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Nimedhel

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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1. Avant le départ
(par Jérémie Piscicelli, ajouté le 23/06/06 20:23)


Son ventre accueillit le pain et le doux vin avec reconnaissance. Depuis son départ précipité de la Cité, Nimedhel n’avait rien eu à lui offrir d’autre, lorsqu’elle eut terminé trop tôt les quelques provisions qu’elle s’était permis d’emporter, que des baies, de rares plantes et la rosée qui le matin se pose sur l’herbe verte. Une fois seulement, elle avait trouvé un ruisseau auquel elle avait pu boire tout son saoul et remplir sa fiole vide.
Or le voyage fut long qu'elle avait entrepris, et plein du danger qu'apporte un temps qui sent poindre la guerre. Car Valfée se trouvait à des lieues et des lieues de la Cité, à plusieurs jours à dos de véloce coursier même. Mais elle ne possédait pas de cheval, ni même un poney qui pût la supporter si l'épuisement venait à la faire défaillir.
Elle avait dû trouver son chemin seule. Car plus personne ne se souvenait alors de la Vallée des Elfes. Hormis sa propre famille. Cette tradition se maintenait de père en fils et de mère en fille depuis de nombreuses générations. Depuis le premier membre de la famille à avoir vécu ici, disait-on. On ne savait rien d'un ancêtre plus lointain. C'était un mystère absolu. Alors pourquoi continuer à perpétuer une telle tradition ? Elle n'en savait rien. Ses parents toujours avaient gardé le silence lorsqu'elle leur en posait la question. Mais un jour, un jour elle découvrirait la vérité. Elle nourrissait ce dessein depuis bien des années.
Or donc, Nimedhel devait trouver seule son chemin.
Pour cela elle se rendit à la Salle des Archives royales – la cité était en effet le lieu de résidence du Roi, qui ne gouvernait d'ailleurs que sur celle-ci et quelques bourgades alentour ; il n'était donc pas un bien grand roi, un peu mou, il faut l'avouer, cependant il était bon – et chercha. Elle fouillait tous les livres, tous les rouleaux de parchemin, toutes les cartes surtout, espérant y trouver mention de ce qu'elle cherchait.
Comme elle n'arrivait à aucun résultat convenable, elle résolut de ne plus s'occuper que des plus anciens documents. Plus précisément des plus anciennes cartes : celles qui portaient des inscriptions dans l'ancien langage.
Encore une tradition familiale mystérieuse : « À quoi bon apprendre cette langue ? Plus personne ne l'utilise ! » se disait-elle souvent. Il n’en subsistait des traces que dans les très vieux livres, relégués au rang de trésors royaux et destinés à être exposés comme tels sans plus guère être lus, quelques noms de lieux et de rares noms de personnes, au sens depuis longtemps oublié, et utilisés uniquement pour leur joliesse.
Mais maintenant qu’elle était là à se réchauffer parmi ces Elfes bons autant que beaux, la jeune fille comprenait sa chance : sans cela, jamais elle n’aurait pensé à examiner les vieux plans. Jamais elle n’aurait pu se trouver là, saine et sauve.
Bien qu’elles fussent à demi effacées sous l’effet du temps pour la plupart, les cartes étaient encore lisibles. Qu’il manquât certaines lettres ou certains traits était bien sûr regrettable ; mais cela suffisait largement – il fallait de toute façon s’en contenter.
Nimedhel chercha, elle fouilla, encore et encore, durant presque deux lunes. Elle était lasse. Elle se demandait s’il fallait persévérer ou abandonner. Le désespoir commençait de se faire sentir. Elle priait les Magnanimes de la guider, sans grande foi pourtant. Sa famille avait peu à peu cessé de croire fervemment aux anciennes puissances et d’en transmettre le souvenir et la pratique avec assiduité. Mais tout de même, elle pria.
Or, pendant son sommeil, cette nuit-là, un miracle se produisit. Sa défunte mère lui apparut dans un songe. « Oh ! Nimedhel chérie ! Ne te décourage pas ! Cherche encore. Cette vallée existe. Crois-moi. Mais elle est cachée à la vue de tous. Médite ces paroles. Je ne peux pas t’en dire plus. Tu es sur la bonne voie. Ne te décourage pas ! »
Nimedhel se réveilla en sursaut. Il devait être midi. Il lui semblait avoir dormi une éternité. Les doux rayons de la Soleil sur son visage la réchauffaient. C’était une belle journée de printemps.
Elle reprit péniblement conscience. Enfin elle se leva. Difficilement. Ses jambes sous elle se dérobaient ; elle se sentait extrêmement faible. Elle se traîna tant bien que mal jusqu’au garde-manger. Lentement elle se servit de pain rassis et du reste d’une cuisse de chien, qu’on avait dû abattre à cause des blessures qu’il avait reçues suite à une confrontation avec un sanglier : la coutume était de consommer les animaux domestiques morts ; elle but quelques gorgées de bière. Ce fut, sans qu’elle s’en doutât encore, son dernier repas relativement appréciable avant longtemps.
Rassasiée et revigorée, Nimedhel se rendit immédiatement aux Archives. Elle pressentait qu’elle allait enfin toucher son but.
Mais elle ne trouva rien ce jour-là. Elle rentra bredouille durant six jours encore. Sa consolation était qu’au moins, maintenant elle connaissait en théorie parfaitement la géographie du monde extérieur. Mais non encore assez à son goût : nulle part encore elle n’avait trouvé l’inscription tant recherchée: Valfée, en langue ancienne.
Peut-être avait-elle mal lu ; aussi recommença-t-elle à observer les antiques cartes.
Épuisée, Nimedhel laissa finalement vagabonder ses yeux sur ces plans tellement exaspérants par leur manque de coopération. Soudain, son attention fut attirée par quelque chose de semblable à ses attentes désespérées, qu’on pourrait transcrire ainsi : V^ilé¢. Cela se confondait étrangement, et même étonnamment, à la représentation des arbres sur le dessin… Mais elle n’avait aucun doute. Enfin elle l’avait découverte ! « Elle est cachée à la vue de tous. » Comment ne le compris-je pas plus tôt ? se dit-elle. Je ne suis qu’une idiote ! Pourquoi n’aperçus-je pas cela avant ? Qu’importe ! J’ai enfin trouvé. Merci, Mère. Que je suis heureuse !
Elle resta encore un moment là, contemplant cette carte vieille de plusieurs siècles, et pleurant. Elle pleurait sans savoir de quelles larmes. Était-ce des larmes de joie, de rage, de profonde mélancolie, ou tout cela à la fois ? Toujours est-il que quand elle eut fini, Nimedhel se sentit mieux. Elle rentra chez elle. Un long et dur voyage l’attendait.





Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.