire pour dire au revoir à son hôte, qui fut bientôt suivi par deux belles dames. L'oiseau de Fer de Saivh n'attendant pas ses passagers, Dame Sylvaé lui proposa de l'accompagné jusqu'à l'aéroport. Et ce fut encore un départ de plus, dans la blondeur miroitante de la chevelure de Dame Saivh, et dans les yeux de châtaignier de Dame Sylvaé.
Ne restèrent que trois chevaliers dans la maison silencieuse, qui voulaient encore la peupler de leurs rires et de leurs voix. On nettoya ce qui restait de petit déjeuner (le combientième ?) et vaillamment, les trois costauds commencèrent à charrier des meubles.
Quand la grande salle fut toute vide, Yyr prépara le thé de l'étrier et on apporta de la musique. Ce qui permit à Kendra de profiter d'une dernière scottish menée par Moraldandil. Puis Venildo montra son artisanat en réparant de façon miraculeuse des disques qui avaient trop souffert d'être tombés par terre, et LO ! Les disques pouvaient rejouer leur musique comme avant ! Puis Yyr proposa d'écouter un peu de musique du Gardien Aveugle, ce qui aurait pu faire monter les larmes aux yeux de Dame Kendra, si elle n'avait nagé dans le bonheur à ce moment là.
Enfin, il fallut que les trois chevaliers reprennent la route. Après avoir rempli poches et coffres de miel et de boissons sucrées (et de pommes dont l'histoire prétend qu'elles étaient magiques), les trois chevaliers dirent au revoir à leur hôtesse. Un bon mot d'Yyr au Front Etoilé servit de clôture à cette fête que les annales allaient continuer de louer pendant des siècles après.
Puis Dame Kendra s'en retourna à son palantir pour y consigner le récit de ces journées fastes, car sa voix s'était totalement éteinte. Mais ses yeux brillaient du plus vif éclat.
Finalement, les nobles et belles gens ne lui avaient pas offert un escalier vers le paradis, mais carrément une route à quatres voies, large, blanche, et bordée d'arbres.
Par la suite, elle n'allait pas manquer de l'emprunter. |
12.
Une Demoiselle intarissable
(par
Gregory Dyke, ajouté le 24/09/05 23:53)
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| Le Vieux arrêta de parler et prit quelques bouffées de sa pipe puis s'étira longuement. Les moins jeunes de son public savaient que cela était le signe que son conte était fini, du moins pour ce soir, car au fond, ne sont pas tous les contes que des mailles de la Grande Histoire? Cette Histoire dont nul de la région ne savait plus que le Vieux mais dont il admettait volontiers qu'il ne savait que peu.
Un grand silence reignait. Les uns savouraient les paroles qu'ils venaient d'entendre et rêvaient de temps passés, du temps où le rideau entre notre monde et Faërie était encore moins sombre. Les autres (inexpérimentés et ne sachant encore interpréter pleinement les gestes et paroles du Vieux, malgrés leurs yeux brillants et prêts à être émerveillés) attendaient la suite de l'histoire. En effet, souvent le Vieux laissait place au silence afin de mieux préparer la suite de son conte; car il savait bien conter, cousant la plus belle histoire de celles qu'il avait entendues; mais il savait aussi que, lorsqu'une histoire est venue à sa fin, il faut la laisser finir; la laisser se refondre dans les mailles de la Grande Histoire. Ce dernier étirement laissa donc place au silence; puis, lorsque chacun eût savouré la magie insufflée par le partage du Vieux, la foule se dispersa peu à peu - un retour au mondanités de la vie peut-être, mais d'un oeil plus brillant et d'un coeur plus léger.
Bientôt, il ne resta plus qu'une poignée de jeunes, intimidés et craignant que leurs parents ne les feraient aller rejoindre cet autre excellent conteur qu'est Morphée, ils espéraient que le Vieux voudrait bien continuer son récit. Ne croyez point que ce n'était qu'une excuse pour rester au coin du feu! Ces loupiots n'avaient pas grande occasion de voyager - d'ailleurs, en bon hobbits, d'ici leurs 33 printemps, ils auraient pour la plupart perdu tout désir de voyager autrepart qu'au pays des contes - mais rêvaient encore de prendre le large. Ils adoraient écouter le Vieux, qui leur contait les fées Sylvaé aux yeux espiègles et Laegalad (dont on dit qu'elle arborait parfois dans ses cheveux une plume de geai magique) et leur chantait la bonté et la gentillesse de dame Kendra (dont on dit que la demeure était un havre de paix hors du temps à l'image de cette maison dont il nous reste plus que des bribes de légendes qu'est celle de Tom Bombadil).
Le Vieux paraissait assoupi - en vérité il était parfaitement éveillé et visitait en songe les pays qu'il contait, essayant de comprendre les liens entre les mailles de la Grande Histoire, se demandant pour quelle raison Dongann et sa Dame n'avaient point étés présents lors de cette rencontre. Non que cela était d'une grande importance, au vu de la tristesse de tous les convives face aux nombreux manquants, mais simplement que le Vieux aimait à plisser les yeux afin d'observer les grandes mouvances du tricôt qu'est la grande histoire; il se souvint soudain qu'on lui avait conté, alors qu'il était jeune, cette même histoire; alors qu'il eût retrouvé la raison qui lui avait échappé, il commençait à revisiter le récit afin de voir quelles autres bouts de fil il pourrait bien trouver lorsque son voyage fût interrompu par une voix aiguë.
Parmi les jeunes à ses pieds dont aucun n'aurait osé lui adresser la parole, encore moins interrompre ce qui paraissait être un assoupissement bien mérité, il y avait une Demoiselle. Et cette Demoiselle était bien une hobbit hors du commun. On raconte qu'elle avait une voix d'elfe, que de son instrument de choix, le flutiau, elle savait tirer des sons tant envoutants qu'elle aurait été digne héritière des meilleurs menestrels de Númenore et qu'elle connaissait les plantes et bêtes du pays comme seule une Rohirrim aurait normalement su le faire. On raconte de surcroît que cette enfant faisait peur à son entourage, tant les grands gestes qui accompagnaient chacune de ses paroles menaçaient de heurter une victime qui se serait maladroitement trop approché d'elle. Mais on raconte surtout qu'elle était chérie de tous (ce qui expliquerait le nombre de victimes potentielles qui s'approchaient d'elle lorsqu'elle venait à parler) et que elle seule était assez intarissable de questions pour oser faire parler le Vieux.
Celui-ci reconnut sur le champ cette voix (car il l'aimait fort, lui aussi et était habitué à répondre à ses nombreuses questions) et se rappella bientôt de son obligation présente: assouvir la soif de merveilles des jeunes à ses pieds. Il ne commençait jamais de nouvelle histoire, mais était toujours prêt à ajouter des détails qui, malgré qu'ils n'appartenassent en son expérience pas au récit bien cousu, continueraient à faire vibrer les jeunes coeurs devant lui. Aujourd'hui, la Demoiselle voulait savoir ce qu'il advint des convives. Repartirent-ils dans leur pays? Ne furent-ils pas emparés d'une grand tristesse face à cette séparation? Tous étaient-ils repartis avec une étoile? Se connaissaient-ils avant? Se rencontrèrent-ils à nouveau par la suite?
Le Vieux sourit. Intarissable en effet; et, son flutiau à la main, elle avait bien failli assomer 2 de ses jeunes camarades en posant toutes ces questions. De plus, la Demoiselle touchait au coeur de la question qui lui semblait importante. En plissant ses yeux, il voyait que la Rencontre avait été fort riche, mettant en scènes de belles hôtes et de beaux mets; mais que cela n'était pas si important dans le courant de la Grande Histoire. En effet, cette Rencontre, les précédentes et celles qui lui avaient succédé étaient surtout placées sous le sceau de l'Amitié. Certains des convives ne se voyaient que rarement, habitant à grandes distances l'un de l'autre; d'autres se rencontraient pour la première fois; d'autres encore, approfondissaient leurs Amitiés; et chacun repartait avec un coeur plus ouvert et une volonté de revoir ses amis (tant ceux de longue date que les récents) aussi fréquemment que possible. Prenant aussi en considération la fatigue de son jeune public (qui baillait malgré lui) il bâtit tout de même longuement à sa réponse, sachant qu'il lui faudrait parfois revenir sur les faits de la Rencontre et parfois s'en éloigner pour conter l'avant et l'après. Reprenant une bouffée de sa pipe, il entama une nouvelle fois son récit. |
13.
Souvenirs d'une fée
(par
Stéphanie, ajouté le 01/10/05 18:10)
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[Un feuillet se révèle ici manquant, en dépit de toutes nos recherches… Où qu’elle se trouve, impossible de le savoir… Il semble que la résistance au sommeil des enfants se soit affaiblie, à moins que les parents ne les aient envoyés de force se coucher… L’histoire reprend alors que le Vieux est seul.]Les enfants partis, le Vieux chercha à se souvenir encore… Il lui sembla revoir en mémoire — était-ce mémoire, était-ce rêverie, songe entissé par le peigne d’or des contes ? — quelques pages manuscrites, dont l’écriture n’était pas la sienne… Une écriture ronde et petite, geste à la fois ample et précis, nerveux et souple… quelques phrases ci de là… On prétend qu’il est impossible de lire dans les rêves. Ce devait donc être mémoire… Car il revoyait les phrases, et le bruissement des sens… Et il lui revint que c’était les notes de Laegalad des Vert-Bois et des Champs d’Or. Où avait-il pu les lire ? Le sommeil embrumait déjà son raisonnement… Sans doute les lui avait-elle fait partager un jour, un soir, un matin, comme elle faisait partager ses trouvailles et amusements à ses amis. Il se laissa glisser vers les mots sans résistance, et il lui sembla entendre la voix souriante de la demoiselle les lui lire. Je tourne en rond… fenêtre ouverte, je me dresse à chaque bruit de carrosse approchant par le Chemin Vert… Les sacs sont près. J’astique encore, pour la dixième fois, ma flûte argentée… Que n’arrive-t-elle ? Encore un carrosse… qui ralentit… hésite… il grimpe au coteau : Dame Sylvae ! Enfin !
* * *
Départ pour les terres d’Emilieu après une visite au jardin… à peine arrivé au bout du Chemin Vert qu’un doute subinaffreux me turlupine : ais-je bien pris ma cape imperméable ? Et bien non… demi-tour. Dire que c’est moi qui avait expressément indiqué à toute la troupe qu’il ne fallait pas l’oublier, en prévision d’un temps de grenouilles !
* * *
Passage par mon Pilat, petites routes serpentantes et ombrées… Le soir tombe plus tard de l’autre côté des montagnes.
* * *
Sorties de Saint-Maurice : première croix : « Déjà ? » « Non. Elle est en pierre, elle a dit “en fer sur un amas de pierre”. » « Et celle-là ? » « Vers le château ? C’est étrange… non, je ne pense pas… Là ! une autre ! » « Et rien d’indiqué… c’est bizarre… on avance encore un peu… » Et en chœur : « Là !!! Marqué Emilieux ! »
* * *
« Ce n’est pas très joli, ces demeures… » « Dans le vieux village, ce devrait être mieux… » Au bas du village, le choix s’offre entre un pierrier — abrupt — et un chemin de terre… Pas de portail bleu… « Kendraaa ! Nous sommes perdues ! » « Ah… où ça ? » Eclat de rire : « A Emilieu ! ». Et Dame Kendra au bout du chemin qui nous fait de grands signes…
* * *
Visite à la maison d’en face… J’en reste interdite. Et la Dame de s’inquiéter : « Je vous avais prévenu : c’est vieux ! ». Eclat de rire : « Mais c’est magnifique ! On dirait un refuge ! » Et c’était vrai : la fraîcheur, les murs, les tablées dressées, la cheminée, cela vous donnait un air de refuge de montagne en retour de randonnée. Et nous voilà à l’explorer pièce par pièce — guère étudiées pour les grandes tailles, je pris vite l’habitude de me baisser dans les escaliers.
* * *
Repas avec les parents de Dame Kendra, gentes personnes s’il en est. La présence de Dame Sylvae semble les rassurer, plus que la mienne… Discussion noctambule et chasse impromptue d’une descendante taille-réduite de Shelob, qui n’avait rien trouvé de mieux que de se promener au dessus du lit de Dame Kendra pour la faire fuir en hurlant.
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Petit matin, chacune attendant que les autres se lèvent pour ne pas risquer de les réveiller… je ne tiens jamais longtemps à ce jeu. Petit déjeuner avec ma confiture d’ampuisais-du-couchant, agrémentée d’épices — il en est des rois qui la voudrait à leur table ! Puis, au travail : des mélanges de poudres d’épices et des secrets de cuisine, je ne parlerai pas — simplement du plaisir de goûter à la courge Noix-de-Beurre tendre et fumante encore, fondante au palais, chair tiède et douce, translucide orangée… Sur le coup des deux heures et demi, casse-croute sur le pouce — goûter en avant-première le pasté de Kendra, un régal ! — puis, départ de ladite Kendra pour accueillir Saivh-de-la-Verte-Eirinn. J’ai l’interdiction expresse de travailler quand Dame Sylvae partira convoyer les prochains arrivants, ce qui ne tarde guère. J’abandonne donc volontiers la cuisine, mais le temps de me changer et de retrouver mon chapeau — sous mon nez, bien évidemment —, Yyr l’Etoilé a eu le temps d’arriver et repartir sans me croiser. C’est alors que Ben le demi-Elfe et Moraldandil l’Erudit toquèrent à la porte, laissés là par le Maître Etoilé. Je les entraîne sans pitié pour une promenade sur un sentier que je ne connais pas… Pauvre de moi ! A peine croisé un caillou que le Demi-Elfe se demande déjà si « grès » est de la même famille que « désagrégé », et l’Erudit de se lancer dans une diatribe ! Auront-ils vu l’hêtre aux multiples troncs sur la droite ? Et les callunes fleuries au bord du chemin ? Je raccourci mes pas pour me caler à leur rythme. Une hirondelle joueuse sur le bleu du relief… Je retrouve ici des airs de chez-moi.
* * *
Premières arrivées peu après notre retour, et à peine les affaires sont posées que la troupe grandissante vient nous aider en cuisine. Les demandes fusent, je ne sais où donner de la tête. Les rires fusent aussi, et petit à petit les convives se rajoutent ; à courir de plat en four, je fini par m’y perdre, et les autres me pardonnent, seuls quelques arrivées marquèrent ma mémoire : Isengar le ménétrier par son retard et ses récits d’aventure de chasse, Neiklot du Midi par son accent, l’Empereur Elwë par sa voix et ses plaisanteries…
L’Empereur Elwë qui d’ailleurs, tout Sindar et Empereur qu’il fut, m’offrit une très jolie cigogne à bec rouge — à moi qui ne suit, pourtant, qu’un Être des Bois. En cela je lui en sait gré, car il s’agit d’un artefact physique prouvant la réalité de ces moments si joyeux qu’on eu pu les croire rêvés. Et puis elle est très jolie. Quant au nom qu’elle devait porter, il ne vint que plus tard, après l’arrivée d’une Dame que j’attendais avec impatience, et qui sera témoin de l’illumination qui me saisit…
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Du repas il fut déjà question, par d’autres gourmands que moi : les Hobbits se font fort d’apprécier la bonne chair, à ce qu’on dit, et c’est véridique… Je retiens encore l’odeur d’épices, qui fut le fumet conducteur de tous nos repas, et la confirmation que je préfère la Noix-de-Beurre même au potimarron.
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Soirée musicale en quatuor au Château de Dame Kendra : élancement plus ou moins vifs de flûtes sur des airs de Celtie, élancement à vif des doigts du ménétrier : douze cordes font six de trop, et l’épreuve eût mérité s’appeler celle de la Guitare Périlleuse à voir les grimaces du pauvre Hobbit. Me voici seule à jouer l’Escalier du Paradis, ne pouvant résister au plaisir d’une improvisation rapide dont mes doigts languissent toujours…
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Plus tard encore, partage de la chambrée avec le même ménétrier et Béatrice-à-la-Fine-Tresse… Discussion nocturne et fort avancée. Je fini par rester seule à veiller, involontairement, sur le souffle inaudible de la princesse et la respiration douce et rapide du Hobbit… Le sommeil ne me rattrapa qu’un temps avant que la lumière du jour ne m’en tire. Une douche fraîche — l’eau chaude n’arriva que pour le suivant qui s’en trouva fort content, le malandrin ! — achève de me réveiller. Seuls quelques pauvres hères hantaient déjà la salle commune, fort peu éveillés et passablement ralentis, et commença alors le Petit-Déjeuner qui nous redonna vigueur et entrain.
* * *
Arrivée du Sieur Tar-Palantir, surgit comme par enchantement dans la salle et qui — craignant sans doute que l’on ai oublié son anniversaire — s’était emmené champagne et gâteau ; mais sa fête n’avait pas été oubliée, et en guise de bonjour l’accueillirent des « Joyeux a-nni-ver-saaaaaire, joyeux a-nni-ver-saaaaire… ».
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L’heure d’offrir le cadeau à notre hôtesse vînt. Je retiens un éclat de rire quand elle affirme : « Non, ce n’est pas un low whistle… non… vous n’auriez pas… »… et si. Mais l’instrument se révèle diablement plus complexe qu’escompté… le reste de la Rencontre sera ponctué d’essais plus ou moins heureux d’en tirer d’abord un son, puis dans le meilleur des cas, une mélodie reconnaissable… ou le cri terrifiant des Noirs Serviteurs de Sauron.
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Dans l’après-midi, sentant les jambes me démanger, je proposai une promenade, sur le même sentier que le jour précédent. L’équipée se trouva plus nombreuse, ayant lancé à la cantonade l’invitation à me suivre — quoique quelques malavisés ayant voulu rester dedans soutinrent l’inverse par la suite. La file ne tarda pas à s’étirer dans la longueur, au gré des montées abruptes et des descentes périlleuses… Quelques chemins étroits permirent des discussions privilégiées et précieuses, sur les sentiers de Faërie en compagnie d’un Etoilé… Le même au retour me valu de manquer être lâchement flanquée dans les ronces par un certain Empereur que je ne nommerai pas, qui profita éhontément de sa force supérieure à la mienne. Sans doute empêché par un dernier reste de galanterie — à moins qu’il ne se soit souvenu de mon avertissement, « Quitte à tomber, autant entraîner l’adversaire dans la chute » — il ne réalisa pourtant pas ce qui eut été un horrible forfait et eu l’extrême gentillesse de me reposer au sol.
* * *
Au retour, nous croisâmes l’autre moitié des hôtes qui partait en promenade, et c’est là qu’il me fut reproché de ne pas avoir crié assez fort… Certains des nôtres firent demi-tour, mais aspirant à un peu de chaleur, nous rentrâmes en grande majorité. Et les cartes furent distribuées. Les Grands de l’assemblée furent lamentablement mis à mal, de même que les Elfes, et preuve me fut encore donnée que je n’avais aucune chance au jeu — à moins qu’un sort ne fut lancé pour ne me donner que de la mitraille à chaque donne.
* * *
Le retour des autres sonna l’heure de la préparation du repas, que je pris cette fois-ci en compagnie de la BBBB — réduite, hélas, par les circonstances néfastes qui bloquèrent une grande Dame dans les lointaines contrées d’Outre-Quiévain — et autres sieurs et Dames… Passé le dessert, nous nous éloignons avec Mélilot-Fleur-d’Or, pour discuter d’un certain sujet d’étude absolument pas sérieux — et par là même, furieusement intéressant. C’est en montant les escaliers pour chercher mes notes que l’illumination me vient soudain. Une cigogne offerte par l’Empereur Elwë ne peut que se nommer Singollo.
Nous ne tardons pas à être rejoint par d’autres convives souhaitant un endroit plus calme que les communs envahis de rôlistes, mais les canapés ayant été monopolisés par nous deux, ils seront réduits à l’inconfort notable du sol et des chaises pour commencer un débat bien plus sérieux que le nôtre… La concentration devient difficile pour les pauvres conteuses, qui auraient bien eu envie de participer aussi à l’autre conversation en même temps… Mais quand la grand-mère s’est mise à dévorer le loup africain, pendant que sa petite fille se peignait les cheveux avec une carde d’or, nous avons compris que l’esprit demandait grâce. Luttant vaillamment contre le sommeil le temps de monter l’escalier, je pris congé des hôtes... Tentai de m’endormir, mais même la calme voix de Yyr l’Etoilé ne pu me servir de berceuse — d’autant qu’il était question de multiplication de l’éternité, concept effroyable à des heures si indues —, et je maudis une fois encore mon sommeil trop léger. Isengar finit par me rejoindre, alors que toute velléité d’endormissement s’était enfuie de mon esprit. S’ensuivit une autre discussion nocturne, que Béatrice-à-la-Fine-Tresse vint ranimer quelques heures plus tard… et il en fut comme du jour précédent, sauf que pour cette fois, je fis couler l’eau froide avant de prendre ma douche.
* * *
Le dimanche vit un temps maussade, et les occupations se tournèrent pour de bon vers l’intérieur : les rires réchauffaient autant que la flambée, et ma défaite aux cartes fut encore plus cuisante — si je ne parvins pas à égaler le -560 de Tar Palantir, je n’étais pas loin des résultats brillamment catastrophiques de l’Empereur Elwë. Puis vinrent les premiers départs, qui nous attristèrent tous — et moi-même pas des moindres, puisque partait aussi Mélilot-Fleur-d’Or, qui fut longtemps une amie virtuelle avant que de prendre (enfin !) tangibilité.
* * * Les assauts de flûtiaux se firent dès lors plus nombreux — voire plus cacophoniques — comme pour combler le vide laissé par les partants. On nous appris que les gents parents de Dame Kendra désiraient — tout à fait légitimement il est vrai — reprendre leurs quartiers dans leur château. Nos affaires furent donc transvasées dans la maison commune, et la chambre que Mélilot-Fleur-d’Or avait monopolisé jusqu’alors fut garnie de trois sacs de couchage et de leur occupants. Commença alors un concert improvisé de cris d’oiseaux — chouettes et oiseaux de Paradis, merles flûtés et autres piafs. Dame Kendra se montra fort dépitée de ne pouvoir les imiter — mais il est très difficile d’expliquer les arcanes de cet art qui ne nécessite qu’un souffle. Ainsi d’autres hères nous rejoignirent, peu pressés de dormir et plutôt désireux de profiter encore de notre mutuelle compagnie. Au grand dam de Dame Sylvae qui, elle, aurait souhaité dormir en paix.
* * *
A peine sorté-je de ma torpeur matinale que d’autres départs s’ensuivirent : la sympatique paire que formaient Medonnen Eldandil et l’Empereur Elwë profita que nous ouvrions à peine les yeux pour nous faire leurs adieux… Et encore, l’Empereur n’eut pas droit à la haie d’honneur due à son rang, d’autres convives étant trop préoccupés à dormir pour penser sortir le nez de leurs couvertures. Ce départ finit de nous attrister… aussi car il était prélude au nôtre. En effet, six autres comparses devaient prendre la route peu après, et il serait faux de dire que le fait de partir ensemble ne les rassurait pas. Assurément, eut-ils dû aller chacun de leur côté que les larmes eurent coulées. Cependant, l’heure approchant, les carrosses de Dame Kendra et Dame Sylvae furent préparés et — le temps pressant — ils partirent… Laissant le silence retomber derrière eux… De ceux qui restèrent, je ne puis rien dire…
Toujours est-il que la troupe ne fit qu’aller diminuant, et que mon moral fit de même… Jusqu’arrivés à la Capitale des Gaules et de la Gastronomie Française, où je devais me retrouver seule pour rejoindre ma combe. La fatigue prit alors le contrôle de mon esprit et je somnolai tout du long… La suite de la semaine allait avoir la même couleur grisâtre…
* * * Le Vieux dodelina de la tête… la fatigue prenait le contrôle de son esprit aussi… Il chercha alors à se souvenir du rire de chacun, de la voix de tous, et des éclats des regards. Et la Rencontre avait tant été marquée par le signe de la Faërie qu’il en recouvra la mémoire fraîche et claire, intacte et juste… Et loin de pleurer, il se prit à rire à son tour, silencieusement. |
14.
Rencontre des bardes
(par
Gregory Dyke, ajouté le 24/10/05 10:43)
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| Le Vieux se trouvait devant l'embarras du choix. Il s'efforçait toujours de conter une histoire dont la simplicité conviendrait à son jeune public - dont l'heure du coucher approchait à grands pas - mais aimait profiter de l'occasion pour contribuer à sa manière à leur education - comme il l'avait fait pour leurs parents auparavant. A cette occasion, chacune des histoires sur les rencontres subséquentes des convives de l'Emilieuvala pourraient servir à leur montrer l'endurance et la beauté des liens tissés à cette occasion. Il remplit une nouvelle fois sa pipe, prépara ses paroles et lança le clin d'oeil duquel il indiquait toujours au parterre d'enfants que, malgré les apparences, il n'allait pas les manger. Chacun s'avança pour mieux entendre et le Vieux débuta son récit.
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L'histoire nous raconte qu'après l'Emilieuvala, les convives rentrèrent fort tristes chez eux; et certains étaient venus de loin - leur desarroi en fut d'autant plus terrible. On raconte aussi qu'en ces temps, un groupe de ménestrels tournait dans le pays, chantant et jouant, faisant danser et rire les foules, ne réclamant que victuailles, boisson et lit pour dormir. Maintenant, la rumeur courait que ces bardes approchaient la ville des Lyons où habitaient un certain nombre de gens dont vous vous souvenez peut-être.
Lalaith de Vendée, Emilie des Iles et Tirno l'Helvète avaient tous trois élu domicile temporaire dans cette cité pleine de maîtres à penser dont ils voulaient devenir les disciples. Mais voilà que ces trois découvrirent qu'à proximité habitaient la sylvaine Laegalad (oui, celle dont on dit que c'était une fée!) et cette dame Kendra à qui notre conte de ce soir à déjà fait la part belle - et non sans raison. Il était donc tout naturel qu'ils se rassemblent pour preter oreille et oeil à ces bardes. Nul ne saura jamais exactement ce qui se passa ce soir là. Mais ce qui est sû, je vais vous le conter.
Les quatre dames se rejoignirent en début d'après midi afin de profiter au mieux du court temps que durerait cette rencontre. Aussi, dit-on, cela leur permettait de se préparer collectivement à la présence parmi elles de Tirno (dont la légende dit qu'il était à la fois Helvète et Breton - mais peut on faire confiance à ces légendes?). Celui-ci avait fait voyage dans sa contrée montagneuse et passa la journée à revenir avec grande précipitation vers la cité des Lyons. A-t-il jamais été donné à un homme l'occasion de passer une soirée en plus belle compagnie que celle de ces faeriques dames? Vous comprenez maintenant sa hâte! Et son désarroi lorsque, à son arrivée au dernier relai avant les portes de la ville, on lui dit que les chevaux buvaient tous à la rivière de la Grève et qu'il devrait donc parcourir les dernières lieues à pied. Brave Tirno allongea donc la jambe - il se doutait bien que son absence était mal vue et ne serait tolérée que si elle ne gênait point le repas copieux des dames - et rejoignit rapidement la cité, tout en simulant un mouvement équestre parfait.
Maintenant, lorsque le groupe fut finalement au complet, ils se rendirent compte que l'heure avait bien avancé et s'approchait rapidement de celle à laquelle les ménestrels allaient commencer leur prestation. Imaginez que notre troupe, habituée à prendre un nombre conséquent de petits déjeuners, aurait bien voulu découvrir la gastronomie des Lyons. Mais hélas, la soirée avait décidé de se dérouler autrement. Ils passèrent tant de temps à hésiter devant divers mets délicieux qu'ils n'eurent que le temps de casser une rapide croute et manger une gaufre au chocolat avant de rejoindre le lieu du concert. Tirno s'assura que les dames étaient toutes présentables (les gaufres au chocolat tachent en effet passablement les dents) et entra avec les quatre belles dans la salle des fêtes. La rumeur de l'arrivée de ces fameux bardes avait dû faire le tour de la ville. On raconte qu'il ne restait que peu de places lorsque nos cinq arrivèrent et que la salle fut ensuite rapidement pleine.
Les ménestrels étaient fort différents et il était inhabituel de voir tant de peuples réunis au même endroit. Sur scène on trouvait un des moriquendi, un nain, une barbare, une mage, deux humains et, à la surprise de tous! un troll. Le public était encore plus varié: on y trouvait de surcroît des orcs, la compagne de robin des bois et un grand nombre d'une peuplade étrange dont l'appréciation de la prestation des bardes était de ne point bouger. Cela ne manqua de surprendre nos amis, qui eux dansèrent farandole après farandole, battant fortement des mains (a tel point que cela semblait presque réveiller la peuplade endormie). Ils crièrent aussi. On raconte que les cris "baston", "chaussette", "banane" et "LoriENNE" retentirent dans la salle. On dit aussi que la fée Laegalad, envoutée par la présence de deux bons joueurs de son instrument de prédilection, ajouta des rhythmes si complexes que nombre d'orcs n'eurent plus l'intellect pour comprendre... Elle se moquait bien de leurs plaintes. En effet, elle avait été fort dépitée auparavant dans la journée - elle voulait acheter une belle flute à l'un des menestrels, mais celui-ci ne vendait que des flutes parfaites et cela prenait au luthier de longs mois de fabrication. Et maintenant, rien ne pouvait l'entraver dans son désir de surmonter cette tristesse. |
15.
un cinq heureux devient cinq uns tristes
(par
Gregory Dyke, ajouté le 01/11/05 09:23)
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| Les chants et danses s'enchainèrent, dit-on, si bien que le temps s'acceléra - on comprend aisément que l'année des elfes avant la venue de la Soleil durait bien plus de nos ans actuels - quel dommage que de limiter une nuit de fête à un temps si court! Et bientôt, la foule dût se disperser pour regagner leurs lits respectifs. Mais l'histoire nous conte que nos amis ne voyaient pas la suite de leur soirée de cet oeil là. Vous ai-je conté la beauté des quatre dames? Ce qui leur donnait cet éclat, rare en ces temps là et quasi inexistant aujourd'hui, ce qui les mettait encore au-delà de leurs paires était leur vivacité d'esprit remarquable. Il n'est dont aucunément surprenant au vu de cela et au vu de la rareté des occasions pour se rassembler que notre compagnie avait bien l'intention de se rassembler pour parler, pour conter, pour chanter, pour jouer de leurs instruments et pour se tenir au courant de toutes les nouvelles touchant à la faërie (par opposition aux mondanités dont on discute trop souvent aujourd'hui). Qui se ressemble s'assemble, dit-on, nous ne pouvons donc que supposer que l'Helvète (des chroniques duquel les anciens conteurs nous rapportent ces histoires) était lui-même au moins d'un esprit assez clair pour apprécier pleinement la compagnie de ces dames. Mais bref... tout cela n'est que supposition. Suffit-il que nous soyons surs que ces cinq formaient une bien belle étoile, l'égal duquel ne se retrouve plus de nos jours.
Maintenant, voilà que les cinq marchaient dans la rue et sortaient leurs flutiaux afin d'encourager leur monture Técéhel - qui tenait un peu du pétaure - à les aider à rejoindre au plus vite la demeure d'Emilie des Iles, que les elfes nommaient Aino, les nains Banshee mais dont le nom le plus secret n'était connu que d'elle et de Benjamin des étoiles (dont on dit aussi que c'était un elfe et qui était, vous vous souviendrez, présent à l'Emilieuvala). Les discussions se prolongèrent fort tard dans la nuit, si bien que nul n'avait envie de partir. Or Tirno, ayant un logement plus spacieux mais plus difficile d'accès avait prévu d'y héberger la dame Kendra et la princesse Lalaith de Vendée. Voilà donc que tous furent ravis lorsque Emilie, ne voulant point nuire à la convivialité du moment, proposa que tous pouvaient rester sous son toit.
Cette histoire, je vous l'ai dit, nous vient en grande partie de Tirno l'helvète et c'est la que je vous avoue que je ne sais quelle part est vraie - pouvons nous lui faire confiance? N'exagérait-il pas, voulant se vanter d'avoir partagé l'espace d'une courte nuit la chambrée de tant de belles gens? (ou encore de tant de dames maniant avec aisance renard de feu et oiseau de tonnerre?). Est-ce que le conte fut embelli par la suite? Toujours est-il qu'aucun ne s'est proposé de contredire cette histoire. Bref, tous les recueils nous content que Tirno, l'helvète, le breton, gagna cette nuit-là le titre de Galant. Un titre blageur par sa double connotation, certes, mais cela n'était qu'un jeu de mots. Il ne fait pas de doute qu'on lui donna ce titre car son comportement à l'égard des dames fut exemplaire. Un gentleman pareil n'est pas courant. Mais le Galant était bien conscient de l'honneur qu'il avait de rester parmi les quatre dames et qu'il fit donc de son mieux pour les mettre à leur aise, sans profiter aucunément de la situation.
Cela commença lorsque la dame Aino expliqua qu'elle n'avait aucune intention d'être vue en tenue de nuit par un homme autre que le sien. Le galant helvète ferma donc bien les yeux les quelques fois qu'elle dut sortir de sa couette. Un homme plus faible que lui, un homme mois galant - un homme normal en quelque sorte - aurait jeté un coup d'oeil; mais pas lui. Ah! si tous en faisaient autant, la gente masculine aurait moins une réputation de goujaterie. Bref, ne nous attardons pas trop la-dessus, mais sachons que dans toutes la suite de l'histoire, le galant Tirno eut un comportement irreprochable. Qu'il s'agisse de trouver un lit (le parterre, couvert d'une couette), de se laisser examiner par la dame Kendra (qui jurait que jamais de sa vie n'avait-elle vu un pouce pareil à celui de Tirno)ou de découvrir que la princesse Lalaith avait de si petits pieds qu'on aurait dit des mains. On dit cependant que seules les sages Emilie et Stéphanie avaient la discrétion de ne pas vouloir réveiller les voisins. Mais voilà que dans leur exubérance des trois autres eurent grande peine à contenir leur euphorie... et leur bruit. Maintenant que chacun eut fini de parler (même Kendra, Lalaith et Tirno), tous s'endormirent à leur façon. Aino et Tirno comme des loires, Laegalad l'elfe ferma ses yeux pour ne pas étonner les autres (les elfes ne dormant pas mais laissant simplement leur esprit partir ailleurs), Kendra, comme une Kendra (c'est à dire décue que ses compagnons voulaient dormir, mais fatiguée malgré elle) et Lalaith, le cerveau bien trop actif ne dormit qu'a la dernière heure.
Le lendemain, les cinq se réveillèrent d'un même baillement (a part Lalaith qui venait seulement de s'endormir) et découvrirent que le temps avait continué son bonhomme de chemin et que le cheval de fer de Kendra partait dans la demi-heure. Celle-ci fit donc des adieux hatifs - ce qui eut au moins le mérite de ne pas laisser aux larmes le temps de venir - et partit. Les autres déjeunèrent - copieusement et sainement, se nourissant de yoghourt et de chocolat. Mais cela sentait la fin - rien de permanent, mais une séparation tout de même et le groupe de cinq, devenu quatre, se sépara progressivement en petits groupes tristes de un.
Chacun rentra chez lui, heureux et nostalgique à la fois, mais enrichi encore plus de cette germe semée lors de l'Emilieuvala. |
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