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Rebeca - Pas avant le 24 :-)

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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1. Bray - Greystones
(par Saivh, ajouté le 23/05/07 21:42)



Elle marchait sur le chemin etroit. Le soleil lui cuisait le front. A sa gauche se decouvrait la baie de Bray. La falaise tombait dans la mer bleu sombre. Chaque pas pouvait lui etre fatal. Le vent etait violent et vif. Ses cheveux lui fouettaient les yeux et les joues.

Elle pretait peu attention au paysage autour d’elle. Ses yeux etaient rives sur les cailloux du chemin. Et sur la nuque rousse. Elle l’aurais suivi jusqu’en enfer. Il n’avait pas besoin d’etre si attirant, vraiment. Le glamour de ses gens l’aurait attachee a ses pas ou qu’il aille.

A un moment il bifurqua soudainement vers la droite. Elle ne devina l’entrée de la grotte qu’au dernier moment. L’absence de vent et le silence l’envahirent soudainement comme un coup sombre.

Elle suivi son guide. Il n’y avait pas de lumiere. Juste des canettes de Killkenny et des paquets de Tayto vides a l’entrée. Visiblement les ados du coin connaissaient l’endroit.

Le passage se faisait de plus en plus etroit et serre. Elle devinait la nuque de cuivre et les epaules de son guide. Elle ne savait pas depuis combine de temps elle marchait. Le sol etait gras.

Au bout d’un moment, une lumiere ambree lui parvint. Au fur et a mesure qu’elle avancait la chaleur semblait s’accorder a la lumiere. L’humidite avait fui. Son guide lui dit de fermer les yeux. Elle continua d’avancer. Il lui tenait la main.

Lorsqu’il la lacha, il avait cesse sa progression. Elle ouvrit les yeux. Devant elle, la grotte s’ouvrait sur une grande sale. Taille dans le roc elle vit un trone. Des bougiees etaient allumees dans chaque infractuosites. Elle vit les yeux verts. Les longs cheveux roux.

“Avance”

Le temps avait change. Les siecles etaient differents. Le poids des ans se sent comme un parfum. Et la legerte de ceux-ci appartenaient a un autre monde. Elle garda le silence et observa autour d’elle. C’etait une grotte. Mille bougies de suif et de cire. Des papillons volaient pres de la voute. Une femme aussi jeune que l’enfance des hommes siegeait sur un trone creuse dans la roche. Ses longs cheveux de bronze reposaient sur le velours vert de sa robe.

“Assieds-toi”

Elle s’installa sur un pan de roche similaire a un fauteuil.

Silencieuse, elle attendit que la reine – car elle etait bien a Tir Na nOg, non? Autrement son guide ne serait jamais venu la chercher en silence en ce beau matin – parle.

La reine fit un geste leger de la main. Elle sourit. Un sourire gracieux et canassier. Bien sur. On ne survit pas autant de siecles sans posseder certains dangers. Et une certaine seduction. Du coin de l’oeil elle s’assura rapidement que son guide etait pres d’elle.

“Tu prendras bien un peu de mead. Il est rare que l’on vienne ici sur invitation. Et encore plus rare que l’on y reste. Bois. Tu n’es pas encore entierement ici.” Elle fit un geste. Une autre femme dont elle n’aurait jamais devine l’existence sorti de l’ombre. Elle etait brune et environ de sa taille. Elle n’etait pas vetue comme les gens d’ici. Une djinn prisionniere? Elle portrait une tunique rouge. A sa ceinture pendaient un marteu et un couteau, tous deux degoulinant de sang. Un lourd collier de perles d’ambre dansait mollement sur sa poitrine. Elle tenait un plateau. La carafe et le verre tintaient avec ses pas. Derriere elle une jeune gamine a l’air provincial trainait des sacs gris. Un bruit de metal lui fit lever les yeux. Un prince a la barbe d’or se balancait dans une cage. Un enfant-lion jouait avec des chaines, narguant son prisonnier.

Elle bu le verre de mead. Elle n’etait pas inaccoutumee. Elle avait deja avale la liqueur lors des celebrations d’Imbolc et Beltaine. La premiere gorgee etait surprenante. Les suivantes offraient les visions. Elle reporta son regard sur la femme rousse.

“Le destin d’une fee”

La reine lui tendait des cartes. Elle se leva et les saisi.

“Le destin d’une fee ne se lit qu’en de rares occasions. Nos papillons sont nos constellations. Lis. Les femmes-fleurs et les femmes-papillons vivent sporadiquement a la meme saison”

Le renard et le chat roux au pied du trone etaient paisibles. Ils baillerent et se rendormirent.

Le Diable et le 7 de Denier. La fee serait-elle preoccupee? Trop de demandes? Trop de travail? Emprisonee de ses bonnes intentions?

“Mmmmm. Il me semble que votre fee devient une femme. Elle reflechi beaucoup. Elle se dit que la situation dans laquelle elle vit ne la satisfait plus. Elle se libere et celebre cette liberation. Elle a beaucoup trop donne. Il est temps pour elle d’etre libre. C’est sa rejouissance. Elle murit. Peut-etre au damne d’une femme jalouse. Mais votre fee reussi a s’echapper et devient une Sage. Elle reunit nos deux mondes en elle. Elle les contient et les comprend. Navree, mais votre fee passe a l’etape suivante. Elle est libre et entiere. Ce fut une longue route et un long combat, mais elle y est parvenue”

La reine poussa un cri. Un echo au hurlement des mouettes. Le soleil etait haut dans le ciel. Sur sa gauche Greystones refletait la lumiere aveuglante. Un rouge-gorge sautait sur une branche. Just a cote, un papillon. Elle aurait jure, l’espace d’un instant, voir une chevelure sombre, des yeux rieurs et des clochettes emmeles dans les ailes diaphanes.


Le vent chassait les nuages.





2. Les petits animaux stellaires
(par Ben, ajouté le 24/05/07 00:35)





24 mai 2007.
Pour Rebeca, pour son anniversaire.
Et pour Guillaume, bien sûr.



La nuit était venue, bleue et profonde comme les océans du nord ; et les étoiles qui s’allumaient l’une après l’autre à chaque instant illuminaient la clairière d’une clarté d’argent, paisible et immobile. A travers le feuillage des arbres, la lumière du ciel filait en rayons et projetait sur le sol des fleurs à l'éclat fragile et changeant, comme le jeu des ombres ondoyantes sur le sable du lit d’un ruisseau à l’eau limpide et fuyante. Parmi les racines emmêlées, les herbes et les mousses doucement protégées frémissaient légèrement au souffle de la brise nocturne, trouvant refuge au contact protecteur des pierres immuables qui affleuraient au milieu des ombres sylvestres. L’air était chargé des senteurs de la nuit : une humidité végétale - le parfum d’un millier de plantes porté par la rosée - inondait l’espace. C’était l’odeur de la nuit stellaire ; à la croisée des astres, en cet infime endroit de l’univers, depuis la terre jusqu’au ciel, le silence rayonnait.

Légèrement en contrebas, jouait un petit lyonceau. Il roulait dans les herbes, laissant fuser derrière lui des gerbes de fleurs, des mottes de terres, et les rugissements plaintifs d’une lutte acharnée contre un épi de blé sauvage qui refusait de se rendre. Toutes griffes dehors, il avait fini par l’encercler de ses pattes de devant, tournant tout autour pour lui donner l’assaut final, mordillant les grains en grognant, sautillant à gauche et à droite, hirsute dans la torpeur de la bataille, frétillant des oreilles chaque fois que l’épi échappait à l’étreinte de ses jeunes crocs pacifiques. L’ennemi finit par céder par la racine et envoya le lyonceau cabrioler un ou deux mètres plus bas ; après plusieurs roulades étourdissantes, un sourire félin et satisfait éclairait le visage du petit animal victorieux qui, toutes pattes dirigées vers l’étoile polaire, mordillait avec ferveur dans le corps de sa proie végétale. Ses yeux reflétaient la lumière de la nuit.

A quelques pas, sur la berge d’un lac entouré de roseaux qui ployaient légèrement au souffle du vent, un loup gris et un chat noir s’abreuvaient côte à côte, les pattes posées dans le sable, allongeant leurs museaux pour atteindre la surface de l’onde. La journée avait été chaude, et la fraîcheur de l’eau lui donnait un goût de bien-être suprême. Lorsqu’ils eurent fini de boire, chacun se passa la langue sur les babines ; le chat fit papatte dans le sable pour reprendre ses appuis, pendant que l’eau retrouvait tranquillement sa sérénité. La lune, presque pleine, commençait à prendre de l’altitude et, ainsi suspendue au milieu de la pénombre, jetait une lumière douce sur le visage des deux animaux nocturnes. Alors que le chat scrutait calmement l’eau, il fut surpris de voir deux paires d’yeux qui les regardaient fixement depuis les profondeurs. Il resta interdit quelques instants, puis, malin mais pas sûr de lui, il dit :

« C’est nous, ça ?
– Oui, lui répondit le loup. Tels que nous sommes à la lumière de la lune.
– Oh… »

Le chat semblait assez surpris, comme s’il s’était attendu à autre chose. Les feuilles des roseaux bruissèrent tout autour, alors que de petits insectes voletaient en nuages épars au-dessus du lac. Une minute ou deux s’étaient écoulées quand il se décida à poser une autre question :

« Pourquoi est-ce que mes yeux reflètent la lumière et pas les tiens? demanda-t-il au loup qui rit doucement.
– Peut-être parce que tu as peur de la laisser entrer? »

Cette explication n'avait pas vraiment l'air de satisfaire le chat qui baissa la tête et se mit à regarder fixement l'onde immobile. Il cligna des yeux plusieurs fois, comme pour chasser une illusion ; la lune montait toujours et la pénombre était baignée d’un halo diffus qui semblait émaner de toute chose. Alors que les pupilles du chat s’amincissaient dans la lumière, le loup ne semblait nullement troublé par son propre reflet ; au contraire, il avait entrepris d’en faire un jeu, et de sa patte droite, sûre et adroite, il s’amusait à perturber la surface de l’eau grâce à des gestes surprenants et originaux. Les vaguelettes déformèrent d’abord son visage, puis, au fur et à mesure qu’il prenait de l’assurance, il put inclure à sa technique la totalité de son corps. D’abord il joua sur les simples déformations ; il s’amusait à modifier ses propres proportions, l’aspect de sa fourrure. Puis rapidement, il s’attaqua à des défis plus complexes ; de loup, il devint d’abord simple chien, puis homme vêtu d’une fourrure lupine. Bientôt dans le miroir aquatique, les formes se multiplièrent, et les couleurs mêmes commencèrent à se transformer. Le chat regardait stupéfait le ballet aquatique qui défilait sous ses yeux pendant que le loup caressait avec aisance, de ses pattes de devant, l’onde apprivoisée. Il vit des dragons, multicolores, se livrant des batailles acharnées pendant que de nobles fées parcouraient les forêts et les vallées de la Terre pour guérir les blessures du monde. Il vit de nombreux peuples, de toutes les époques, de toutes les contrées, parfois venus d’autres planètes, d’autres astres. Les paysages, quelque fois désolés, souvent vertigineux, montraient pour la plupart – lorsqu’ils étaient habités – des architectures extravagantes, indescriptibles. Le loup paraissait parfaitement calme, et seuls son sourire figé et serein et le regard concentré vers le théâtre des images qu’il avait créé laissait trahir la force qui le transcendait en cet instant. Le monde semblait aspiré par le phénomène, qui puisait dans les composantes des choses alentour les touches de couleurs et les formes qui se mélangeaient. Et plus rien n’existait en dehors de l’eau.

Le chat mit timidement une patte au travers de la surface ; et il tenta d’esquisser quelques gestes. Mais quelle que fut la force de concentration qu’il projetait dans la tâche, il ne pouvait détacher son regard de ses propres yeux qui émergeaient au milieu de sa création, reflétant toujours plus la lumière de la lune et des étoiles. Il paniqua un peu puis dit :

« C’est le genre de choses que je ne saurais plus faire… et puis je suis tombé déjà dans l’eau autrefois et je me souviens maintenant à quel point son contact m’est pénible. »

Le loup, à l’écoute, ralentit ses mouvements ; et quand il fut parfaitement calme, presque immobile, il se contenta d’adoucir le reflet des arbres et des roseaux pour tenter de réconforter le chat. On entendait à présent le seul bruit léger de l’eau, remuée par les esquisses simples et tranquilles du loup, mêlé au ronronnement du petit lyonceau qui, depuis quelques instants déjà commençait à somnoler, sur le dos, et les pattes repliées dans le vide.

Le calme fut brisé relativement vite ; on entendit une longue et faible plainte, provenant de la clairière, et les deux animaux se retournèrent. Ils virent alors la Renarde arriver, et quelque chose d’inhabituel semblait venir avec elle comme une ombre lourde et envahissante. Le petit chat senti son cœur tomber dans sa poitrine comme si on y avait attaché une pierre ; quelque chose de familier vibra en lui, et il eut un court instant effroyablement peur pour la Renarde.

« Je reviens dans dix minutes », dit le loup, visiblement troublé cette fois-ci mais tentant de ne pas le laisser paraître. Le chat le regarda s’éloigner en bondissant, et se précipiter vers la Renarde qui s’était couchée au milieu de la clairière. Elle était blessée et avait l’air exténuée par une marche de retour qui avait dû être longue et éprouvante ; elle parlait difficilement et tentait de retenir avec fierté les plaintes que lui infligeait sa blessure à vif. Le chat ne cachait pas son inquiétude ; il admirait depuis un temps la Renarde pour la force mêlée d’intuition et de sagesse qui émanait d’elle et il se demandait quel animal avait bien pu l’atteindre, elle, au-delà de la protection que lui apportait ses qualités.

« Elle a dû se laisser blesser », se dit le chat, ne voyant pas d’autre explication.

Le loup s’affairait autour de la Renarde, tentant par tous les moyens disponibles de lui rendre son repos plus agréable. Il avait rassemblé avec ses pattes un lit de mousses sur lequel il avait appuyé doucement sa tête, et il s’était assis tout à côté d’elle, en la regardant silencieusement, dans une posture solide et réconfortante. Seul son regard laissait trahir l’angoisse qui l’avait saisi, lui aussi. Ils restèrent là tous les deux silencieusement pendant bien plus de dix minutes. Le chat contemplait l’étendue du cosmos le cœur serré ; il trouvait parfois un certain réconfort dans l’espérance que l’immensité du vide pouvait lui arracher toute la souffrance qu’il captait du monde ; il se sentait aussi profond et noir qu’un puits de douleur, avait toujours détesté plus que tout l’instabilité, ces choses qui changent, et la blessure. Et les sentiments, qui était le moteur instable du monde ; mais il n’était fait que de sentiments, et il le savait bien ; alors pour la Renarde, il pleura comme le font les chats : dans son cœur.

Et, alors qu’il avait établi un pont avec l’infini, la Renarde se leva enfin, et elle tourna son visage vers le ciel. Le chat ne comprit pas d’abord ce qu’elle pouvait bien voir, lui qui croyait si bien connaître les reliefs célestes pour y avoir tant de fois batifolé. Alors il regarda dans la même direction, et il fut surpris. Au milieu de la drapée bleue marine constellée de lumière, il aperçut un éclat doré qu’il n’avait jamais vu auparavant ; et la lumière, d’abord faible, sembla très nettement gagner en force et en beauté, tandis que la Renarde s’ouvrait à elle.

« C’est mon étoile… », dit la Renarde. « Il me suffit de la regarder là haut dans le ciel pour pouvoir presque la toucher avec mon cœur. Et si je ferme les yeux… »

Le feuillage des arbres frémissait, et le silence s’épanouissait comme une fleur qui aurait contenu le monde entier dans ses pétales ; depuis la terre, une force puissante s’élevait vers le ciel, que le chat senti passer à travers tout son être. L’étoile rutilait. Et elle prit corps ; et des lumières dorées se mirent à danser entre les arbres comme des serpents incandescents entrelacés ; et toute chose fut enchantée. Sur le tronc des arbres, sur le tapis de feuilles qui couvrait la clairière, sur les visages de la Renarde et du Loup, des papillons d’ombres et de lumière virevoltaient dans un ballet incessant et toujours renouvelé. Le chat plissa les yeux ; de ses pupilles mince et noires comme le jais, il ne restait qu’une fente mince ; et ils rutilaient, verts comme des émeraudes, à l’ombre des roseaux. Il ne put vraiment observer ce qui se passa ensuite dans la clairière ; il lui sembla un court instant voir au milieu de la mer de lumière et du jeu des vagues de clarté le flottement fugitif d’une longue chevelure brune et d’une longue chevelure blonde. Puis, enfin, progressivement, le monde retomba à nouveau dans sa tranquillité paisible. La blessure de la Renarde avait complètement disparue. A la place, sur le poitrail du loup, une entaille suintait légèrement, goutte à goutte. Le chat voulut se précipiter, mais le loup lui dit :

« Ce n’est rien. Il s’agit d’une marque d’amour : ça ne fait pas mal. »

Et pour illustrer ses dires, il se mit tranquillement debout, se retourna, et dit à la Renarde :

« Viens mon cœur orageux, il est temps d’aller trouver un peu de repos. »

Et ils s’éloignèrent tous les deux, suivit du petit lyonceau qui naviguait, lui aussi, aux étoiles ; l’espace d’un instant, avant qu’elle ne disparaisse derrière le relief de la forêt, le chat aurait juré la voir, elle, à la prestance si secrète, entourée d’un halo d’or.

Il se retrouva seul au milieu du silence, et tout rayonnait autour de lui ; et chaque goutte de rosée avait capturé la lumière de l’étoile. L’une d’elle tombait de temps en temps d’une feuille dans un tintement de clochette dorée. Il leva les yeux vers le ciel dans un soupir ; l’étoile avait disparu, mais à la place, deux autres étaient nées, l’une d’un roux malin et espiègle, l’autre d’un gris profond et secret. Il les contempla un moment, renvoyant au ciel sa propre lumière ; puis enfin, il chassa la peur de son cœur. Et alors, comme le lui avait montré la Renarde, le visage rivé aux étoiles, il ferma les yeux.





Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.