1.
Premier Voyage
(par
Anne Savigny, ajouté le 14/06/06 23:26)
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| - Il était une fois, il y a bien longtemps, en un pays lointain... - Maman! - Oui, mon Ti-Bonheur? - Maman, pourquoi tous tes contes se passent toujours il y a bien longtemps, dans un pays lointain? - Mais... Peut être parce qu'en ce temps-là, en ce pays lointain, le Monde était plus magique que maintenant? - Plus magique que maintenant? Mais comment ça se peut? Il n'est plus magique, tu veux dire? - Si. Bien sûr que si, tu le sais bien. Il y a toujours l'Ancienne Magie, même si elle est un peu oubliée. Et puis les écoles de Sorcellerie continuent de transmettre le savoir des mages. - Alors pourquoi il n'y a pas de contes qui se passent ici, et maintenant? - Mais il y en a! Par exemple, la Grande Fresque Mootique, ou le Naheulbeukevala, ou... - Mais non! Ce ne sont pas des contes, ça, Maman, ce sont des contes rendus. Pourquoi il n'y a pas de contes qui n'auraient pas été rendus? - Il y en a... Je vais t'en conter un. Avant-hier, tout près d'ici...
- Pourquoi avant-hier, Maman? Et pourquoi "tout près d'ici" et pas ici pour de vrai? - Tu veux un conte de maintenant, tout de suite, qui se passerait juste là, dans ta chambre? - Ben pas obligé. On peut pas rester dans ma chambre tout le temps... Y'a pas de dragon, ni de chevalier. Ni de princesse à sauver. - Et il faut un dragon, un chevalier et une princesse à sauver pour faire un conte? Tu es sûr? - Bon, peut être pas. Mais il faut un roi, sinon, c'est pas un vrai conte. Et il faut de la magie. Et il faut du courage et des épreuves. Et il faut un ennemi méchant qui voudrait empêcher la fin d'être joyeuse... - Il faut une fin joyeuse, aussi? - Oui. Sinon, c'est un conte triste. Et j'ai pas envie d'être triste. - Moi non plus Ti-Bonheur, je ne veux pas que tu sois triste. Alors promis, les ennemis n'empêcheront pas la fin d'être heureuse. - Commence ton histoire, Maman! - Maintenant? - Et ici, oui! - Dans sa chambre était... - Pourquoi "était"? J'ai dit maintenant! - Excuse-moi... Dans sa chambre est un petit garçon. Assis sur son lit, il s'apprête à écouter sa Maman lui raconter une histoire. Plus exactement, un conte... Il ne se doute pas encore qu'il est sur le point de faire le plus beau voyage de toute sa vie... - Un voyage? Un voyage où ça? Un voyage loin? - Non, pas trop loin... Sa Maman trouve qu'il est encore bien petit pour aller trop loin, et... - Mais je suis pas petit, moi! Je suis grand! - Oui, Ti-Bonheur, tu es grand. Tu es plus grand qu'hier, et demain tu seras encore plus grand. Mais tu n'es pas encore vraiment grand, pas encore! - Je suis pas encore grand comme un Papa? - Voilà. Et c'est pour ça que tes parents... - Les parents, c'est toi et Papa! - Exactement. C'est pour ça que moi et ton Papa, on doit te protéger contre ceux qui voudraient te faire du mal. - Ou si je veux faire des bêtises! - Tout à fait. Et donc, la Maman du petit garçon qui est un peu grand, mais pas encore comme un Papa, trouve qu'il est encore bien petit pour aller tout seul dans un royaume lointain pourfendre des ennemis et des dragons. - Et puis, je sais pas encore lire, alors je pourrais pas lire les panneaux! - Voilà. Et tu risquerais de te retrouver perdu au beau milieu d'un royaume lointain plein d'ennemis et de dragons! - Sans parler du reste! - Et sans ta Maman, ni ton Papa, ni même ton Doudou, si ça se trouve! - Ben oui, parce que je peux pas emmener mon Doudou. Ca serait vraiment trop dangereux, si il essayait de traverser la route et qu'il se faisait écraser par un cheval. - C'est vrai, ca serait très ennuyeux. Tu veux entendre la suite du conte? - Oui! Il est où, le beau voyage? - Tout près d'ici... Ferme tes yeux, Ti-Bonheur... - Fermer mes yeux? Mais pourquoi? Si je ferme les yeux, je serai aveugle, et je pourrai pas voir si les dragons arrivent! - Il n'y a pas de dragon, ne t'inquiète pas. Tu sais bien que je ne te laisserais pas affronter un dragon les yeux fermés! - Et sans mon Doudou! - Oui, c'est hors de question. Ferme tes petits yeux, Ti-Doudou. - D'accord. - Très bien. Le petit garçon ferma ses yeux et se sentit d'abord aveugle. Puis, doucement, voit apparaître dans le noir une petite lumière. Et la lumière chancelle un peu, non, elle scintille... - Si elle scintille, c'est une étoile! - Quoi? - Si elle scintille, c'est une étoile... Puis sinon, c'est une planète. Sauf si elle clignote, et là, c'est un avion. - C'est vrai! Mais là, la lueur scintille. - C'est une étoile? - Effectivement, on dirait bien que c'est une étoile. Et elle semble se rapprocher, et puis le petit garçon se rend compte... - Maman! Maman, je vole! Je vole vers l'étoile! Je vole dans l'espace, vers l'étoile!
[...]
- Maman. C'est paspossible de voler dans l'espace vers une seule étoile. - Et pourquoi ça? - Parce que dans l'espace, il n'y a pas d'air. Et parce que dans l'espace, il n'y a pas une seule étoile. Et pas de nuage pour cacher les autres. - Et que fais-tu de la magie? C'est un conte, non? - Mais je n'ai pas de baguette magique! - Qui a dit que tu avais besoin d'une baguette magique? La vraie magie, Ti-Bonheur, c'est l'Ancienne Magie. C'est la magie des Mots et celle de l'Amour... - Comme quand tu me racontes une histoire pour que je dorme bien et que je fasse des jolis rêves, et que tu me prends dans tes bras et que tu me fais un bisou pour me souhaiter bonne nuit? - Exactement. Referme tes yeux, Ti-Bonheur! - Et quand tu m'appelles Ti-Bonheur aussi, c'est comme de la magie? - Non, c'est toi qui es magique, Ti-Bonheur... Referme tes petits yeux... L'Etoile t'attend! - Maman? - Oui? - Je suis vraiment chanceux, hein! - Chanceux? - Ca veut dire que j'ai de la chance. c'est la maîtresse qui nous l'a dit. - C'est vrai. Mais pourquoi? - Ben, parce que c'est son métier, de nous apprendre des choses, tiens! - Oui, mais pourquoi est-ce que tu es chanceux? - Parce que je suis magique. - C'est vrai. Et tu sais, Ti-Bonheur, tu dois faire attention. Parce que certains enfants, quand ils grandissent, ils deviennent juste des grandes personnes comme toutes les autres. Mais toi, tu devras rester magique, toujours. - Mais comment je vais pouvoir rester magique? Tu veux dire, sans grandir? Mais je veux grandir, moi. Je veux devenir fort comme un Papa. - Ca n'empêche pas... Referme tes yeux, Tu apprendras tout ça sur l'étoile. - Ah? Comment tu le sais? - Eh, c'est moi qui raconte l'histoire, je te rappelle! - Ah, oui. - Tu la vois? - Oui. Et je suis encore en train de voler. C'est très agréable, je suis bien content d'être magique. - Le petit garçon volait toujours vers l'étoile, et quand il fut arrivé assez près, il s'aperçut que sur la surface de l'étoile, Il y avait un magnifique palais. - Maman? - Oui? - C'est un palais magique? - Bien sûr! - Ouf. Parce que sinon, il aurait été obligé de brûler. Parce que le sol des étoiles, c'est du feu, tu le savais, ça, Maman? - Oui, c'est vrai. Mais là, c'est un palais magique... Et comme toi aussi, tu es magique, tu pourras même marcher sur l'étoile, tu sais! - Chouette! J'y vais! - Et le petit garçon atterit sur le sol enflammé de l'étoile. Il y fait bien chaud, mais pas trop du tout. C'est que l'étoile est sûrement magique, elle aussi. Le petit garçon se dirige vers le palais, et, comme il n'y a pas de garde, il entre. Il n'y a personne à l'intérieur. Le petit garçon se dirige vers le trône magnifique au milieu de la salle. Et il remarque sur le dossier du trône une minuscule fée. Elle est haute comme une demi-pomme, et habillée d'une fleur de pâquerette, avec des ailes transparentes. Et quand elle voit le petit garçon, elle volette vers lui et se pose sur son épaule. Elle se hisse sur la pointe des pieds vers l'oreille du petit garçon.
- Et qu'est-ce qu'elle dit, Maman, qu'est-ce qu'elle dit? - Elle dépose dans le creux de l'oreille du petit garçon une révélation aux reflets nacrés. - Mais qu'est-ce que c'est? C'est un secret? - Non, ce n'est pas un secret. Ou plutôt, si... C'est un secret que le petit garçon partagera avec tous ceux qu'il ne veut pas voir devenir des grandes personnes ordinaire. La fée lui apprend qu'il est le roi de ce palais, et que le trône est le sien. Et le petit garçon remarque alors en lettres de feu son nom sur le dossier du trône. - Mais je n'ai pas envie d'être un roi! Ca doit être très ennuyeux de rester assis toute la journée dans un trône, même sur une étoile. - La fée lui explique alors qu'il n'a pas à s'asseoir sur le trône. Il n'est que le roi d'un pays qu'il doit encore créer. Il est le roi d'une étoile qui n'existe que dans ses yeux fermés, mais qui se voit encore quand il les ouvre, quand on sait regarder.
Et la Maman du petit garçon regarda les yeux fermés de son enfant, écouta sa respiration régulière et sourit au sourire qui éclairait son visage détendu. Et elle s'éloigna sur la pointe des pieds, laissant son Ti-Bonheur explorer son nouveau Royaume. |
2.
Pas envie de jouer !
(par
Anne Savigny, ajouté le 15/06/06 14:19)
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| - Maman, tu me racontes une histoire ? - Pas maintenant,ti-bonheur, je suis occupée, tu vois bien. - Qu'est-ce que tu fais ? - Je travaille... - Mais c'est quoi comme travail ? - Tu vois, je prends tous les tickets de tout ce qu'on a acheté, et j'écris qu'on l'a acheté sur un papier, et ensuite je compte combien d'argent on avait, combien on en a dépensé, et je l'écris aussi sur le papier, et comme ça je peux calculer combien il reste. - Mais tu pourrais regarder dans ton porte-monnaie ce qu'il y a, et tu saurais ! - C'est plus compliqué que ça, tit-ange... - Mais tu as dit que... - Ecoute, j'essaie de travailler, c'est difficile, c'est compliqué, et je n'ai pas le temps de répondre à tes questions ! [...] - Maman... - Quoi ? - Tu me racontes une histoire ? - Qu'est-ce que je vians de dire ? Tu vois bien que je suis occupée ! Tu ferais mieux d'aller jouer dans ta chambre. - Mais je veux pas jouer, j'ai envie d'une histoire. - Eh bien, raconte-toi une histoire tout seul ! Ou alors, attends ce soir. Avant de dormir, je te raconterai une histoire. Maintenant, je travaille, alors laisse-moi tranquille. - Oui Maman...
Le petit garçon sortit de la cuisine en traînant les pieds, et se dirigea vers sa chambre. Jouer ? Oui, mais à quoi ? Il ouvrit la porte trop grande de l'armoire aux étagères trop hautes et balaya les rayonnages du regard. Chacune des boîtes plus ou moins bien alignées, remplie de jeux d'habitude si attrayants, semblait lui dire "pas maintenant". Il s'assit en tailleur sur son lit, son DoudouLapin à la main.
La fée Pâquerette vint se poser sur son épaule.
- Ca n'a pas l'air d'aller, dis donc... - Maman veut pas me raconter une histoire. - Pourquoi ? Elle aime bien te raconter des histoires normalement. Tu as fait une bêtise, et tu es puni ? - Elle est occupée à des choses de grand. Ca la rend énervée et pas gentille. Du coup, moi je m'ennuie. C'est pas juste ! - Tu ne veux pas jouer ? - Moi je veux bien, mais à quoi ? Aucun jeu ne veut jouer avec moi. Puis c'est pas drôle de jouer tout seul ! - Moi je veux bien jouer avec toi ! On y va ? - Mais tu existes pas ! Tu es juste un produit de mon imagination fertile. - Quoi ? - C'est la voisine d'en face qui l'a dit à Maman. Comme si je l'avais pas entendu, j'étais juste à côté ! J'étais en train d'expliquer à Maman comment on allait jouer à cache-cache dans les étoiles, et elle est arrivée et elle a dit que c'est fou ce que les enfants ont une imagination fertile, ils inventent n'importe quoi. - On dit "que porte le nain", pas "nain porte quoi" ! - N'empêche que tu existes pas. - Ah oui ? Et pourquoi tu me parles, alors ? - Parce que je m'ennuie ! - Alors tu peux aussi bien jouer avec moi. - J'ai pas envie de jouer ! - Tu as envie de quoi, alors ? - Je veux qu'on me raconte une histoire. Tu sais raconter des histoires, toi ? - Non... J'en connais que des que tu sais déjà. - Pfff... - Mais je sais où on peut trouver quelqu'un qui en sait ! - Où ça ? - On n'a qu'à aller sur une étoile au hasard, et demander au roi ou à la reine de nous raconter une histoire ! - On a le droit de faire ça ? - Evidemment ! Il suffit de fermer les yeux, et de s'envoler... Et dès qu'on voit uen étoile, on se pose !
- Ca marchera pas. - Pourquoi ça ? - C'est pas possible ! Il fait jour, et il y a pas d'étoiles le jour ! Donc ça marchera pas ! - Bien sûr qu'il ya des étoiles le jour ! C'est juste que le Soleil est trop lumieux, il les cache. Mais elles sont toujours là ! - Comme la Lune ? - Exactement. Enfin, non. Enfin, j'en sais rien ! Mais les étoiles sont là même le jour, c'est sûr. On y va ? - On y va ! Mais je prends mon DoudouLapin, comme ça il pourra voir aussi comment c'est dans les nuages. Je lui ai dit que c'était comme du coton, mais il veut pas me croire. - On y va !
DoudouLapin, Ti-Bonheur et la fée Pâquerette prirent leur envol et sortirent non pas par la fenêtre, mais en traversant tout simplement le plafond, le grenier et le toit - cela sans rien casser ni se faire mal, évidemment. Et une fois au-dessus des nuages, que même DoudouLapin trouve cotonneux et moelleux à souhait, ils virent que la fée avait raison : les étoiles étaient bien là, comme d'habitude.
- Tu vois ? Elles sont là, et elles n'attendent que ta visite ! - Il nous faut une étoile un peu grande, une belle, une dont le roi a des tas d'histoires à raconter ! - Vous m'attraperez pas ! - Hééé ! Pâquerette ! On avait dit qu'on cherchait une histoire, pas qu'on jouait à cache-toi-dans-les-étoiles ! - Attrappez-moi d'abord, on cherchera après !
DoudouLapin et Ti-Bonheur filèrent à la suite de la petite fée, en faisant bien attention de ne pas déranger les météorites et les comètes qui couraient d'un bout à l'autre de l'espace. Et alors qu'ils zigzaguaient entre les étoiles, les planètes, les astéroïdes, sans parler des bouts de choses et de machins qui traînent un peu partout, ils retrouvèrent Pâquerette, qui semblait les attendre sans plus bouger.
- On va t'attrapper ! - ... - Ouhouh, Pâquerette ! On approche ! On va gagner !
Pâquerette ne bougeait toujours pas, elle semblait observer une drôle de planète - même pas une planète en fait, plutôt une sorte d'astéroïde tout tordu, au sol brun-rouge, avec une grosse bosse rouge un peu plus fonçé sur le côté.
- Une montagne... qui bouge? Pâquerette, qu'est-ce que c'est que ça? - Je ne sais pas... Ca fait longtemps que je regarde, la montagne n'arrête pas de bouger. C'est le plus long tremblement de terre que j'aie jamais vu! - On s'approche? Pour voir? - C'est peut-être dangereux! Si ça se trouve, c'est un volcan sur le point d'exploser! - Les volcans n'explosent pas, ils entrent en éruption. C'est la maîtresse qui l'a dit. - N'empêche. C'est sûrement dangereux, et DoudouLapin va avoir peur! - ... - Il dit qu'il a pas peur, et qu'il veut aller voir cette drôle de planète. - Bon... Mais pas trop près, hein !
[...]
- Pâquerette ! - Quoi? - La montagne... Elle tremble pas. Elle pleure! - Une montagne qui pleure? - Oui, regarde!
Une grosse larme venait de couler le long de la montagne, et de s'écraser sur le sol en faisant une imense flaque salée. |
3.
La Montagne qui pleure
(par
Anne Savigny, ajouté le 16/06/06 16:52)
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| - Mais ça ne pleure pas les montagnes ! - Ben celle-là, si, ça se voit. Et on peut pas la laisser pleurer comme ça ! Les montagnes, c'est pas fait pour être triste, c'est fait pour être haut et couvert de neige, ou de fleurs qui sentent bon et de myrtilles qui tachent la figure ! Il faut la consoler ! - Oui... Mais comment consoler une montagne ? - Quand je suis triste, ma Maman me prend dans ses bras et me murmure des mots très doux à l'oreille en me caressant les cheveux. - Et tu vois où des oreilles et des cheveux sur cette montagne, toi? - J'en sais rien... je vais m'approcher encore, et on va bien voir !
Ti-Bonheur s'approcha encore de l'astéroïde, en serrant bien DoudouLapin dans ses bras, pour qu'il n'ait pas trop peur. La montagne était beaucoup moins grande et effrayante de près. C'était plutôt une colline en fait...
Il s'approcha jusqu'à se poser sur le sommet de la colline, puis il s'assit sur une grosse pierre rouge et expliqua à DoudouLapin :
- Tu vois, il y a un chemin qui monte depuis le bas de la colline, il monte jusqu'en haut, et il redescend par là. Mais il est bizarre, il est fait avec des pierres surélevées, au lieux d'être en creux. Normalement, les chemins c'est en creux, parce qu'à force de marcher dessus, on les use. C'est Papa qui m'a expliqué. Remarque, cette colline est pas si grande, c'est plutôt un rocher. C'est peut être pour ça... J'ai jamais vu un chemin sur un rocher. Ca marche sûrement différemment. Bon, où est-ce qu'on trouve des oreilles à murmurer et des cheveux à caresser sur ce rocher?
Ti-Bonheur et DoudouLapin descendirent de la pierre du chemin et commencèrent à explorer les alentours. Absorbés par leurs recherches, ils ne se rendirent pas compte que le mouvement saccadé des sanglots du rocher avait cessé, et qu'il bougeait maintenant d'une tout autre manière.
Et lorsque DoudouLapin bondit en tremblant dans les bras de Ti-Bonheur, celui-ci le va les yeux, et vit...
- Pâquerette ! - Quoi ? - Viens ! Tout de suite ! - Non, je m'approcherai pas de ce volcan en irruption. - Pas irruption, é-ru-ption. Et c'est pas un volcan, c'est un rocher. Et il a des yeux! - Des yeux ? N'importe quoi! - On dit "que porte le nain"! Et c'est pas que porte le nain. C'est vrai. Viens voir! - Non!
- Qui es-tu, petit garçon? Personne ne vient jamais par ici. - Je m'appelle Ti-Bonheur, et voici DoudouLapin, et la fée Pâquerette, mais elle ne veut pas venir, elle a trop peur. - J'ai pas peur ! Mais moi je veux pas être éruptionnée ! - Comme tu voudras! Moi je m'en fiche, je parle avec le rocher ! Qui es-tu, rocher ? - Je ne suis pas un rocher... Je suis un dragon. - Un dragon ? - Ah, tu vois, je te l'avais dit ! C'est dangereux ! - Et... tu vas me manger ? Exiger un sacrifice ? Me brûler vivant avec DoudouLapin ? J'ai même pas d'épée, ni de sabre laser, ni rien du tout. - Je ne te ferai pas de mal... Les dragons ne sont pas méchants, ils sont juste tristes. - Pourquoi tu es triste ? Pourquoi tu pleurais ? Et pourquoi tu es tout seul sur cette drôle de planète ?
- Ce n'est pas une planète... C'est une étoile. - Non, c'est pas une étoile. Ca ne scintille pas. Et puis moi, je m'y connais en étoiles, je suis roi d'une étoile. C'est vrai. - Oncques, cette étoile scintillait vraiment... Le sol brillait des mille feux qui y brûlaient, Un magnifique château s'élevait au milieu jardins pleins d'arbres où grimper, et j'avais la place d'étendre mes ailes et de jouer avec le roi à voler entre les étoiles, à zigzaguer entre les étoiles, les planètes, les astéroïdes, sans parler des bouts de choses et de machins qui traînent un peu partout. On jouait aussi avec les rois des étoiles voisines qui venaient nous rendre visite ! - Mais comment ça se fait qu'il n'y ait plus de feux, et que tu sois tout seul ? - Le roi est venu de moins en moins souvent, et puis plus du tout, et les feux se sont éteints petit à petit. Plus personne ne passe dans cette partie de l'univers. Le château magique est tombé en ruines... Je ne suis plus qu'un vieux dragon, tout seul, tout seul. Avant, ça oui, j'étais beau, j'étais fort. Mon Roi montait sur mon dos, et je le portais où qu'il veuille aller. On volait à toute vitesse ! Tu aurais vu ça ! et Zioum, et zoup! pffffffiiiu !Zig, Zag, looping !
- Dragon, comment tu pouvais jouer et étendre tes ailes, et avoir un château, et des jardins, et tout et tout, sur cette planète? Elle est minuscule, c'est à peine un astéroïde, regarde ! Tu as à peine la place de t'y mettre debout... Et pourtant, tu es tout petit. - Tout petit ?!? Tu plaisantes ! Je suis le plus grand dragon de l'Univers! Et mes écailles chatoient de reflets ambrés. - Regarde... Si je me mets sur la pointe des pieds, je suis plus grand que toi. Et je suis un tout petit garçon. - Je ne sais pas pourquoi, je ne comprends pas... L'étoile a commencé par s'éteindre, lentement, sans même que je ne m'en rende compte au début... Et puis... Elle a du rapetisser, et moi avec, je suppose.
- Mais qu'est-ce qui est arrivé? C'est pas normal ! Les étoiles ne s'éteignent pas comme ça, elles explosent. C'est la maîtresse qui l'a dit.
- Il a du vieillir... - Pâquerette ? Je croyais que tu ne voulais pas approcher du Dragon ! - Ca n'a plus d'importance. - Qu'est-ce que tu disais ? - Il a du vieillir. Le roi de cette étoile. Il a du vieillir et oublier qu'il avait été roi. Alors le roi en lui disparaît, et avec lui son royaume. Tout se fenedille et craquèle, pour finalement se dégonfler comme une vieille baudruche percée. - Mais qu'est-ce qu'il est devenu ? - Ce que tu as devant toi : un astéroïde biscornu, et un dragon aux yeux tristes... - Non ! Le roi ! Qu'est-ce qu'il est devenu s'il a arrêté de régner ? S'il ne règne pas, ce n'est plus un roi. Qu'est-ce que c'est alors? Qu'est-ce qu'il est devenu ? - Il a du devenir dentiste ou avocat, comptable ou mécanicien, journaliste ou employé de bureau, Que sais-je encore ? - Tu veux dire que c'est une grande personne ? - Exactement, petit d'homme. C'est une grande personne... Qui a oublié comment rêver. Ou qui est en train d'oublier, puisque le dragon est encore là. Bientôt, il va disparaître à son tour, quand la grande personne l'aura aussi oublié... - Mais je ne veux pas disparaître ! Je suis le plus beau Dragon du monde, je chatoie des écailles, je suis un reflet ambré, zouif, zig, zag, looping, zoup, pfffffuiiii ! Je ne peux pas disparaître ! C'est simplement pas possible. Les dragons ne disparaissent pas, c'est tout. - Pâquerette, qu'est-ce qu'on peut faire ? Il ne doit pas disparaître, le pauvre ! Et puis son étoile va s'ennuyer. Et si un jour son roi revient ? Il retrouvera son étoile toute moche et son dragon disparu. Moi si un jour je vieillis, je veux pouvoir te retrouver, Pâquerette, je veux pas que tu disparaisse ! Tu vas pas disparaître hein ?
- Pas forcément, Ti-Bonheur... - Mais tu vas forcément grandir, comme mon roi. C'est normal de grandir, tous les enfants grandissent. Les bébés deviennent des petits enfants qui deviennent des moyens puis des grands enfants. Et puis un jour les grands enfants deviennent des grands tout court, ils apprennent le travail et ont des enfants à leur tour. Et ils ont des soucis et oublient peu à peu leur étoile et leur dragon. Et leur royaume disparait... C'est dans l'ordre des choses. - Alors je ne veux pas grandir. Je resterai ici toujours, et comme ça je ne grandirai pas, hein Pâquerette ? - Non, petit d'homme, tu ne dois pas rester ici toujours. Le monde est beau et tu dois l'explorer de toutes les façons possibles, y compris en grandissant. - Mais tu vas disparaitre ! - Pas forcément... Pas si tu gardes quelque part un souvenir de ton royaume, pas si tu prends soin de le modeler à ton image en grandissant. Pas si tu as toujours envie d'y venir. - Alors pourquoi le roi a vieilli ? - Il a du oublier... - Mais si on va le voir, si on lui dit de revenir, s'il revient, tout ira bien. L'étoile redeviendra brillante et le dragon retrouvera son chatoiement ambré. On va le chercher !
- Vrai ? Vous allez faire ça ? Pour moi ? - Ben on n'a pas le choix, sinon tu vas diparaître, j'te f'rais dire. - On ne peut pas le faire pour toi, de toutes façons. - Oh ? Pourquoi ? Et comment il va faire tout seul ? - Nous, on ne le connaît pas son roi. Donc même si on le voit, et ca serait difficile, passqu'on sait pas du tout qui c'est... - Ah oui, c'est vrai. En plus il y a six milliards de gens dans le monde entier, je l'ai appris à l'école. - Voilà, tu as bien compris le problème... Et même si on le voit, on pourra même pas le reconnaître. Donc il faudra que ce soit toi, Dragon, qui retrouve ton roi. - Mais comment je vais faire ? Je vais disparaître ! - Tu n'as qu'à recommencer à voler, à jouer, pour regrandir dans l'esprit de ton roi. Ainsi peut-être qu'il reviendra... - Tu crois ? - Oui... De toutes façons c'est notre seule chance. Bon courage, Dragon !
[...]
- Ti-Bonheur ? - ... - Ti-Bonheur ? J'ai terminé les comptes. Tu veux une histoire maintenant ? - Les contes ? Tu veux dire que tu m'écrivais des histoires ? - Non, Ti-Bonheur, je comptais combien d'argent on avait, tu te souviens ? - Ah, oui. On en a combien ? - Assez... Et puis, c'est pas si important. Alors, cette histoire, tu la veux ? - Non ! - Quoi? Mais d'habitude... - C'est moi qui vais te raconter une histoire maintenant. - Une histoire de quoi ? - Une histoire de dragon... Mais n'aie pas peur, c'est un gentil dragon. Il était une fois un dragon qui vivait dans une étoile. Sur l'étoile il y avait un roi, et il était ami avec le dragon, et zouif, zig, zag, looping, zoup, pfffffuiiii ! Ils s'amusaient à voler entre les astéroïdes... |
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