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Apparence  

 

Celui qui hantait la forêt...

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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1. Petite introduction
(par Ronan Mackowski, ajouté le 08/02/02 02:26)


Voici le début d’une nouvelle commencée il y a plusieurs années, et restée inachevée depuis (pour être parfaitement exact, je dois avouer que le contexte ne devait pas être à l’origine la TdM, mais une autre contrée, sortie de mon imagination ; quelques ajustements se sont donc révélés nécessaires, mais en fait relativement peu puisque je n’ai jamais eu le courage de continuer).
Je suppose que l’histoire se déroule au cours du Quatrième Âge (vers 2000-2500), assez loin dans le temps pour que les hommes aient pu oublier- ou mythifier- les événements des « Temps Anciens » (mais peut-être une connaissance plus directe de certains récits demeure-t-elle en certains endroits?). Quand au lieu, il est je pense assez clair au vu des premières lignes, mais je trouve inutile de préciser davantage avant que la suite ait été écrite (pour la simple et bonne raison que je n’en ai moi-même pas d’idée claire).
A présent que ces quelques éléments ont été précisés, je vous laisse lire le début de ma nouvelle, en attendant avec impatience les premiers ajouts.



2. Une forêt des plus mystérieuses...
(par Ronan Mackowski, ajouté le 08/02/02 02:36)


« Nul n’a jamais pu apercevoir la créature fabuleuse qui se cache dans les profondeurs de la forêt », me prévint mon hôte, la nuit précédant mon départ pour le bois de l’Homme-Arbre, que je voulais explorer afin de découvrir cette bête mythique que l’on disait parcourir en liberté les espaces sylvestres inexplorés depuis maints Âges du monde. Nous nous trouvions dans une simple cabane de rondins à l’orée de la forêt, et le bûcheron continuait à me parler du bois et de ses mystères. Mais je ne l’écoutais déjà plus, perdu dans mes pensées ; je pensais à mon frère disparu, dont le dernier message m’était parvenu trois mois auparavant, avec ces simples mots, tracés d’une écriture tremblée et malaisée à déchiffrer : « ...Suis...le chemin de l’Ente...dans le bois...la lumière… » En lisant cela, une étrange impression m’avait envahi, comme si j’avais pu deviner les sentiments qui avaient agité mon frère durant son exploration.
Une étrange torpeur me saisissait ; juste à temps, je parvins à me relever et m’excusai auprès de mon hôte. J’allai me coucher sur le lit qu’il m’avait préparé et sombrai bientôt dans un sommeil sans rêves.
En pénétrant dans la forêt le lendemain matin, j’eus l’impression d’un vague souvenir, juste une ombre aux frontières indécises de mon esprit : comme si ce reflet singulier du soleil sur le miroir aqueux des feuilles d’arbre, cette vivacité de l’atmosphère, d’une cruauté presque insupportable, m’étaient depuis toujours familiers. Cependant, les arbres (y compris ceux d’essence ordinaire) ne ressemblaient à rien de ce que j’avais pu connaître au cours de mes voyages : une profonde antiquité suintait de leur écorce, de leurs feuilles, de leurs racines mêmes, quand elles apparaissaient dénudées par les intempéries, et leurs formes étaient uniques.



3. Voyage dans la forêt
(par Babycakes, ajouté le 13/02/02 09:46)


Ma contemplation admirative se poursuivit encore pendant quelques minutes. Enfin, je me décidai à continuer mon chemin. Malgré tout, je faisais des pauses assez fréquentes car un désagréable picotement dans ma nuque m’annonçait que quelqu’un (ou quelque chose) me suivait. Ça en plus des bruissements de feuilles que je croyais déceler…
Mais ces bruits n’étaient pas la seule raison de mon arrêt. En effet, dans cette forêt inconnue où peu de personnes osaient pénétrer, mon courage me faisait défaut assez souvent, il me fallait m’arrêter et penser à mon frère pour me rebâtir une volonté minimale…
Plus j’avançais dans cet étrange endroit, moins les bruits de pas se faisaient discrets. Pendant un moment, j’ai cru que c’était mon frère qui m’épiait ainsi. Mais pendant un moment seulement. Si c’était le cas, il se serait déjà précipité vers moi, un cri de joie s’échappant de sa gorge, les bras grands ouverts…
Mais au lieu de ça, un silence. Un silence oppressant, dans une chaleur étouffante. Mais il fallait que je continue. Peut-être que mon frère m’attendait quelque part, prisonnier de quelque chose, alors j’irai le libérer… Si ce quelque chose n’était pas trop dangereux, tout de même…
Allons, voilà que je recommence ! Il me faut partir, maintenant. Soutiens-moi, mon frère !


4. Le mystère (et la forêt) s'épaississent...
(par Ronan Mackowski, ajouté le 11/03/02 00:35)


Enfin, n'en pouvant plus d'épuisement, je dus m'arrêter peu après le milieu du jour, au pied d'un gigantesque frêne solitaire, dont les racines épaisses m'offraient un abri idéal contre la chaleur et le soleil.
Comme je luttais contre la somnolence que je sentais m'envahir peu à peu, je levais les yeux, sans pouvoir apercevoir le ciel à travers les hautes branches. Il me sembla alors que le rideau vert s'écartait soudain pour révéler un visage grotesque, à la peau rugueuse comme de l'écorce, dont elle avait la couleur; au milieu de ce visage, je sentis un oeil me fixer, sombre et profond comme une nuit sans étoiles. Bientôt après, cette vision fut remplacée par celle d'une caverne entourée d'arbres de tous côtés, d'où sortait un ruisseau limpide qui scintillait au soleil.
A ce moment, je dus m'assoupir pendant un certain temps, car lorsque j'émergeai de ma torpeur et de l'ombre du feuillage, l'après-midi tirait à sa fin. La faim qui me tenaillait, d'ailleurs, ma rappela que je n'avais pas mangé depuis plusieurs heures. J'établis donc un campement sommaire, dans une clairière qui s'ouvrait de façon opportune à quelque distance de là.
C'est alors que mon regard fut attiré par une série d'empreintes de pas profondément enfoncées dans le sol, qui se dirigeaient vers le frêne et en repartaient. Je me rapprochai pour les examiner, mais ma perplexité ne fit qu'augmenter: en dépit de leur caractère indéniablement humain, j'étais bien incapable de les rattacher à quelque race ou peuple que ce fût.
Leur taille en premier lieu ne me paraissait guère ordinaire, aussi longue que mes deux mains réunis; je notais également cet autre fait indiscutable, et tout aussi inexplicable: l'espacement entre chaque empreinte, qui, ajouté au premier élément, faisait de la créature en question un véritable géant.
Guère rassuré par cette preuve d'une surveillance active de la part de la forêt, je tentais néanmoins de me rasséréner en me disant que celle-ci ne semblait pas malveillante, m'ayant laissé parvenir à cet endroit sans intervenir.
Plus tard, je m'installai dans la clairière et y allumai un feu avec des branches mortes éparpillées à proximité; je sentais le temps se rafraîchir avec la venue de la nuit, et de plus, je ne tenais pas à me retrouver tout à fait désarmé, au cas où mon mystérieux visiteur, dont les intentions m'étaient encore inconnues, reviendrait.
Cela ramena mes pensées à un sujet plus douloureux: la situation de mon frère. Etait-il possible qu'il fût prisonnier de cette créature- je ne pouvais me résoudre encore à imaginer sa mort? Et si oui, dans quel état pouvait-il se trouver? Autant de questions sans réponses, qui ne firent qu'accroître mon angoisse, déjà éveillée par l'agitation des arbres autour de mon modeste foyer, alors que le vent avait cessé de souffler pour un temps; ils semblaient se murmurer les uns aux autres des secrets cachés aux autres êtres vivants. Le ciel lui-même paraissait faire écho à mon inquiétude, et les étoiles étaient voilées comme par une toile d'araignée mouvante.
Je tentais néanmoins de trouver le calme et le sommeil, afin de me reposer de ma longue marche du jour, mais en vain, et l'aube me trouva aussi peu reposé que la veille.



5. Enchantement
(par Ronan Mackowski, ajouté le 27/03/02 18:07)


Ce jour-là, comme les jours suivants, je continuai à m’enfoncer à l’intérieur de la forêt, mais sans plus rencontrer aucune trace de mon mystérieux poursuivant. Au lieu de cela, je percevais autour de moi la vie contrastée qui habitait les arbres, le lent bouillonnement de la sève que je sentais parfois sourdement s’écouler le long de l’écorce en y posant la main, le bruissement des feuilles et des rameaux qui peuplait mes oreilles d’échos familiers ; mais il y avait aussi tout ce qui fait l’animation d’une forêt en temps normal : le mouvement discret, à la limite de l’imperceptible, du renard ou du daim sauvages dont frissonnaient les buissons environnants, le merle qui captivait mon oreille de son chant agressif et joyeux…
Toutes ces merveilles trop vite entr’aperçues (et dont la nostalgie hantait irrémédiablement mon esprit dès que je les avait quittées) occasionnaient maintes haltes méditatives dans ma progression, parfois pénible, parfois rendue plus aisée lorsqu’au milieu de la dense étendue de verdure s’ouvrait de temps à autre une trouée, presque une clairière, où l’herbe poussait abondante.

Dans cette excitation quasi-panthéiste où chaque sensation parvenait à saisir plusieurs sens à la fois, -comme si des correspondances mystérieuses pouvaient s'établir entre l’ouïe et la vue, ou le toucher -, et où le moindre rai de lumière qui réussissait à se faufiler sous l’épais dais de branches et de rameaux entrelacés, qui procurait parfois une atmosphère de ténèbres plus épaisses que la nuit (quand bien même le milieu de la journée eût-il été atteint ou dépassé), évoquait des mondes plus anciens que le soleil, je n’arrivais pas à garder une conscience claire de l’écoulement du temps.
Mais d’autres éléments pouvaient m’apporter une indication, sinon précise, du moins assez fiable pour me permettre de juger de mon avancée. De fait, au fur et à mesure que je sentais la dénivellation générale du sol augmenter, je remarquais un subtil changement dans les essences des arbres, l’intrusion de plus en plus insistante de bouquets de bouleaux au milieu des massifs plus sombres de chênes et de frênes qui avaient jusque là dominé le paysage, comme si le passage vers une nature différente, plus montagneuse et plus difficile, s’effectuait par l’entremise de cette présence plus fréquente, comme l’annonce probable d’un changement de saison.

Mais en ces moments de contemplation bénis, comme je m'empressais alors d'oublier mon frère! Quand je m'en apercevais, c'est avec amertume que je blâmais cette indifférence comme la marque d'un esprit prompt à satisfaire les passions égoïstes de son âme au détriment des souffrances que pouvaient endurer les personnes qui m'étaient le plus chères.
Et pourtant, cela me déchirait le coeur que de délaisser, ne fût-ce qu'un instant, ces magnifiques paysages pour poursuivre mon errance, je m'en rendais compte à présent, sans but réel.


6. Rencontre
(par Ronan Mackowski, ajouté le 04/11/02 12:55)


Ces sombres pensées ne cessaient de me harceler, rendues d’autant plus douloureuses par l’inutilité apparente de mes efforts ; de plus, je me rendais compte enfin de la folie de mon entreprise : comment espérer retrouver un être humain perdu au milieu de l’immensité de cette forêt, en m’élançant au hasard, sans aucune piste sérieuse et sur la foi de divagations griffonnées sans suite par un esprit qui n’avait sans doute plus toute sa raison, égaré par les privations et les effets d’un contact prolongé avec la nature sauvage ?
Et pourtant, chaque fois que j’essayais de rebrousser chemin, une étrange force, qui paraissait émaner de la forêt alentour, et plus particulièrement de certains arbres, de toutes essences, qui s’élançaient plus majestueux à l’assaut du ciel, de sorte que l’on aurait pu les prendre pour les rois de ces sous-bois, me poussait à avancer sans cesse.
Enfin, n’en pouvant plus, je me résolus à obéir sans réserves à cette impulsion qui me conduisait vers un destin que j’ignorais, et au crépuscule d’une longue journée de marche qui m’avait amenée au pied des premiers contreforts des montagnes se dressant à l’horizon telles des bornes qui à l’issue d’une route depuis longtemps fréquentée semblent indiquer qu’une nouvelle étape vient d’être franchie et qu’au-delà attendent des contrées et des aventures nouvelles dont elles gardent les abords, j’arrivai inopinément devant un spectacle tel qu’il ne m’avait été donné de le contempler qu’en rêve. Une large clairière s’étendait soudain devant moi, interrompue par une paroi rocheuse dans laquelle s’ouvrait une grotte, d’où s’échappait en cascades tintinnabulantes un ruisseau dont les teintes irisées s’épanouissaient sous le soleil couchant.
Intrigué, et aussi, il faut le dire, attiré par le calme et la sérénité de l’atmosphère, je m’approchai de l’ouverture béant dans le mur devant moi, non sans noter l’absence de tout mouvement, à part celui, inoffensif, de l’eau, alentour ; pourtant, j’en étais sûr, ce lieu avait été habité encore récemment, même si aucune trace tangible d’occupation humaine ou animale n’était visible de l’endroit où je me trouvais.
Pour accéder de plain-pied à la grotte, il fallait grimper quelques marches grossièrement taillées à même le roc ; j’en profitai pour recueillir un peu d’eau dans le creux de mes mains et me désaltérer : son goût, sans être désagréable, apportait une fraîcheur et un piquant qui étonnaient au premier abord, mais qui me poussèrent à étancher complètement ma soif sur le champ, de sorte que la faim qui me tenaillait depuis plusieurs heures s’en trouva également apaisée.
En me hissant sur le rebord de la caverne, devant l’entrée de laquelle s’écoulait en un mince rideau argenté le petit ruisseau dont le simple contact m’avait tant ragaillardi, je me rendis compte que tout ici avait été conçu pour un être aux proportions gigantesques, qu’il ne ferait peut-être pas bon rencontrer si près de son antre. J’essayai d’imaginer quelle créature connue ou inconnue pouvait mesurer une telle taille, tout en ayant l’utilité de ces gigantesques pots de grès que je distinguais à peine dans l’ombre sur le sol, mais invariablement, mes pensées revenaient se fixer, avec une insistance qui en devenait inquiétante, sur le mystérieux visiteur qui avait troublé mes premières journées de voyage.

Tout à coup, comme je me tenais à mi-hauteur de la paroi, indécis sur le chemin à emprunter, à mes oreilles attentives retentit le léger tintement d’un rire joyeux, se confondant presque avec le murmure de l’eau dont il possédait l’insouciance et la gaieté ; me dressant d’un bond, prêt à fuir au moindre signal hostile, je tentais d’en découvrir la source, mais j’eus beau tourner la tête de tous les côtés, ce fut en pure perte ; et pourtant, le son en avait résonné tout près de mes oreilles, si proche à me faire presque sursauter, mais semblait en même temps provenir, comme un lointain écho, d’une ère où le monde était encore jeune, et où le soleil n’avait pas encore dérangé l’ordonnancement immémorial des étoiles (une telle sensation m’avait déjà traversé l’esprit auparavant, au cours de ma traversée de la forêt, mais jamais avec une telle intensité)
Je demeurais immobile, incertain si je devais quitter les lieux au plus vite, ou au contraire chercher une explication, rationnelle ou non, à ce qui venait de se passer ; mais même ainsi, je n’éprouvai nulle crainte véritable devant ce mystérieux phénomène ; peut-être était-ce dû au fait que je n’avais guère prêté qu’une oreille distraite aux histoires que se répétaient les forestiers en frissonnant, mais j’en savais néanmoins assez pour me tenir sur mes gardes.
Au bout d’un moment, n’entendant aucun bruit suspect, je me rassérénai un peu et me risquai à descendre quelques marches. C’est alors qu’une voix provenant de nulle part, mais indiscutablement humaine, commença à articuler des sons incompréhensibles au creux de mon oreille, manquant me faire chuter, pris de panique, par la même occasion. Je me rattrapai de justesse au tronc d’un arbre et me laissai tomber à terre.
A ce moment, je le vis : une silhouette pâle et élancée, illuminée comme par une intense lumière au milieu de la clarté déclinante du crépuscule, venait d’apparaître parmi la végétation clairsemée de la clairière, à quelques mètres devant moi.






Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.