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  Tolkien on Faery-Stories
Posted by: Laegalad - 04-07-2008, 09:31 - Forum: Hors du Légendaire - Replies (7)

Enfin ! Enfin, le voici dans ma boîte aux lettres (enfin, maintenant, dans mon sac), depuis le temps !<br>Fuseau spécial pour célébrer la parution de <a href="http://www.amazon.co.uk/dp/0007244665?tag=tolkienlibrar-21&camp=1406&creative=6394&linkCode=as1&creativeASIN=0007244665&adid=0792SSGQP1MG4Z4VFF67&" target="_new">Tolkien on Faery-Stories</a>, version "étendue" de l'essai "On Faery-Stories", avec de vrai morceaux d'inédits dedans. Qui fera bonne figure à côté de l'édition étendue de Smith of Wooton Major :) <br><img src="http://ecx.images-amazon.com/images/I/21E25HJvYmL._SL500_AA180_.jpg" title="The Shores of Faery" alt="The Shores of Faery" /><br>La couverture est un dessin de Tolkien, figurant les deux Arbres de Valinor, empoisonnés, et portant l'un la Lune, l'autre le Soleil... (sur le coup, ça m'évoquait plutôt l'allégorie de la Caverne de Platon, mais bon... ;)).<p>Plus d'informations quand je l'aurai lu -- <small>j'ai commencé dès ouvert le paquet, mais en 10 minutes de trajet pour aller au boulot, je n'ai avancé que de quelques pages... et j'ai entamé le HoMEXII... et le tome 4 du Clan des Otori... </small> -- mais d'ors et déjà, je pressens que ce sera aussi sublime que l'Essai sur Smith of Wootton Major :D<p>S. -- contente :)

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  Symbolique du Saule chez Tolkien
Posted by: Laegalad - 25-06-2008, 18:31 - Forum: Le Légendaire - Replies (9)

Faire remonter les fuseaux des saulaies (ici et ) ce matin n'était pas innocent ;) Voici donc une partie d'un de mes travaux en court, en guise de mathom des 10 ans ;)<br>(j'espère que rien ne boguera dans le code html...)

<big><big>Le saule</big></big>

[colonne][gauche=J.R.R. Tolkien, <i>The Hobbit</i>, « Elvish lullaby »]<I>Sing we now softly, and dreams let us weave him!<BR>Wind him in slumber and there let us leave him!<BR>The wanderer sleepeth. Now soft be his pillow!<BR>Lullaby! Lullaby! Alder and Willow!</I>[/gauche][droite]Tissons ses r&ecirc;ves, chantons doucement maintenant !<BR>Bordons-le dans le sommeil, bien paisiblement,<BR>et laissons-le l&agrave; ! Que doux soit son oreiller !<BR>Le vagabond dort. Aulne et Saule! Bercez ! Bercez ![/droite][/colonne]

[espacement]L'arbre chantourneur

Connaissant l'importance que Tolkien apportait aux noms, une incursion dans l'&eacute;tymologie du saule est incontournable.

Les myst&egrave;res de l'indo-europ&eacute;en font remonter les termes fran&ccedil;ais &laquo;&nbsp;saule&nbsp;&raquo; et anglais “willow” (ou “sallow”) &agrave; une m&ecirc;me racine, “wel”. Le TLF indique pour le saule&nbsp;:

[citation=TLF (<a href='http://www.cnrtl.fr/lexicographie/saule'>http://www.cnrtl.fr/lexicographie/saule</a>)]&Eacute;tymol. et Hist. Ca 1225 (P&eacute;an Gatineau, S. Martin, &eacute;d. W. S&ouml;derhjelm, 4445). De l'a. b. frq. *salha f&eacute;m. &laquo; saule &raquo;, cf. l'a h. all. salaha, all. Salweide. Le genre masc., qui est aussi celui de nombreux autres n. d'arbres, a remplac&eacute; le f&eacute;m., att. en m. fr. et dans qq.s pat. Saule a &eacute;limin&eacute; en fr. l'anc. forme sauz, issue du lat. salix, -icem &laquo; saule &raquo;, att. dep. la 1re moit. du xiie s. ds Psautier Oxford, 136, 2 ds T.-L.<br>et qui s'est maintenue dans les pat.; cf. aussi saussaie. FEW t. 17, pp. 10-11; ibid. t. 11, pp. 100-103. Fr&eacute;q. abs. litt&eacute;r.: 941. Fr&eacute;q. rel. litt&eacute;r.: xixe s.: a) 1 584, b) 1 833; xxe s.: a) 1 533, b) 744.[/citation]

Delamarre, dans son Vocabulaire indo-europ&eacute;en, relie (avec quelques pr&eacute;cautions) la racine *saliks &agrave; celle *welik&acirc;:

[citation=Xavier DELAMARRE, <I>Le vocabulaire indo-europ&eacute;en. Lexique &eacute;tymologique th&eacute;matique.</I>]*saliks&nbsp;: 'saule' (lat.) salix 'saule', (v. irl.) sail G&eacute;n. sailech 'id.', (gall.) helyg (bret.) halek 'id.', (vha.) salaha (ags.) sealh &gt; *salk- 'id.' pt &ecirc;. rapport avec (gr.) helik&ecirc; 'id.', voir plus bas &agrave; *welik&acirc;.

*welik&acirc;&nbsp;: 'saule' (gr.) helik&ecirc; welik&ocirc;n 'id.', (ags.) welig, (vba.) wilgia 'id.'.[/citation]

Ainsi, une m&ecirc;me racine indo-europ&eacute;enne relierait deux mots en apparence si diff&eacute;rents que sont <I>saule</I> et <I>willow</I>.

Car en anglais, nous avons pour &eacute;tymologie de <I>Willow</I> un moyen-anglais <I>wilowe</I>, venu d'un vieil anglais <I>welig</I>, lui-m&ecirc;me issu d'une racine indo-europ&eacute;enne <I>wel</I>. Pour celle-ci, les annexes du <I>American Heritage&reg; Dictionary of the English Language</I><br>indique&nbsp;:

[citation=<I>The American Heritage&reg; Dictionary of the English Language: Fourth Edition</I>. 2000. (<a href='http://www.bartleby.com/61/27/W0162700.html'>http://www.bartleby.com/61/27/W0162700.html</a>)]wel-2 DEFINITION: To turn, roll; with derivatives referring to curved, enclosing objects. Derivatives include waltz, willow, wallow, revolve, valley, and helix. 1a. waltz, from Old High German walzan, to roll, waltz; b. welter, from Middle Low German or Middle Dutch welteren, to roll. Both a and b from Germanic *walt-.[...] 3. Perhaps Germanic *wel-. willow, from Old English welig, willow (with flexible twigs). [...][/citation]

Le saule est donc li&eacute; &agrave; tout ce qui tourne, tout ce qui roule, ou ce qui peut &ecirc;tre courb&eacute;... Vieil Homme Saule, le saule le plus embl&eacute;matique de la Terre du Milieu, est pr&eacute;sent&eacute; comme un arbre de forme tortur&eacute;e, &agrave; l'&eacute;corce trou&eacute;e, aux racines noueuses comme des &laquo;&nbsp;dragons tordus&nbsp;&raquo;. On retrouve l'id&eacute;e d'entretissage de ramilles pr&eacute;sente dans le Tournesaule, et dans toute la toponymie des lieux rencontr&eacute;s au long de la rivi&egrave;re (<I>Withywindle</I>, <I>Windle-reach</I>...).

Cette symbolique sous-jacente renforce donc l'appartenance du saule au r&eacute;gime <I>galadh&eacute;en</I> de l'arbre&nbsp;: l'arbre hydrique, s'&eacute;tendant par l'extension verticale de ses racines et ramilles, contournant les obstacles — voire &eacute;routant qui s'en approche trop&nbsp;: Voronw&euml; en qu&ecirc;te oubliera sa mission &agrave; Tasarinan, les Hobbits en fuite iront &agrave; l'oppos&eacute; de leur route pour atteindre, bien involontairement, le Vieil Homme Saule.

[espacement]L'arbre du sommeil et des larmes

Arbre torse, figure retorse, le saule a plus d'un tour dans ses racines pour perdre autrui. Le Vieil Homme Saule est capable de tracer un chemin vers lui pour attirer ses proies, mais son arme ma&icirc;tresse est le chant dont il se sert pour les endormir. Car la valeur la plus marquante du saule tolkienien est celle du sommeil. Chaque saulaie, chaque saule un tant soit peu symbolique renvoie aussit&ocirc;t au sommeil de celui qui &egrave;re autour.

Il n'est d'ailleurs pas anodin que les saules se plaisent en L&oacute;rien, le domaine d'Irmo et Est&euml;&nbsp;:

[colonne][gauche=<I>Silm.</I>, &laquo;&nbsp;Of F&euml;anor and the Unchaining of Melkor&nbsp;» <small><small><sup><b><a name='renvoi1' href='#note1'>(1)</a></b></sup></small></small> (je modifie la traduction)]The maidens of Est&euml; tended the body of M&iacute;riel, and it remained unwithered; but she did not return. Then Finw&euml; lived in sorrow; and he went often to the gardens of L&oacute;rien, and sitting beneath the silver willows beside the body of his wife he called her by her names.[/gauche][droite]Les suivantes d’Est&euml; embaum&egrave;rent le corps de M&iacute;riel, qui resta intact, mais elle ne revint pas. Finw&euml; v&eacute;cut alors dans la tristesse ; et il allait souvent dans les jardins de L&oacute;rien, et s’asseyant pr&egrave;s du corps de son &eacute;pouse sous les saules aux feuilles d’argent, il l'appelait par ses noms.[/droite][/colonne]

Irmo est en effet le seigneur des songes et des visions, et son domaine est un lieu de repos, [emphase]&laquo;&nbsp;a place of rest and shadowy trees and fountains, a retreat from cares and griefs&nbsp;&raquo;[/emphase] (<I>U.T.</I>, &laquo;&nbsp;The History of Galadriel and Celeborn&nbsp;&raquo;, Note 5), o&ugrave; m&ecirc;me les Valar viennent se d&eacute;lasser parfois. Si le sommeil qui saisit les visiteurs de L&oacute;rien peut &ecirc;tre d&ucirc; aux fumellar, les &laquo;&nbsp;Fleurs du sommeil&nbsp;&raquo;, ces pavots rouges dont Irmo se sert pour ses enchantements <small><small><sup><b><a name='renvoi2' href='#note2'>(2)</a></b></sup></small></small>, il ne faut pas oublier le pouvoir des saules.

Car le saule aussi fait montre d'une magie propre. Ainsi, les plus fameuses saulaies de la Terre du Milieu, les saulaies de Tasarinan, encharmillent qui &egrave;re sous leurs ombres, faisant oublier les qu&ecirc;tes ou soulageant les tracas&nbsp;:

[colonne][gauche=<I>HoME2</I>, &laquo;&nbsp;The Fall of Gondolin&nbsp;&raquo; (p. 154)](iv) Noldorin in the Land of Willows

‘Did not even after the days of Tuor Noldorin and his Eldar come there seeking for Dor L&oacute;min and the hidden river and the caverns of the Gnomes' imprisonment; yet thus nigh to their quest's end were like to abandon it? Indeed sleeping and dancing here . . . they were whelmed by the goblins sped by Melko from the Hills of Iron and Noldorin made bare escape thence’.[/gauche][droite][TRADUCTION][/droite][/colonne]

Voronw&euml; oubliera tout de sa mission en Tasarinan, se plaisant &agrave; vivre simplement dans l'ombre des arbres. Les saules ont m&ecirc;me le pouvoir d'apaiser le d&eacute;sir de la Mer (on le sait, l'un des d&eacute;sirs les plus poignants de la Terre du Milieu, et c'est un Elfe qui le dit)&nbsp;:

[colonne][gauche=<I>U.T.</I>, &laquo;&nbsp;Of Tuor and his coming to Gondolin&nbsp;&raquo;]Lovely to heart's enchantment is that and, Tuor, as you shall find, if ever your feet go upon the southward roads down Sirion. There is the cure of all sea-longing, save for those whom Doom will not release.[/gauche][droite][TRADUCTION][/droite][/colonne]

Ce pouvoir somnif&egrave;re n'est pas propre &agrave; Tasarinan. Ainsi trouve-t-on dans une berceuse elfique, chant&eacute;e &agrave; Rivendell, une association aulnes / saules pour endormir le voyageur&nbsp;:

[colonne][gauche=<I>The Hobbit</I>, &laquo;&nbsp;Elvish lullaby&nbsp;&raquo; (ma traduction)]The wanderer sleepeth. Now soft be his pillow!<BR>Lullaby! Lullaby! Alder and Willow![/gauche][droite]Que doux soit son oreiller !<BR>Le vagabond dort. Aulne et Saule ! Bercez ! Bercez ![/droite][/colonne]

Mais les saules ne font pas qu'endormir. Encore une fois rapproch&eacute;s des aulnes, les saules pleurent dans le po&egrave;me <I>La Cloche Marine&nbsp;</I> :

[colonne][gauche=<i>The Adventures of Tom Bombadil</I>,&laquo;&nbsp;The Sea-Bell&nbsp;&raquo;]Alders where sleeping, and willows weeping<br>by a slow river of rippling weeds;[/gauche][droite]Les aulnes dormaient, et les saules pleuraient<br>le long d’une lente rivi&egrave;re dont les herbes ondulaient[/droite][/colonne]

de m&ecirc;me que dans le po&egrave;me angoissant des <I>Miaulabres&nbsp;</I> :

[citation=<I>The Adventures of Tom Bombadil</I>,&laquo;&nbsp;The Mewlips&nbsp;&raquo;]Beside the rotting river-strand<BR>The drooping-willows weep[/citation]

Faire pleurer des saules — le saule pleureur est de loin le plus connu de son esp&egrave;ce — n'est peut-&ecirc;tre pas tr&egrave;s original, mais, ils refl&egrave;tent l'atmosph&egrave;re du lieu. Dans la Vall&eacute;e de Rivendell o&ugrave; les Elfes rieurs vivent en paix, aulnes et saules bercent paisiblement le voyageur&nbsp;; mais quelle joie peut-on avoir dans des paysages aussi lugubres que ceux rencontr&eacute;s dans <I>La Cloche Marine</I> ou <I>Les Miaulabres</i>&nbsp;? Les saules alors pleurent...

[espacement]L'arbre du printemps et du renouveau

Les saulaies assoupies sont lieu de r&eacute;g&eacute;n&eacute;ration : pendant le sommeil, les corps se d&eacute;lassent et connaissent une seconde jeunesse, un second printemps.

Le Chant de Fangorn, dans le <I>Seigneur des Anneaux</I>, associe les saulaies (de Tasarinan) au printemps, saison du renouveau&nbsp;:

[colonne][gauche=<I>LotR</I>, B4C3]In the willow-meads of Tasarinan I walked in the Spring.<BR>Ah! the sight and the smell of the Spring in Nan-tasarion!<BR>And I said that was good.[/gauche][droite]Dans les saulaies de Tasarinan, je me promenais au Printemps<br>Ah! la vue et la senteur du Printemps &agrave; Nan-tasarion!<br>Et je disais que c'&eacute;tait bon.[/droite][/colonne]

Les descriptions de Tasarinan montre qu'il s'agit d'une vall&eacute;e verdoyante, o&ugrave; l'herbe est riche et les eaux tranquilles. D'ailleurs, Tasarinan est toujours d&eacute;crite au printemps. C'est un pays o&ugrave; l'on se repose, o&ugrave; l'on gu&eacute;rit&nbsp;:

[colonne][gauche=<I>HoME2</I>,&laquo;&nbsp;The Fall of Gondolin&nbsp;&raquo;]Yet came they at last to the great pools and the edges of that most tender Land of Willows; and the very breath of the winds thereof brought rest and peace to them, and for the comfort of that place the grief was assuaged of those who mourned the dead in that great fall. There women and maids grew fair again and their sick were healed, and old wounds ceased to pain; yet they alone who of reason feared their folk living still in bitter thraldom in the Hells of Iron sang not, nor did they smile.[/gauche][droite][TRADUCTION][/droite][/colonne]

M&ecirc;me si le saule n'est jamais sp&eacute;cifiquement li&eacute; &agrave; une f&eacute;condit&eacute; particuli&egrave;re, il n'en reste pas moins que le paysage dans le quel il se situe est verdoyant, et que les saulaies de Tasarinan r&eacute;g&eacute;n&egrave;rent corps et esprit.

A la fin de l'hiver, les saulaies du Rohan sont aussi une image de douceur et de paix&nbsp;:

[colonne][gauche=<I>LotR,</I> B3C6]The land was green: in the wet meads and along the grassy borders of the stream grew many willow-trees. Already in this southern land they were blushing red at their fingertips, feeling the approach of spring.[/gauche][droite]La terre &eacute;tait verdoyante dans les prairies humides et, le long des rives herbeuses de la rivi&egrave;re, croissaient de nombreux saules. Dans cette terre m&eacute;ridionale, ils rougissaient d&eacute;j&agrave; au bout de leurs doigts, sentant l'approche du printemps.[/droite][/colonne]

<I>A contrario</I>, on pourra &eacute;voquer la saulaie du Tournesaule, que Merry, Pippin, Sam et Frodo &laquo;&nbsp;rencontreront&nbsp;&raquo; involontairement sur leur chemin, en traversant la Vieille For&ecirc;t pour se rendre &agrave; Bree&nbsp;:

[colonne][gauche=<I>LotR</I>, LIC6]A golden afternoon of late sunshine lay warm and drowsy upon the hidden land between. In the midst of it there wound lazily a dark river of brown water, bordered with ancient willows, arched over with willows, blocked with fallen willows, and flecked with thousands of faded willow-leaves. The air was thick with them, fluttering yellow from the branches; for there was a warm and gentle breeze blowing softly in the valley, and the reeds were rustling, and the willow-boughs were creaking.[/gauche][droite]L'or d'un soleil tardif s'&eacute;tendait, chaud et lourd, sur le terrain cach&eacute; entre les deux parois. Au milieu, une rivi&egrave;re aux eaux brunes tra&ccedil;ait de paresseux m&eacute;andres, elle &eacute;tait bord&eacute;e de vieux saules, recouverte d'une vo&ucirc;te de saules, obstru&eacute;e de saules tomb&eacute;s et mouchet&eacute;e de milliers de feuilles de saule fl&eacute;tries. L'atmosph&egrave;re &eacute;tait &eacute;paissie de ces feuilles qui descendaient en voletant, jaunes, des branches, car une douce et chaude brise soufflait mollement dans la vall&eacute;e, les roseaux bruissaient, et les rameaux de saules grin&ccedil;aient.[/droite][/colonne]

Certes, la saison n'est pas la m&ecirc;me, mais &agrave; la verdoyante vall&eacute;e de Tasarinan s'oppose &agrave; pr&eacute;sent une rivi&egrave;re entrav&eacute;e par les saules, &agrave; l'ombre encombr&eacute;e de feuilles, une atmosph&egrave;re &eacute;touffante qui pr&eacute;lude des m&eacute;saventures de nos Hobbits avec le Vieil Homme Saule.

[espacement]L'arbre chanteur

Les saules de la Terre du Milieu ont un langage bien &agrave; eux, perceptible non seulement des Elfes (qui entendent m&ecirc;me pleurer les pierres), mais de toute cr&eacute;ature vivante&nbsp;: Ents aussi bien que Humains.

Les Saulaies de Tasarinan sont habit&eacute; d'un esprit de murmure&nbsp;:

[colonne][gauche=<I>HoME2</I>, &laquo;&nbsp;The Fall of Gondolin&nbsp;&raquo;]Now there dwelt in these dark places a spirit of whispers, and it whispered to Tuor at dusk and he was loth to depart; and at morn for the glory of the unnumbered buttercups he was yet more loth, and he tarried.[/gauche][droite]Maintenant demeurait en ces lieux sombres un esprit de murmures, et il chuchota aux oreilles de Tuor au cr&eacute;puscule et il ne voulut point partir ; et au matin devant la splendeur des renoncules innombrables il lui r&eacute;pugna d'autant plus, et il s'attarda.[/droite][/colonne]

Tout est susurrement l&eacute;ger&nbsp;: le bourdonnement des insectes, le chant des feuilles, le murmure de l'herbe... Le pouvoir des saules a gagn&eacute; la Vall&eacute;e et ses habitants. La voix des saules s'oppose &agrave; la voix d'Ulmo — qui devra se r&eacute;v&eacute;ler pour r&eacute;veiller Tuor et le remettre en route.

Tous les saules, et non seulement ceux de Nan-Tathren, ont un chant doux de chuchotis&nbsp;:

[colonne][gauche=<I>LotR</I>, B3C4]I knew some good old willows down the Entwash, gone long ago, alas! They were quite hollow, indeed they were falling all to pieces, but as quiet and sweet-spoken as a young leaf.[/gauche][droite]J'ai m&ecirc;me connu de bons vieux saules au bout de l'Entalluve, depuis longtemps partis, h&eacute;las! Ils &eacute;taient enti&egrave;rement creux, en v&eacute;rit&eacute;, ils tombaient presque en morceaux, mais ils &eacute;taient aussi tranquilles qu'une jeune feuille, et leur langage &eacute;tait aussi doux.[/droite][/colonne]

Mais le saule chanteur le plus remarquable est bien le Vieil Homme Saule&nbsp;: [emphase]&laquo;&nbsp;Le vieil Homme-Saule gris est un rude chanteur&nbsp;&raquo;[/emphase] <small><small><sup><b><a name='renvoi3' href='#note3'>(3)</a></b></sup></small></small> (<I>LotR</I>, B1C7).

Ses talents sont bien entendus particuli&egrave;rement d&eacute;velopp&eacute;s en ce qui concerne les berceuses&nbsp;:

[colonne][gauche=<I>LotR</I>, B1C6]Only a gentle noise on the edge of hearing, a soft fluttering as of a song half whispered, seemed to stir in the boughs above. [...] They looked up at the grey and yellow leaves, moving softly against the light, and singing. They shut their eyes, and then it seemed that they could almost hear words, cool words, saying something about water and sleep. They gave themselves up to the spell [...][/gauche][droite]Seul un doux son &agrave; peine audible, un faible bruissement comme d'une chanson murmur&eacute;e parut voleter dans les branches au-dessus de lui. [...] Leurs yeux se ferm&egrave;rent et il leur sembla alors entendre des mots, des mots frais, parlant d'eau et de sommeil. Ils s'abandonn&egrave;rent au sortil&egrave;ge [...][/droite][/colonne]

Mais il ne se contente pas de pousser la chansonnette&nbsp;: Vieil Homme Saule parle aussi, et sa voix est comme son tronc, [emphase]&laquo;&nbsp;une horrible voix s&egrave;che et rin&ccedil;ante&nbsp;&raquo;[/emphase] (<I>LotR</I>, B1C7) qui se rit des pauvres Hobbits qu'il a captur&eacute;. Ses feuilles, non contentes de susurrer ses sorts, expriment aussi ce que ressent l'arbre. Quand Sam voudra lui mettre le feu pour lib&eacute;rer ses compagnons&nbsp;:

[colonne][gauche=<I>LotR</I>, B1C6]The leaves seemed to hiss above their heads with a sound of pain and anger.[/gauche][droite]Les feuilles sembl&egrave;rent &eacute;mettre au-dessus de leurs t&ecirc;tes un sifflement de souffrance et de col&egrave;re.[/droite][/colonne]

Le saule (ou du moins, le Vieil Homme Saule, car les saules dont parle Fangorn ont eux un parler doux) a donc deux voix&nbsp;: la voix des feuilles, chuchotement et murmures, et la voix du tronc, craqu&egrave;lement et rudesse.

[espacement]L'arbre d'ombre

Il est temps &agrave; pr&eacute;sent d'aborder le rapport &agrave; la lumi&egrave;re du saule. Arbre lunaire, au feuillage vert et gris, le saule est associ&eacute; &agrave; la lumi&egrave;re argent&eacute;e, et sa partie lumineuse est port&eacute;e par sa frondaison. Ainsi, d&eacute;crivant le Vieil Homme Saule, Tolkien &eacute;crit&nbsp;:

[colonne][gauche=<I>LotR</I>, B1C6]The leaves fluttering against the bright sky dazzled him, and he toppled over, lying where he fell upon the grass. [...]

They looked up at the grey and yellow leaves, moving softly against the light, and singing.[/gauche][droite]Les feuilles qui s'agitaient devant le ciel brillant &eacute;blouissaient Frodon&nbsp;; il s'&eacute;croula, et il resta &eacute;tendu l&agrave; o&ugrave; il &eacute;tait tomb&eacute; dans l'arbre. [...]

Ils regard&egrave;rent vers les feuilles grises et jaunes qui chantaient en se mouvant doucement devant la lumi&egrave;re.[/droite][/colonne]

Les feuilles grises et jaunes du saule font &eacute;cran &agrave; la lumi&egrave;re du ciel brillant, et le refl&egrave;te ; regarder le ciel &agrave; travers le feuillage du saule n'estompe pas la luminosit&eacute;, mais au contraire, &eacute;blouit.

Cependant, cette luminosit&eacute; s'arr&ecirc;te au feuillage&nbsp;: tout ce qui est sous le saule est plong&eacute; dans l'ombre dans un ombre qui invite au sommeil et au repos, qui m&egrave;ne &agrave; l'oubli — voire &agrave; la mort.

Le saule renvoie &agrave; l'ombre &agrave; ses pieds. Sam, lors de l'ascension du Mont du Destin, mourant de soif et laissant la derni&egrave;re gorg&eacute;e d'eau &agrave; Frodo, se rem&eacute;morera de [emphase]&laquo;&nbsp;chaque ruisseau, chaque rivi&egrave;re, chaque source qu'il avait jamais vus, sous les ombrages verts des saules ou scintillant au soleil, dansait et gazouillait pour son tourment derri&egrave;re la c&eacute;cit&eacute; de ses yeux.&nbsp;&raquo;[/emphase] (<I>LotR</I>, B6C3).

S&eacute;bastien Mallet, dans une &eacute;tude sur les saulaies et la figure saulaire <small><small><sup><b><a name='renvoi4' href='#note4'>(4)</a></b></sup></small></small>, conclut son &eacute;tude ainsi&nbsp;:

[citation]
Il me semble que le trait qui relie la plupart des saules du L&eacute;gendaire est que le saule a rapport &agrave; une eau ombr&eacute;e, c’est-&agrave;-dire une eau qui entoure, qui enveloppe, voire qui brouille.

A Tasarinan comme au Tournesaules, le saule, proche de l’eau dormante, finit par en devenir une &agrave; son tour. L’image se d&eacute;place&nbsp;: celui qui s’adosse &agrave; un saule est englouti dans son ombrage vert ou argent&eacute;. Autrement dit, le d&eacute;placement de l’image est une inversion&nbsp;: le feuillage devient le reflet de l’eau dormante &agrave; ses pieds&nbsp;: il noie la personne qui s’y arr&ecirc;te. Cet enveloppement s’av&egrave;re enchanteur et &eacute;g&eacute;n&eacute;rant &agrave; Tasarinan ; il est perverti et dangereux chez le Vieil-Homme-Saule, qui va jusqu’&agrave; engloutir litt&eacute;ralement ses victimes (tout son &ecirc;tre y participe&nbsp;: feuillage, branches, racines et tronc).
[/citation]

La r&ecirc;verie saulaire de Tolkien est donc assez originale&nbsp;: le saule aupr&egrave;s de l'eau dormante endort et berce, doucement, celui qui s'y repose. La vo&ucirc;te feuill&eacute;e devient berce d'eau, et le sommeil r&eacute;g&eacute;n&egrave;re l'endormi&nbsp;: les plaies cicatrisent, la beaut&eacute; rena&icirc;t, la fatigue dispara&icirc;t, et les corps sont repos&eacute;s.

Pourtant, les saules n'ont pas pouvoir de gu&eacute;rir les maux de l'&acirc;me. Leur pouvoir est, pour cet aspect, fallacieux&nbsp;: en oubliant le monde, on permet &agrave; l'ennemi de s'approcher. Les saulaies de Tasarinan ne sont donc pas un refuge s&ucirc;r, car &agrave; trop s'y plaire, on en oublie le danger qui menace. Il faudra m&ecirc;me l'intervention d'Ulmo pour en faire repartir Tuor, dans les versions primitives de la Chute du Gondolin.

[espacement]Le Vieil Homme Saule

Les saules ont donc un aspect quelque peu n&eacute;gatif, quoique pas n&eacute;cessairement volontaire. Du moins pour les saulaies rencontr&eacute;es dans le L&eacute;gendaire. Car il en est tout autrement pour le Vieil Homme Saule du Tournesaule.

Vieil Homme Saule a toujours perturb&eacute; ma r&ecirc;verie arbesque. Pourquoi avoir masculinis&eacute; un arbre qui, dans sa jeunesse, a tout d’un arbre f&eacute;minin&nbsp;: souplesse, chevelure dor&eacute;e, fermet&eacute; et courbes&nbsp;? L’&acirc;ge ferrait-il des arbres, &ecirc;tre androgynes de nature, des &ecirc;tres masculins&nbsp;? Ou est-ce la vision de celui qui les regarde qui leur donne un genre&nbsp;?

Plantons d’abord notre r&eacute;flexion.&nbsp;L’arbre est double. Oniriquement double. Androgyne, puisque selon son &acirc;ge, selon la lumi&egrave;re, il peut sembler femme ou homme&nbsp;; trait d’union, il plonge dans la terre pour s’&eacute;lancer dans le ciel, puise dans l’eau son souffle vital&nbsp;; s’il conserve son &eacute;quilibre entre ces apports, il reste neutre… mais vient-il &agrave; s’enraciner plus profond&eacute;ment qu’il ne grandit, vient-il &agrave; s’&eacute;lancer plus qu’il ne creuse, alors son symbolisme change.

La chose est particuli&egrave;rement frappant dans le Seigneur des Anneaux, en ce qui concerne le Vieil Homme Saule. Pour avoir grandit non loin du Rh&ocirc;ne, j’ai vu maints saules, de diff&eacute;rents &acirc;ges, de diff&eacute;rentes croissances. Mais jamais je n’ai pu les voir comme &ecirc;tres masculins. Toujours leur chevelure blonde qu’ils mirent inlassablement dans l’eau me les faisait para&icirc;tre f&eacute;minin. Toujours la gr&acirc;ce de leur port me les faisait para&icirc;tre Fennettes. Mais c’est un Vieil Homme Saule qui vient perturber cette image douce et reposante. Arbre d’eau, le saule y retourne, se penchant inlassablement vers ce miroir troubl&eacute;, y retrouvant jouvence &agrave; chaque printemps. Mais pas le Vieil Homme Saule. Le Vieil Homme Saule d&eacute;tourne la r&ecirc;verie aquatique, d&eacute;tourne la fra&icirc;cheur de la jeunesse. Ses feuilles sont d&eacute;j&agrave; grises et jaunes. Le Vieil Homme Saule n’a comme douceur que son chant destiner &agrave; endormir, endormir les autres pour rester seule conscience &eacute;veill&eacute;e. Le saule a chang&eacute; de nature en devenant Vieil Homme. D’aquatique, il est devenu min&eacute;ral. Ce n’est plus une fr&ecirc;le dame qui &eacute;chevelle ses rameaux. C’est une caverne monstrueuse. Monstrueuse car vivante, anim&eacute;e. Monstrueuse car anim&eacute; du seul d&eacute;sir de d&eacute;vorer, quand chaque ramille s’&eacute;tend pour saisir la terre, quand chaque branche se soul&egrave;ve pour envahir le ciel, chaque racine courre vers l’eau pour la boire. <small><small><sup><b><a name='renvoi5' href='#note5'>(5)</a></b></sup></small></small>

[colonne][gauche=<I>LotR</I>, B1C6][...] his heart was rotten, but his strength was green; and he was cunning, and a master of winds, and his song and thought ran through the woods on both sides of the river. His grey thirsty spirit drew power out of the earth and spread like fine root-threads in the ground, and invisible twig-fingers in the air, till it had under its dominion nearly all the trees of the Forest from the Hedge to the Downs.[/gauche][droite][...] son cœur &eacute;tait pourri, mais sa force verte, et il &eacute;tait rus&eacute;, il commandait aux vents, et son chant et sa pens&eacute;e couraient les bois des deux c&ocirc;t&eacute;s de la rivi&egrave;re. Son esprit gris et assoiff&eacute; tirait la force de la terre, et il s'&eacute;tait r&eacute;pandu comme un r&eacute;seau de racines dans le sol et comme d'invisibles doigts de brindilles dans l'air, jusqu'&agrave; ce qu'il e&ucirc;t acquis la domination sur presque tous les arbres de la For&ecirc;t entre la haie et les Hauts.[/droite][/colonne]

Toute la description qui en est faite montre son aspect pierreux&nbsp;: Vieil Homme Saule est gris, vieux, &eacute;norme. Son tronc est ouvert de cavernes&nbsp;:

[colonne][gauche=<i>Ibid.</i>][Frodo] lifted his heavy eyes and saw leaning over him a huge willow-tree, old and hoary. Enormous it looked, its sprawling branches going up like reaching arms with many long-fingered hands, its knotted and twisted trunk gaping in wide fissures that creaked faintly as the boughs moved. The leaves fluttering against the bright sky dazzled him, and he toppled over, lying where he fell upon the grass.

Merry and Pippin dragged themselves forward and lay down with their backs to the willow-trunk. Behind them the great cracks gaped wide to receive them as the tree swayed and creaked. They looked up at the grey and yellow leaves, moving softly against the light, and singing. They shut their eyes, and then it seemed that they could almost hear words, cool words, saying something about water and sleep. They gave themselves up to the spell and fell fast asleep at the foot of the great grey willow.

[…] Half in a dream he wandered forward to the riverward side of the tree, where great winding roots grew out into the stream, like gnarled dragonets straining down to drink. [...][/gauche][droite][Frodon] leva ses yeux alourdis et vit, pench&eacute; sur lui, un &eacute;norme saule, vieux et chenu. L'arbre paraissait immense&nbsp;; ses branches &eacute;tal&eacute;es s'&eacute;levaient comme des bras tendus, aux mains pourvues de longs et multiples doigts&nbsp;; son tronc noueux et tordu s'ouvrait en larges fissures qui grin&ccedil;aient faiblement au mouvement des branches. Les feuilles qui s'agitaient devant le ciel brillant &eacute;blouissaient Frodon&nbsp;; il s'&eacute;croula, et il resta &eacute;tendu l&agrave; o&ugrave; il &eacute;tait tomb&eacute; dans l'arbre.

Merry et Pippin se tra&icirc;n&egrave;rent en avant pour s'allonger le dos contre le tronc du saule. Derri&egrave;re eux, les grandes fissures b&eacute;&egrave;rent pour les accueillir, tandis que l'arbre se balan&ccedil;ait en grin&ccedil;ant. Ils regard&egrave;rent vers les feuilles grises et jaunes qui chantaient en se mouvant doucement devant la lumi&egrave;re. Leurs yeux se ferm&egrave;rent et il leur sembla alors entendre des mots, des mots frais, parlant d'eau et de sommeil. Ils s'abandonn&egrave;rent au sortil&egrave;ge et tomb&egrave;rent dans un profond sommeil au pied du grand saule gris.

[...] Dans un demi-r&ecirc;ve, il gagna en titubant le c&ocirc;t&eacute; de l'arbre tourn&eacute; vers la rivi&egrave;re, o&ugrave; de grandes racines noueuses s'avan&ccedil;aient dans l'eau comme des dragons tordus qui s'&eacute;tireraient pour boire. [...][/droite][/colonne]

D'ailleurs, il tire sa force de la terre <small><small><sup><b><a name='renvoi6' href='#note6'>(6)</a></b></sup></small></small> :

[colonne][gauche=<I>Ibid.</I>]His grey thirsty spirit drew power out of the earth [...][/gauche][droite]Son esprit gris et assoiff&eacute; tirait la force de la terre [...][/droite][/colonne]

Ses racines sont tordues, son tronc craquel&eacute;, mais ses branches,<I> a contrario</I>, sont raides&nbsp;:

[colonne][gauche=<i>Ibid.</i>]The wind puffed out. The leaves hung silently again on stiff branches.[/gauche][droite]Le vent lan&ccedil;a une derni&egrave;re bouff&eacute;e. Les feuilles pendirent de nouveau silencieuses aux branches raides.[/droite][/colonne]

On peut donc raisonnablement supposer que le Vieil Homme Saule est un <I>Crack Willow</I>, un saule fragile (<I>salix fragilis</I>), et non un saule pleureur dont les branches ne sont pas raides.

Mais revenons &agrave; la r&ecirc;verie v&eacute;g&eacute;tale. L’arbre est double. En tant que tel, il est juste qu’il y ait deux r&ecirc;veries v&eacute;g&eacute;tales. Celle qui regarde vers le ciel, celle qui plonge dans la roche. Et dans l’optique tolkienienne, la premi&egrave;re est positive, la deuxi&egrave;me n&eacute;gative. Gollum perd son &acirc;me aux racines de la montagne&nbsp;: que la faute soit &agrave; l’Anneau n’enl&egrave;ve pas le fait que cette perte soit li&eacute;e &agrave; l’enfouissement. Les racines grouillantes du Vieil Homme Saule n’inclinent pas &agrave; la confiance. L’app&eacute;tit d&eacute;vorant qui anime Shelob la conduit &agrave; &eacute;tendre ses toiles, prolongement de son corps monstrueux, dans toutes les cavernes de son domaine. Le Mordor est un lieu de pierre qui rend n&eacute;gative m&ecirc;me l’eau, qui pourtant seule pourra le purifier. Toute r&ecirc;verie qui n’est centr&eacute;e que sur l’enfouissement, sur l’engloutissement —&nbsp;de nourriture pour Shelob, de &laquo;&nbsp;secrets&nbsp;&raquo; pour Gollum&nbsp;— et plus encore, sur l’engloutissement &eacute;gocentrique ne peut &ecirc;tre que noire et n&eacute;gative. <small><small><sup><b><a name='renvoi7' href='#note7'>(7)</a></b></sup></small></small>

Abordons maintenant un autre point &eacute;tonnant de la r&ecirc;verie v&eacute;g&eacute;tale, &agrave; celle li&eacute;e au Vieil Homme Saule&nbsp;: s’il ne vit que par ses racines, il ne partage pas la r&ecirc;verie du pass&eacute;. La conscience &eacute;veill&eacute;e ne comprend gu&egrave;re cela&nbsp;: pour elle, les racines renvoient aux temps premiers, et s’il y a une r&ecirc;verie des racines, elle doit &ecirc;tre tourn&eacute;e vers l’arri&egrave;re, vers l’achev&eacute;, vers ce qui ne reviendra pas. Mais pas dans ce cas&nbsp;: Vieil Homme Saule est tourn&eacute; vers le pr&eacute;sent, vers le futur aussi, mais pas vers le pass&eacute;. Vieil Homme Saule n’a pas de m&eacute;moire, sa conscience n’est tourn&eacute;e que sur son expansion.

Vieil Homme Saule, dans son app&eacute;tit solitaire, d&eacute;vore pour lui-m&ecirc;me, gouverne son espace, exerce ses charmes pour lui seul, pour d&eacute;vorer, encore, toujours… Comment d&egrave;s lors arr&ecirc;ter son expansion d&eacute;vastatrice&nbsp;? Que lui enjoint Tom ? [emphase]&laquo;&nbsp;Eat earth! Dig deep! Drink water! Go to sleep!&nbsp;&raquo;[/emphase]. Étonnamment, de faire ce qu’on lui reproche… du moins &agrave; ce qu’il semble. La nuance est dans l’adjonction &agrave; dormir. Dormir… c’est-&agrave;-dire suspendre la conscience. Suspendre la conscience, donc supprimer l’intention. L’intention de l’engloutissement. Vieil Homme Saule peut bien continuer &agrave; manger la terre, &agrave; creuser profond, &agrave; boire l’eau, pourvu qu’il dorme, que sa conscience n&eacute;gative soit en sommeil. Retournement de charme&nbsp;: Vieil Homme Saule endort ses proies pour les ing&eacute;rer, Tom lui ordonne de dormir &agrave; son tour pour qu’il cesse de le faire. Tom n’est pas dupe, Tom est le ma&icirc;tre. Tom r&eacute;pare ce qui n’aurait pas du &ecirc;tre&nbsp;: [emphase]&laquo;&nbsp;You should not be waking&nbsp;&raquo;[/emphase]. Et la conscience mal&eacute;fique r&eacute;duite au sommeil, Vieil Homme Saule redevient arbre, redevient naturel, non plus arbre min&eacute;ral pensant, mais saule tranquille et silencieux&nbsp;: [emphase]&laquo;&nbsp;Then with a loud snap both cracks closed fast again. A shudder ran through the tree from root to tip, and complete silence fell&nbsp;&raquo;[/emphase].

[espacement]Les valeurs saulaires

Pour conclure cette partie sur le saule, on peut trouver deux valorisations du saule chez Tolkien.

En groupe, en saulaie, il renvoie &agrave; l'eau, au sommeil, au murmure, au printemps et au renouveau&nbsp;: paix et douceur.</P> <P CLASS="western" STYLE="font-style: normal">Isol&eacute; et solitaire, le saule renvoie certes aussi &agrave; l'eau, au sommeil et au murmure, mais surtout &agrave; une mort par engloutissement, peut-&ecirc;tre m&ecirc;me par p&eacute;trification, si l'on &eacute;tend son aspect min&eacute;ral &agrave; ses proies.

Le chant de la saulaie invite au sommeil et &agrave; l'oubli, il est r&eacute;parateur, m&ecirc;me s'il n'emp&ecirc;che pas l'&eacute;coulement du temps au dehors. Le chant du Vieil Homme Saule est doux, mais sa douceur est fallacieuse&nbsp;: il invite &agrave; un sommeil lourd, pour mieux engloutir le malheureux prisonnier de ses racines ou de son tronc. Et la voix enchanteresse de ses feuilles ne peux faire oublier la voix grin&ccedil;ante de son tronc.

[séparation]

<small><small><sup><a name='note1' href='#renvoi1'>(1)</a></sup></small> Il est int&eacute;ressant de noter que M&iacute;riel est associ&eacute;e &agrave; la lune, et &agrave; la lumi&egrave;re <I>argent&eacute;e</I>. Cf. l'article de Didier Willis, &laquo;&nbsp;M&iacute;riel, ou la confrontation de la lune et du soleil&nbsp;&raquo;, <I>Hiswel&oacute;k&euml;, Quatri&egrave;me Feuillet</I>. Disponible en ligne&nbsp;: https://forum.tolkiendil.com/thread-6243.html.

<small><sup><a name='note2' href='#renvoi2'>(2)</a></sup></small> [emphase]« There too grew the poppies glowing redly in the dusk, and those the Gods called <I>fumellar</I> the flowers of sleep — and Lorien used them much in his enchantments. »[/emphase] (<I>HoME1</i>, &laquo;&nbsp;The Coming of the Valar and the Building of Valinor&nbsp;&raquo;). [emphase][TRADUCTION][/emphase]

<small><sup><a name='note3' href='#renvoi3'>(3)</a></sup></small> La v.o. utilise le terme [emphase]&laquo;&nbsp;mighty singer&nbsp;&raquo;[/emphase], qui serait mieux traduit par [emphase]&laquo;&nbsp;puissant chanteur&nbsp;&raquo;[/emphase], avec une id&eacute;e de pouvoir.

<small><sup><a name='note4' href='#renvoi4'>(4)</a></sup></small> S&eacute;bastien Mallet, sur le fuseau &laquo;&nbsp;Tasarinan&nbsp;&raquo;<!--, rubrique &laquo;&nbsp;Le L&eacute;gendaire&nbsp;&raquo;-->.

<small><sup><a name='note5' href='#renvoi5'>(5)</a></sup></small> Rappelant ainsi Ungoliant, l'araign&eacute;e monstrueuse, qui cherche à d&eacute;vorer toute lumi&egrave;re, toute chose, pour combler son propre vide (cf. <I>Silm.</I>, &laquo;&nbsp;Of the Silmarils and the Unrest of the Noldor&nbsp;&raquo;).

<small><sup><a name='note6' href='#renvoi6'>(6)</a></sup></small> Peut-&ecirc;tre ne faut-il pas s'&eacute;tonner, d&egrave;s lors, si celui qui r&eacute;siste le mieux &agrave; ses enchantements est Sam, le jardinier, lui-m&ecirc;me baille [emphase]&laquo;&nbsp;comme une caverne&nbsp;&raquo;[/emphase] (<I>LotR</I>, B1C6) — et dort comme une souche (<I>LotR</I>, B1C7).

<small><sup><a name='note7' href='#renvoi7'>(7)</a></sup></small> Il n’en va pas de m&ecirc;me pour le peuple Nain, qui, s’il est intrins&egrave;quement li&eacute; au min&eacute;ral, ne rejoint pas cette r&ecirc;verie n&eacute;faste&nbsp;: il y a de la beaut&eacute; dans la terre, et leur r&ecirc;verie rend gr&acirc;ce de cette beaut&eacute;, la fait partager. La nuance essentielle est dans le partage de la connaissance, dans le fait de montrer au monde la beaut&eacute; de la r&ecirc;verie terrestre, min&eacute;rale. Ainsi, la description que Gimli fait &agrave; Legolas des Cavernes Scintillantes est une v&eacute;ritable envol&eacute;e lyrique et amoureuse — et permet de prouver que le peuple Nain n'est pas le peuple grossier et fruste que beaucoup se plaisent &agrave; imaginer. </small>

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  JRRVF a 10 ans !!!
Posted by: Fangorn - 25-06-2008, 09:54 - Forum: Tolkien sur JRRVF et les médias - Replies (26)

JRRVF a dix ans !!!<p>Rappelez-vous ce que disait Cédric dans son <a href="http://www.jrrvf.com/forum/noncgi/Forum5/HTML/000206.html"target="_new">post</a> du 20 mars 2001 : « Un historique de JRRVF ? Que dire ? Le site a été créé le 25 juin 1998 (…) »<p><br>Pour ces dix ans, je vous propose de fêter cela en créant une joyeuse animation dans le forum, <b>en faisant remonter le plus de fuseaux possibles</b>, comme lorsque l’on prend plaisir à courir dans toutes les pièces d’une maison, à ouvrir placards et tiroirs, à sortir dans le jardin pour revenir parcourir caves et greniers :-)<p>Et si l’envie nous prend de continuer le grand chambardement du dixième anniversaire un peu plus longtemps, je ne crois pas que Cédric s’en offusquera ;-)<p>Merci à lui, une fois encore, d’avoir créé ce site, de l’avoir si bien développé et de nous avoir offert la joie d'autant de rencontres et de réflexions ! :-)<br>

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  L'Héroïque en Terre du Milieu
Posted by: Tilkalin - 20-06-2008, 13:33 - Forum: Le Légendaire - Replies (4)

Salut,<p>Sur le thème de l'Héroïque, le n°4 de la revue universitaire <A HREF="http://www.paris-sorbonne.fr/fr/spip.php?article7360" target="_blank"><i>Camenae</i></A> (labo de recherche "Rome et ses renaissances" de la Sorbonne - Paris IV) vient d'être publié en ligne. <p>Parmi les nombreux articles, signalons ceux d'Emeric Moriau, <A HREF="http://www.paris-sorbonne.fr/fr/IMG/pdf/EMoriau_Tolkiendoc_revuP.pdf" target="_blank">"Héroïsmes dans <i>The Lord of de Rings</i> : une solution de continuité ?"</A>, de Laurent Alibert, <A HREF="http://www.paris-sorbonne.fr/fr/IMG/pdf/LAlibert_Tolkien.pdf" target="_blank">"Le <i>Lai de Leithian</i> ou l’héroïsme du couple"</A> et de Gabrielle Lafitte, <A HREF="http://www.paris-sorbonne.fr/fr/IMG/pdf/GLafitte_Tolkien.pdf" target="_blank">"Le comique et l’héroïque : formes, buts et implications du comique dans <i>Le seigneur des anneaux</i> de J. R. R. Tolkien"</A>.<p>Bonnes lectures ! :-)

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  Liens hypertextes problématiques
Posted by: shudhakalyan - 17-06-2008, 20:38 - Forum: Webmaster - Replies (3)

Bonjour, <p>Je découvre le (superbe) site de JRRVF et je lis les anciens éditos de Semprini sur le tournage de l'adaptation de PJ. J'ai eu un problème avec un des liens html qui renvoient, en bas de l'édito, au forum concerné. Donc : <p>- Dans l'édito n°6 : <br>http://www.jrrvf.com/sda/tournage/editos6.html<p>Le lien en bas de page renvoie au forum de l'édito n°3 : <p>http://www.jrrvf.com/forum/noncgi/Forum4/HTML/000113.html<p>au lieu de celui de l'édito n°6 (que j'ai finalement trouvé) : <p>http://www.jrrvf.com/forum/noncgi/Forum4/HTML/000124.html<p>Je me permets de le signaler parce que tous ces échanges sont géniaux, même près de 7 ans plus tard ! <p>Sébastien. <p>

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  Problème d'inscription
Posted by: ISENGAR - 16-06-2008, 17:22 - Forum: Webmaster - Replies (4)

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  Une habitude d'autrefois
Posted by: Tar Palantir - 12-06-2008, 22:00 - Forum: Le Légendaire - Replies (18)

<small>Je relance un peu le légendaire, j'ai quelques sujets dans ma besace. Celui-ci pour commencer :</small><p>Lors des retrouvailles d'Aragorn, Legolas et Gimli avec Gandalf à Fangorn, Aragorn reproche à Gandalf de parler toujours par énigme.<br>Il lui répond alors:<br>"Comment par énigme? Non! Car je me parlais à haute voix à moi-même.<br>Une habitude d'autrefois : Il choisissait, parmi les personnes présentes, les plus sages, pour leur parler. Les longues explications nécessaires aux jeunes sont fatigantes."<p>De qui parle Gandalf à ce moment-là ? Est-ce un souvenir de sa vie à Valinor, serait-ce alors Aulë ou Manwë ?

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  Concernant les langues inventées
Posted by: merlin - 08-06-2008, 16:42 - Forum: Espace libre - Replies (7)

Bonjour, je viens de lire la question d'Estrellias dans le fuseau des langues inventées et je voulais faire part de ma surprise quant aux réponses données. On peut être expert mais pas pour autant élitiste! Ce n'est pas encourager de nouvelles personnes en répondant de la sorte et j'avoue qu'il est parfois difficile d'oser venir poser certaines questions de peur d'être ridicule. Mais n'est ce pas là tout l'intérêt de l'échange et de l'apprentissage? Ce n'est pas là affaire d'état mais surveillons parfois notre language, méditons nos jugements et gardons à l'esprit que personne ne détient toutes les connaissances

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  Du mépris de la 'suspension de l'incrédulité' et des sources romantiques de Faërie
Posted by: Amanaisal Ghashsnagagroan - 04-06-2008, 06:00 - Forum: Tolkien et la Littérature - Replies (12)

Bonsoir,

Étant donné que mes investigations professionnelles m'ont récemment amené à effectuer des recherches assez pointues sur Coleridge, sa pensée et la poétique dont il est au fond l'instigateur, je ne cesse de m'étonner du fait qu'il n'ait pas été plus souvent cité comme source possible et indirecte (quoique flagrante par certains aspects) de Tolkien.

Étrangement, l'unique allégation relative aux deux auteurs qui semble avoir été largement relayée par divers chroniqueurs de Faërie est la fameuse "suspension de l'incrédulité" coleridgienne contre laquelle Tolkien s'inscrirait en faux.
Il me semble d'autant plus ironique (et affligeant) que le seul lien qui ait été relevé entre ces deux titans de l'imaginaire (du moins en angleterre), fut cette opposition de forme qui ne repose que sur une méprise patente de l'expression telle que l'entendait Coleridge avant qu'elle ne soit vraisemblablement vulgarisée par une tentative d'assimilation pseudo-philosophique, érigeant ainsi ce qui était une profession de foi symboliste en un courant de pensée pour le moins grotesque.
C'est donc une interrogation multiple que soulève ce paradoxe : comment se fait-il, d'une part, que Tolkien n'ait pas compris Coleridge (alors qu'un des <i>inkling</i>, Owen Barfield, lui avait consacré un essai), comment se fait-il qu'il n'y fasse pas plus d'allusion _<small>je doute très sérieusement qu'il ne l'ait pas lu</small>, et comment se fait-il au final que la plupart des essayistes en la matière se concentrent si ostensiblement sur les sources mythologiques et médiévistes de Tolkien en oubliant le langage dont il use et abuse, qui n'est ni médiévale ni véritablement archaïque, mais possède bel et bien tous les accents (sur)naturels du romantisme ? (Et ce, jusque dans ses inflexions archaïsantes dont le XIXème était si friand)

Que Coleridge n'ait pas été compris n'est pas en soi chose remarquable, c'est plutôt même un fait anodin. Afin de donner un aperçu succinct de la rhétorique de Coleridge, il faut savoir que sa philosophie est une philosophie poètique, c'est même plus précisément, une Poétique. C'est à dire que le penseur ne structure pas sa pensée en vertu d'un raisonnement logique classique - qui repose essentiellement sur le tiers exclu-, mais plus volontiers selon la musicalité propre au langage et selon les images et les métaphores qu'il est à même de (sub)créer. Ce "système" rhétorique fait d'ailleurs tout à fait écho à la pensée même de Coleridge pour qui la Raison est supérieure à la Compréhension.
La Compréhension chez Coleridge se base sur l'acceptation du monde (déchu) tel qu'il est en vertu de lois d'opposition, sémantique de la logique classique donc, alors que la Raison est l'acceptation d'une consubstantialité (généralisée) à même de réunir les opposés et de mêler l'irréconciliable dans le but d'accèder à une vérité suprême qui n'est autre <i>ipso facto</i> que Dieu. On voit bien que Coleridge, volontairement ou non d'ailleurs, a développé à travers ses différents essais un paradigme littéraire de ses allégations, ce qui en soi, est un tour de force rare, mais qui rend sa lecture d'autant plus malaisée pour qui est habitué à une rhétorique plus classique.
<i><small>(Il faut noter en passant, qu'Hegel que Coleridge n'avait lu que très brièvement mais qui développa également ses théories à partir de celles de Kant, établit une philosophie de l'esprit dont bien des concepts peuvent trouver écho chez Coleridge ; ce, même s'ils sont nommés différemment et de façon plus consistante chez Hegel, ce dernier n'échappant toutefois pas à maintes vulgarisations et méprises dont la dernière et la plus connue en date est la fameuse </small></i>fin de l'histoire<i>.)</i>
Pour en revenir à la méprise au sujet de la <b>suspension de l'incrédulité</b>, et comme on pourra s'en douter ne serait-ce qu'à la lumière des concepts de Compréhension et de Raison chez Coleridge, il ne s'agit pas là comme on le dit généralement de mettre son incrédulité de côté.
Bien au contraire.
D'ailleurs Coleridge ne parle pas tout à fait de <i>suspension de l'incrédulité</i> mais de <i><u>volonté</u> de suspension de l'incrédulité</i>. Et la différence n'est pas sans conséquence (de taille). En effet chez Coleridge cette volonté n'a rien à voir avec une mise de côté temporaire, presque méprisante, de son incrédulité, il serait plus exact de la définir comme une véritable profession de foi de l'imaginaire.

[citation]<i>so as to transfer from our inward nature a human interest and a semblance of truth sufficient to procure for these shadows of imagination that willing suspension of disbelief for the moment, which constitutes <b>poetic faith.</b> </i>[/citation]

Prise hors contexte, cette phrase peut effectivement passer pour telle qu'on la décrite. Toutefois c'est une analyse très superficielle qui ne prend pas en compte la croyance de Coleridge et plus particulièrement celle de la <b>foi</b>, du mysticisme poètique.
Chez Coleridge, le monde sensible est un monde déchu accessible à la Compréhension. Le monde imaginaire au contraire, constitue le monde précédent la chute dans lequel le langage de Dieu (assimilateur d'opposés) s'exprime, et la poèsie permet, grâce à la relation poète-lecteur, de relater cette Vérité à travers une subcréation perpetuant la création divine, subcréation elle-même véhiculée grâce au langage symbolique dont les symboles mêmes correspondent un à un et tous à la fois à la Réalité Unifiée.
Ainsi, c'est à travers la subcréation poétique que le poète est à même de transmettre au lecteur capable de se <b>débarasser</b> de son incrédulité, le langage et les rivages symboliques de cette Vérité absolue dont le Royaume n'est autre que celui de Faërie.

[citation]<i>The marvellous independence or true imaginative absence of all particular place & time - it is neither in the domains of History or Geography, is ignorant of all artificial boundary - truly in the Land of Faery - i;e;, in mental space</i>[/citation]

Il me semble que le lecteur de l'<i>Essai sur le conte de Fée</i> aura pu trouver dans cette tentative -certes sommaire- de résumer la pensée de la symbolique imaginaire chez Coleridge, quelques échos qui lui paraitront sans doute familier.
Mon but n'est pas ici d'offrir une lecture comparée, qui serait fastidieuse et sans doute mal à propos, mais plutôt de mettre à jour des concepts qui auront sans doute séduit Tolkien ou qui du moins ne s'opposent clairement pas à la vision très adulte que Tolkien brosse du conte de Fée. Les similitudes sont à vrai dire trop nombreuses pour en donner une liste détaillée et il faudrait pour cela y consacrer quelques mois que l'humble auteur ne possède point.
Il est accessoirement intéressant de relever l'importance qu'accordaient les deux auteurs à la musicalité du langage et à sa force créatrice, instigatrice de méditations.

Pour finir, j'ajouterai donc que si dans l'aimable assistance se trouvaient quelques érudits qui auraient connaissance de notes de Tolkien relatives à Coleridge (outre celle qui fait ici l'objet de mon improbation), leur intervention est vivement attendue par les habitants des ténèbres. Par ailleurs, il nous semblerait opportun de lancer un débat corollaire sur les liens que Tolkien nourrissait de façon plus ou moins évidente avec les romantiques. Ce thème avait été lancé par Moraldandil il y a quelques temps, sans avoir été exploité à sa juste mesure.
Existe t'il des ouvrages en anglais qui traiteraient du sujet, ou bien est-il également tabou outre-manche, voire, outre-atlantique ?

Pour conclure, je ne résiste pas à la tentation de citer à nouveau du Coleridge ce, afin d'illustrer <i>symboliquement</i> mon propos nébuleux :

[citation]<i>To the multitude below these vapors appear, now as the dark haunts of terrific agents, on which none may intrude with impunity ; and now all a-glow, with colors not their own, they are gazed at, as the splendid palaces of happiness and power. But in all ages there have been a few, who measuring and sounding the rivers of the vale at the feet of their furthest inaccessible falls have learnt, that the sources must be higher and far inward ; a few, who even in the level streams have detected elements, which neither the vale itself or the surrounding mountains contained or could supply.</i>[/citation]

Et encore :

[citation]<i>At the source of the longest river
The voice of the hidden waterfall
And the children in the apple-tree
Not known, because not looked for
But heard, half-heard, in the stillness
Between two waves of the Sea.</i>[/citation]

[espacement]

.S avec l'aide et le soutien moral de C.

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  In Memoriam... Bo Diddley
Posted by: Dragon Sacquet - 03-06-2008, 15:02 - Forum: Espace libre - Replies (18)

Un nom! Je peux enfin mettre un nom sur cet air (Roadrunner) mais, hélas, seulement à la mort de son père.<br>La roue tourne, et le temps finit par tout rattraper. ( Pas comme ce coyote, qui ne choppera jamais le géocoucou...)<br>Merci Isengar-sans-D, le rock c'est bien mangez en.<p>Ondolokë<br><SMALL><i>En parlant de princesse elfe cinématographique, ce que celle-ci a de plus remarquable, ce sont ses deux papas: le <A HREF="http://fr.wikipedia.org/wiki/Steven_Tyler" target="_blank">biologique</A> et l'<A HREF="http://fr.wikipedia.org/wiki/Todd_Rundgren" target="_blank">adoptif</A>.</i></SMALL>

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