Forum JRRVF
Tolkien dans la Revue des deux mondes - Version imprimable

+- Forum JRRVF (https://www.jrrvf.com/forum)
+-- Forum : L'Œuvre - Etudes & réflexions (https://www.jrrvf.com/forum/forumdisplay.php?fid=3)
+--- Forum : Tolkien et la Littérature (https://www.jrrvf.com/forum/forumdisplay.php?fid=11)
+--- Sujet : Tolkien dans la Revue des deux mondes (/showthread.php?tid=1670)

Pages : 1 2 3


Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 08/01/2004

Pour répondre brièvement sur du ressenti, je truve que le SdA est respecté depuis qu'il est sorti au cinéma. Je trouve que l'oeuvre cinématographique ne rend pas convenabeemnt témoignage à l'oeuvre (normal), mais au moins, on peut dire maintenant à haute voix que l'on est lecteur et admirateur du SdA, on n'est plus moqué ou regardé comme un grand enfant comme autrefois. Le public a compris que le SdA était une oeuvre sérieuses, et les lutins et les petits elfes ont fait place à la noble épopée de l'anneau. Dans mon milieu, les séminaristes ont même cessés d'avoir peur (c'était le cas pour certains) de ces magiciens en découvrant qu'il n'y avait rien là d'ésotérique !

Donc, le film a eu pour effet ce changement des mentalités, avoir enseigné au public que le SdA n'était pas un livre pour adolescents en mal de jeux de rôle ou enfants attardés dans des univers de dragons.
On ose soudain sortir des livres qui étudient ce "phénomène". Car au fond, ce n'est pas tant le film qui est la cause de ce revirement que son immense succès. Dommage d'Harry Potter soit dans on ombre, car on cherche les mêmes raisons pour deux succès qui sont à mon avis bien différents.




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 10/01/2004

Salut Philippe,

Bon, je reprend ton projet à l'origine.

1. Le Seigneur des anneaux est un chef d'œuvre littéraire, une macro-parabole articulant l'imaginaire et le sacré.
2. Or, le chef d'œuvre et le sacré méritent attention, respect, scrupules et lecture.
3. Donc, le Sda les mérite aussi.
4. Cela fut-il toujours le cas ?
5. De Vincent Ferré à Irène Fernandez, de Smadja à Peter Jackson en passant par la presse, la BD et les sites Internet, heurs et malheurs de la lecture ou de la non-lecture de Tolkien.
6. Où en sommes-nous, en France, en décembre 2003 ? Ce que le film a changé. Ce qui a été fait, et ce qui reste à faire (et pourquoi pas, pour commencer, une nouvelle traduction).
7. Invite à découvrir le livre, de préférence en anglais.

Quelle est donc l'articulation entre Imaginaire et sacré ?

Tu dis que l'Imaginaire, c'est la pureté, ce que je suis prêt à comprendre, et que le Sacré c'est la miséricorde, ce que je saisis moins.

J'y ai donc réfléchi de mon côté, et en voici le fruit.

Le sacré peut se comprendre de deux manières différentes. C'est bien sûr au premier abord ce qui est du domaine du religieux, mais c'est aussi étymologiquement ce qui est séparé.

Le sacré se trouve évidemment beaucoup plus facilement dans le Silmarillion, mais en même temps c'est un piège car il s'y mêle trop d'éléments apparemment sacrés qui en fait ne le sont pas. C'est beaucoup plus fin et difficile, et donc porteur de sens, dans le SdA.

1- Les Lieux

1-1 La Comté

Le premier lieu que nous rencontrons comme séparé, c'est la Comté. La question à poser est : est-ce la Comté qui est séparée du reste du monde (point de vue du monde) ou le monde qui est séparé de la Comté ? Comme Tolkien se place du point de vue du Hobbit (se prenant même pour un Hobbit et décrivant la comté comme l'Angleterre qu'il aimait), il apparaît que c'est en fait le reste du monde, avec ses forêts mystérieuses, ses combats entre puissants, ses hommes malveillants et ces hommes bienveillants (autre mystère que cette dualité), ses peuples, ses montagnes lointaines, ses aventures, finalement, qui apparaît comme séparé… sacré.

1-2 Tom Bombaldil

Cet être est selon moi (après réflexion) l'incarnation même du sacré dans le SdA Personne plus que lui ne vit en un lieu séparé du monde. Son univers est totalement séparé, à part, protégé. Pour y parvenir, les Hobbits sont égaré par un mauvaise forêt, et sauvés de la mort par l'arrivée providentielle (c'est à dire œuvre d'une autre volonté, Tom le souligne lui-même) de Tom. C'est après ce salut qu'ils peuvent entrer dans le royaume de Tom, partager sa joie, son insouciance… sa distance par rapport à l'anneau et à leur quête. Tout chez Tom respire le sacré ! Sa joie, son amour pour Baie d'Or, sa puissance contre les mauvaises forces de sa forêt, sa puissance de salut contre le monde des morts… Sosryko faisait un parallèle avec Melkisédech, je le retrouve à présent sous un abord différent : Tom est comme un prêtre dans son sanctuaire !

1-3 la Moria

La Moria est aussi ressentie comme un lieu sacré. En plus d'être là encore un monde " séparé " du reste du monde, dans lequel on entre par un mot du cœur (" ami "), c'est surtout le lieu où vont s'affronter deux puissances qui, elles, appartiennent bien au monde du sacré, et où va être révélé le lien sacré entre Gandalf et ce feu secret, dont on sait qu'il est l'Esprit Saint. Il suffit d'ailleurs à Gandalf de le mentionner pour être déjà vainqueur face au Balrog : son autorité suffit à arrêter le démon : " vous ne passerez pas ! ". Et le démon s'écroule dans les profondeurs de la terre. Mais il se serrait relevé, et il fallait donc que Gandalf achève cette dernière créature de puissance. Alors qu'il croit son rôle (facilement) terminé, le Balrog l'entraîne dans sa chute, dans un monde encore davantage séparé où le combat sacré va pouvoir s'achever, loin de tout regard profane. Gandalf l'ange y met toute sa puissance, et meurt d'épuisement, son corps réellement humain ne pouvant survivre à la puissance d'une toute autre nature qu'il y a déployée. Là encore, la sacré s'est exprimé.

1-4 Le chemin des morts

Nous avons là aussi un lieu séparé, mais c'est plutôt à cause de l'aspect légendaire que Tolkien lui donne, par le fait que le récit de ce passage n'est fait qu'après que tout soit réglé, par Legolas et Gimli, comme lors d'une pièce de théâtre. On peut néanmoins y voir un rôle sacré par l'intrusion d'un personnage qui, lui, est sacré : le Roi du Gondor. C'est lui en effet qui libère ces morts de leur malédiction, en les emmenant à sa suite, et leur offre donc le salut !

1-5 Valinor

Le lieu sacré par excellence, celui qui est à la fois séparé et religieux, le pays des Valar, de la lumière. C'est encore le lieu où ira Frodon (il va à Tol Eressaë, mais c'est pour contempler Valinor) pour être délivré de son tourment, mériter une mort plus paisible. C'est encore un lieu de salut, un lieu béni, de repos, encore une fois, un peu comme un sanctuaire, voire un lieu de retraite (spirituelle) où vont les héros qui ont bien souffert pour se préparer à entrer dans l'autre vie… un lieu de salut

Je découvre donc (pour le moment) que le sacré chez Tolkien est plutôt lié au salut !

(On pourrait même presque relier chacun de ces lieux à un sacrement (le monde = confirmation, Bombaldil = baptême, Moria = ordination, chemin des morts = réconciliation, Valinor = onction des malades))

2- Les personnages

2-1 Gandalf

Le premier personnage sacré, c'est évidemment Gandalf. Il vient du ciel et appartient au monde angélique. Ses réactions, ses réflexions, tout est là pour inspirer les sentiments qui feront surgir le salut des hommes : la pitié, la folie (ou plutôt l'abandon à " l'heure des petits "), le courage, la fermeté de cœur. Des valeurs bien religieuses.

Si l'on s'en tient à la Miséricorde, il est aussi celui qui fait preuve de la plus grande, et dont le rôle religieux s'affirme dans cette phrase :

"- Comme à votre accoutumée, mon seigneur, vous en pensez qu'au seul Gondor, dit Gandalf (à Dénéthor). Mais il est d'autres hommes, et d'autres vie, en des temps encore à venir. Et quant à moi, j'ai pitié même de ses esclaves.

T3, Chap. IV. LE SIEGE DE GONDOR, Page 111

Gandalf a pitié des orques et des esclaves de Sauron, et c'est pourquoi il tient à ce que le salut soit réalisé en abattant Sauron, et non simplement en le confinant à l'impuissance comme le suggère Dénéthor (en ne détruisant pas l'anneau) Son œuvre de salut est universelle ! C'est par lui, éminemment, que le roman prend donc une dimension sacrée !

2-2 Tom Bombaldil

Nous n'y revenons pas.

2-3 Aragorn

Aragorn fait surgir le sacré dans le roman dès la phrase de Bilbon : " tout ce qui est or ne brille pas ". Derrière le rôdeur, nous savons donc qu'il y a un être plus glorieux, mais cette gloire, étant donnée que le récit du chemin des morts n'est raconté qu'après (et d'ailleurs juste après, ce qui ne me paraît pas une coïncidence. Le récit commence d'ailleurs dès la question de Pipin, au moment même où Aragorn vient aux maisons de guérisons) cette gloire donc ne se révèle que lorsqu'Aragorn guérit Faramir par ses mains de roi, en réponse au chant de la tradition :

" come athelas! come athelas! Life to the dying, In the king's hand lying"

(viens athelas, viens athelas ! Vie pour les mourants, dans la main du roi reposant)

Son rôle sacré est aussi révélé lorsqu'il défie Sauron au travers du palantir, imitant par là le combat (spirituel) de Gandalf contre le Balrog. Et Sauron a eu peur en voyant ce personnage se révéler soudain à lui.

On ne peut oublier non plus le récit de son sacre, après que Gandalf ait posé la couronne sur la tête d'Aragorn et l'ai béni :

" Mais quand Aragorn se leva, tous ceux qui le voyaient le contemplèrent en silence, car il leur semblait qu'il leur était alors révélé pour la première fois. Grand comme tous les rois de la mer jadis, il dominait tout son entourage (…) la sagesse se montrait sur son front, et la force et la guérison étaient dans ses mains, et une lumière l'environnait. "

T3 - L'intendant et le Roi, p 336

Et il pardonne à ses ennemis, fait la paix avec eux, libère les esclaves de Sauron et leur donne des Terres. Si Aragorn n'apparaît pas ici comme un personnage sacré, il devient néanmoins une icône, un roi qui fait entrer le royaume de Dieu dans le monde !

2-4 Dénéthor

Dénéthor fait lui aussi surgir le sacré dans le SdA, mais par antithèse. Il est l'anti-sacré, le seigneur païen qui préfère se reposer sur sa science et sa sagesse (qui sont grandes) et non sur l'abandon de Gandalf à de plus petits que lui. Son choix paraît sensé, le personnage paraît grandiose, et il s'enfonce pourtant dans la folie, seul issue possible d'un choix enfermé sur lui-même. Il a voulu se faire maître de son propre salut, et s'est perdu ! Son choix accentue l'aspect sacré des autres personnages.

je vais dîner, et ja passe à la suite: l'imaginaire




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 10/01/2004

3- L’articulation avec l’imaginaire

J’ai dit que la Comté me semblait être le centre d’un monde séparé d’elle, un monde qui contient le sacré, alors qu’il est totalement absent de la Comté (même en présence de Gandalf). Curieusement, les gens de la Comté ne s’imaginent pas le reste du monde. Il n’y a aucun travail imaginatif de leur part pour appréhender le reste du monde. Ils s’en moquent royalement, la Comté leur suffit bien ! On entend des récits sur des arbres qui marchent, mais cela fait sourire et voilà tout ! L’imagination n’emmène les Hobbits nulle part. d’ailleurs, l’imagination ne semble pas incluse dans l’œuvre.

Voilà qui recadre le travail, l’imaginaire, comme le sacré d’ailleurs, ne sont destinés qu’au seul lecteur.
Tolkien nous emmène-t-il sur le sacré pour mieux plonger (ou accepter) l’imaginaire, ou nous emmène-t-il sur l’imaginaire pour mieux nous plonger dans le sacré ?
Comment le SdA articule-t-il donc imaginaire et sacré ?
Ou bien, le sacré fait-il partie de l’imaginaire, ou l’imaginaire fait-il partie du sacré ?

3-1 Qu’est-ce que l’Imaginaire ?

Et d’abord pourquoi se poser ainsi la question de relier le sacré à l’Imaginaire ? Il faut se souvenir que Tolkien était très sensible à la question de l’Imagination. Mais il redéfinissait ce qu’il fallait entendre par là : non pas « le pouvoir mental de fabriquer une image ou une chose », qui est bel et bien l’Imagination, mais : « le pouvoir de donner à des créations idéales la consistance interne de la réalité » (Fëarie, p.177). Cette faculté dépassait donc le pouvoir de l’Imagination, et devenait un Art, « lien opérant entre l’Imagination et le résultat final : la Sous-création ». En y ajoutant encore l’Émerveillement nécessaire, il préférait user du mot de "Fantaisie" (fantasy). Selon lui, ce pouvoir

« est une vertu, non un vice. La fantaisie (prise en ce sens) n’est pas à mon avis, une forme inférieure, mais supérieure d’Art, la forme presque la plus pure, en vérité, et ainsi (une fois réalisée) la plus efficace. »

Fëarie, p.178

L’art le plus parfait, le plus pur, ce sont évidemment les Elfes qui en sont capables. Il est beau autant que dangereux, c’est l’Enchantement !

« L’enchantement produit un monde secondaire dans lequel peuvent pénétrer tant l’auteur que le spectateur, pour la satisfaction de leurs sens durant qu’ils se trouvent à l’intérieur ; mais, dans sa pureté, il est artistique pour ce qui est du désir comme du dessein. (…)

La Fantaisie aspire à l’art elfique, l’Enchantement, et , quand elle est heureuse, de toutes les formes de l’art humain, c’est elle qui en approche le plus. (…). En ce monde, [ce désir créateur] est, pour les hommes, inassouvissables et donc impérissable. Incorrompu, il ne cherche ni l’illusion ni l’ensorcellement et la domination ; il cherche l’enrichissement partagé des partenaires dans la création et le plaisir, non des esclaves. »

Fëarie, p.183

Voici donc le but de l’imagination (fantaisie, enchantement): l’enrichissement partagé des partenaires dans la création, et le plaisir.

Philippe voit la pureté dans l’Imaginaire.

L’imaginaire est le moyen par lequel le lecteur va retrouver un lien pur avec le monde qui l’entoure

"Le recouvrement (qui implique le retour et le renouvellement de la santé) est un re-gain - celui d'une vue claire. Je ne dis pas le fait de "voir les choses telles qu'elles sont" pour me trouver en butte aux philosophes, bien que je puisse me risquer à dire "voir les choses comme nous sommes (ou étions) censés les voir" - comme des choses séparées de nous-mêmes. Il nous faut, en tous cas, nettoyer nos vitres, de façon que les choses clairement vues soient débarrassées de la grise buées de la banalité ou de la familiarité

(…)ce fut dans les contes de fées que je devinais pour la première fois le pouvoir des mots et la merveille des choses, telles que la pierre, le bois et le fer, l'arbre et l'herbe, la maison et le feu, le pain et le vin"

Essai sur le conte de fée, p. 188

La fantaisie est la sortie du monde primaire vers un monde secondaire qui doit en avoir la même consistance, dans le but de renouer avec la pureté d’un monde avec lequel nous ne communiquons plus.

3-2 L’articulation entre Sacré et Imaginaire

Le sacré, c’est l’irruption du monde religieux dans le monde primaire. C’est le mouvement inverse de celui de la Fantaisie, son symétrique !
Le sacré entre dans le monde primaire comme y entrerait le monde secondaire, l’un provenant du ciel : ante-création ;l’autre provenant de l’art: sous-création.
Le sacré est donc transmis via l’imaginaire, et non l’inverse.
C’est du reste la leçon de tout mythe ! L’articulation de l’imaginaire et du sacré est donc celle du mythe.
Comme dit Philippe : l’imaginaire, c’est la coupe, le sacré, c’est le vin !




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 10/01/2004

Salut sosryko,

au sujet des lieux sacrés, j'ai certainement oublié la Lorien, lieu de repos, mais je ne pense pas que les autres en fassent partie. tous les lieux séparés ne sont pas sacré. J'ai pensé un moment inclure le mount Doom, où le sort du monde est scellé par la disparition de l'anneau, mais son aspect réellement sacré/ religieux n'est pas évident du tout.
Le chemin des morts est sujet à discussions aussi, car le lieu en lui-même n'est pas sacré. Ce n'est vraiment que ce lieu + la présence d'Aragorn qui lui donne un caractère sacré. En ce sens, c'est plus un événement qu'un lieu (j'ai failli créer une rubrique 'événement', mais on y aurait retrouvé beaucoup d'éléments déjà traités ailleurs).

Pour la Lorien, le lieu est sacré mais est-ce bien exprimé dans le SdA ? Dans mon esprit, ce lieu était plutôt l'incarnation même de l'imaginaire, de la Fantaisie (je voulais en parler d'ailleurs, j'ai oublié), ce lieu où la pureté est préservée, rêve des Elfes enfermé dans le passé !
Il n'y a pas réellement de surgissement de quelque chose de divin dans la Lorien.
Donc finalement non, je n'en ferai pas un lieu sacré dans le sens de mon petit développement.

La forêt de Fangorn et les marais ne sont que des passages, des lieux chargés de sens, mais pas sacrés pour autant. La MOria n'est elle-même sacrée qu'à cause de l'événement Gandalf+ Balrog. Mais il fallait que cet événement ait lieu dans un lieu séparé.
La conjonction des éléments est complexe, mais c'est qui qui fait que la recette est plus riche :-)




Tolkien dans la Revue des deux mondes - sosryko - 10/01/2004

Joli Vinyamar :-)

Parmi les lieux sacrés/séparés, que n'aurais-tu pas oublié la Lorien? ou la forêt de Fangorn? ou même les Marais ?
cette traversé des lieux sacrés/séparés est un fondement de la narration faërique; comme dans tous les contes, on passe de monde en monde en traversant des fleuves, en pénétrant une forêt, en se refugiant à l'intérieur d'une maison; car le fleuve n'est pas que fleuve, la forête n'est pas que forêt et la maison n'est pas que maison. Rives, orêes et paliers : autant de portes vers des lieux sacrés.
"la porte sombre est béante (...)
Et le Portail est ouvert" (TB)

Sur le rôle d'un Tom "selon l'ordre de Melchisédek", je n'avais pas fini ;-) et je te rejoindrai, je ne sais pas quand, pour développer.
Sinon, je ne vois pas bien certaines des équivalences que tu poses entre lieux et sacrements.

Sosryko




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 10/01/2004

Au sujet des sacrements, il faudrait que je renforce ma pensée, cela m'est venu pendant que j'écrivais.

Mais là encore, ce n'est pas le lieux en tant que tel qui me rapelle un sacrement, c'est la conjonction des événement, de leur sens, et du lieu où ils prennent place.

je vais développer un petit peu.

4-1 le baptême

Le baptême est le sacrement du passage. Dans l'ancien testament, il trouve sa figure dans le franchissement de la mer rouge.

Les Hobbits sont comme les Hébreux perdus dans le désert, en pleine forêt de Mirckwood. Ils s'égarent de plus en plus, et tombent soudain sous le sortilège du grand Saule, qui les endort auprès de ses
eaux. Frodon tombe d'ailleurs dans cette eau, tandis que Pipin traverse le Saule, l'arbre de l'eau.

"la plongée dans l'eau symbolise l'ensevelissement du catéchumène dans la mort du Christ d'où il sort par la résurrection avec Lui, comme "nouvelle créature"

Catéchisme de l'Eglise Catholique -1214

C'est alors que Tom survient, et qu'il les sauve. Il recommencera en les sauvant des êtres des Galgals, qui représentent la mort. Le baptême est le sacrement qui sauve de la mort, c'est aussi un exorcisme. L'admonestation de Tom aux êtres des Galgals ressemblent au rite d'exorcisme du baptême:

"Sors donc, vieil être ! Disparais dans la lumière du soleil !
Étiole toi comme la froide brume, comme les vents qui s'en vont gémissant
Dans les terres arides, loin au delà des montagnes !
Ne reviens jamais ici, laisse vide ton Galgal !
Sois perdu et oublié, plus obscur que l’obscurité,
Où les portes sont à jamais fermées jusqu’au temps d’un monde meilleur."

T1 - ch VIII brouillard sur les Hauts des Galgals - p. 196

L'aspect de 'résurrection avec le Christ' opéré par Tom est aussi lisible dans l'irruption de Tom au sein du terte où ils sont ensevelis :

"Il y eut un fort grondement, comme de pierres
qui roulaient et ombianet, et soudain la lumière entra à flots, la vraie lumière, la pure lumière du jour. Une ouverture basse en forme de porte apparut à l'extrémité de la mièce, au-delà des pieds de Frodon; et la tête de Tom (avec son chapeau, sa plume et tout) s'y encadrait silhouettée sur le soleil qui se levait, rouge, derrière elle. La lumière inondait le sol et les visages des trois Hobbits couchés à côté de Frodon."

T1 - ch VIII brouillard sur les Hauts des Galgals - p. 195

Sans parler de ces étranges paroles de Tom aux Hobbits après
leur « résurrection » :

« Vous vous êtes retrouvés, sortis de l’eau profonde. Les vêtements ne représentent qu’une petite perte, quand on échappe à la noyade. (…) jetez ces froids lambeaux ! »

id, p. 197

Et d’ailleurs, ils avaient été revêtus de blanc ! Tout cela rappelle fermement le rite du baptême, le passage par l’eau (qui est symbolique ici mais bien souligné par Tom), le changement de vêtement, le fait de quitter le vieux vêtement pour revêtir l’homme nouveau.

"Vous vous êtes dépouillés du vieil homme avec ses agissements, et vous avez revêtu le nouveau, celui qui s'achemine vers la vraie connaissance en se renouvelant à l'image de son Créateur."

épitre de Saint Paul aux Colossiens, 3, 9

Le sacrement du baptême est aussi celui de l’initiation chrétienne.
Or c'est à partir de la maison de Tom que les Hobbits font leur premiers pas dans le monde inconnu, qu'ils quittent tout repère et se lancent dans un voyage vraiment nouveau.
Le sanctuaire qu'est la maison de Tom, le temps qu'ils y passent, le fait qu'ils aient besoin de Tom pour les guider tout au long de son territoire après
le passage des Galgals, tout cela ajoute au sentiment d’un sacrement d’un parallèle avec le sacrement d'initiation.

(à suivre)




Tolkien dans la Revue des deux mondes - sosryko - 10/01/2004

POur revenir à la forêt de Fangorn ...;-)
Elle n'a pas grand chose à envier à la forêt de Bombadil, et Fangorn renvoie lui-même à Bombadil, dans son personnage et ses actions. Car la régénération qu'opère Bombadil, Fangorn l'opère sur Merry et Pippin, grâce à "une boisson [qui] ressemblait à de l'eau", tout particulièrement à celle de l'Entalluve (parallèle 'fangornien' du Tournesaule!), une boisson qui "éclaira la baie [...]le soleil d'été", dont "l'effet [...] se fit sentir d'abord dans les pieds pour s'élever régulièrement dans chaque membre, apportant délassement et vigueur dans sa montée jusqu'à l'extrémité des cheveux".




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Yyr - 10/01/2004


Vinyamar, c'est très beau :)

Un véritable bonheur que de te lire. Je dois en particulier rendre grâce à cette qualité qui est la tienne (et dont tu nous fait souvent profiter) de dire merveilleusement bien la problématique d'un sujet, et de l'expliciter, alors que nous n'avons bien souvent qu'une question de départ dont la formulation ou le sens n'apparaissent pas toujours clairement [ce qui est normal et quasi inévitable ; ceci n'est absolument pas désobligeant pour celui qui rédige la question de départ hein ;)] ... ainsi, ce n'est pas la première fois que tes interventions me permettent d'aller plus loin. Merci :)

Jérôme

PS : Petit retour en arrière sur le titre de 'diable' : certes Sauron divise ... tout comme Saruman, tout comme Denethor ou Boromir lorsqu'ils chutent et le cèdent à la Tentation. Même si le pouvoir en Mal de Sauron est grand, au point qu'il reçoive le titre de 'Seigneur Ténébreux', comme Melkor, j'insiste sur le fait que le titre de Diable est le propre, presque l'exclusivité de Melkor, autant qu'il l'est dans notre monde pour Satan, en tout cas. Car Melkor est par excellence celui qui divise : il est l'auteur du Marrissement*, celui qui a inscrit sa rébellion contre Eru, son pouvoir de Mal, véritable inclination au Mal, dans la chair même d'Arda, toute la chair d'Arda, au point que tous ceux qui s'en nourissent doivent subir et endurer ce Marrissement d'Arda : être tenté, attiré vers la perversion et l'aberration ... c'est-à-dire être coupé du plan originel d'Eru pour Ses Enfants. Melkor divise le Monde en devenant le Morgoth : en prenant part à la matière, à toute la matière d'Arda, en inscrivant un "élément melkorien" dans tout élément d'Arda.

* Marrissement qui vient ici traduire Marring, comme expliqué bientôt dans un article.

PPS : Tu écris, juste au début du § 4.1 " Les Hobbits sont comme les Hébreux perdus dans le désert, en pleine forêt de Mirckwood." Bien sûr tu voulais écrire la Vieille Forêt :)

PPPS : Il y a juste sur le lien avec *tous* les sacrements que je ne vois (voyait ?) pas. Ta lecture du passage par la Vieille Forêt comme un baptême me conseille de patienter et de t'écouter, avec patience et ravissement :) ... en espérant bien lire notre ami Philippe aussi ensuite. Merci à tous les deux ! :)

PPPPS : Dans la même idée que Sosryko : le passage par Fangorn ne joue-t-il pas le même rôle vis à vis de Merry et Pippin que le sanctuaire de Bombadil joua avec Sam et Frodon ?




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Philippe Perrier - 11/01/2004

Vinyamar, superbe analyse. Que me reste-t-il à faire ? Merci en tout cas pour ce travail qui a du te prendre pas mal de temps.

>>>le lien sacré entre Gandalf et ce feu secret, dont on sait qu'il est l'Esprit Saint.
Oups, moi je ne le savais pas. Quelle est la citation de référence pour ce point ?

>>>Je découvre donc (pour le moment) que le sacré chez Tolkien est plutôt lié au salut !
Dans mon esprit, ce n'est pas contradictoire a condition de distinguer la miséricorde, qualité de coeur dont font preuve les personnages (Gandalf, les elfes puis Sam envers Gollum...) et la Miséricorde, puissance divine qui intervient dans le déroulement de l'histoire. Car, tout de même, ils sont sacrément vernis, ces Hobbits ! Gildor les sauve, puis Tom Bombadil, puis Grands-Pas. Tant de chance dépasse les limites du vraisemblable. Comme je l'ai dit plus haut, on a affaire à la catégorie de l'INIMAGINABLE. On ne voit pas pourquoi les Hobbits bénéficierait d'une telle protection, si ce n'est grâce à la providence divine.
De même, il est assez inimaginable que l'anneau unique ait échu à une créature aussi peu héroïque, aussi peu adaptée, aussi peu susceptible d'être contaminée par lui.

La miséricorde divine conduit au salut par les voies de la providence. Vinyamar, je crois que cela nous met d'accord.

Que fait Tolkien, en dernier ressort, ce "subcréateur", que fait-il ? A mon avis, et ce n'est pas une blague, il fait jurisprudence. Il ajoute un joyau au manteau de la Vierge. Je ne serai pas étonné que, lors du jugement dernier, la Vierge vienne au secours de mécréants en utilisant la jurisprudence Tolkien "Seigneur, pardonne leur, ils aiment les hobbits". Qu'est-ce que le Seigneur des anneaux sinon l'histoire de l'apprentissage de la miséricorde ? Quel chemin parcouru entre la vieille forêt et le nettoyage de la comté ! Les hobbits ont grandi et l'intervention d'alliés providentiels n'est plus nécessaire à leur victoire totale, y compris le coup de grâce : le pardon accordé par Frodo à Saruman : un geste de grand seigneur, un geste miséricordieux.

>>> (On pourrait même presque relier chacun de ces lieux à un sacrement (le monde = confirmation, Bombaldil = baptême, Moria = ordination, chemin des morts = réconciliation, Valinor = onction des malades))
Le parallèle avec le baptême est très convaincant. J'attends la suite avec impatience !




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 11/01/2004

Mais surtout, ce n'est pas là mon angle d'approche. Je ne cherche pas à tout prix à retrouver les sacrements dans des épisodes du SdA. Mon travail est inverse: je part des éléments sacrés que j'ai énoncé (il en manque, car ils étaient sujets à caution, je verrais par la suite), et j'y découvre un sacrement. Peut-être ne rassemblerais-je pas les 7 sacrements, ce n'est pas mon but. s'ils sont là tous les 7, tant mieux (il est évident que je chercherais à trouver ceux qui me manqueraient), mais s'il n'y sont pas, cela n'enlèvera rien à mon avis à la présence des autres sacrements dans les lieux sacrés qui jalonnent le roman. Ce n'est pas les 7 ou rien ! (d'ailleurs peu d'hommes vivent les septs sacrement, c'est très rare)

Philippe: si la Miséricorde dont tu parles est celle de Dieu envers le monde qu'il a créé, et qu'elle s'incarne dans sa Providence, alors oui la miséricorde (via la providence) est cause du salut. Mais il demeure un problème: s'il y a miséricorde, c'est qu'il y a faute, péché en terme religieux. or cette faute est "relativement" absente dans son monde, le 'marrement' (puisque Yyr consacre ce néologisme) ayant pour cause Melkor et lui seul. Peut-on parle de miséricorde sans parler du péché ? or parler du péche dans le SdA me semble un joli tour de force, mais je n'y ai peut-être pas assez réfléchi.

Au sujet du feu secret comme Esprit Saint, Tolkien l'a dit de vive voix à kilby, qui le cite dans son livre Tolkien and the Silmarillion, ca 1966.


Sosryko: oui, la forêt de Fangorn peut apparaître comme une initiation pour Merry et Pipin, mais je n'y décèle aucun élément sacré. À moins que... la transfiguration de Gandalf... mais cela me semble vraiment deux éléments distincts. J'y réfléchirais le moment venu.




Tolkien dans la Revue des deux mondes - sosryko - 11/01/2004

>le 'marrement'

marissement ;-))




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Philippe Perrier - 11/01/2004

>>> Peut-on parle de miséricorde sans parler du péché ?
Si le péché est absent du SdA (sans loi divine, sans culte, comment pécher contre la loi ?), il est en revanche présent dans le monde primaire, celui du lecteur. Comme Platon montrait la justice dans la cité avant de la montrer dans l'âme humaine, Tolkien montre la miséricorde à l'oeuvre dans un monde imaginaire pour aider le lecteur à la reconnaître dans sa propre vie. Dans le sens, l'imaginaire aide à retrouver une vision claire du sacré, qui est au plus haut point le réel.




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 11/01/2004

(Yyr, je n'ai pas encore trouvé le lien avec *tous* les sacrements. le mariage me parâit très difficile à déceler, et pourtant je le sens rpésent, mais je dirais comment. L'eucharisitie aussi n'est pas évident, car il se joue sur deux tableaux dans le livre, exactement comme dans l'eucharistie, le sacrifice et l'action de grâce.
Pour le reste, je vais tâcher d'avancer pour vous en parler prochainement.

V*

ps: je voulais en effet dire la vieille forêt !




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Yyr - 11/01/2004


Tout en étant d'accord avec Philippe, je relèverais en plus que je ne crois pas à l'absence du péché en Arda.

Car on parle dans l'histoire d'Arda de *corruption* (voire peut-être de fautes, ou de manquements), ce qui diffère du Marrissement. Ce dernier effectivement trouve son origine seule dans la rébellion de Melkor le Marrisseur, qui contamine ainsi et détourne de leur course parfaite, toute chose en Arda. D'où la maladie, la souffrance, la peine, le doute ... Ceux-là ne sont pas le péché bien sûr. Mais, en revanche, lire en quelques endroits par exemple : It does however seem best to view Melkor's corrupting power as always starting, at least, in the moral or theological leval. Any creature that took him for Lord (and especially those who blasphemously called him Father or Creator) became soon corrupted in all parts of its being, the fëa dragging down the hröa in its descent into Morgothism: hate and destruction. [MR/410]

Ok par rapport aux sacrements :) je constate avec joie un engagement sur le chemin étoilé de Faërie ... chouette :)
au point même de voir notre ami Vinyamar parler de Fëarie au lieu de Faërie ;) influencé en cela sans aucun doute par une inspiration toute elfique (fëa = 'esprit' en quenya) :) :) :)

Yyr

NB : 'marrement' ne devait pas être très loin de 'marrissement' - mais je n'ai pas le bon dictionnaire sous la main ; peut-être partageaient-ils la même étymologie, et peut-être même tous deux étaient-ils dérivés de 'marrir' (qui existait sous plusieurs ortographes ...) - ou plutôt d'un 'mar(r)er' voisin. Son sens en tout cas était proche de 'marrissement' ; il signifiait "chagrin, déplaisir" ; NB, enfin : 'marrissement' n'est pas à proprement parler un néologisme, mais plutôt une réactivation de cet ancien mot (X - XVIè s.)




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Philippe Perrier - 11/01/2004

>>> [MR/410]
Je ne comprends pas cette référence




Tolkien dans la Revue des deux mondes - sosryko - 11/01/2004

Il s'agit du Xème tome de History Of Middle-earth (HoME X) intitulé Morgoth's Ring (=MR).
410 pour "p.410".




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Yyr - 11/01/2004


oups :) merci Sosryko :)




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 11/01/2004

Yyr, bien spur que le péché est présent dans le légendaire Tolkiennien, et Fëanor en est lA premirèe victime, mais je parlais du SdA. Je ne l'y vois pas, mais peut-être ais-je mal regardé (Boromir... Grima, Bill Fougeron,... Dénéthor, ne représentent pas toute l'humanité)


Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 11/01/2004

4-2. La confirmation

4-2-1 Rappel

Comme ce sacrement est moins bien connu que le baptême, je me permet de le redéfinir rapidement.

La confirmation st encore un sacrement d’initiation, sacrement où la puissance de l’Esprit Saint est reçu en plénitude pour le laïc chrétien, alors que le baptême ne faisait que l’introduire pour régénérer le nouvel homme, qui devenait participant au royaume des cieux de manière irrévocable.

La confirmation est le sacrement de l’Esprit Saint par excellence. Il apparaît, avant les épîtres catholiques, lors de la Pentecôte, où l’esprit Saint descend sur les apôtres et les disciples sous forme de langues de feu, souvent représentés par de petites flammes. Nous y reviendrons.

Ce sacrement indique une élection, Dieu marquant le confirmant de son sceau :

« Par cette onction, le confirmand reçoit « la marque », le sceau de l’Esprit Saint. Le sceau est le symbole de la personne, signe de son autorité, de sa propriété sur un objet (…) il authentifie un acte juridique ou un document et le rend éventuellement secret.

(…)Ce sceau de l’Esprit saint marque l’appartenance totale au Christ, la mise à son service pour toujours, mais aussi la promesse de protection divine dans la grande épreuve eschatologique

Catéchisme de l'Église Catholique 1295,1296

« La venue de l’Esprit s’accompagne évidemment de dons, qui sont les suivants, tels qu’on les trouve dans les paroles mêmes prononcées par l’évêque :

« répands maintenant sur eux ton Esprit Saint; donne-leur en plénitude l'Esprit qui reposait sur ton Fils Jésus: esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et d'affection filiale; remplis-les de l'esprit de la crainte de Dieu. Par le Christ, notre Seigneur »

CEC 1299

Et encore :

« [la Confirmation] nous accorde une force spéciale de l'Esprit saint pour répandre et défendre la foi par la parole et par l'action en vrais témoins du Christ, pour confesser vaillamment le nom du Christ et pour ne jamais éprouver de la honte à l'égard de la croix »

CEC 1303

4-2-2 le monde séparé

Qu’en est-il donc dans le Seigneur des Anneaux?

Le lieu dont nous parlons peut sembler une abstraction, car il s'agit là du monde, vu par opposition à la Comté. Pourtant, si l'on part du point de vue des Hobbits, le monde, le reste des Terres du Milieu représente bien un lieu à part, un lieu vaste et divers, mais qui a pour même caractéristique d’être distinct de la Comté, d’être inconnu, d’être empli de peuples différents, d’hommes divers, de bons et de mauvais :

- (…) Je ne savais pas qu’il y avait de semblables êtres parmi les Grandes Gens. Je pensais, eh bien, qu’ils étaient simplement grands, et plutôt bêtes : bons et bêtes comme Poiredebeurré ; ou bête et méchant comme Bill Fougeron. Mais après tout on ne connaît pas grand chose des Hommes dans la Comté, sauf peut-être de ceux du pays de Bree.

- Vous ne connaissez même pas grand chose de ceux là, si vous pensez que le vieux Prosper est bête, dit Gandalf.

T1, livre II, chap. 1er, NOMBREUSES RENCONTRES, p.295

La Comté est le lieu banal et quotidien. Le monde est la terre d’aventure, seul lieu où le sacré se manifeste (y compris indépendamment des autres lieux où le sacré se manifeste), et séparé de leur propre monde, la Comté. Les paroles de Gildor à Frodon le consacrent :

- Mais ce n’est pas votre propre Comté, dit Gildor. D’autres ont résidés ici avant que les Hobbits n’existassent, et d’autres y résideront de nouveau quand les Hobbits ne seront plus. Le vaste monde vous entoure de tous côtés : vous pouvez vous enclore, mais vous en pouvez éternellement le tenir en dehors de vos clôtures

T1, ch. III, TROIS FONT DE LA COMPAGNIE, p. 119

(évidemment Gildor parle du point de vue du reste du monde, mais il apparaît bien une séparation entre ces deux mondes).

4-2-3 Les langues

  D’ailleurs, la rencontre avec Gildor (si l’on excepte celle des cavaliers noirs qui n’est pas vraiment une rencontre) est dans le roman le premier contact des Hobbits avec le reste du monde. Ce contact se joue immédiatement sur la faculté de Frodon à parler en d’autres langues, qui n’est pas sans rappeler l’un des dons de l’Esprit Saint à la Pentecôte : la glossolalie des apôtres. L’entrée dans le monde signifie en effet communiquer avec des tous les peuples : les elfes, les Hommes, les Nains, et même les Orques, afin de les sauver tous.

Une autre grande rencontre avec le monde a justement lieu à Fondcombe, lieu de rassemblement de tous les peuples, conduits au même moments pour des motifs différents et rassemblés inopinément au moment crucial de l’histoire de leur salut. Elrond ne manquera pas de le faire remarquer :

" Voilà la raison pour laquelle vous êtes rassemblés. Rassemblés, dis-je, bien que je ne vous aie pas convoqués, étrangers de terres lointaines. Vous êtes venus et vous vous êtes rencontrés ici, à point nommé, par hasard, pourrait-il sembler. Mais il n'en est pas ainsi. Croyez plutôt qu'il en est ainsi ordonné que nous, qui siégeons ici, et nuls autres, devons maintenant trouver une ligne de conduite pour répondre au péril du monde."

T1, Chap. II. LE CONSEIL D'ELROND, Page 323

4-2-4 le sceau

  C’est aussi en ce lieu que Frodon reçoit le sceau qui l’élit, lors de cette scène déjà brillamment analysée par sosryko (_ici_) et qui mettait en évidence sa lecture chrétienne. Frodon, comme mû par ne autre volonté (nous dirions inspiré) prend le fardeau de l’anneau.

Comme nous l’avons vu, la confirmation donne la grâce du courage, ce courage destiné à faire connaître le salut et à accepter la Croix ! Il s’agit exactement de cela ici.

Ce sacrement de l’Esprit Saint pousse Frodon à imiter le Christ, même s’il ne le connaît pas.

On peut encore remarquer que ce sceau est normalement conféré par une onction d’huile, cette huile qui est aussi guérisseuse :

« [L’huile] est signe de guérison, puisqu’elle adoucit les contusions et les plaies, et elle rend rayonnant de beauté, de santé et de force »

CEC 1293

Quels sont donc ces yeux capables de voir dont parle Gandalf quand il se penche sur Frodon en convalescence chez Elrond, le guérisseur

« Il pourrait devenir comme un miroir empli de claire lumière pour les yeux capables de voir »

T1, livre II, chap. 1er, NOMBREUSES RENCONTRES, p.299

4-2-5 les flammes

  La transfiguration de Glorfindel auprès du Gué de la Bruinen est la première manifestation du sacré dans ce lieu étendu qu’est le monde. Frodon le voit, entouré de petites flammes rougeoyantes (qui sont en fait les brandons allumés pour effrayer les cavaliers noirs).

   Et que penser de cette vision de Legolas, qui aperçoit une « minuscule langue de flamme » (tongue of flame) par delà la menace du Mordor ? ne serait-ce le porteur lui-même, marqué comme le furent les apôtres :

"Les deux autres tournèrent alors également leur regard vers l'Est. Par-dessus les lieues intermédiaires, tout au loin, ils observaient l'horizon et l'espoir et la peur portaient leur pensée encore plus loin, par-delà les montagnes noires au Pays de l'Ombre. Où était maintenant le Porteur de l'Anneau? Qu'il était donc ténu le fil auquel était encore suspendu le Destin! Legolas, forçant sa vue perçante, crut voir un reflet blanc : dans le lointain, le soleil scintillait par hasard sur un pinacle de la Tour de Garde. Et au-delà encore, au fin fond de l'horizon et pourtant menace présente, il y avait une minuscule langue de flamme."

T2, Chap. VI. LE ROI DU CHATEAU D'OR, Page 157

Et j'ajouterai cette brève citation qui semble accentuer l'idée qu'un feu revêt Frodon :

Il se tint debout, et il parut à Sam qu'il était vêtu de flammes : sa peau nue était écarlate à la lueur de la lanterne suspendue au dessus de lui.

T3, Chap. I. LA TOUR DE CIRITH UNGOL, Page 251

Nous pourrions aussi tenter de déceler le parcourt initiatique d'Aragorn, à travers ces éléments qui rapellent aussi une confirmation: \n\n

Quand Aragorn fait reforger son épée à Fondcombe, les Elfes gravent dessus sept étoiles prises entre le soleil et la lune, ces sept étoiles qui, entre autres, peuvent rappeler les sept dons de l’Esprit Saint, la sagesse, l'intelligence, le conseil, la force, la science, la piété (l’amour filial) et la crainte de Dieu. Aragorn nomme cette épée : Anduril : flamme de l’Ouest. Qu’évoque cette flamme de l’Ouest, sinon encore un élément sacré du légendaire tolkiennien ? Quant aux sept dons, Aragorn toruvera de quoi les déployer tout au long de son propre voyage (l'amour filial dans son respect à Elrond ou surtout son acceptation confiante de sa mort. La crainte (ou respect) de Dieu n'ayant pas à se manifester dans ce roman)

Nous retrouvons d'ailleurs ces sept étoiles sur la couronne qui fera d'Aragorn un roi, et qui lui sera imposée par Gandalf, au cours d'une bénédiction qui le font ressembler à un évêque en rituel de confirmation, faisant descendre le feu du Saint Esprit sur Aragorn (qui ne semble donc, lui, confirmé qu'à la fin de son aventure) :

c'était l'emblème des rois venus d'au-delà de la Mer, sept joyaux de diamant étaient sertis dans le bandeau, et au sommet se trouvait un unique joyau dont la lumière s'élevait comme une flamme.

(...) Aragorn s'agenouilla pour que Gandalf lui posât la Couronne Blanche sur la tête, disant :

- Maintenant viennent les jours du Roi, et puissent-ils être bénis tant que dureront les trônes des Valar"

T3, Chap. V. L'INTENDANT ET LE ROI, Page 336

4-2-6 Les dons de l'Esprit,

La sagesse, l'intelligence, la force, le conseil, tout cela Frodon l'a acquis à son retour, lui qui en manquait tant au début du roman et demandait conseil à toute personne qui croisait son chemin (Gildor le premier). La piété, il l'a acquise en acceptant lui aussi sa mort, et le départ pour Valinor.

Mais il y avait aussi cette promesse de la confirmation, celle "de protection divine dans la grande épreuve eschatologique." Ylla nous avait rappelé que "Crack of Doom", la crevasse du Destin, signifait aussi "Jugement dernier" en anglais, c'est à dire l'eschatologie. C'est au moment où Frodon va faillir, où il n'est plus maître de lui, que les circonstances vont se subsituer à sa défaillance, et que l'anneau sera détruit quand même. La promesse est tenue.

Bon, j'ai conscience que ce morceau est un peu fastidieux, mais ce qui m'a fait évoquer la confirmation au sujet de ce lieu sacré qu'est le monde, c'est que son fruit est l'enseignement, l'acquisition de la sagesse, du courage, de la force, de l'intelligence, y compris pour Pipin et Merry. C'est le principe de toute aventure, certes.

Les autres sacrements seront plus aisés, je pense.




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 11/01/2004

Grrr. Cet éditeur html me coupe salement mes lignes. Comment éviter ça ! Cette présentation en colonne étroite...

[édit 2020 (Yyr) : une bonne âme est depuis repassée par là ;)]




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Philippe Perrier - 11/01/2004

>>>et même les Orques, afin de les sauver tous.
Où est-il écrit qu'il faut sauver les orcs ?




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 11/01/2004

C'est du moins ce que suggère Gandalf, lorsqu'il s'oppose à Dénéthor:

"- Comme à votre accoutumée, mon seigneur, vous ne pensez qu'au seul Gondor, dit Gandalf (à Dénéthor). Mais il est d'autres hommes, et d'autres vie, en des temps encore à venir. Et quant à moi, j'ai pitié même de ses esclaves "
T3, Chap. IV. LE SIEGE DE GONDOR, Page 111


C'est pourquoi Gandlaf souhaite la destruction de l'anneau et non sa conservation.


Tolkien dans la Revue des deux mondes - Yyr - 11/01/2004


Je suppose que Vinyamar fait référence à ce passage (cité par lui supra) : "- Comme à votre accoutumée, mon seigneur, vous ne pensez qu'au seul Gondor, dit Gandalf (à Dénéthor). Mais il est d'autres hommes, et d'autres vie, en des temps encore à venir. Et quant à moi, j'ai pitié même de ses esclaves " T3, Chap. IV. LE SIEGE DE GONDOR, Page 111. C'est discutable (dans le sens premier du terme ;)).




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Yyr - 11/01/2004


Snif ... il est rare que je ne vérifie une dernière fois avant de poster pourtant :)




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 11/01/2004

4-3 L’ordination

L'ordination comporte trois degrés, diaconale, presbytérale, épiscopale. Nous nous intéresserons à la plus complète, l'ordination épiscopale.

Je situe ce temps de l’ordination à la Moria, lieu séparé et où le sacré a surgi dans la révélation de Gandalf au Balrog, et dans la manifestation de son pouvoir, celui du Feu secret, par dessus celui de l’Ombre (je devrais à chaque fois repartir de ce que j’ai dit, car mon point de départ est bien le lieu sacré tel qu’il a été défini plus haut, et non le sacrement. Mais ces parties ne sont que des parenthèses destinées à expliciter un point sur lequel je ne comptais pas m’étendre tout de suite).

4-3-1 L’ordre

Il est tout d’abord à noter que Gandalf use lui-même du mot d’ « Ordre » pour parler de lui et de ses confrères Istari :

« Cette pensée en tête, j'abandonnai ma chasse et passai rapidement en Gondor. Les membres de mon ordre y avaient été autrefois bien reçus, mais Saroumane plus que tout autre. »

T1, Chap. II. LE CONSEIL D'ELROND, Page 336

- (...) Saroumane! cria-t-il, et sa voix crût en puissance et en autorité. Voyez! je ne suis pas Gandalf le Gris, que vous avez trahi. Je suis Gandalf le Blanc, qui est revenu de la mort. Vous n'avez plus de couleur à présent, et je vous chasse de l'ordre et du Conseil.

T2, Chap. X. LA VOIX DE SAROUMANE, Page 250

4-3-2 Les insignes

D’une certaine façon, l’ordination préexiste au temps de la Moria :
Les insignes de la charge de l’évêque sont le livre de l’Evangile, l’anneau, la crosse et la mitre. L’anneau et la crosse, Gandalf les a reçu dès son arrivée dans la Terre du Milieu. Par contre, le livre était plutôt l’apanage de Saroumane, qui d’ailleurs s’intéressait de très près à tout ce qui ressemblait à un anneau. Sauf qu’il se les attribuait lui-même, ou bien se les créait. Comme le dit Galdor, des Havres, c’était sa spécialité.

- (...) qu'est-il advenu de Saroumane? Il est très versé dans la connaissance des Anneaux, et pourtant il n'est point parmi nous. Quel est son avis - s'il connaît tout ce que nous avons entendu ?

T1, Chap. II. LE CONSEIL D'ELROND, Page 333

Gandalf ne manque pas de noter lorsque Saroumane l’invite dans sa tour qu’il portait un anneau au doigt (T1, p344).

4-3-3 les trois charges

Quelles sont les caractéristiques de l’évêque : ce sont les trois munus, les trois charges, enseignement, liturgie (service divin), gouvernement :

« Le sacerdoce ministériel diffère essentiellement du sacerdoce commun des fidèles parce qu'il confère un pouvoir sacré pour le service des fidèles. Les ministres ordonnés exercent leur service auprès du peuple de Dieu par l'enseignement (munus docendi), le culte divin (munus liturgicum) et par le gouvernement pastoral (munus regendi) »

CEC 1592

Nous verrons que ces charges sont bien celles de Saroumane, et qu’elles vont devenir celles de Gandalf. Ainsi quand Saroumane explique à Gandalf :

« Le Temps des Elfes est fini, mais le nôtre est proche : le monde des Hommes, que nous devons gouverner. Mais il nous faut le pouvoir (...)

Il n’y aurait point de véritable modification de nos desseins, mais seulement des moyens. »

T1, Chap. II. LE CONSEIL D'ELROND, Page 345

Gandalf ne conteste pas ce point de gouvernance (nous ne parlons pas de pouvoir temporel, évidemment), mais seulement le moyen que met Saroumane en œuvre pour cela. Gandalf est d’ailleurs celui qui dirigera la communauté de l’Anneau tant qu’ils sera avec eux, mais il est aussi celui qui dirigera Minas Tirith après la mort de Dénéthor, à la demande même d’Aragorn en présence d’Imrahil, à qui Gandalf a pourtant donné la gouvernance de la cité quelques temps plus tôt :

« - (...) Le Seigneur de Dol Amroth gouvernera la cité jusqu’à ce que Faramir se réveille. Mais mon avis est que Gandalf devrait nous diriger tous dans les jours à venir et dans nos rapports avec l’Ennemi. Et ils s’accordèrent là dessus. »

T3, Chap. VIII. LES MAISONS DE GUÉRISON, Page 183

Son rôle d’enseignement est suffisamment présent tout au long du roman pour ne pas avoir à le prouver.

Quant à son rôle liturgique, il n’est pas censé y en avoir dans le SdA. Pourtant Gandalf le dévoile bien quand il se déclare « serviteur du Feu secret ». Liturgie signifie très exactement « service ». Ce rôle même n’est donc pas oublié, et le service divin de Gandalf se manifestera encore quand, il dispense les bénédictions (j’avoue que j’ignore s’il y en a beaucoup, mais il y en au moins une).

4-3-4 La Moria

La Moria me paraît donc le moment où Gandalf reçoit ce sacrement, et change d’état (passant de presbytre à épiscope, si l’on veut).

« - Je suis un serviteur du Feu Secret, qui détient la flamme d'Anor. Vous ne pouvez passer. Le feu sombre ne vous servira de rien, flamme d'Udûn. Retournez à L'Ombre! Vous ne pouvez passer.
Le Balrog ne répondit rien. Le feu parut s’éteindre en lui, mais l’obscurité grandit. »

T1, Chap. V. LE PONT DE KHAZAD-DUM, Page 438

Le sacré commence ici, avec la victoire presque immédiate de la mention du feu secret sur le Balrog, dont le feu semble s’éteindre. Gandalf brise ensuite l’épée du Balrog, puis fini par briser le pont. Notons qu’à ce moment fatidique, le bâton de Gandalf est brisé :

À ce moment, Gandalf leva son bâton et, criant d'une voix forte, il frappa le pont devant lui. Le bâton se brisa en deux et tomba de sa main. Un aveuglant rideau de flamme blanche jaillit. Le pont craqua. Il se rompit juste au pied du Balrog, et la pierre sur laquelle il se tenait s'écroula dans le gouffre, tandis que le reste demeurait en un équilibre frémissant comme une langue de rocher projetée dans le vide.

T1, Chap. V. LE PONT DE KHAZAD-DUM, Page 438

À ce moment là pourtant, Gandalf est toujours vainqueur, sur le pont, tandis que le Balrog s’écroule :

« mais dans sa chute même, il fit tournoyer son fouet, et ses lanières fouaillèrent le magicien et s’enroulèrent autour de ses genoux, l’entraînant vers le bord. Il chancela, tomba, et malgré un vain effort pour s’accrocher à la pierre, il glissa dans le gouffre »

T1, Chap. V. LE PONT DE KHAZAD-DUM, Page 438

Son combat n’est donc pas terminé, la consécration de Gandalf doit se faire dans une figure du baptême et de la confirmation : le feu et l’eau, celle de la régénération.

"- Je suis tombé longtemps, finit-il par dire, avec lenteur comme s'il se remémorait avec difficulté. Je suis tombé longtemps et il est tombé avec moi. Son feu m'environnait. J'étais brûlé. Puis nous plongeâmes dans une eau profonde et tout fut obscur. Elle était aussi froide que le flot de la mort : elle me glaça presque le coeur."

T2, Chap. V. LE CAVALIER BLANC, Page 135


4-3-5 Le nouveau Gandalf

Le Balrog regagne toute sa puissance sur le mont Celebdil, (he burst into new flame), et cette fois, Gandalf doit le combattre de tout son pouvoir (sans son bâton).

« Ceux qui regardaient de loin pensèrent que la montagne était couronnée d’orage. Ils entendirent le tonnerre et, dirent-ils, les éclairs qui frappaient le Celebdil rebondissaient en arrière, brisés en langues de feu . »

T2, Chap. V. LE CAVALIER BLANC, Page 136

Nous remarquons ici l’amusante mention de langues de feu, ce en quoi sont brisés les éclairs qui surgissent de la violence du combat. Ces langues de feu, je l’ai dis, sont le symbole presque exclusif de la Pentecôte, temps où l’Esprit Saint est descendu sur chacun des apôtres.
Lors de l’ordination, l’Esprit Saint est particulièrement invoqué afin qu’il confères les dons nécessaires à l’évêque pour sa nouvelle charge.

Gandalf abat son adversaire, puis s’égare hors de la pensée et du temps. Gandalf est couché, étendu, comme celui qui reçoit le sacrement de l’ordre doit s’étendre au sol epndant la litanie des Saints, temps où tout le ciel est invoqué sur celui qui va recevoir le sacrement.

" Je fus renvoyé nu, pour une brève période, jusqu'à ce que ma tâche soit accomplie. Et nu je restai étendu sur le sommet de la montagne. (…). Je restai étendu là, les yeux ouverts sur le ciel, tandis que les étoiles tournaient, et chaque jour était aussi long qu'une existence entière sur la terre. La rumeur assemblée de toutes les terres parvenait faiblement à mes oreilles : la germination et la mort, le chant et les pleurs, et le lent et éternel gémissement de la pierre surchargée. Et ainsi enfin Gwaihir le Seigneur des Vents me trouva de nouveau, il me saisit et m'emporta."

T2, Chap. V. LE CAVALIER BLANC, Page 136

Le rite est terminé. Il y a chez lui mort et résurrection, mais quand il revient, il n’est plus le même, ni en pouvoir, ni même physiquement. L’aigle est le premier à en témoigner :

« - Un fardeau, tu l'as été, répondit-il, mais ce n'est pas le cas aujourd'hui. Aussi léger qu'une plume de cygne es-tu à mes serres. Le Soleil brille à travers toi. En fait, je ne crois pas t'être encore nécessaire : te laisserais-je tomber, que tu flotterais sur le vent. »

T2, Chap. V. LE CAVALIER BLANC, Page 137

Gandalf est avant tout un ange, et ce nouvel état de son corps n’est pas surprenant, mais il est comme rehaussé par sa nouvelle ordination. Il est désormais l’évêque de son ordre, disposant d’un nouveau bâton (dont on ne sait d’où il vient), de son anneau, de nouveaux vêtements signifiant son nouvel état (reçus chez Galadriel), et d’Évangile, il a reçu celui du monde qui est parvenu à ses oreilles pendant sa prostration.

Lorsque nous le retrouvons enfin, dans la forêt de Fangorn, il doit aussi se remémorer de son ancien nom (on peut se souvenir qu’en religion, il est habituel de donner un nouveau nom à celui qui entre définitivement dans un ordre), et il y a surtout, ce commentaire de Gunri, seule mention de sacré avec les maisons des morts de Minas Tirith où Dénéthor ira se faire brûler.

« - En une heureuse heure, vous êtes revenu auprès de nous, Gandalf, s'écria le Nain, qui se mit à gambader en chantant haut dans l'étrange langage des Nains. Allons, allons! cria-t-il, balançant sa hache. La tête de Gandalf étant maintenant sacrée, trouvons-en une qu'il soit bon de fendre ! »

T2, Chap. V. LE CAVALIER BLANC, Page 138




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 11/01/2004

« - En une heureuse heure, vous êtes revenu auprès de nous, Gandalf, s'écria le Nain, qui se mit à gambader en chantant haut dans l'étrange langage des Nains. Allons, allons! cria-t-il, balançant sa hache. La tête de Gandalf étant maintenant sacrée, trouvons-en une qu'il soit bon de fendre ! »

T2, Chap. V. LE CAVALIER BLANC, Page 138




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Yyr - 12/01/2004


Il semble que tu sois parvenu à régler ton problème d'édition :) - la suite ! la suite ! :)




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 12/01/2004

réglé ? tu parles. j'ai tout repris manuellement dans notepad, d'où l'oubli de pas mal de morceaux en gras. C'est trop fastidieux en plus, je ne recommencerais pas... Bon, ne jamais renoncer...:-) )




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 13/01/2004

en exportant sous HTML ? avec tous les codes word qu'il rajoute ?
je veux bien essayer... mais ça promet.




Tolkien dans la Revue des deux mondes - sosryko - 13/01/2004

Non, en mettant les mains à la pâte bien sûr ;-)
Je ne t'apprendrai rien mais voilà comme je fais manuellement, en essayant d'être méthodique.
tu te prépares une bonne fois pour toutes un document avec tes commandes qui ne sont pas si nombreuses :
(1) <.font color="#000080">  pour du texte bleu foncé
(2) <.font color="#008800"> pour du texte vert
(3) <.font color="#008080"> pour du texte bleu-vert
et
(4) <.blockquote>, <./blockquote> pour les citations.

Dans un autre document Word, tu tapes ton texte (en gras, en italiques, en couleurs).
Tu places en premier les balises <.b> <./b>, <.i> <./i>, etc.
Puis les balises (VIVE LE COPIER-COLLER!!)(1) (+<./font>), puis (2)(+<./font>), puis (3)(+<./font>), enfin (4) (aucun saut de ligne avec le texte précédent pour (4)).

Tu peux alors vérifier tes commandes en copiant ton texte mis en forme dans le fichier source d'un fichier html vierge sous Word, ou bien en ligne grâce aux fuseaux Tests.
Quelques ajouts du style <.br> ou supression de saut de lignes si nécessaire et c'est bon...en principe ;-)




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 13/01/2004

je te répond en page de test




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 13/01/2004

4-4 Le sacrement de Réconciliation

4-4-1 Aragorn

Nous entrons à présent dans le chemin des morts.
Mais que se passe-t-il juste avant cela, qui justifie qu’Aragorn incarne soudain une figure sacrée, capable d’administrer un sacrement ?
Aragorn tandis qu’il est avec Théoden, reçoit divers messages dont un qui lui rappelle l’existence du chemin des morts. C’est n messager qui vient des Dunedain, ces autres rôdeurs, fidèles sujets du roi Isildur, eux-mêmes envoyés par Galadriel à Aragorn. Celui-ci mûrit sa réflexion, et annonce soudain qu’il passera par ce chemin. Mais avant de l’annoncer à ses amis pour qu’ils le suivent, il leur parle de son combat avec Sauron dans le Palantir

- Une lutte plutôt sinistre en ce qui me concerne, que la bataille de Fort le Cor, répondit Aragorn. J’ai regardé dans la pierre d’Orthanc, mes amis.

- Vous oubliez à qui vous parlez, dit Aragorn d’un ton sévère, et ses yeux étincelèrent. N’ai-je pas ouvertement proclamé mon titre devant les portes d’Edoras ? (...) Non mes amis, je suis le maître légitime de la Pierre, et j’avais tant le droit que la force de l’employer, du moins en jugeais-je ainsi. Le droit est indubitable, la force était suffisante - tout juste.
Il respira profondément. « Ce fut une lutte âpre, et la fatigue est lente à passer. Je ne lui dis pas un mot, et à la fin je forçai la Pierre à n’obéir plus qu’à ma seule volonté. Cela seul, il le trouvera dur à supporter. Et il m’a vu. Oui, Maître Gimli, il m’a vu, mais sous une autre apparence que celle que vous me voyez actuellement. (...) Savoir que je vis et que je cours la terre lui a porté un coup au cœur, je suppose (…) Il n’est pas puissant au point d’être insensible à la peur : non, le doute le ronge toujours.

T3, ch II, LE PASSAGE DE LA COMPAGNIE GRISE, p.64

Puis, il annonce quelle route il prendra. Il se révèle donc tout d’abord à un degré supérieur que celui qu’il arborait jusqu’ici, comme ennemi direct de Sauron, capable de lui inspirer la peur, capable de s’opposer à lui en face à face, à force égale ! Aragorn est donc annoncé comme un être égal à Sauron, ce qui sera répété plus tard, lorsqu’il dirigera les armées des Morts *. Comme représentant des forces de l’Ouest, Dunedain (homme de l’Ouest), il acquiert donc à ce moment, et à ce moment seulement, un rang presque sacré.

C’est juste après qu’il annonce son intention de passer par le Chemin des morts, disant qu’il pourra passer :

« - les Vivants n’ont jamais emprunté cette route depuis la venue des Rohirrim, répondit Aragorn, car elle leur est fermée. Mais en cette heure sombre, l’héritier d’Isildur peut l’utiliser, s’il l’ose ».

ibidem, p.65

« - (…) En cette heure, je regardai Aragorn, et me représentai quel grand et terrible seigneur il eût pu devenir dans la force de sa volonté s’il avait pris l’Anneau pour lui-même. Ce n’est pas pour rien que le Mordor le redoute. Mais son esprit est plus noble que l’entendement de Sauron ; car n’est-il pas des enfants de Luthien ? »

T3, ch X, LA DERNIERE DELIBERATION, p.204

4-4-2 Le péché du peuple des montages

Aragorn rappelle ensuite à ses compagnons le sort des gens du Chemin des Morts : ils jurèrent allégeance à Isildur, sur la pierre noire d’Erech (j’ignore le sens de ce nom) qu’il fit amener lui-même,

« Mais quand Sauron revint et reprit sa puissance, Isildur appela les Hommes des Montagnes à remplir leur serment, et ils ne voulurent point, car ils s’étaient prosternés devant Sauron dans les Années Sombres. »

T3, ch II, LE PASSAGE DE LA COMPAGNIE GRISE, p.66

Isildur les maudit donc, sous réserve que l’Ouest se révèle plus puissant que Sauron (c’est à dire que sa malédiction puisse avoir pouvoir sur eux).

« Et ils fuirent devant la colère d’Isildur, et ils n’osèrent pas partir en guerre du côté de Sauron. Ils se cachèrent dans des endroits secrets des montagnes et ils n’eurent pas de rapport avec les autres hommes, mais se réduisirent lentement dans les collines stériles. Et la terreur des Morts sans Sommeil reste autour de la colline d’Erech »

Ibidem

Nous retrouvons là les éléments d’un péché : ces Hommes ont adoré l’ombre plutôt que la lumière, et comme Adam et Ève après la faute originelle, ils se cachèrent, terrorisés. Par quoi ? Par leur propre acte, dont ils n’assument pas les responsabilités. Isildur n’a laissé personne derrière lui pour terroriser ce peuple, et le voilà pourtant caché dans la terreur. Craignent-ils la malédiction ? Elle n’est pas effective tant que Sauron n’a pas été défait, et dans ce cas ils auraient mieux fait de combattre à ses côtés pour lui donner victoire et empêcher la malédiction de se réaliser. Cette malédiction n’a d’ailleurs rien de très effrayant à première vue : « vous ne trouverez pas le repos avant que votre serment soit accompli », et de leur prophétiser qu’ils seront appelés avant la fin de la guerre, qui durera longtemps.

Ces hommes ont donc conscience d’avoir commis une faute grave, qui les terrorise et les pousse à se cacher.
Quand Aragorn se tournera vers eux, il leur demandera pourquoi ils sont venus à l’appel, une voix viendra répondre (et c’est la seule parole que prononceront jamais ces armées de morts) :

« Pour accomplir notre serment et trouver la Paix »

Ibid, p.77

Ils ne parlent pas de repos (rest), ce dont les a privé la malédiction, mais bien de Paix (Peace) ! Ils recherchent donc plus que ce que leur donnerait la simple révocation de la malédiction : le repos, mais aussi la fin de la guerre, la fin de toute peine.
Ils témoignent donc de remords par rapport à leur manquement, et Il est étonnant qu’Aragorn leur demande de l’exprimer. Il a en effet appelé les armées derrière lui, et elles l’ont suivi depuis les ténèbres du Dimholt, dans toute la vallée du Morthond, et jusqu’à la colline d’Erech, lorsqu’il les appela :

« -Laissez-nous passer, et puis venez ! Je vous appelle à la Pierre d’Erech ! »

ibid, p.74

c’est lui qui les appelle, et il leur demande pourtant :

« - Parjures, pourquoi êtes-vous venus ? »

Ibid, p.77

Cela n’a pas de sens. C’est lui qui les a convoqué, et qui devait donc prendre la parole pour faire sa demande. Au lieu de cela, il inverse le processus et demande aux armées des Morts d’exprimer solennellement, en un lieu symbolique, la raison de leur venue, alors qu’elle est évidente pour Aragorn, qui les appelle même parjures. Il tient donc à ce que ce peuple, qu’il a le pouvoir de délivrer, énonce son désir, et l’aveu donc de sa faute passée.

4-4-3 les trois actes du sacrement

C’est que le sacrement de Réconciliation (ou de Pénitence) demande trois « actes » : la contrition, l’aveu, la satisfaction

« la Pénitence oblige le pécheur à accepter volontiers tous ses éléments : dans son cœur, la contrition ; dans sa bouche, la confession ; dans son comportement, une totale humilité ou une fructueuse satisfaction »

CEC 1450

La contrition peut-être parfaite, c’est à dire mûe par le seul amour de Dieu, ou imparfaite, c’est à dire mûe par la crainte de la damnation, ou toute autre crainte extérieure (car c’est déjà une action de l’Esprit Saint, qui transformera cette contrition imparfaite par la grâce du sacrement).
Cette contrition imparfaite est bien présente chez le peuple des montagnes, comme j’ai tenté de le montrer.

L’aveu est bien présent, réclamé par Aragorn lui-même !

Reste la satisfaction, c’est à dire la réparation de l’offense. Elle doit toujours être le plus proche possible du mal qui a été fait ou du bien qui a été omis, comme pour effacer ce mal. C’est exactement ce qu’ils vont faire, en répondant enfin à l’appel du roi et en l’aidant à vaincre Sauron. Parce que leur action donnera la victoire, ils satisfont à la fois au manquement dans le serment qui n’a pas été accompli, et à la fois à leur adoration de Sauron.

Une fois qu’ils ont combattu et vaincu, voici qu’ils se retirent sur le rivage, attendant qu’Aragorn s’adresse à eux, ce qu’il fait en ces termes :

« - Entendez maintenant les paroles de l’Héritier d’Isildur ! Votre serment est accompli. Retournez et ne troublez plus jamais les vallées ! Allez en paix !
Là dessus, le Roi des Morts s’avança devant les rangs, brisa sa lance et la jeta à terre. Puis il s’inclina profondément et se détourna ; et rapidement, toute l’armée grise se retira et s’évanouit comme une brume repoussée par un vent soudain »

T3, ch X, LA DERNIERE DELIBERATION, p.204

« Allez en Paix ! ». Cette expression pourrait sembler parfaitement liturgique, si elle n’était écrite en anglais : « Depart and be at rest ! ».
Il reste que le pardon est octroyé, la satisfaction a été accomplie. Même si Aragorn ne parle que de repos, le fait que le Roi des Morts brise sa lance montre bien que pour lui, c’est la Paix définitive qu’il estime avoir reçu.




Tolkien dans la Revue des deux mondes - sosryko - 13/01/2004

Pourquoi ne travailles-tu pas sous Word? Tu mets en forme, tu testes sur le fuseau test, et c'est bon ;-)




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Silmo - 13/01/2004

Bonjour à tous,

quelle richesse ce fuseau. Merci Vin' pour tous ces développements fort intéressants.

Je ne suis pas très calé en sacrement et si je te dis que pour le mariage je pense immédiatement à la fin du bouquin, ça va te paraître un peu *premier degré*, mais en fait c'est moins l'union *Arwen-Aragorn* qui me fait dire ça que l'article "L'Anneau de Barahir" de Sébastien Mallet dans la rubrique Essai, où il est question d'*engagement* et d'*alliance faërique*, d'*union avec la faërie*.

Qu'en dis-tu?

Au sujet des lieux sacrés, je suis plutôt d'accord avec Sosryko à propos de la Lorien, surtout dans le sens de lieu séparé (séparé du temps, séparé de Sauron - son esprit ne peut y pénétrer, séparé par sa nature, sa végétation); c'est aussi un lieu de rétablissement, pour la compagnie puis pour Gandalf après sa résurection.

Ca ne fonctionnerait peut-être pas autant pour Rivendell, encore que ?!?! (lieu inviolé, de rétablissement aussi)

Je te proposerai volontiers d'ajouter à ta liste "la Mer", chère à mon coeur, sans doute sacrée (du point de vue des elfes au moins... :-))

S'agissant des personnages, je ne suis pas convaincu par le choix de Denethor, plus proche à mon avis du prêtre défroqué, si je puis me permettre ce raccourci audacieux.

En revanche Galadriel mériterait de figurer dans le trio de tête.

Cordialement

François


Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 14/01/2004

Hum.
Pour Dénéthor, c'est précisément parce qu'il a sur lui l'ombre du sacré que je le met dans les persnnages sacrés, mais je précise bien qu'il en est l'antithèse. Comparons le à Théoden, par exemple. Ce roi est digne et remarquable, mais il incarne toutes les valeurs païennes (sans aspect péjoratif), la noblesse et le courage, la force et la gloire. C'est un grand roi, qui n'a pas failli, mais qui n'incarne pas le sacré. Dénéthor, au contraire, dans son opposition à Gandalf, dans les remontrances qu'il subi et qui se jouent sur le plan du sacré (son suicide interdit), évoque le sacré même s'il est évident qu'il ne le représente pas ni ne l'incarne.

Pour le pariage, j'ai trouvé une autre piste (avec l'Arbe Blanc), mais je vais voir si cette aliance du monde faërique avec le monde réel ne pourrait pas rentrer dans mon plan.

Fondcombe n'est pas vraiment un lieu séparé, c'est même plutôt un lieu de rassemblement. Ceci dit, séparé ne veut pas dire isolé, mais aussi distinguable. C'est un lieu où se joue une heure grave, et sosryko nosu a déjà fait ressortir tout l'aspect chrétien du conseil d'Elrond, où la présence divine est indubitable, ne serait-ce que parce qu'Elrond la suggère lui-même. De là, peut-on parler de sacré... je ne sais pas encore.

Pour la Lorien, j'ai beau y réfléchir, je continue à y voir au contraire l'incarnation même de la Faërie, ce lieu hors du monde qui semble presque imaginaire, et qui de fait est selon le modèle et l'imagination des Elfes,a ttachés au passé, à leur temps.
Par contre, voir en Galadriel une incarnation du sacré est autre chose, sur laquelle je ne me suis pas assez penché, mais cela me semble tout à fait concevable. Je ne trouve pas beaucoup d'éléments ceci dit, sinon la distribution de la lumière et des lembas (cf. le vieux débat sur lembas et hostie... mais ce n'est pourtant pas là que je verrai l'eucharistie).

Bon, j'ai pris du retard sur le sacrement des malades, que je pensais très facile, et qui en fait ne l'est pas puisqu'on n'a aucune référence à la guérison en Valinor (ou Tol Erressea, ne pinaillons pas pour le moment) dans le SdA. Je suis obligé de chercher dans les Letters, ce qui est plus long. La suite donc demain.




Tolkien dans la Revue des deux mondes - sosryko - 15/01/2004

Je me dois de rappeler que le mot Estel signifie Espoir, mais aussi et surtout Espérance. On peut même le traduire par " Foi ", ce qui a été fait de nombreuses fois, et qui rend pleinement compte de cette confiance abandonnée qu'est L'Estel.

C'est un tort de sembler croire que l'Espérance serait une vertu moindre que la Foi (ou similaire), et donc qu'il serait presque nécessaire de traduire Estel par Foi pour renforcer le propos...
halala ;-) c'était presque parfait ;-))
Merci beaucoup Vinyamar! Quel (beau) boulot! :-)
A toi Silmo : la mer! la mer! la mer!

Sosryko
malade
mais pas au point de désirer
d('avoir perdu la "paix de l'esprit" ;-)




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 15/01/2004

4-5 Le sacrement des malades

Nous reviendrons sur le sens de la maladie dans la doctrine catholique, avant même sa guérison, car nous y trouverons de troublantes correspondances avec la maladie de Frodon.

Nous prétendons reconnaître le sacrement des malades dans le départ de Frodon pour Valinor. En fait, seul l'Ouest est mentionné, et nous savons par les lettres de Tolkien que c'est à Tol Eresseä qu'est en fait parti Frodon.
Laissons tout cela sous le vocable de l'Ouest, et Tol Eresseä n'est bénie que parce qu'elle permet la vision béatifique de Valinor.

Nous étudierons comme ligne directrice les quatre effets du sacrement des malades.

4-5-1  Une guérison

" Un don particulier de l'Esprit Saint. La grâce première de ce sacrement est une grâce de réconfort, de paix et de courage pour vaincre les difficultés propres à l'état de maladie grave ou à la fragilité de la vieillesse. Cette grâce est un don du St Esprit qui renouvelle la confiance et la foi en Dieu et fortifie contre les tentations du malin, tentation de découragement et angoisse de la mort. Cette assistance du Seigneur par la force de son Esprit veut conduire le malade à la guérison de l'âme, mais aussi à celle du corps, si telle est la volonté de Dieu. En outre, 's'il a commis des péchés, ils lui seront remis'."

CEC 1520

Cette guérison est donc double dès le principe : celle de l'âme d'abord, mais celle du corps, si c'est la volonté de Dieu.
Dans une longue note (note 4) sur l'échange entre Finrod et Andreth dans Home X, Tolkien explicite ce qu'il en est sur la présence d'hommes à Valinor, et parle des exceptions. Après avoir expliqué que les Elfes qui restait en Terre du Milieu étaient invité à se rendre à Tol Eresseä, Tolkien n'évoque plus que le passage " au delà de la Mer " ('passing 'oversea' qu'il met lui-même entre guillemets), en expliquant bien qu'il s'agit de tout autre chose : d'une grâce !

" Ainsi le passage " au delà de la mer " de Mortels après la Catastrophe - qui est noté dans le SdA - n'est pas vraiment la même chose. C'était dans tous les cas une grâce spéciale. Une occasion de mourir selon le plan original [prévu] pour les parfaits : il allèrent à un état dans lequel ils pourraient acquérir un plus grande connaissance et paix de l'esprit, et être guéris de toute blessure à la fois de l'esprit et du corps, [état dans lequel] il pourraient finalement s'abandonner : mourir librement, ou même de désir, dans l'Espérance. Ce qu'Aragorn accomplit sans aucune aide de ce genre. "

""The passing 'oversea', therefore, of Mortals after the Catastrophe - which is recorded  in The Lord of the Rings - is not quite the same thing. It was in any case a special grace. An opportunity for dying according to the original plan for the unfallen: they went to a state in which they could acquire greater knowledge and peace of mind, and being healed of all hurts both of mind and body, could at last surrender themselves: die of free will, and even of desire, in estel. A thing which Aragorn achieved without any such aid."

Athrabeth Finrod ah Andreth, in Morgoth's Ring,p.341

Tolkien est moins présomptueux au sujet de la guérison dans une de ses lettres :

" Frodon fut envoyé ou autorisé à passer par delà la Mer pour être soigné - Si cela pouvait être fait - avant qu'il ne meure. Il aurait finalement à " passer au delà " : aucun mortel ne pouvait, ou peut, demeurer pour toujours sur terre, ou au sein du Temps. Ainsi alla-t-il à la fois à un purgatoire et à une récompense, pour un temps : une période de réflexion et un gain de vraie compréhension de sa position dans sa petitesse et dans sa grandeur, passée toujours dans le Temps parmi les beautés naturelle " d'Arda incorrompue ", la Terre non souillée par le diable ".

"Frodo was sent or allowed to pass over Sea to heal him - if that could be done, before he died. He would have enventually to 'pass away' : no mortal could, or can, abide for ever on earth, or within Time. So he went both to a purgatory and to a reward, for a while : a period of reflection and peace and a gaining of a true understanding of his position in littleness and in greatness, spent still in Time amid the natural beauty of 'Arda Unmarred', the Earth unspoiled by evil."

Letter 246 From a letter to Mrs Eileen Elgar (drafts) september 1963 (p.328)

Tolkien remet donc la guérison de Frodon entre les mains d'un passif non nommé : " Si cela pouvait être fait ".
Nous retrouvons bien l'idée que ce passage au delà de la mer soit une grâce pour Frodon, destinée à lui donner la paix, et la guérison conditionnée. Nous reviendrons davantage sur cette guérison, il est évident qu'elle est le fil conducteur de tout ce sacrement, ainsi que du passage à l'Ouest.

4-5-2 L'union à la passion du Christ

" Par la grâce de ce sacrement, le malade reçoit la force et le don de s'unir plus intimement à la passion du Christ : il est d'une certaine façon consacré pour porter du fruit par la configuration à la passion rédemptrice du Sauveur. La souffrance, séquelle du péché originel, reçoit un sens nouveau : elle devient participation à l'œuvre salvifique de Jésus. "

CEC 1521

L'idée que Frodon vit une passion a été plusieurs fois évoquée et soutenue sur ce forum (je renvoie à ce sujet aux fuseaux : Plaidoyer pour Frodon : et surtout Affaire de Volonté.L'idée même de son sacrifice est évoquée dans le SdA, puis explicitée radicalement par Tolkien :

" - Mais, répliqua Sam, les larmes aux yeux, je croyais que vous alliez aussi jouir de la Comté durant  maintes années, après tout ce que vous avez fait.

- C'est ce que j'ai cru aussi, à une époque. Mais j'ai été trop grièvement blessé, Sam. J'ai tenté de sauver la Comté, et elle l'a été, mais pas pour moi. Il doit souvent en être ainsi, Sam, quand les choses sont en danger ; quelqu'un doit y renoncer, les perdre de façon que d'autres puissent les conserver. Mais tu es mon héritier : tout ce que j'avais et que j'aurais pu avoir, je te le laisse.

T3, Chap. IX. LES HAVRES GRIS, Page 424

"Mais alors il pensa qu'il avait donné sa vie en sacrifice: il espérait mourir très bientôt. Mais il ne mourut pas, et l'on pouvait observer l'inquiétude monter en lui. "

"But then he thought that he had given his life in sacrifice : he expected to die very soon. But he did not, and one can observe the disquiet growing in him"

Letter 246

Peut-on, de là, parler de participation à la passion du Christ ? Participation, dans la mesure où le Christ n'est pas encore venu, sera de toute façon erroné, mais il reste la figure du sacrifice du Christ, même s'il n'est pas abouti.

Tolkien parle bien du salut du monde (et de lui-même) opéré par Frodon dans une lettre :

" But at this point the 'salvation' of the world and Frodo's own salvation is is achieved by his previous pity and forgiveness of injury "

Letter 181 (p.234)

4-5-3 Le lien à l'Eglise

" Une grâce ecclésiale. Les malades qui reçoivent  ce sacrement " en s'associant librement à la passion et à la mort du Christ " apportent leur part pour le bien du Peuple de Dieu ". En célébrant ce sacrement, l'Eglise, dans la communion des saints, intercède pour le bien du malade. Et le malade à son tour, par la grâce de ce sacrement, contribue à la sanctification de l'Eglise et au bien de tous les hommes pour lesquels l'Eglise soufre et s'offre, par le Christ, à Dieu le Père. "

CEC 1522

Les questions s'interpénètrent, et nous avons déjà évoqué le fait que Frodon contribue au bien de tous les hommes.
Mais qui intercède donc pour Frodon ? Nous avons la réponse dans un chapitre du Tome 3 et dans une note de cette même lettre 246 déjà citée :

" Mais la reine Arwen dit : - Je vais vous faire un présent. Car je suis la fille d'Elrond. Je ne vais pas l'accompagner quand il partira pour les Havres (…). Mais vous partirez à ma place, Porteur de l'Anneau, le moment venu, et si tel est alors votre désir. Si vos blessures vous font encore souffrir et si le souvenir de votre fardeau est lourd, vous pourrez passer à l'Ouest jusqu'à guérison de vos maux et de votre lassitude. Mais portez ceci maintenant en mémoire de Pierre Elfique et d'Etoile du Soir, avec lesquels votre vie a été entretissée !
Elle prit alors une gemme blanche semblable à une étoile, qui reposait sur son sein au bout d'une chaîne d'argent, et elle passa cette chaîne autour du cou de Frodon.
- Quand vous serez troublé par le souvenir de la peur et des ténèbres, dit-elle, ceci vous apportera de l'aide."

T3, Chap. VI. NOMBREUSES SEPARATIONS, Page 345

" Mais il ne mourut pas, et l'on pouvait observer l'inquiétude monter en lui. Arwen fut la première à en observer les signes, et lui donna son joyau pour réconfort, et pensa à une façon de le guérir. * "

But he did not [die], and one can observe the disquiet growing in him. Arwen was the first to observe the signs, and gave him her jewel for comfort, and thought of a way of healing him.

* Pour tous exceptés ceux de la race Elfique, 'naviguer à l'Ouest' n'était pas permis, et toute exception nécessitait une 'autorité', et elle n'était pas en communication directe avec les Valar, spécialement depuis son choix de devenir 'mortelle'. Ce qui est signifié est que ce fut Arwen qui pensa d'abord à envoyer Frodon dans l'Ouest, et déposa une supplication pour lui à Gandalf (directement ou via Galadriel, ou les deux), et elle usa de sa propre renonciation du droit d'aller à l'Ouest comme un argument. Sa renonciation et sa souffrance furent apparentées et raccommodées à celle de Frodon : tous deux faisaient partie d'un plan de la régénération de l'État de l'Homme. Sa prière pouvait ainsi être spécialement efficace.

For any except those of Elvish race 'sailing West' was not permitted, and any exeption required 'authority', and she was not in direct communication with the Valar, especially not since her choice to become 'mortal'. What is meant is that it was Arwen who first thougt of sending Frodo into the West, and put in a plea for him to Gandalf (direct or through Galadriel, or both), and she used her own renunciation of the right to go West as an argument. Her renonciation ans suffering were related to and emmeshed with Frodo's: both were part of a plan of the regeneration of the State of Men. Her prayer might therefore be specially efective.

Letter 246

On peut être saisi par l'aspect de plus en plus religieux que prend cette simple explication de la manière dont Arwen s'y prend pour permettre à Frodon de se rendre à l'Ouest.
Nous y lisons donc la communion des saints effective entre Frodon et Arwen. Tandis que par sa souffrance, il a sauvé l'humanité et a contribué au bonheur d'Arwen, celle-ci intercède pour lui auprès des autorités pour lui offrir la guérison.
Le rôle d'Arwen comme pseudo Eglise est renforcé dans le don qu'elle fait de ce joyau qu'elle portait sur son cœur,

" Le treize de ce mois, le Père Chaumine trouva Frodon étendu sur son lit ; il avait la main crispée sur une pierre blanche suspendue à une chaîne qu'il avait autour du cou, et il paraissait à demi-perdu dans un songe.

- Il a disparu à jamais, disait-il, et maintenant tout est sombre et vide ".

T3, Chap. IX, LES HAVRES GRIS, p 417

C'est dans cet objet, ce viatique, que Frodon cherche un soutien. Le sacrement des malades met en effet l'accent sur le contact, qui est celui que dans l'Evangile les malades voulaient établir avec Jésus pour être guéris.

Et en tout lieu où il pénétrait, villages, villes ou fermes, on mettait les malades sur les places et on le priait de les laisser toucher ne fût-ce que la frange de son manteau, et tous ceux qui le touchaient étaient sauvés.

Marc 6,56

4-5-4 Une préparation à la mort

" Si le sacrement de l'Onction des malades est accordé à tous ceux qui souffrent de maladie et d'infirmités graves, il l'est à plus forte raison à ceux qui sont sur le point de sortir de cette vie, de sorte qu'on l'a aussi appelé sacramentum exeuntium. (…) Cette dernière onction munit la fin de notre vie terrestre comme d'un solide rempart en vue des dernières luttes avant l'entrée dans la Maison du Père ".

CEC 1523

Tolkien a assez insisté sur le fait que le passage à l'Ouest était à la fois une récompense, mais aussi un purgatoire, pour ne pas avoir à y revenir. Cependant, pour les plus sceptiques nous citerons encore une autre lettre, où il est dit :

" Ainsi de Frodon ou d'autres mortels, ils pouvaient seulement résider en Aman pour un temps limité - qu'il soit long ou bref. Les Valar n'avaient ni le pouvoir ni le droit de leur conférer l'immortalité. Leur séjour était un " purgatoire ", mais un de paix et de guérison, et il finiraient pas passer au delà (mourir selon leur propre désir et libre volonté) vers une destination dont les Elfes ne savaient rien "

" As for Frodo or other mortals, they could only dwell in Aman for a limited time - whether brief or long. The Valar had neither the power nor the right to confer immortality upon them. Their sojourn was a "purgatory", but one of peace and healing and they would eventually pass away (die at their own desire and of free will) to destinations of which the Elves knew nothing "

Letter 325, p. 411

(ou voir encore la lettre 154 au sujet de la mort de Frodon librement consentie).

Nous avons donné au début de cette longue partie un extrait du Home X où Tolkien précise bien el but de ce purgatoire :

"  they went to a state in which they could acquire greater knowledge and peace of mind, and being healed of all hurts both of mind and body, could at last surrender themselves: die of free will, and even of desire, in estel."

"  they went to a state in which they could acquire greater knowledge and peace of mind, and being healed of all hurts both of mind and body, could at last surrender themselves: die of free will, and even of desire, in estel."

Je me dois de rappeler que le mot Estel signifie Espoir, mais aussi et surtout Espérance. On peut même le traduire par " Foi ", ce qui a été fait de nombreuses fois, et qui rend pleinement compte de cette confiance abandonnée qu'est L'Estel. Tolkien nous met déjà en piste en comparant cette mort acceptée, voire offerte, à celle d'Aragorn, qui est bel et bien une mort vécue dans la Foi. Voilà donc le but de ce temps de convalescence, tout comme le véritable but du sacrement des malades : aider le malade à accepter avec foi sa mort prochaine (dans les dispositions déjà énoncées).

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce sacrement des malades présent en ce passage à lOuest, dans la mesure où elle condense toute l'histoire du sacrifice et de la rédemption de Frodon. C'est un vaste sujet, bien trop vaste pour cette partie d'une étude.
Il reste deux points sur lesquels il convient d'insister : le pardon des péchés, et le rôle de la Mer.

4-5-5 Le pardon des péchés

C'est en effet un des buts de ce sacrement, sur lequel je suis passé au début, mais que je reprend ici à présent.
Tolkien en fait explicite lui-même très brillamment cette présence d'un péché de Frodon, qui doit être pardonné, purifié plutôt. Ce péché, ce n'est pas celui d'avoir failli sur la crevasse du Destin, mais de continuer à désirer l'Anneau, après sa destruction… et de désirer une mort d'anéantissement, et non une mort dans la Foi.
Cet extrait de lettre explicite tout cela. Je le traduirai un autre jour, car elle est fort longue et il est bien tard (ou si quelqu'un veut s'y mettre), et vous la livre donc telle quelle :

« […] Frodo undertook his quest out of love - to save the world he knew from disaster at his own expense, il he could ; and also in complete humility, acknowledging that he was wholly inadequate to the task. His real contract was only to do what he could, to try to find a way, and to go as far on the road as his strenght of mind and body allowed. He did that. I do not myself see that the breaking of is mind and will under demonic pressure after torment was any more a moral failure than the breaking of his body would have been - say, by being strangled by Gollum, or crushed by a failing rock.
That appears to have been the judgement of Gandalf and Aragorn and of all who learned the full story of his journey. Certainly nothing woud be concealed by Frodo ! But what Frodo himself felt about the events is quite another matter.
He appears at first to have had no sens of guilt (III 224-5) ; he was restored to sanity and peace. But then he thought that he had given his life in sacrifice : he expected to die very soon. But he did not, and one can observe the disquiet growing in him. Arwen was the first to observe the signs, and gave him her jewel for comfort, and thought of a way of healing him* Slowly he fades 'out of the picture', saying and doing less and less. I think it is clear on reflection to an attentive reader that when his dark time came upon him and he was conscious of being 'wounded by knife sting and tooth and a long burden' (III 268) it was only nightmare memories of past horrors that afflicted him, but also unreasoning self-reproach : he was himself and all that he done as a broken failure. 'Though I may come to the Shire, it will not seem the same, for I shall not be the same'. That was actually a temptation out of the Dark, a last flicker of pride : desire to have returned as a 'hero', not content with being a mere instrument of good. And it was mixed with another temptation, blacker and yet (in a sense) more merited, for however that may be explained, he had not in fact cast away the Ring by a voluntary act : he was tempted to regret its destruction, and still to desire it. 'it is gone for ever, and now all is dark and empty', he said as he wakened from his sickness in 1420.
'Alas ! there are some wounds that cannot be wholly cured', said Gandalf (III268) - not in Middle-Earth. Frodo was sent or allowed to pass over Sea to heal him - if that could be done, befire he died. He would have enventually to 'pass away' : no mortal could, or can, abide for ever on earth, or within Time. So he went both to a purgatory and to a reward, for a while : a period of reflection and peace and a gaining of a true understanding of his position in littleness and in greatness, spent still in Time amid the natural beauty of 'Arda Unmarred', the Earth unspoiled by evil.
Bilbo went too. No doubts as a completion of the plan due to Gandalf himslef. Gandalf had a very great affection for Bilbo, from the hobbit's childhood onwards. His companionship was really necessary for Frodo's sake - it is difficult to imagine a hobbit, even one who had been through Frodo's experiences, being really happy evenin an earthly paradise wihout a companion of his own kind, and Bilbo was the person that Frodo most loved. […] "

246 From a letter to Mrs Eileen Elgar (drafts) september 1963

4-5-6 La Mer

Dans la mesure où Tolkien ne parle jamais de voyage vers Valinor, mais toujours de passage au delà de la mer, ou bien de passage à l'Ouest, on peut prétendre que cette mer a un rôle elle aussi dans ce lieu sacré qu'est l'Ouest, et qui contient ce sacrement des malades.
Je m'étendrais dessus un autre jour, mais laisse volontiers Silmo donner des pistes sur cette questions.




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 15/01/2004

Petite erreur : Tolkien est moins présomptueux au sujet de la guérison dans une de ses lettres :

Frodo was sent or allowed to pass over Sea to heal him - if that could be done, before he died. He would have enventually to 'pass away' : no mortal could, or can, abide for ever on earth, or within Time. So he went both to a purgatory and to a reward, for a while : a period of reflection and peace and a gaining of a true understanding of his position in littleness and in greatness, spent still in Time amid the natural beauty of 'Arda Unmarred', the Earth unspoiled by evil.

Letter 246 From a letter to Mrs Eileen Elgar (drafts) september 1963 (p.328)




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Yyr - 15/01/2004


Tout pareil que notre cher Sosryko ;).

L'Espérance est aussi, ni plus ni moins que la Foi ou la Charité, un abandon entier, n'est-ce-pas mon cher Vinyamar ? La composante sémantique de la 'confiance' qui intègre le sens de l'estel et des dialectiques y étant rattachées dans le Conte d'Arda, ne constitue pas sa seule sémantique ; l'identification de ses autres composantes (l'attente, la constance ...) permet de reconnaître ce que les chrétiens, dans notre monde (après la Révélation), nomment précisément et exactement l'Espérance ; et ce faisant, de la distinguer des deux autres vertus théologales, car on observe en même temps que les composantes sémantiques attribuées à la Foi ou à la Charité (autres que celle de la 'confiance') sont manquantes à l'Estel.

Tout cela, observé et commenté en détail, dans une certaine étude, bientôt ... :).

Je me permettrai cette petite critique ... Tu cites l'Athrabeth : " [...] die of free will, and even of desire, in estel. " que tu traduis ensuite par " [...] mourir librement, ou même de désir, dans l'Espérance. ". Traduire en français de l'elfique qui apparaît dans le texte d'origine ! ah la la :) ... un lapsus, qui, parfois, n'est pas sans trahir un certain biais externiste dans l'analyse ... Prudence ...

Cette petite critique mise à part, donc, je te redis ma joie de te lire. Si Arda est un monde vrai, il est normal que certains puissent y lire la trace des sacrements qu'ils vivent eux-mêmes dans notre monde. Les redécouvrir en ta compagnie dans la Terre-du-milieu est un plaisir. En ta compagnie, c'est encore du sens qui nous est donné. Merci :)

Yyr

PS : Sosryko :
Sosryko
malade
mais pas au point de désirer
d('avoir perdu la "paix de l'esprit" ;-)

Non :) Non :) Non :) Non :) Non :)





Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 16/01/2004

Salut Sosryko

en fait, il me semble bien avoir lu dans bien des lieux sur ce forum, et sous de prestigieuses signatures (je pense à Eruvikë) qu'Estel signifiait directement la Foi. Je sais que Yyr prépare depuis un moment un topo sur l'Estel et l'Espérance (j'ai suivi de très loin des questionnements en forum de langues), mais je continues à me ranger pour le moment à la vision d'Eruvikë (M. Devaux) en ce qui concerne la foi, en attendant bien sûr un article pour corriger ma vision :-)
Es-tu donc encore malade ?

Yyr, si j'ai traduit le terme elfique, c'est parce que j'ai donné l'Angais en référence et non pas en note. La traduction étant en note, je me suis permis d'éclairer ceux qui ne connaîtraient pas encore assez l'Elfique. Mais il est vrai que c'est quand même un tort. J'le f'rai pus !

Au sujet de cete présence des sacrments, je ferai un retour sur le sens qu'il faut y donner une fois l'analyse terminée.




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Yyr - 16/01/2004


Vin' : en fait, il me semble bien avoir lu dans bien des lieux sur ce forum, et sous de prestigieuses signatures (je pense à Eruvikë) qu'Estel signifiait directement la Foi.

Pas seulement Michaël, d'autres prestigieuses signatures :) ont donné cette traduction, ainsi Edouard (1ère édition du dictionnaire des langues elfiques, vol. 1), Didier (du Bien & du Mal, article sous Hiswelókë), Laurent (dans l'Imaginaire médiéval et mythologique dans l'œuvre de Tolkien) ... et a priori tous les Tolkiendili francophones jusqu'à présent :)

Sans que cela n'ôte la moindre pertinence aux analyses des thèmes des études au sein desquelles est apparue la *proposition* 'Estel = Foi' (elle n'a jamais fait l'objet d'une analyse pour elle-même), je prétends que cette hypothèse n'est pas la bonne. Et que nous disposons peut-être bien de l'exacte traduction en français en l'Espérance.

Je sais que Yyr prépare depuis un moment un topo sur l'Estel et l'Espérance [...]

Yyr & Sosryko en fait ;) qui y ont déjà consacré plusieurs mois, mais dont les signatures ne sont pas encore prestigieuses ;) aller je te taquine - et tu as raison : nous verrons cela une fois notre travail publié :)

Au sujet de cette présence des sacrements, je ferai un retour sur le sens qu'il faut y donner une fois l'analyse terminée.

Chouette :)




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Yyr - 17/01/2004


je prétends → " nous prétendons, Sosryko et moi, ... " voilà qui est plus juste :) [je ne voulais pas parler à ta place, mais je me rends compte que c'est plus maladroit en fait ...]




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 18/01/2004

Bon, je vais tenter de finir sur la mer avant de poursuivre avec le mariage, et éventuellement l'eucharistie.
J'en profite pour dire que cette dernière étude sur la mer me montre que ces lieux sacrés que j'ai tenté de mettre en évidence sont plutôt des passages, à chaque fois, que des sanctuaires !
La mer en fait partie.

" Legolas Vertefeuille, longtemps sous l'arbre
Dans la joie tu vécus. Prends garde à la Mer!
Si tu entends le cri de la mouette sur le rivage,
Ton coeur plus alors dans la forêt ne se reposera. "

Legolas Greenleaf long under tree
In joy thou hast lived. Beware of the Sea!
If thou hearest the cry of the gull on the shore,
Thy heart shall then rest in the forest no more

- Regardez ! s'écria-t-il. Des mouettes ! Elles volent loin à l'intérieur des terres. Elles sont pour moi sujet d'étonnement et pour mon coeur sujet de trouble. Jamais de ma vie je ne les avais rencontrées jusqu'à notre arrivée à Pelargir, et là, je les entendis crier dans l'air tandis que nous chevauchions vers la bataille des navires. Je demeurai alors immobile, oubliant la guerre en Terre du Milieu; car leurs voix plaintives me parlaient de la Mer. La Mer ! Je ne l'ai pas encore vue, hélas ! Mais au plus profond du coeur de tous ceux de ma race réside la nostalgie de la Mer, qu'il est dangereux de réveiller. Hélas! pour les mouettes, jamais plus je n'aurai de paix sous aucun hêtre, aucun orme.

T3, Chap. IX. LA DERNIERE DELIBERATION, Page 199

La mer apparaît, comme l'a dit Silmo, comme un élément très fort dans la vie des Elfes, presque comme le passage d'un état à un autre. Cette nostalgie des Elfes pour la mer est comme un appel vers une autre vie, comme un amour passé qui ressurgit.
Mais la mer, c'est aussi ce qui sépare (tiens, nous retrouvons donc cette définition du sacré) un monde d'un autre, l'Ouest de la Terre du Milieu, mais aussi les Elfes fidèles des Elfes qui ont quitté la lumière. La mer, c'est encore cette intervention divine qui reforma le monde quand les hommes de Númenor tentèrent de la franchir, engloutissant la flotte et leur île, englouttisant la moitié du monde et condamnant les hommes à revenir toujours à leur point de départ s'ils partent pour chercher le pays de la lumière primordiale, du moins s'ils cherchent un pays physique où séjourner.
La mer, c'est encore cet exploit commis par Eärendil, "l'amoureux de la mer" , qui parvint à la franchir pour déposer une supplique, une prière, devant les Valar et sauver ainsi la Terre du Milieu de la menace de Melkor ! La mer, c'est donc cet espace qui sépare, et qu'il faut franchir pour accéder à un autre état qui semble très lié au domaine religieux du Monde de Tolkien (cet Ouest mythique), ou communiquer avec les dieux.
Pour Frodon, nosu l'avons vu, c'est le passage à franchir pour obtenir la guérison spirituelle, pour accéder à ce sacrement des malades qui lui vaut la prière d'Arwen. Tolkien n'énonce jamais qu'il s'agit d'aller sur Tol Eressaë, ni en Valinor, mais toujours il parle de passer "au delà de la mer", comme si ce simple passage indépendamment du but visé, valait comme remède.
pour les Elfes, c'est aussi et toujours la Mer qui les apelle, et non pas la lumière du continent sur lequel ils doivent débarquer. (je parle de lumière car Tolkien l'évoque quand même dans les visions de Frodon, mais nous savons tous qu'il n'est plus d'arbre pour éclairer Valinor comme autrefois). C'est donc bien la mer en effet, qui est le lieu, ou le passage plutôt, du sacrement.

D'ailleurs, il est dit à la fin du roman:

"Frodon embrassa alors Merry et Pippin, et en dernier Sam, puis il monta à bord; les voiles furent hissées, le vent souffla, et, lentement, le navire s'en fut en glissant dans le long estuaire gris; et la lumière du verre de Galadriel que Frodon portait vacilla et disparut. Et le navire sortit en Haute Mer et passa vers l'Ouest, jusqu'à ce qu'enfin, par une nuit pluvieuse, Frodon sentit dans l'air une douce fragrance et entendit flotter sur l'eau un son de chants."

T3, Chap. IX. LES HAVRES GRIS, Page 426

Une douce fragrance, cette même fragrance qu'on retrouve sur Aragorn, de manière inexpliquée, au moment de son sacre, ne peut-elle pas évoquer l'huile sainte, ce saint chrême qui sert justement à oindre les malades lors du sacrement des malades, et à oindre le roi lors de son sacre. Cette huile sainte dont la principale caractéristique est sa composition très odorante, qui n'est pas un accident mais a son but théologique ("répandre la bonne odeur du Christ").
La mer semble donc elle même le lieu sacré, et le dépositaire du sacrement.
une mer qui n'est qu'un passage, tout comme, finalement, la Moria, le chemin des morts, la Vieile forêt et la maison de Bombadil, et même... le monde, dont reviennent tous les héros.




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 18/01/2004

(ah et j'ai oublié de parler des chants, qui si pour les lecteurs du Silmarillon évoquent bien sûr les Teleri, peuvent aussi bien parce qu'ils flottent sur la mer, donner un cadre plus liturgique encore à cette mer bénie)




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Silmo - 19/01/2004

Et voilà Silmo l’escargot, qui, répondant à l’appel de Sosryko, vient un peu tard vous reparler de la Mer…

Merci Vinyamar d’avoir déjà développé le sujet pendant que ce week-end je me laissais aller à une certaine paresse.
Il m’a fallu un peu de temps car je voulais fouiller dans plusieurs autres directions et ne pas me limiter au point de vue des Elfes tout en gardant à l’esprit que ta recherche portait exclusivement sur le SdA (pas facile d’ailleurs car beaucoup d’indices seraient à récupérer dans le reste du Légendaire).

Tu as donc fait mention des Elfes pour lesquels l’appel de la Mer est très important.

Il y a Legolas bien sûr, mais aussi, dans le SdA, la légende d’Amroth et Nimrodel (là aussi la Mer est un lieu de Passage)… et puis, il y la manière dont la Mer est présentée au Conseil d’Elrond, quasiment comme un Sanctuaire, hors de portée de Sauron:
Dans un premier temps c’est Gandalf qui raconte ce que Saroumane a dit ,après la réapparition de Sauron, i.e. qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter puisque d’après ses recherches, l’Anneau avait été emporté dans la Mer et devenait donc inaccessible.

"Into Anduin the Great it fell; and long ago, while Sauron slept, it was rolled down the River to the Sea. There let it lie until the End."

Et Glorfindel, propose donc d’y jeter l’Anneau :

Then, said Glorfindel, 'let us cast it into the deeps, and so make the lies of Saruman come true. For it is clear now that even at the Council his feet were already on a crooked path. He knew that the Ring was not lost for ever, but wished us to think so; for he began to lust for it for himself. Yet oft in lies truth is hidden: in the Sea it would be safe.

Finalement, Gandalf  écarte cette solution qui pourrait valoir pour un temps, voire pour un Âge, mais pas pour l’éternité. Quant à Galdor, il craint que Sauron n’attaque en priorité de ce côté là en pensant que c’est justement vers le plus sûr des lieux (l’a Mer, puis l’Ouest) que l’Anneau sera envoyé.

Voilà pour les Elfes.

Un autre point de vue intéressant, est celui de Frodon.

On sait qu’a prioiri, les Hobbits n’épprouvent pas une franche attirance pour l’eau et sûrement pas pour la Mer. Dès le premier chapitre du SdA, la Mer est présentée comme un *ailleurs* chargé de mystères :

The Hobbits of the Westfarthing said that one could see the Sea from the lop of that tower; but no Hobbit had ever been known to climb it. Indeed, few Hobbits had ever seen or sailed upon the Sea, and fewer still had ever returned to report it.

And as the days of the Shire lengthened they spoke less and less with the Elves, and grew afraid of them, and distrustful of those that had dealings with them; and the Sea became a word of fear among them, and a token of death, and they turned their faces away from the hills in the west.”

Mais, comme tu l’as dit, Vin’, pour les Hobbits, tout ce qui n’est pas dans la Comté est déjà un *ailleurs*…

Parmi eux, Frodon apparaît comme un cas particulier puisque c’est le seul Hobbit qui, de manière récurente tout au long du SdA, rêve de la Mer ou, en parle, où la sent, la voit, l’entend…:

1°) D’abord, Frodon en rêve dans la maison du pays de Bouc :

Then he heard a noise in the distance. At first he thought it was a great wind coming over the leaves of the forest. Then he knew that it was not leaves, but the sound of the Sea far-off; a sound he had never heard in waking life, though it had often troubled his dreams. Suddenly he found he was out in the open. There were no trees after all. He was on a dark heath, and there was a strange salt smell in the air. Looking up he saw before him a tall white tower, standing alone on a high ridge. A great desire came over him to climb the tower and see the Sea. He started to struggle up the ridge towards the tower: but suddenly a light came in the sky, and there was a noise of thunder.

2°) Plus tard, en Lorien (lieu sacré ?), il l’entend lorsqu’il monte avec Haldir au sommet de Cerin Amroth :

They entered the circle of white trees. As they did so the South Wind blew upon Cerin Amroth and sighed among the branches. Frodo stood still, hearing far off great seas upon beaches that had long ago been washed away, and sea-birds crying whose race had perished from the earth.

3°) Et il la voit en se penchant sur le Miroir de Galadriel :

Then there was a pause, and after it many swift scenes followed that Frodo in some way knew to be parts of a great history in which he had become involved. The mist cleared and he saw a sight which he had never seen before but knew at once: the Sea. Darkness fell. The sea rose and raged in a great storm. Then he saw against the Sun, sinking blood-red into a wrack of clouds, the black outline of a tall ship with torn sails riding up out of the West.

4°) Frodo en parle peu de temps après être sorti de la Lorien :

And perhaps that was the way of it,' said Frodo. `In that land, maybe, we were in a time that has elsewhere long gone by. It was not, I think, until Silverlode bore us back to Anduin that we returned to the time that flows through mortal lands to the Great Sea.

(Curieux que la Mer soit ainsi présentée comme limite des terres mortelles…)

5°) Prisonnier dans la Tour de Cirith Ungol, Frodon reparle encore de la Mer à Sam :

The quest has failed Sam. Even if we get out of here, we can’t escape. Only Elves can escape. Away, away out of Middle-earth, far away over the Sea. If even that is wide enough to keep the Shadow out.

6°) Puis, toujours à Sam, une fois revenu à Fondcombe après la destruction de l’Anneau (Sam lui parle de Rvendell) :

Well, Mr. Frodo, we’ve been far and seen a deal, and yet I don’t think we’ve found a better place than this. There’s something of everything here, if you understand me: the Shire and the Golden Wood and Gondor and kings’ houses and inns and meadows and mountains all mixed. And yet, somehow, I feel we ought to be going soon. I’m worried about my gaffer, to tell you the truth”
“Yes, something of everything, Sam, except the Sea,’ Frodo had answered; and he repeated it now to himself: ‘Except the Sea.

Comme si la Mer était la seule chose qui manque encore à Frodon  (la Mer comme un aboutissement).

Reste le point de vue des Hommes.

Dans le SdA, la Mer semble plutôt associée à la Mort (peut-être aussi comme un lieu de passage?!?!)

C’est particulièrement net lors de la Mort de Boromir avec le chant d’Aragorn au moment de ses funérailles :

From the mouths of the Sea the South Wind flies, from the sandhills and the stones;
The wailing of the gulls it bears, and at the gate it moans.
What news from the South, O sighing wind, do you bring to me at eve?
Where now is Boromir the Fair? He tarries and I grieve.
Ask not of me where he doth dwell-so many bones there lie
On the white shores and the dark shores under the stormy sky;
So many have passed down Anduin to find the flowing Sea.
Ask of the North Wind news of them the North Wind sends to me!'
O Boromir! Beyond the gate the seaward road runs south,
But you came not with the wailing gulls from the grey sea's mouth.

Toujours à propos de la mort de Boromir, Faramir ne dit-il pas à Frodon :

And I do not doubt that he is dead and has passed down the River to the Sea.

Ce lien de la Mer avec la mort est peut-être à relier aussi avec le message que Galadriel fait parvenir à Aragorn par les fils d’Elrond, lorsqu’il lui est suggéré d’emprunter le Chemin des Morts. Le Message se termine ainsi :

The Dead watch the road that leads to the Sea.

Enfin, la Mer accompagne le deuil de Théoden :

A great rain came out of the Sea, and it seemed that all things wept for Théoden and Éowyn, quenching the fires in the City with grey tears.

La Mer est donc un appel pour les Elfes qui savent ce qui se trouvent au delà d’elle.. et c’est peut-être une limite pour les êtres mortels.
Voilà, ce ne sont que des pistes supplémentaires.. du grain à moudre pour Vinyamar j’espère… :-)

Silmo

PS : Vin’>>> Au sujet de l’Anneau de Barahir, j’ai donné plus haut le lien vers l’article de Fangorn (Sébastien Mallet) qui figure ici sur le site de JRRVF, mais il va de soi que tu as tout intérêt, si ce thème te semble coller à ta recherche, à plutôt regarder du côté du magnifique article révisé, augmenté et complété tel qu’il est paru dans la Feuille de la Compagnie n°2.




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Silmo - 19/01/2004

Pitié, on est lundi matin... oubliez les fautes de frappe et d'orthographe...:-((((




Tolkien dans la Revue des deux mondes - sosryko - 19/01/2004

ahh, Merci Silmo ;-))




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 19/01/2004

Sans avoir pensé à la récurence de le présence de la mer dans le récit, j'avais déjà noté que le VENT bénéfique qui amenait Aragorn ou qui chassait les 'démons' était toujours un vent venu de la mer (ou de l'ouest, mais souvent la mer est mentionnée), un vent bénéfique, un vent béni !

C'est donc bien la mer, plutôt que Valinor ou Tol Ereesaë, qui mérite d'être considérée comme un "lieu" sacré, un passage vers un sacrement !




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 19/01/2004

(tiens, je découvre à l'instant que tu viens d'énoncer cette observation dans un autre fuseau, justement dédié au vent (beau fuseau d'ailleurs) )




Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 20/01/2004

sinon, je viens de découvrir un lieu sacré assez étonnant, car n ne se rend pas d'abord compte qu'il est séparé, c'est le Champs de Cormallen, où je vois des indices pour une eucharistie (="action de grâce").