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#226 Hier 23:27

Hyarion
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Re : Expositions temporaires & musées

Depuis l'automne dernier, sur X (ex-Twitter), le romancier Benjamin Randow partage des extraits du monumental Journal intégral – donc non expurgé – de Julien Green (1900-1998), publié en plusieurs tomes dans la collection Bouquins de chez Robert Laffont, sous le titre Toute ma vie. Ce ne sont que des extraits, mais ils témoignent déjà assez, à mes yeux, de la grande valeur de cette œuvre, que ce soit sur le plan littéraire ou sur le plan historique. Dans ce journal tenu de 1919 à sa mort, Green y apparaît tel qu'il fut, avec ses défauts (réels), ses qualités (réelles aussi), son regard sur sa vie – intellectuelle, littéraire, sentimentale, spirituelle, sexuelle... –, ses proches (son compagnon journaliste, sa sœur...) et le monde comme il l'a connu au XXe siècle, le tout exprimé avec une sincérité parfois potentiellement dérangeante. Certes, sans surprise, une large part de son horizon ne me parle pas – c'est notamment, je crois, inévitable quand on ne partage pas la même orientation sexuelle (que l'on ne choisit pas), et/ou que l'on ne partage pas un rapport similaire à la religion (que l'on choisit ou du moins que l'on devrait librement pouvoir choisir) –, mais l'essentiel est ailleurs, Green ayant été, à divers moments, un fin observateur de la nature humaine, notamment dans le contexte politique et social, pour le moins chargé, de l'entre-deux guerres, de la Deuxième guerre mondiale et des lendemains de celle-ci.

Écrivain américain d'expression française, né et mort à Paris, Julien Green aima profondément la France, ce qui transparaît d'autant plus durant la période du deuxième conflit mondial, qu'il vécut réfugié aux États-Unis dans un sentiment d'exil et avec la conviction que la France était avec Charles de Gaulle (ses sentiments francophiles étaient sans doute devenus un peu différents dans les toutes dernières années de sa vie, Green ayant notamment indiqué en 1996, à Maurice Druon, secrétaire perpétuel de l'Académie française dont il était membre depuis 1971 – élu au fauteuil de François Mauriac –, qu'il se sentait, désormais, « américain, exclusivement » et voulait quitter l'institution... mais cela sans pour autant quitter Paris). 

Je me permets de partager ici quelques extraits du Journal intégral, où il est en particulier question de tableaux vus par l'écrivain dans des musées, à Paris – au Louvre ou lors d'une exposition sur Manet au musée de l'Orangerie – et ailleurs en France, dans les années 1930 : 

Je vais au Louvre presque tous les jours depuis plusieurs années ; je n’y ai jamais rencontré personne de connaissance.
Ma dette envers le Louvre est infinie.

Julien Green, Journal, dimanche 25 octobre 1931.

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Nous allons regarder les Manet [au musée de l'Orangerie]. Cette grande virtuosité me gêne. Le groupe des mendiants me semble une chose d’atelier qui n’a de réalité nulle part, ni dans le monde réel, ni dans le monde imaginaire. Admiré le torero mort et surtout le portrait de la jeune veuve au regard fixe et mystérieux [?]. Je reproche à Manet son élégance, cet air d’homme du monde qu’il a en peignant, une espèce de négligé de bon ton, et un manque de sérieux, oui, une sorte de frivolité ; même dans Le Balcon dont la beauté m’atteint directement.

Julien Green, Journal, 23 juin 1932.

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Édouard Manet (1832-1883).
L'Homme mort ou Le Torero mort, vers 1864.
Huile sur toile, 75,9 x 153,3 cm.
Washington (DC), National Gallery of Art.

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Édouard Manet (1832-1883).
Le Balcon, 1868-1869.
Huile sur toile, 170 x 125 cm.
Paris, musée d'Orsay.


Après déjeuner, nous sommes allés au Louvre. [André] Gide voulait voir la Descente de croix de l’église de Nouans. Je le pilote, car sans moi il se perdrait infailliblement. Il y a si longtemps qu’il n’a mis les pieds au Louvre qu’il ne sait pas même qu’on n’y entre qu’avec un ticket. C’est Malraux qui lui a parlé de la Descente de croix. Gide lui préfère la Pietà d’Avignon, va de l’une à l’autre pour les comparer. Je le mène devant le portrait de l’inconnu en chaperon noir qui mange du pain et tient à la main un couteau de cuisine. Gide le connaît, l’aime beaucoup. Il me regarde furtivement avec cette expression curieuse qu’il a toujours quand il va me dire quelque chose qui me concerne – une expression presque gênée – et il laisse tomber : « Si vous aviez été peintre, vous auriez peint des portraits, Green. » Et il s’éclaircit la voix. Je le mène ensuite devant les Caravage dont il ne se souvenait pas bien. Dans le portrait d’Alof de Wignacourt, le page de ce guerrier barbu retient un instant sa curiosité. Nous bavardons gaiement et nous quittons dans les meilleurs termes.

Julien Green, Journal, 22 septembre 1933.

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Pietà dite de Nouans, attribué à Jean Fouquet, vers 1460-1465. 
Huile sur bois (noyer), 168 x 259 cm. 
Église Saint-Martin de Nouans-les-Fontaines (Indre-et-Loire).
(Tableau exposé au Louvre en 1933).

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Pietà de Villeneuve-lès-Avignon (ou Pietà d'Avignon), attribué à Enguerrand Quarton, entre 1450 et 1475.
Tempera sur panneau de bois (noyer), 163 x 218 cm. 
Paris, musée du Louvre.

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Michelangelo Merisi, dit Caravaggio, Caravage ou Le Caravage (1571-1610).
Alof de Wignacourt (1547-1622), grand maître de l'Ordre de Malte de 1601 à 1622, et son page, vers 1608.
Huile sur toile, 194 x 134 cm.
Paris, musée du Louvre.


En arrivant à Nantes, nous sommes restés confondus de la laideur de cette ville, plus laide que les plus noirs quartiers de Paris. Un autobus partait vingt minutes plus tard pour Angers. Nous l’avons pris. Arrivés à Angers vers 8 heures et demie du soir. Très beau voyage le long de la Loire jusqu’aux Ponts-de-Cé. Dormi dans un hôtel près des jardins de la préfecture. Le lendemain matin au logis Pincé, petit musée où il y a beaucoup de bric-à-brac et quelques belles choses. Une toile de Watteau. Groupe de soldats sur un fond orageux. Les hommes vêtus de jaune clair, la terre livide, le ciel d’un gris-bleu qui tourne au noir. Deux petites toiles d’Ingres, une odalisque et un Paolo et Francesca. Francesca paraît de glace, mais Paolo est un agréable jeune homme, un peu efféminé, qui tend un cou interminable vers sa maîtresse et colle sa bouche contre la joue de celle-ci. Il a l’air de boire, de sucer. Les caprices de Goya. Je ne les connaissais pas tous. Ils m’ont profondément ému. Surtout Jusqu’à la mort. Et Où va maman ? et De quelle maladie va-t-il mourir ?, et tous. Quel romancier merveilleux ! Une mauvaise peinture représentant un admirable garçon, sicilien, je pense, l’œil sauvage et doux à la fois, le teint chaud, le cou brun, musclé, offert aux baisers.

Julien Green, Journal, 29 août 1934.

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Jean-Antoine Watteau (1684-1721), ou école française d'après Watteau. 
Recrues rejoignant leur régiment, sans date (XVIIIe siècle). 
Peinture sur bois, 23,3 x 37,7 cm. 
Angers, musée Pincé.

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Francisco José de Goya y Lucientes (1746-1828).
Les Caprices (Planche 55) : Jusqu'à la mort (Hasta la muerte), 1797-1799.
Estampe.
 

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Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867).
La Grande Odalisque « Turpin de Crissé », vers 1824.
(une des versions en petit format du tableau d'Ingres La Grande Odalisque, 1814, au Louvre).
Huile, 20 x 28 cm. 
Angers, musée Pincé/musée des Beaux-Arts.
 

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Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867).
Paolo et Francesca, version Angers, 1819. 
Huile sur toile, 50 x 41 cm. 
Angers, musée des Beaux-Arts.
 

En ce qui concerne le Paolo et Francesca du maître Ingres, Francesca ne me parait pas « de glace » contrairement à l'avis de Green, et il y a ce livre qui tombe... 

Je rajoute un passage du Journal datant de l'immédiat après-guerre (1946), Green étant alors revenu vivre à Paris. 

Hier le père [Marie-Alain] Couturier à déjeuner. Je lui ai montré des photographies de tableaux, je lui fais remarquer, à propos du Narcisse de Poussin, que les jambes vues par les peintres du XVII° siècle n'avaient pas la forme qu'elles avaient aux siècles précédents et qu'elles eurent plus tard, par exemple au moment où peignait David. André David me disait l'autre soir qu'on avait conservé au Français les costumes de l'époque de Molière et que les costumes d'hommes indiquaient très nettement que les hommes du XVII° siècle avaient les épaules tombantes comme les femmes. Les épaules du Narcisse de Poussin sont, selon moi, idéalisées et vues comme des épaules grecques. Il y a un style anatomique et qui ne tient pas seulement à la manière du peintre ou du sculpteur. L'élève Bayard qui posa pour le Romulus de L'Enlèvement des Sabines n'était pas fait comme les hommes de Puget. Plus frappante encore la différence entre les visages d'une époque et ceux d'une autre. Cependant, on voit en France des têtes du Moyen Âge, d'autres qui ne s'expliquent, qui ne prennent tout leur sens que si on les coiffe, par l'esprit, d'une perruque Louis XIV, mais il m'a toujours semblé que le type dominant est celui du XVIII° siècle, alors que je ne puis voir un Allemand sans penser tantôt aux statues de la cathédrale de Naumburg, tantôt à certains portraits de Dürer (celui de Bernhard von Reesen, à Dresde, ou celui de l'inconnu qu'on appelle le tailleur Fabbri de Dürer).

Julien Green, Journal, 2 janvier 1946.

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Albrecht Dürer (1471-1528).
Portrait de Bernhart von Reesen, 1521. 
Huile sur panneau de bois, 45,5 x 31,5 cm.
Dresde, Gemäldegalerie Alte Meister.

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Nicolas Poussin (1594-1665).
Écho et Narcisse (détail), vers 1629. 
Huile sur toile, 74 x 100 cm.
Paris, musée du Louvre.

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Jacques-Louis David (1748-1825).
Les Sabines (détail), 1799. 
Huile sur toile, 385 x 522 cm.
Paris, musée du Louvre.

Jacques-Louis David a fait l'objet tout récemment d'une belle rétrospective au Louvre, du 15 octobre 2025 au 26 janvier 2026 (j'ai bien fait de ne pas trop tarder pour aller la voir, dès fin octobre, car le dernier jour en janvier, l'expo en question ne fut pas accessible en raison d'une grève – par ailleurs justifiée – du personnel du musée). S'agissant du modèle pour le Romulus des Sabines, sauf erreur de ma part, je crois me souvenir que David lui-même avait indiqué une autre personne que celle indiquée par Green, bien que l'élève Bayard ait effectivement été mentionné ultérieurement comme tel dans la biographie critique de David par Charles Saunier... 

Toutes les œuvres mentionnées par Green ne sont pas identifiées, mais j'invite les esprits curieux à essayer de compléter ce qui peut l'être. 

Et si quelqu'un a, par ailleurs, un avis concernant le chardonneret aux pieds de Léda (dans un certain tableau de la collection de la Galerie Borghèse à Rome) dont j'avais parlé, ici même, vers la fin de mon précédent message du 14 novembre 2024, je reste intéressé. ^^

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D'après Léonard de Vinci, Léda et le cygne (tempera et huile sur panneau, avant 1517).
(Paris, musée Jacquemart-André ; photo : 24 octobre 2024)

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D'après Léonard de Vinci, Léda et le cygne (tempera et huile sur panneau, avant 1517), détail.
(Paris, musée Jacquemart-André ; photo : 24 octobre 2024)

Amicalement, 

B.


[EDIT: corrections de fautes diverses]

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Silmo
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Re : Expositions temporaires & musées

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