1.
Gayette
(par
Saivh, ajouté le 09/01/06 16:12)
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Gayette savoura les derniers moment d'obscurite parmi l'ombre des nombreux rouleaux. Il gelait et la piece sentait la poussiere, le bois, la neige et la laine. Des pas dans la pieces d'a cote l'informerent que Robert avait fini sa biere et son fromage et que dans quelques moments la lumiere grise et chargee de nuages envahirait l'echope. Elle sentait la presence de son mari derriere elle et ouvrit les volets. La bise lui mordit le visage et porta son regard d'ardoise claire sur le chemin boueux, qui faisait office de rue principale, et les flaques d'eau gelee, grises et bleues, comme sa robe de laine. Gayette rajusta son bonnet sur ses oreilles et remonta sous son menton l'echarpe qu'elle avait croise sur la poitrine. Robert lui passa le bras autour de la taille et elle posa brievement la tete sur son epaule.
Gayette avait epouse Robert deux ans auparavant, alors qu'elle n'esperait plus se remarier. Son pere avait lie son destin, a quatorze ans, a un homme beaucoup plus age qu'elle et devenu infirme, mais relativement aise, aupres duquel elle avait passe dix ans, plus comme garde-malade que comme epouse. Deux ans plus tard, un ami de son pere, Robert, l'epousait. Il venait de perdre sa seconde et tres jeune epouse en couches, ainsi que l'enfant. Sa premiere femme avait rendu l'ame dans des circonstances similaires. Gayette ne pu s'empecher de penser que Sombreval portait bien son nom et avait depuis longtemps ete oublie de Dieu.
Dieu... Elle leva les yeux et devina la silhouette du chateau au travers du jour naissant et de la brume. Qu'il semblait loin le jour d'ete ou les jeunes Lambert et Bertrand rayonnait sur la foule de leurs paysans, aureole de la gloire de ceux qui vont froler Dieu aux portes du Paradis, en Terre Sainte.... Ils etaient beaux. Et idiots. Comme ceux qui ne doutent de rien et surtout pas d'eux-memes. Pierre, le jeune frere de Robert, avait joint le cortege des pelerins qui s'etait rapidement forme derriere les jeunes seigneurs. Elle lui avait remis le sort de son couple entre ses mains, lui avait demande d'interceder aupres de Dieu directement. Le temps passe vite. Les espoirs aussi. Gayette doutait que Pierre vive encore. Mais qui etait-elle? Une femme du commun. Comment des gens comme eux peuvent-ils signifier quelque chose? La jeune Valentine l'avait impressionee par son air grave et sa tenue malgre son aspect si enfantin. Gayette se demanda a quoi devait ressembler la vie de sa Dame, loin au dessus de ses sujets, derriere les murs sombres du chateau.
Robert et Gayette vendaient de la laine et meme du tissus pour ceux qui pouvaient parfois s'en offrir. Les doigts de Gayette, longs et fins, etaient durs a force de filer. Elle suivit son epoux du regard. Gayette s'estimait satisfaite de cette union. Elle etait heureuse d'eprouver de l'attachement et de l'affection pour son mari. Elle aimait sa presence et travailler avec lui, elle aimait son calme et son intelligence, sa maturite, son experience. A son contact, elle avait le sentiment de grandir et de s'ameliorer. Il la respectait. Il n'avait pas honte de lui demander son avis. Et il ne la brutalisait pas. Malgre son ventre plat.
Ayant renonce a parler a Dieu, elle n'etait apres tout qu'une femme du commun et Dieu etait maintenat aux cotes des hommes partis vers la Terre Sainte, Gayette s'etait tournee vers la presence plus proches de ceux que l'on disait vivre dans la foret sombre qui les entourait. Un matin, tres tot, elle s'etait dirigee vers un lieu repute frequente par le petit peuple. On disait que de menus cadeaux a leur reine la rendaient attentive aux femmes en situation difficile. Et c'est la aussi que poussaient des herbes dites magiques. Elle ne tremblait pas et, le pas decide et la machoire serree, s'etait dirigee vers le coin sombre de la foret. Le jour ne s'etait pas encore leve, le ciel prenait a peine des tons de bois brule, mais de ses yeux maintenant habitues a l'obscurite, elle reconnu la silhouette de celui qu'elle savait se prenommer Guy. Le jeune homme avait une repuation de mystere dans le voisinage, peut-etre meme de rebouteux voire, chuchotaient certains, de sorcier. Gayette n'eu pas peur de lui car la seule chose a laquelle elle pu penser fut pourquoi le jeune homme semblait venir du chateau. Un sourir se dessina sur les levres de la jeune femme. La nuit abrite bien des mysteres...
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2.
La Foret & la Dame de Mousse
(par
Saivh, ajouté le 09/01/06 17:37)
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La silhouette de Guy disparu dans la penombre et Gayette repris son chemin, entre les arbres. Le ciel gris annoncait le lever du jour. Autour de la jeune femme, le silence s'etait retabli, empli seulement de l'odeur de l'humus. Ses doigts s'enfoncaient dans la mousse epaisse, froide et humide des arbres auxquels perfois elle se retenait pour eviter de tomber. Petit a petit, ses pas la dirigerent vers une clairiere ou s'etirait encore un peu de brume dans la lumiere grise et humide de l'hiver. Une fois parvenue au centre de la clairiere, Gayette fit glisser de son epaule le petit sac qu'elle avait apporte avec elle. Elle en sorti un morceau de pain, un peu de lard grille et un fromage. Prudemment, elle ajouta un cruchon de biere, bien scelle, qu'elle prit soin de ne pas briser sur les pierres.
Gayette resta la, agenouillee, ne sachant pas trop quoi faire d'elle-meme. En realite, elle ne savait pas trop ce a quoi elle s'etait attendue. Devait-elle attendre? Devait-elle prononcer quelques mots? Prier? Elle parcouru la clairiere des yeux en reflechissant a quelque chose a dire avant de retourner au village. Robert allait s'inquiter et lui poser des questions. Elle se leva, recula de quelques pas, ouvrit les bras et leva les yeux au ciel.
- Mere divine, Petit Peuple, voici mon cadeau...
Un rire amuse l'interrompit. Gayette se retourna, prise soudainement par la peur que quelqu'un ait pu la suivre. Une femme etait etendue sur une grossse pierre longue tout pres d'elle. Allongee, la tete posee sur un poing, elle avait l'air reellement amusee.
Gayette aurait pu passer a cote d'elle sans la remarquer. Bien que singulierement belle, sa tunique verte et ses longs cheveux bruns auraient pu passer pour de la mousse et des racines sur un rocher a qui n'aurait pas prit la peine d'observer. Ses yeux luisait d'amusement comme deux petits charbons ardents. Ses levres rouges, vives comme une coupure, revelaient de parfaites petites dents carnassieres, fines et bien rangees comme des perles. Elle bascula la tete et laissa a nouveau echapper un rire de gorge qu'elle ne pouvait visiblement pas contenir. Gayette pris soin de ne pas bouger, observant seulement la dame, esperant qu'elle pourrait lire sa question dans ses yeux.
La dame de mousse se redressa. Sa tunique verte flottait autour d'elle comme des bans de brume et ses charbons se poserent sur la femme du drapier.
- Tu sais tres bien que ce n'est pas pour ca que tu es venue.
- Je vous demande pardon?
- Tes cadeaux, ta presence... Tu sais tres bien que ce n'est pas pour ca que tu es venue.
Ses levres s'etirerent comme une plaie en un sourire ironique. Gayette, figee, la suivait des yeux. La dame s'approcha d'elle et lui prit le bras. Elle se mit a marcher, comme on se promene, vers l'autre bout de la foret.
Gayette regarda autour d'elle. La foret, bien que similaire a celle qu'elle connaissait, semblait differente, changee. Elle etait plus dense, plus sombre, plus verte. Aucun bruit ne l'atteignait plus. Meme pas le son de l'hiver. A quelques metres, il lui semblait deviner des formes qui se faufilaient rapidement entre les arbres et qu'elle ne parvenait pas a identifier ou a reconnaitre.
La dame, toujours ce sourire ironique aux levres, regardait droit devant elle. Gayette observa du coin de l'oeil son profil fin, les paumettes hautes et aigues, surmontees de ces yeux brulants, en amande et tres etires, tout comme les fins sourcils qui finissaient sur la tempe, pres des oreilles dont les pointes surgissaient dans la tignasse brune de la dame. Gayette aurait aime passer la main dans cette chevelure car, a present, elle lui paraissait plus comme la fourrure d'un animal sauvage que comme les racines du rocher plat.
Indifferent a la curiosite de Gayette, la dame continuait de parler.
- Oh, tu ne le sais peut-etre pas encore et tu crois sans doute fermement a tes pretextes, mais sache que ce que viennent chercher ceux qui viennent ici est rarement ce qu'ils croient. Qui vient ici cherche en realite l'entree de notre monde. Ceux qui penetrent dans cette clairiere sont tout petris de bonnes intentions. Mais ce qui les pousse reellement, c'est le desir d'echapper a leur monde et de penetrer en Faerie.
- Mais, le jeune homme que j'ai croise plus tot dans le bois, Guy...
La dame rit encore.
- Ne t'inquite pas pour lui. Lui, il ne cherche pas a fuire son monde ou a venir chez nous. Il cherche l'amour. Et va le trouver.
La dame tourna un regard amuse vers Gayette.
- Plus tot qu'il ne l'espere d'ailleurs.
Gayette sourit a son tour.
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3.
Le Lac & les Yeux Verts
(par
Saivh, ajouté le 09/01/06 18:44)
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La dame lacha le bras de Gayette. Elles avaient quitte l'epaisseur de la foret et etaient parvenues au bord d'un lac. De gros rochers en bordaient le long. Gayette et la dame se tenaient sur la berge dont l'herbe leur montait jusqu'au dessus des chevilles. Gayette hasarda quelques pas vers les rochers et plongea son regard dans l'eau verte, sombre comme les pierres de la croix que le pretre sortait en procession les jours de fetes.
La dame se tourna vers elle.
- C'est lui que tu cherches.
Gayette se retourna, mais la dame s'en allait, se dirigeait vers la foret et disparu entre les arbres. Gayette devina a nouveau les meme formes sombres qu'elle avait appercues plus tot glissant vers la silhouette de la dame. Le coeur battant et la bouche seche, Gayette poussa un cri et se precipita vers la foret mais se heurta a un mur vegetal. Elle n'apercevait plus la dame et ne savait plus par ou elle etait venue.
Elle s'adossa a un mur et se laissa glisser sur le sol. Le front pose sur ses poings fermes, elle essaya de repenser au trajet parcouru. La foret lui avait paru changee mais familiere pourtant. Et malgre cela, c'etait la premiere fois qu'elle voyait le lac. Elle n'en avait d'ailleurs jamais connu l'existance.
Relevant la tete, Gayette regarda autour d'elle. C'etait un paysage d'hiver mais curieusement elle ne ressentait pas le froid. Elle pensa que cela devait faire deja plusieurs heures qu'elle n'avait pas mange ou bu et que, si elle voulait retrouver le chemin du retour, il etait preferable de le faire le ventre plein. Elle se leva et se dirigea vers le lac ou elle bu longuement. L'eau etait claire et pure et n'avait pas le gout de vase auquel l'avait habituee la pauvre fontaine de Sombreval. Elle s'essuya la bouche du revers de la main. Tout lui semblait plus claire a present. Le paysage n'avait pas change, mais elle parvenait a distinguer parfaitement un arbre d'un autre, ainsi que leurs feuilles ou meme ce qui se trouvait entre les arbres. Un ecureuil l'observait d'un air inquiet. Baissant les yeux, Gayette remarqua, aux pieds des rochers, des petits buissons de baies. Elle aurait ete incapable de dire leur nom, mais elles etaient acides, sucrees et nourrissantes.
Gayette se frotta les mains a ses jupes et parcouru le lac du regard une derniere fois avant de tenter de retrouver sa route. Toutefois, le fait de ne pas ressentir le froid excitait sa curiosite. Elle ota ses bottes, remonta ses jupes et plongea les pieds dans l'eau. Celle-ci n'etait pas froide. Les pieds de Gayette rencontrerent des galets plats, agreables a sentir apres la marche de la matinee qui lui parut soudainement extenuante. Elle s'assis sur le rebord herbeux. Un groupe de cygne volait au-dessus d'elle et fit quelques tours avant de se poser sur le lac. Les oiseaux ne semblaient pas faire attention a elle, ou alors ils ne pretaient que peu d'importance a sa presence.
Contemplant toujours les oiseaux, la jeune femme ota sa coiffe et denoua ses cheveux. Elle agita les pieds dans l'eau, etira les jambes et se leva. L'eau lui arrivait a mi-mollet. Elle s'etira jusqu'a ce que la tete lui tourne puis ota ses vetements qu'elle secoua avant de les plier nettement et de les poser sur un gros rocher plat. Elle remonta ses cheveux et fit quelques pas dans l'eau avant de nager quelques metres. Le ciel lui paraissait immmense et l'eau du lac etait si sombre qu'elle avait le sentiment de nager dans une nuit verte. Elle fit demi-tour et s'assit sur la berge. Les yeux fermes, elle pencha la tete en arriere. Elle sentait sa peau secher rapidement.
Des mains invisibles mais douces denouerent ses cheveux et entreprirent de les peigner jusqu'a ce qu'ils luisent comme de l'or au soleil. Gayette sorti de sa torpeur, ouvrit les yeux et tourna la tete. Ses yeux plongerent dans la replique exacte du lac. Deux disques verts et sombres comme les sous-bois ou les marroniers en ete. Furieuse contre elle-meme, elle serra les dents et se releva, prete a frapper. Il n'y avait rien ni personne. Elle defit ses habits et s'habilla a la hate. Vers la gauche, le chemin qu'elle pensait avoir perdu s'ouvrait entre les arbres, comme si il avait toujours ete la a l'attendre. Elle parcouru une derniere fois les lieux du regards. Vers sa droite, a l'oree des arbres, se tenait une silhouette. Habille de brun comme de l'ecorce, de longs cheveux noirs et deux disques vert sombre. Gayette prit le temps de l'observer. Il ne bougeait pas. Elle tourna les talons et s'engagea sur le sentier du retour.
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4.
La Nuit
(par
Saivh, ajouté le 09/01/06 19:53)
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La nuit devait etre tombee depuis quelques heures. Les arbres etaient maintenant noirs et il neigait a gros flocons. Il faisait humide et glacial. Gayette tremblait et ne sentait plus ses pieds. Par contre, meme si elle realisait qu'elle avait definitivement quitte le lieu etrange et qu'elle approchait de Sombreval, elle devinait encore quelques fois que des ombres trottinaient entre les arbres a quelques metres d'elle.
Elle entendit hurler des loups. Leurs hurlements se repercutaient dans la vallee.
Gayette se demandait comment elle etait parvenue a rester autant d'heures loin de chez elle. Qu'allait-elle dire a Robert? Des echos de voix lui parvinrent et elle distinguait des lueurs. De voix d'hommes.
- Cherchez partout. Il faut la retrouver.
- Ces satanes loups sont tout pres. Ils l'ont surement trouvee avant nous.
Gayette sentit sa tete se vider de son sang. Quelle heure etait-il pour qu'on en soit venu a la chercher dans la foret, au flambeau? Son pied heurta quelque chose. Un fagot de bois. En remerciant la providence ou l'etourdi qui avait laisse ce fagot la, elle s'en saisit. Les ombres qui l'avaient discretement accompagnee avaient disparues et les hurlements des loups se faisaient plus loitains.
Les hommes et les torches, par contre, se rapprochaient. Quelqu'un du l'appercevoir car une main puissante et sans delicatesse tomba lourdement sur son epaule. Le flambeau l'eblouissait et elle porta une main a ses yeux.
- Ici, elle est ici. Elle est vivante. Et entiere.
A la voix, Gayette identifia la main sur son epaule comme appartenant a Gildas, le forgeron. Un de ses marteaux etait d'ailleurs passe a sa ceinture. Il passa son bras de geant autour des epaules de Gayette qui claquait des dents.
- Robert! Ici!
Ils rejoignerent le reste du groupe, a l'oree du bois. Robert se precipita vers sa femme. La serra dans ses bras.
- J'etais partie ramasser du bois, je me suis perdue...
Robert la serra plus fort contre lui, la forcant a se taire en lui caressant la tete.
- Tu es la. Ce n'est pas grave. J'ai eu peur. Tellement peur. Les loups n'ont jamais ete aussi proches!
Gayette se degagea de son etreinte. Robert lui passa le bras autour de la taille. Presque tout le village etait la. La petite troupe redescendit vers Sombreval et se dirigea vers la taverne. Gildas donna un coup de coude a Robert.
- La Lamberte et ses fils ont fait assez de vin chaud pour nous abreuver toute la semaine, fit-il l'oeil petillant, ta femme en aura bien besoin. Elle est bleue de froid!
Effectivement, tout le village etait encore debout et rassemble a la taverne de La Lamberte. Les conversations allaient bon train et portaient sur les loups que l'on avait jamais vus aussi pres du village et sur les gens qui disparaissaient en foret, la plupart du temps, disait-on, enleves par le petit peuple.
Gayette se laissa tomber sur un banc. La Lamberte lui mis une tasse de vin brulant entre les mains, cligna de l'oeil et rejoignit sa clientele assoifee par les evenements de la nuit. Robert s'etait assis a cote d'elle et lui entourait les epaules d'un bras protecteur. Gayette restait muette et regardait la salle. Les fils de La Lamberte, grands gaillards toujours pres a percer un tonneau, jouaient aux des avec des fermiers du village voisin. Gildas avait rejoint sa femme, La Lilotte, et faisait honneur au vin chaud. Gayette n'avait jamais connu le vrai nom de La Lilotte. Tout ce qu'elle savait, c'est qu'on l'appellait La Lilotte. Des meches de cheveux aussi fauves que les feux de la forge de son mari s'echappaient de sa coiffe. Gildas etait son troisieme mari. De mauvaises langues sifflaient qu'elle avait empoisonne les deux premiers tandis qu'a la taverne de La Lamberte on riait que, femme de forgeron, elle avait un temperament de feu et les avait tout simplement epuises. Gayette pensa que les gens sont parfois stupides et que la vie est fragile. Rien que l'hiver precedent, cinq personnes etaient mortes de froid et de maladie et l'ete d'avant, deux etaient decedees, lors des canicules, d'avoir bu de l'eau saumatre.
La Lilotte trinquait avec Beckky, une jeune femme arrivee, quelques annees auparavant, avec un groupe de refugies venus de l'est du pays, fuyant les guerres de quelque petit seigneur. Elle portait avec elle un bebe qui etait maintenant un vigoureux petit garcon qui courait dans la taverne avec le fils de La Lilotte. Les refugies avaient continue leur route, Beckky etait restee. Elle connaissait les plantes et savait raccomoder les vetements.
Gayette fini son vin chaud et ferma les yeux. Robert se leva et lui prit le bras.
- Je te ramene a la maison.
Blottie contre son mari pour gagner un peu de chaleur, Gayette ne parvenait pas a dormir. Elle ecoutait la respiration paisible de Robert. Elle pensait a son age, a ses yeux sans couleur et a ses cheveux blancs et fins qui lui arrivaient aux epaules. La respiration de Robert se modifia. Il devait s'etre reveille.
Robert serra sa femme contre lui. Gayette se retourna et vit son visage penche sur elle. Il l'attira a lui et s'attira en elle. De ses yeux grands ouverts, elle observait son visage, scruta ses yeux sans couleur. Tenta d'y superposer les yeux verts. Echoua. La frustration et la rage monterent en elle et coulerent sur ses joues. Ses jambes devinrent un etau, les paumes s'imprimerent dans la chaire, les ongles mordirent et ses dents se planterent dans l'epaule de son mari, etouffant a moitie le hurlement furieux qui lui dechirait les entrailles et sortait de sa gorge. Robert la serra plus fort contre lui, lui caressa les cheveux, la berca.
- Chut, chut. Moi aussi j'ai eu peur. La. Pleure. Tu ne risque plus rien. Je suis la.
Gayette le haissait.
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5.
La Promenade
(par
Saivh, ajouté le 10/01/06 16:21)
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Malgre les evenements de la nuit, Gayette se leva tres tot. Robert ronflait encore paisiblement quand elle referma la porte derriere elle et que ses pas la dirigerent a nouveau vers la foret. Le ciel etait encore sombre et la foret ne s'etait pas encore eveillee.
Sans trop comprendre comment, Gayette retrouva le chemin de la clairiere, le passage ou la foret change tout en restant la meme ainsi que le lac.
Le paysage etait couvert de neige epaisse et scintillante. Ici, le jour semblait s'etre deja leve et la lumiere avait les meme tons blancs et argentes de la neige. A nouveau, Gayette fut surprise de ne pas souffrir du froid. Des stalagtites de glaces etaient accroches aux branches des hetres. Elle les toucha, emerveillee, du bout des doigts. Sur la lac qui aurait du etre gele, glissaient les cygnes qu'elle avait vus la veille. De ses yeux maintenant plus percants, elle remarqua des loutres qui jouaient plus loin, sur la berge. Gayette ota ses gants, s'accroupit et prit une poignee de neige. Elle ouvrit la main. Les cristaux brillaient comme de la poudre de diamant. Ou ce qu'elle imaginait etre comme de la poudre de diamant. Elle n'en avait jamais vu de sa vie. Gayette fut vite pieds nus. Elle s'emerveillait de l'epaisseur du tapis blanc, de l'abscence de la morsure du froid. Du bout des orteils, elle lancait de grandes gerbes de poussiere brillante.
Les rochers etaient secs. Comme le jour precedent, elle se deshabilla, secoua se vetements et les plia soigneusement avant de les poser sur un gros rocher plat. Elle mit les pieds dans l'eau et nagea a nouveau dans le lac, savourant l'intensite verte. Du coin de l'oeil elle distingua la silhouette d'ecorce et les yeux verts. Elle s'imobilisa et se laissa flotter. La silhouette restait a l'oree des arbres et ne bougeait pas. Gayette decida de l'ignorer, de ne rien faire. Tant qu'il restait immobile... Par prudence, tout de meme, elle retourna vers la berge. Sa peau fut vite seche. Gayette ne tarda pas a se revetir, tout en gardant un oeil sur la silhouette.
Le chemin etait toujours la et semblait l'attendre. Avant que Gayette n'ait pu l'atteindre, elle devina des silhouettes se faufilant a travers les arbres. Gayette s'y etait habituee, mais l'une d'entre elles se detacha du groupe et s'approcha de la jeune femme. C'etait un loup. A la fourrure grise, plus claire sur le dos, rendue epaisse par l'hiver. Et aux yeux jaunes. La bete regardait Gayette paisiblement et avec interet, presque comme un chien domestique. La jeune femme se figea, le coeur battant, le ventre noue, au bord du vomissement. Elle respirait avec difficulte. Le loup bailla, s'etira et trottina vers le sentier que Gayette comptait emprunter. Apres quelques metres, il s'arreta et se retourna. Gayette prit ce geste pour une invitation, aussi absurde que cela pouvait paraitre, et s'engagea donc sur le sentier.
Le loup cheminait tantot devant elle, tantot a ses cotes. Elle aurait pu, du bout des doigts, froler la fourrure epaisse, mais elle s'en garda. Alors que la foret reprenait son air familier, le loup quitta le sentier et s'engagea a nouveaux parmi les arbres. Gayette le suivit du regard et devina a l'ombre qui passait entre les troncs noirs et humides, que le loup n'etait qu'a quelques pas. Le jour devait s'etre leve depuis quelques heures seulement. Le temps semblait passer a sa guise et ne respecter aucune regle entre les deux lieus.
Pres du village, la foret etait traversee par la route qui menait au chateau. Le sol tremblait et Gayette manqua de se faire pietiner par des cavaliers lances au galop, visiblement presses de parvenir au chateau.
- Imbeciles! Murmura Gayette.
Ils ne pouvaient, bien entendu, pas l'entendre et elle se demanda quel genre de personne la jeune Dame Valentine pouvait bien frequenter. Loin encore sur la route, Gayette distingua un pretre bedonnant et esouffle qui manquait de perdre l'equilibre a chaque pas sur la route glacee. Elle sourit, traversa la route et reprit son chemin parmi les arbres. Dans la clairiere, la Dame de Mousse etait allongee sur la grosse pierre plate et regardait la jeune femme venir vers elle. Ses levres fines etaient etirees en un sourire vifs et saignant. Lorsque Gayette fut pres d'elle, elle eclata de rire.
- Et dire que certains croyent encore aux philtres d'amour!
- Pardon?
- Le jeune Guy... Et il n'en a meme pas besoin!
Elle eclata de rire et prit Gayette par l'epaule. Sa bonne humeur etait communicative et Gayette rit avec elle. Elle firent quelques pas, s'eloignant de la clairiere. Gayette scruta les arbres mais l'ombre n'etait plus la. La Dame remarqua les yeux ardoises et inquiets.
- Il est reparti. Ils n'aime pas trop les hommes.
- Et toi, tu te tiens bien pres du village il me semble.
La Dame eut un petit rire et haussa les epaules. Elle n'etait plus la. De la mousse et des racines s'etiraient sur la grosse pierre plate.
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6.
Changements
(par
Saivh, ajouté le 11/01/06 19:17)
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Tous les jours, comme un automatisme auquel elle ne pouvait pas resister, Gayette retournait a la clairiere et au bord du lac. Elle s'etait habituee au loup et a la presence des autres qui restait pres des arbres et n'etaient plus les ombres qu'elle devainait derrie le feuillage. Elle s'etait aussi habituee a la silhouette et aux yeux verts qui restaient, comme les loups, pres des arbres, sans bouger, a la regarder. Le jour, au bord du lac, elle etait soulagee de constater qu'il ne faisait pas mine de bouger, voire de s'approcher. Et la nuit, ses reves etaient hantes par les deux disques sombres.
Le temps ne semblait pas s'ecouler en suivant une logique particuliere. Tantot elle revenait a Sombreval ce qui semblait etre quelques minutes ou une heure a peine apres son depart, tantot elle ne revenait qu'a la nuit tombee ou presque. Mais jamais elle ne revint aussi tard que la premiere nuit et il n'eut plus besoin de lancer de nouvelles recherches au flambeau.
Au bout de plusieurs visites au lac, Gayette eu de plus en plus de mal a se readapter au village. L'angoisse d'une remarque, meme anodique, le tenait au ventre. Elle craignait sans cesse que quelqu'un ne la suive ou decouvre son but de promenade. Elle prenait tout de meme soin de ne pas rentrer les mains vides, afin de justifier ses abscences. L'hiver etait son complice, il n'y aurait jamais trop de bois dans la cheminee.
Elle remarqua egalement certains changements physiques et elle redoutait que quelqu'un s'en apercut et fisse un remarque. Ses doigts et ses mains d'habitude durs et rouges etaient a present blancs et doux. Elle trouvait egalement son corps plus souple et plus robuste, plus apte a l'endurence. Mais ce qui la frappa fut que sa vue et son ouie s'etaient aiguises au point qu'elle en avait peur. Elle se rendait compte que parfois elle continuait a racommoder des vetements alors que la bougie avait depuis longtemps cesse de bruler.
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7.
Robert
(par
Saivh, ajouté le 11/01/06 20:01)
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Un soir qu'elle etait rentree a la tombee de la nuit, Gayette se dirigea vers sa maison le plus calmement et discretement possible. Les pieces etaient silencieuses et son chat roux vint se frotter sontre ses jambes en ronronnants bruyamment. Gayette deposa son fagot de bois pres de l'atre et se redressa violement lorsqu'une main lui agrippa le haut du bras.
- D'ou viens-tu? Pourquoi rentre-tu si tard?
Gayette se degagea et tenta de retrouver son calme. Une scene de son mari etait la derniere chose qu'elle desirait. Son mari etait la derniere personne qu'elle desirait voir. Sa presence, sa voix, ses habitudes, son corps, tout en lui la rendait folle de rage. Elle ne supportait pas de devoir se tenir ainsi face a lui et a lui rendre des comptes.
- Tu m'as fait mal.
- Je suis desole.
Il fit mine de s'avancer. Elle se raidit.
- Gayette... Je m'inquiete, je suis en droit de savoir. Les loups infestent la foret. Cet hiver est plus rude que tous les precedents et toi tu pars sans dire ou tu vas. Je ne sais jamais quand tu reviens, ni meme si tu reviendras, car ils pourraient te dechiqueter a n'importe quel moment.
Robert agrippa les epaules de sa femmeet a chaque mot qu'il prononcait, il la secouait de plus en plus violement, sans meme s'en rendre compte sans doute.
- Ca suffit maintenant! Dis-moi ou tu vas, ou tu cours tous les matins. Tu crois que si je suis vieux je suis aveugle? Tu negliges ton travail, ta maison et ton mari! Mais parle, bon sang! Tu es devenue muette?!
- Arrete... pitie...
Il cessa de la secouer, l'air un peu abruti. Elle fit un pas en arriere, furieuse.
- Je ne vais nulle part. Tu l'as dit toi-meme. L'hiver est est rude. Le bois se fait rare et je crois qu'il m'arrive de m'egarer...
- Je n'en crois pas un mot. Tout le monde ici connait cette foret comme sa poche. Ma femme serait-elle lassee d'un vieux mari? Les fermiers venus a Sombreval ont-ils besoin d'une guide en foret?
- Tu n'es pas vieux, tu es senile. Ecoute donc ce que tu dis. Tu sais toi-meme que c'est absurde!
La gifle claqua. Gayette etait a terre avant meme de s'en rendre compte et les larmes lui coulait sur le visage avant meme qu'elle n'ait envie de pleurer. Robert avait reellement eu la main lourde. La jeune femme se leva, furieuse.
- De quel droit...?
- Je suis ton mari. Je ne tolererai plus que ma femme me tourne en ridicule. Noel arrive dans quelques jours. D'ici la, tu resteras a la maison. Je t'interdis de sortir, sauf pour le travail. Mais je saurai toujours si tu as une bonne raison de quitter la maison.
Gayette se leva en serrant les dents. Elle tourna les talons et claqua la porte derriere elle.
La nuit etait gelee. Dans le ciel noir et degage, les etoiles brillait d'un eclat que Gayette ne souvenait pas avoir jamais vu. Le vant la tete et larmes aux yeux, Gayette se perdit un instnant dans les etoiles. Mais se resaisissant, elle s'engagea d'un pas decide vers la taverne de La Lamberte. La boue etait figee et etincelait de givre. Gayette fut heureuse de trouver la chaleur de la taverne et des visages familiers. Gayette pris un bol de vin chaud et s'approcha de Beckky et de La Lilotte atablee pres du feu et en grande conversation. Elle les salua et s'assit avec elles. Apres les menus ragots et bavardages habituels, Gayette se pencha un peu plus en avant.
- Dites-moi, Noel est proche. Vous n'avez pas besoin de tissus pour de nouvelles tenues? Je vous ferai un prix.
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8.
Sommeil
(par
Saivh, ajouté le 16/01/06 18:35)
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Les mains et les pieds rendus brulants par les quelques goblets de vin chaud avales chez La Lamberte, Gayette retourna chez elle. Il faisait noir et la boue glissait.
Gayette poussa la porte le plus discretement possible et prit garde de ne pas reveiller Robert. Elle se deshabilla en frissonnant et se glisa dans le lit. Allongee sur le cote, elle ferma les yeux mais ne parvenait pas a s'endormir. Derriere elle, Robert s'agita et se retourna vers elle. Le corps tendu, elle le laissa se serrer contre elle et la prendre dans ses bras.
- Tu me manques, murmura-t-il. Tu as beau etre la, j'ai l'impression que tu es absente et tu me manques.
Il expira bruyament par le nez. Gayette ferma les yeux.
- J'ai l'impression de ne plus etre marie a la meme personne. Je ne te comprends plus. Je ne comprends pas ce qui se passe. Dis-moi?
Gayette toussota avant de repondre.
- Tu es fatigue. Dors.
Sa voix etait rauque.
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9.
Matin d'Hiver
(par
Saivh, ajouté le 16/01/06 20:53)
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Gayette et Robert etaient assis face a face mais mangeaient en silence, comme si ils etaient seuls. Leurs regards ne se croisaient pas et le silence etait lourd, rythme seulement par des bruits de mastication.
Gayette finit sa biere, se leva et se rendit dans l'echope. Profitant de ce moment de solitude, dans le silence et l'odeur de la laine, elle monta les tretaux devant la fenetre, apres avoir ouvert les volets. Gayette choisi egalement les plus beaux tissus de l'echope et les deposa sur la table. Elle regarda par la fenetre ouverte. Le soleil etait pale et humide, quasi absent. Des rires montait haut dans le ciel.
Les enfants s'etaient reunis dans la rue principale. Ils couraient, prenaient leur elans et faisaient des glissades sur la boue gelee. Leurs yeux brillaient et leurs joues etaient rouges d'excitation. Gayette les suivait du regard, un leger sourire flottant sur les levres. Une silhouette menue, pourtant, etait immobile et se tenait a l'ecart. Le petit Louis observait les autres enfants, les yeux grands et graves, n'osant pas s'approcher d'eux. Il se tenait pres de la forge et avait 2 doigts en bouche.
La neige, lentement, commenca a tomber. Gayette reserra son chale. Le soleil avait disparu et le ciel etait devenu blanc. Les yeux de Gayette buvaient cette blancheur. Blanc. Comme les ailes des cygnes. Gayette entendit l'appel d'un loup. Elle savait que cet appel ne venait pas de la foret, mais du lac, et qu'elle devait etre la seule a l'entendre. D'ailleurs les gens qui passaient dans le village ne paraissait pas s'affoler. Et le bruit serein du marteau sur l'enclume annoncait que Gildas venait de commencer sa journee.
Gayette sursauta. Son chat roux venait de sauter sur les tretaux. Il approcha son nez rose de celui de la jeune femme et ronronna bruyamment. Gayette le prit dans ses bras et alla s'asseoir sur un petit tabouret, dans un angle de l'echoppe, pour filer. L'animal s'allongea a ses pieds.
Le fil tournait et s'etirait rapidement. Une fois les doigts pinces sur la laine, ses mains pouvaient travailler seules et laisser son esprit vagabonder. Tombe, tourne, tire et enroule. Tombe, tourne, tire et enroule. Tombe, tourne, tire et enroule. Tombe, tourne, tire et enroule. Tombe,
Les enfants glissaient et riaient...
Sur la neige blanche, sous le ciel brillant, des loutres se laissent glisser sur la pente blanche et epaisse. Elles plongaient dans le lac et recommencaient.
Le marteau frappait l'enclume... tourne,...
Les cygnes encerclaient le lac. Ils glisserent sur l'eau sombre. Les gouttes avaient gele aux branches des hetres, des chenes et des bouleaux. Si le vent les agitait, elles tintaient comme des clochettes.
...tire et enroule.
Des pas se dessinaient dans la neige. Si elle les suivait, elle saurait d'ou il venait. Les ombres se detachaient du bois et les loups marchaient paresseusement dans la poudre blanche.
Tombe...
Les loups hurlaient. Sans rage ou frenesie. Ils appelaient.
...tourne...
Le volet, mal attache, battait contre le mur. Robert l'immobilisa et reprit la conversation. Gayette leva les yeux. La Lilotte et Beckky touchaient des tissus du doigt -les plus beaux, pour Noel- et parlaient avec Robert. Gayette cligna des yeux. Les choses devenaient plus nettes et elles commencait a percevoir les mots de leur conversation. Elle se redressa et s'approcha du petit goupe, souriante. Les deux petits garcons etaient avec leur mere. Le vent portait le bruit du marteau sur l'enclume et Gayette entendit les loups. Elle fut la seule. Le chat roux etait assis, droit, sur les tissus et les enfants etiraient leur main et leurs doits pour froler la fourrure.
- Alors, que pensez-vous de ces tissus?
- Difficile de faire un choix.
- C'etait hier? Robert avait repris la conversation la ou elle s'etait arretee.
Beckky parlait comme on donne une description. Sa voix ne s'engageait pas. Sans doute attendait-elle de voir les choses pour les juger ou emettre une opinion.
- Oui. Elle rodait tout pres du village. C'est ce qu'ils ont dit en tout cas. Il paraitrait que ca fait deja plusieurs nuits qu'elle traine pres du village.
Robert attira Gayette a lui, les doigts alanguis sur les hanches de sa femme.
Beckky se tourna vers La Lilotte. Celle-ci continua.
- Selon les hommes du Baron, c'est une louve qui semble avoir deja vu plusieurs hivers et qui devrait donc etre difficile a chasser. Guildas m'a dit que le Seigneur Helmgaud compte abattre la bete et en offrir la pelisse a la Dame Valentine.
La bouche de Gayette avait un gout acide et sa langue lui restait collee au palais.
Elle relanca la conversation sur les tissus. La Lilotte, Beckky et Gayette echangerent differentes informations telles que qui porterait quoi, coiffures et rubans. Robert ecoutait sans enthousiasme et etouffait des baillements discrets. Finalement, le choix de Beckky s'arreta sur une laine verte et celui de La Lilotte sur une laine ocre, teinte a l'oignon. Robert leur offrit de prendre la laine avec elles.
- Gayette nous les apportera demain matin, dit Beckky.
Gayette se tourna vers son mari. Son sourire gagnait ses yeux.
- Je leur ai promis un prix pour m'aider a faire ma robe. Nous sommes fort occupes en ce moment. De plus, je n'ai pas encore fait mon choix. Je ferai ca aujourd'hui. J'ai tres envie d'une nouvelle robe cette annee. S'il te plait...
Robert serra sa femme plus fort contre lui. Beckky et La Lilotte les saluerent. Gayette les regarda s'eloigner, les deux petits garcons courant en cercle autour d'elles.
Cette nuit-la, Gayette entendit hurler un loup. Elle sut que cette fois-ci le hurlement ne provenait pas de la foret pres du lac, mais des alentours du village, tout proche. Robert, dans un demi-sommeil, la serra contre sa poitrine.
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10.
Tissus
(par
Saivh, ajouté le 27/01/06 15:03)
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| Gayette repoussa les volets. Le bois etait reche sous ses doigts. Un peu de poussiere dansa dans la lumiere pale de l’hiver. Elle se retourna et selectionna les tissus choisis par LaLilotte et Beckky. Elle se planta devant les etageres qui couraient le long des murs et regarda longuement les rouleaux de laine. Des pas se firent entendre derriere elle et Robert la prit par la taille.
- Tu as fais ton choix? - Oui. Je crois que je vais prendre celle que nous avons teinte cet automne avec le sureau. J’aime bien la coloration bleu-mauve qu’elle a pris cette annee. Et je crois aussi que je vais prendre un peu de lin pour que La Lilotte et Beckky se fassent de nouvelles coiffes pour Noel.
Gayette etait toujours adossee contre la poitrine de son mari. Robert la serra plus fort et emit un petit rire.
- Vous allez etre ravissantes cette annee.
Gayette sourit. Elle se defit de l’etreinte de Robert et prit le tissus. Elle en coupa suffisament pour de faire une robe et l’ajouta aux etoffes verte et ocre, ainsi que le lin. Elle s’envelloppa dans son manteau et sorti, son paquet sous le bras.
Il etait encore tot, mais le village etait eveille. Des bruits de marteau et d’enclume montaient de chez Gildas. Gayette parvint au logis de Beckky en esayant de ne pas glisser sur la boue gelee. Elle frappa et la jeune femme lui ouvrit.
- Entre. Il fait froid.
Il y faisait sec et les herbes sechees qui pendaient au plafond et au-dessus de la cheminee sentaient bon. Un feu etait deja allume. Gayette deposa les etoffes sur la table. Beckky lui tendit un bol de biere. Gayette en bu une gorge et la reposa aussitot. Elle se tourna vers Beckky.
- Je dois m’en aller. Je suis tres pressee. Mais tu connais mes dimensions et je te fais confiance.
Elle indiqua le lin.
- Il y a de quoi vous faire de nouveaux bonnets pour Noel.
Gayette embrassa Beckky. Elle retint son soufflé et demanda a voix basse si elle pouvait sortir par l’arriere. Ses yeux d’ardoise eviterent de croiser le regard de la jeune femme. Surprise, Beckky balbutia quelques mots mais dirigea Gayette vers la porte de derriere qui ouvrait sur un petit jardin d’herbes.
Gayette essayait de marcher discretement et de ne pas tomber sur le sol gele. Son coeur battait a tout romper. Elle avait l’illusion d’etre legere et du se forcer pour ralentir. Lorsqu’elle se fut eloignee du village elle ne se retint plus et se mit a courir. L’air froid lui brulait la poitrine. Ses paumes transpiraient et sa bouche etait seche. Elle traversa la clairiere a toute vitesse et prit la direction du lac. Dans la clairiere elle crut entendre le rire de la Dame voler dans les branches. Elle se retourna mais ne vit personne. Elle reprit sa course et le rire se perdit dans la bise qui lui coupait les joues. Gayette n’eut aucune peine a retrouver le petit sentier. C’etait comme si il avait toujours ete la, visible et ouvert. Elle ralentit son rythme et marcha plus lentement pour reprendre son souffle.
Gayette parcouru les lieux du regard. Le calme y regnait. Le silence absolu contrastait avec les battements de son coeur qui lui martelait les tympans. Le paysage etait blanc et scintillait sous un soleil pale que l’on devinait a peine. Une silhouette sombre se tenait droit devant elle et tranchait sur la neige. Les Yeux Verts l’atendait. Il etait droit et grand comme un arbre. Il avait de longs cheveux noirs que Gayette compara a des crins de cheval. Il etait vetu d’une tunique et de braies qui lui donnait l’apparence d’un hetre. Ou etait-ce l’inverse? Etait-il vetu d’ecorce qui lui donnait l’allure d’un homme vetu d’une tunique et de braies? L’ombre des arbres s’etirait et lui offra, fugitivement, l’illusion de bois de cerfs.
L’arbre aux yeux verts lui tendit la main. Un bracelet de cuivre lui enserrait le poignet.
- Bienvenue a Gleanndúbh, an chará solas! Je t’ai attendue.
Gayette, stupefaite et mefiante, ne bougea pas. Son manteau lui pendait lamentablement sur les epaules. Serrant les dents et toisant l’homme de haut en bas, elle l’observa s’approcher d’elle. D’un geste il la prit dans ses bras. Gayette inhala un bruit de surprise. Les yeux fermes, il murmura de la meme voix que les arbres prennent dans le vent et le silence.
- Tu m’as manqué. Tu nous as tellement manqué.
Serree contre la tunique, ou etait-ce la peau d’un cerf?, Gayette sentit contre son menton le cuivre d’un collier solide qui ornait le cou de l’homme. Le collier ne ressemblait a rien qu’elle ne connaissait. Il etait rigide, torsade et termine par deux boules a l’eclat mat. Instinctivement, Gayette le serra plus pres. Son manteau qui s’etait maladroitement emmele autour de ses coudes glissa sur la neige molle. L’homme sentait l’ecorce vive des arbres fraichement ecorches. La peau de son cou etait sombre et chaude.
L’homme releva la tete et tourna son regard vers les arbres. Un groupede loups en sortit calmement. Certains baillerent, d’autres s’etirerent et agiterent paresseusement la queue.
- Oui, tu nous as manqué.
Gayette leva vers lui son regard couleur de ciel d’hiver et le plongea dans ses yeux verts. Il lui sourit. Ses levres decouvrirent des petites dents carnassieres, parfaitement rangees. Comme des perles. Ou des petits galets blancs et polis.
L’homme la prit par la main et la guida vers un rocher pres du lac. Gayette prit place a ses cotes. Quelques loups trottinerent vers eux. L’homme pointa le doigt vers une louve et dit:
- Elle, c’est Oíche. Elle s’inquietait pour toi.
Il nomma encore d’autres loups.
- Elle, c’est Flidhais; lui, c’est Sliabh et lui, c’est Sioc.
Quelques jeunes loups jappaient et couraient dans la neige. Leur course faisait voler des etincelles de neige. Gayette rit aux eclats, oubliant qu’ils etaient des loups. Elle prit de la neige, en fit une boule et la leur lanca. Les jeunes loups s’elancerent avec des cris qu’elle interpreta comme des cris de plaisir. Ils mordirent la neige avec de grands claquements de dents excites. Une louve et ses petits, encore tres jeunes, restaient a l’ecart et regardaient paisiblement la scene. Gayette se rassit et tourna la tete vers l’homme. Il lui prit le menton. Ses levres etaient chaude et goutaient la seve. Elle se serra contre lui. Elle devenait eau et le sentait devenir fer. Le cri d’une poule d’eau, strident, se perdit dans l’air et se repercuta sur l’eau.
Serree contre lui, Gayette se souvint d’une langue perdue, d’autres gens. De colliers rigides et du language des loups. L’homme lui caressait les cheveux.
- Dans deux jours, ce sera le Solstice.
Gayette se retourna et se serra contre lui.
- Tu dois etre ici. Imperativement.
Gayette soupira.
- Je ferai tout… - Je ne veux plus te perdre. Prends ce qui t’es le plus cher et revient ici dans deux jours. Pour de bon.
Les yeux fermes, Gayette appuya son front sur le torse de son amant. Elle lui caresait la nuque et ses doigts se refermerent sur une poignee de cheveux. Ses larmes avaient un gout amer.
Lorsque Gayette revint au village, une heure peut-etre avait du s’ecouler. Elle retourna chez Beckky.
- Tu n’as pas ete longue. - J’ai termine plus vite que prevu. - Dans ce cas, j’aurai tout le temps de prendre tes mesures.
Gayette passa l’apres-midi chez la jeune femme a boire des infusions d’herbes et a discuter. |
11.
Les Robes
(par
Saivh, ajouté le 31/01/06 17:04)
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Le lendemain matin Gayette quitta tot la table du dejeuner. Elle se rendit chez Beckky ou La Lilotte etait deja. Il fallait se depecher de terminer les robes et les bonnets. La celebration de Noel etait pour le lendmain. Les trois femmes passerent leur journee a prendre des dernieres mesures, partager les derniers ragots, boire des infusions d’herbes et, bien sur, coudre. Les deux petits garcons jouaient devant l’atre en faisant beacoup de bruit. Le sujet principal de conversation des trois femmes etait la tenue que leur Dame Valentine porterait le lendemain.
Les amies se separerent a la tombee de la nuit, heureuses d’avoir une nouvelle robe chacune, riant et excitees par les preparatifs de la fete du lendemain.
Gayette ne retourna pas chez elle. Ses pas la conduisirent presque mecaniquement au lac. L’homme etait la. Avant de realiser quoique ce soit, les mains de Gayette etaient sur son corps et ses dents se planterent dans ses levres.
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12.
Noel
(par
Saivh, ajouté le 31/01/06 17:05)
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Le givre avait tout recouvert. Le soleil de Noel se refletait sur les cristaux brilliants. L’air etait leger et plain de promesse. Gayette traversa la rue principale le sourire aux levres. Des bruits de voix et des rires s’elevaient de la taverne de La Lamberte. Malgre l’heure matinale, certains celebraient deja ce jour au cidre chaud. L’odeur de l’alcool parfume flottait dans l’air froid. Certains etaient rassembles a l’exterieur, parlaient fort et agitaient les bras. Gayette comprit rapidement que la conversation portrait essentiellement sur la louve que l’on appercevait depuis quelques nuits pes du village. Visiblement, des battues avaient deja ete organisees. Le menton de Gayette tremblait. Elle voulait pleurer. Gayette continua son chemin vers le logis de Beckky. Elle passa pres d’un groupe de femmes dont le principal sujet de conversation etait la tenue que Dame Valentine porterait ce soir-la. Chez Beckky, Gayette pris sa robe, bu rapidement un gobelet de biere et s’en retourna chez elle, laissant la jeune femme a ses preparatifs de fete.
Le ciel avait pris une teinte bleu fonce et un ruban turquoise soulignait l’horizon. La premiere etoile du soir brillait dans la ciel. Assise sur le lit, face a la fenetre, Gayette se peignait les cheveux. Elle avait revetu la robe bleue. Au bout d’un moment, elle prit des rubans d’une couleur similaire a la robe. Patiemment, elle les entreprit de les tresser avec ses cheveux. Deux lourdes tresses encadrant son visage. Malgre son calme apparent, son coeur battait a toute vitesse, au point de lui faire mal, et ses levre etaient seches.
Robert se tenait dans l’embrasure de la porte et regardait sa femme. Le jour etait tombe. Malgre une certaine clarte encore presente dans le ciel, le village etait entierement dans la penombre. Robert fit un pas en avant.
- Gayette, Gildas a offert a des amis de se reunir chez lui avant la messe. Il nous a invite. Il parait que La Lilotte adore sa nouvelle robe.
Robert souriait. Gayette se retourna, les doigts emmeles dans des rubans et des cheveux.
- Oh mon Dieu! Je ne suis pas prete!!! Vas-y deja et dis-leur que j’arrive. Je ne serai pas longue. Ca ne sert a rien de m’attendre ici.
Robert se pencha et l’embrassa rapidement.
Gayette termina de se tresser les cheveux. Des qu’elle eut fini, elle sauta sur ses pieds et jetta a la hate son manteau sur ses epaules. Elle prit une couverture et y emitouffla son chat. La bete miaula.
- Ce n’est pas grave Octobre. Pas de quoi s’inquieter.
Gayette sorti rapidement et discretement de la maison. A sa surprise, des hommes du Baron Helmgaud arpentaient le village. Certains se dirigeaient d’un pas decide vers la taverne de La Lamberte. D’autres se tenaient a la lisiere de la foret. A leur vue, Gayette sentait la peur et accelera le pas. Elle serra la couverture et sentit le petit corps chaud contre elle. Elle se mit a courir.
Gayette ne s’arreta et reprit son souffle qu’une fois parvenue au lac. L’homme etait pres d’elle et lui souriait. Elle lui rendit son sourire, effacant ainsi l’angoisse de ses traits tires.
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13.
Fin
(par
Saivh, ajouté le 31/01/06 17:06)
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Les rouleaux de cuivre de La Lilotte tombaient de son bonnet et se rependaient sur ses epaules. Elle les avait peignes longuement, jusqu’a ce qu’ils luisent comme du metal poli. Gildas regardait, fascine, les cheveux de sa femme offerts sur l’etoffe or sombre de sa robe. Il leva les doigts pour les caresser. Il se retint au dernier moment, conscient de la presence des invites dans la piece. La Lilotte parlait a Robert.
- Ne t’inquiete donc pas. A mon avis elle sera ici dans un instant. Elle termine seulement de se preparer.
A contre-coeur, Gildas la regarda se lever et resservir du cidre chaud a tous. La Lamberte etait la aussi, la taverne confiee ses fils. Gildas n’aurait pu dire si c’etait une bonne idée. Robert se tenait debout, devant la cheminee. Il regardait les deux petits garcons jouer. Beckky partageait un banc avec la soeur du sauvageon. Gildas passait ses journees a la forge. Il ne la connaissait donc que de vue. Mais Beckky avait l’air d’etre amie. Apres tout, c’etait sans doute a cause des plantes qu’elles s’etaient rencontrees.
Gayette marchait main dans la main avec les Yeux Verts. Octobre et les loups trottinaient a leur cote, laissant des petites empreintes rondes dans la neige. Ici aussi c’etait la nuit. Le ciel etait d’encre et les etoiles nombreuses et brillantes, comme des eclaboussures. La peau de l’homme etait chaude et Gayette porta ses doigts a sa bouche.
Robert etait agite. Les conversations s’etaient tues et un silence gene flottait dans la piece.
- Navre, mais je vais voir ou elle reste. Ca commence a m’inquieter. Il y a des soldats partout et j’ai peur qu’ils aient pris des libertes avec ma femme.
Des cris rauques a l’exterieur semblaient confirmer ses craintes. La Lamberte leva la main.
- Ils sont après la louve, Robert. Et ce sont seulement des cris de soldats ivres. Mes garcons ont du avoir la main lourde, ajouta-t-elle avec un sourire mal dissimule. - Justement, ivres!
Robert prit son manteau. La Lilotte fit mine de se lever.
- Je viens avec toi? - Non. Ca ne devrait pas etre long.
Robert sortit. Le froid lui mordit les doigts. Des soldats ivres faisaient beacoup de bruit dans la taverne. Ce qui le frappa fut le nombre d’hommes a cheval. Et les moines. Des hommes a pied couraient dans tous les sens portant des flambeaux.
Robert poussa la porte. Il faisait sombre. Il fut decu, meme si il s’y etait attendu. Il appella le nom de Gayette. Il savait que seul le silence lui repondrait. Le front couvert de sueur froide, les levres bercees par la nausee, il retourna chez Gildas.
- Gayette a disparu. Je vais donner l’alarme.
Gildas se leva et prit son manteau.
- Je viens avec toi. Je passe a la forge prendre un marteau. Va deja prevenir les soldats, qu’ils gardent l’oeil ouvert quand ils seront dans les bois. On ne sait jamais, la louve est peut-etre plus proche que d’habitude. Je vais prevenir le reste du village.
Robert sortit en trombe.
L’ecorce, la robe bleue et les rubans etaient etales pele-mele sur le sol. La mousse etait douce. La peau de l’homme etait sombre et sentait la seve. Les doigts de Gayette en parcouraient lentement chaque recoin. Elle se serra contre lui. Chaque baiser racontait une histoire. La langue et l’histoire des lieux se distillaient peu a peu en elle. Le monde d’ou elle etait venu prenait la consistance trouble d’un reve. La realite devenait palpable.
Un groupe de villageois s’etait reuni dans la rue principale. Robert hela un soldat presse.
- Ma femme a disparu! Il faut organiser des recherches!
Le soldat repoussa la main de Robert avec degout.
- On a d’autres choses a faire que s’occuper de ta bonne femme! Le Baron part a l’instant chasser la bete. Les moines temoigneront de ce miracle de Noel. M’est avis que ta gueuze est allee voir en foret que les soldats du Baron sont de vrais hommes, eux!
Il eut un rire gras avant de rajouter:
- Puisque vous etes la, vous allez rejoinder la troupe du Seigneur Helmgaud. On a besoin de flambeaux!
Les villageois echangerent des regards inquiets avant d’etre pousses par les soldats vers la sortie de village.
Helmgaud scrutait les bois, les yeux mi-clos. Les chiens gemissaient et devenaient difficiles a tenir. Elle ne devait pas etre loin. Derriere lui, des moines priaient a voix basses dans un bourdonnement uni. Il pouvait voir des flambeaux s’etirer a sa gauche et a sa droite. Les hommes etaient nombreux. Elle n’avait aucune chance.
Le corps de Gayette etait lourd et chaud. La mousse etait profonde et confortable. L’homme dormait, la tete posee sur le ventre de la jeune femme. Dans un demi sommeil, elle lui caressait distraitement les cheveux. Elle avait le sentiment d’etre revenue chez elle après des annees d’absence. Elle se souvenait clairement de lui. Des rochers, des colinnes vertes, des chenes aux troncs tordus et moussus. Elle se souvenait lui avoir ceint une epee a la taille. Elle etait terminee d’une tete de serpent stylisee. Elle se souvint avoir pris part a certaines batailles avec lui, les corbeaux tourbillonant derriere eux, comme une tempete de neige noire. Les loups. La mer. La langue. Comment pouvait-elle meme l’avoir oubliee? Elle revoyait clairement le rocher qui dominait la vallee basse et la riviere. Le paysage qui se perdait dans les brumes vertes d’un ete chaud. Les grandes salles de bois peintes de couleurs vives. Leur chambre ou ils pouvaient rester enfermes des jours entiers. Gayette sourit. Elle se laissa glisser et serra les jambes autour de la taille de l’homme.
Les aboyments des chiens se repercutaient dans la vallee. Helmgaud chevauchait a l’avant. Les flames des torches tordaient les ombres des arbres. Le coeur de la vieille louve battait douloureusement dans sa poitrine. Ses grands yeux dores fixaient les silhouettes des hommes avec resignation. Ils ne tarderaient pas a la trouver. Elle trottina tristement hors des fourres.
Un homme pointa la doigt.
- La! Droit devant! Mon Seigneur! La bete!
D’autres voix monterent.
- Ne la laisser pas s’echapper! Par la!
Les branches et le givre craquaient sous les pieds des soldats et des villageois.
Les chiens s’elancerent avec des aboyments aigus. Helmgaud prit sa lance.
- Prenez garde Seigneur! Elle a soif de sang! Elle a les yeux rouges.
Helmgaud claqua la langue avec impatience. L’imbecile en faisait trop. La louve etait loin devant. Les chiens ne tarderaient pas a l’encerlcer rapidement. Le cercle des flambeaux formait un perimetre d’ou la bete ne pourrait jamais s’echapper. Un petit sourire carnassier se dessina sur les levres du Baron. Il imaginait les yeux bruns de Valentine quand il lui offrirait la pelisse. Helmgaud talonna son cheval et fonca sur la louve. La bete ne bougeait pas et le regardait venir a elle patiemment.
Ses grands yeux ronds et ambres s’ecaquillerent avec surprise lorsque l’epieu penetra violement et profondemment dans son flanc gauche. Elle eut juste le temps d’enregistrer la perplexite du Baron. Elle n’avait pas lutte et il ne comprenait pas. Ses yeux se voilerent et elle n’etait plus la pour entendre le chant des moines et les cris de rejouissance des hommes.
Gayette se redressa brusquement et vomit violement. Elle pressa les mains sur son cote gauche. Elle se forca a respirer longuement et calmement, a ne pas trembler. Serre contre elle, les Yeux Verts degageait des meches de son visage. Il la regardait calmement, attendait. Gayette ouvrit les yeux et les plongea dans les siens. Elle souriait.
- Je suis libre.
Ils se leverent. L’homme passa le bras autour de la taille de Gayette. Il la regardait avec fierte, comme si il la voyait pour la premiere fois. Il marcherent tranquillement en direction du lac. Les etoiles s’etiraient dans le ciel. Les loups et Octobre etaient pres d’eux. Ils avaient l’eternite.
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14.
Epilogue
(par
Saivh, ajouté le 31/01/06 17:07)
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La Lilotte avait dormi plus longtemps que d’habitude. Le marteau de Gildas chantait deja sur l’enclume. Au pied du lit, elle entendait son fils parler tout seul. Sans doute jouait-il. C’est lorsque’elle entendit des petits grognements qu’elle s’eveilla tout a fait et sorti d’un bond du lit. Son fils jouait doucement avec une petite boule de poils gris d’ou pointaient des oreilles, une queue et un museau.
Beckky tressait des plantes. Elle allait les pendre au-dessus de la cheminee pour les faire secher. On frappe a la porte de derriere. Quelqu’un devait etre dans le petit jardin d’herbes.
- Mamaaaaaaaaan!!!!
Beckky leva les yeux au ciel. Elle alla ouvrir la porte. Son fils lui souriait. Dans les bras, il tenait un louvetau. La petite bete secouait la queue et sa petite langue rose lechait l’oreille du garcon.
La Lamberte decouvrit l’animal profondement endormi sous des tonneaux. Elle alla chercher une couverture.
- Si c’est du lait que tu cherchais ici, tu t’es trompe d’etablissement.
Le louvetau ne semblait pas l’ecouter et se pelottena sur la couverture.
La soeur de Guy voulu se retourner dans son sommeil. Une masse pesait sur les couvertures. Elle tendit la main. Ses doigts frolerent des poils. Elle ouvrit les yeux. Un louvetau dormait profondement a cote d’elle. Elle referma les yeux et serra doucement l’animal dans ses bras.
Valentine se serra contre Guy. Les couvertures avaient glisse et elle avait froid. Un bruit leur fit ouvrir les yeux. Le louvetau tenait un bout de tissus dans la gueule et secouait la tete en poussant des petits grognements.
Robert travaillait sans enthousiasme depuis que sa femme avait disparu. On ne l’avait jamais retrouvee. Le bruit courait qu’elle avait ete devroree par les loups. C’est ce qui semblait le plus probable. D’ailleurs, ils avaient disparus eux aussi.
Louis regardait les bourgeons qui percaient sur les branches a travers la neige. Comme d’habitude, il appercut au loin, parmi les arbres, la silhouette de la Dame en bleu. Comme d’habitude, ce fut fugace. Il leva la main pour la saluer. Elle avait deja disparu.
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