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Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 12-01-2004 réglé ? tu parles. j'ai tout repris manuellement dans notepad, d'où l'oubli de pas mal de morceaux en gras. C'est trop fastidieux en plus, je ne recommencerais pas... Bon, ne jamais renoncer...:-) ) Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 13-01-2004 en exportant sous HTML ? avec tous les codes word qu'il rajoute ? je veux bien essayer... mais ça promet. Tolkien dans la Revue des deux mondes - sosryko - 13-01-2004 Non, en mettant les mains à la pâte bien sûr ;-) Je ne t'apprendrai rien mais voilà comme je fais manuellement, en essayant d'être méthodique. tu te prépares une bonne fois pour toutes un document avec tes commandes qui ne sont pas si nombreuses : (1) <.font color="#000080"> pour du texte bleu foncé (2) <.font color="#008800"> pour du texte vert (3) <.font color="#008080"> pour du texte bleu-vert et (4) <.blockquote>, <./blockquote> pour les citations. Dans un autre document Word, tu tapes ton texte (en gras, en italiques, en couleurs). Tu peux alors vérifier tes commandes en copiant ton texte mis en forme dans le fichier source d'un fichier html vierge sous Word, ou bien en ligne grâce aux fuseaux Tests. Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 13-01-2004 je te répond en page de test Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 13-01-2004 4-4 Le sacrement de Réconciliation4-4-1 Aragorn Nous entrons à présent dans le chemin des morts. Mais que se passe-t-il juste avant cela, qui justifie qu’Aragorn incarne soudain une figure sacrée, capable d’administrer un sacrement ? Aragorn tandis qu’il est avec Théoden, reçoit divers messages dont un qui lui rappelle l’existence du chemin des morts. C’est n messager qui vient des Dunedain, ces autres rôdeurs, fidèles sujets du roi Isildur, eux-mêmes envoyés par Galadriel à Aragorn. Celui-ci mûrit sa réflexion, et annonce soudain qu’il passera par ce chemin. Mais avant de l’annoncer à ses amis pour qu’ils le suivent, il leur parle de son combat avec Sauron dans le Palantir [citation=T3, ch II, LE PASSAGE DE LA COMPAGNIE GRISE, p.64]- Une lutte plutôt sinistre en ce qui me concerne, que la bataille de Fort le Cor, répondit Aragorn. J’ai regardé dans la pierre d’Orthanc, mes amis. - Vous oubliez à qui vous parlez, dit Aragorn d’un ton sévère, et ses yeux étincelèrent. N’ai-je pas ouvertement proclamé mon titre devant les portes d’Edoras ? (...) Non mes amis, je suis le maître légitime de la Pierre, et j’avais tant le droit que la force de l’employer, du moins en jugeais-je ainsi. Le droit est indubitable, la force était suffisante - tout juste. Il respira profondément. « Ce fut une lutte âpre, et la fatigue est lente à passer. Je ne lui dis pas un mot, et à la fin je forçai la Pierre à n’obéir plus qu’à ma seule volonté. Cela seul, il le trouvera dur à supporter. Et il m’a vu. Oui, Maître Gimli, il m’a vu, mais sous une autre apparence que celle que vous me voyez actuellement. (...) Savoir que je vis et que je cours la terre lui a porté un coup au cœur, je suppose (…) Il n’est pas puissant au point d’être insensible à la peur : non, le doute le ronge toujours.[/citation] Puis, il annonce quelle route il prendra. Il se révèle donc tout d’abord à un degré supérieur que celui qu’il arborait jusqu’ici, comme ennemi direct de Sauron, capable de lui inspirer la peur, capable de s’opposer à lui en face à face, à force égale ! Aragorn est donc annoncé comme un être égal à Sauron, ce qui sera répété plus tard, lorsqu’il dirigera les armées des Morts *. Comme représentant des forces de l’Ouest, Dunedain (homme de l’Ouest), il acquiert donc à ce moment, et à ce moment seulement, un rang presque sacré. C’est juste après qu’il annonce son intention de passer par le Chemin des morts, disant qu’il pourra passer : [citation= ibidem, p.65]« - les Vivants n’ont jamais emprunté cette route depuis la venue des Rohirrim, répondit Aragorn, car elle leur est fermée. Mais en cette heure sombre, l’héritier d’Isildur peut l’utiliser, s’il l’ose ».[/citation] [citation=T3, ch X, LA DERNIERE DELIBERATION, p.204]« - (…) En cette heure, je regardai Aragorn, et me représentai quel grand et terrible seigneur il eût pu devenir dans la force de sa volonté s’il avait pris l’Anneau pour lui-même. Ce n’est pas pour rien que le Mordor le redoute. Mais son esprit est plus noble que l’entendement de Sauron ; car n’est-il pas des enfants de Luthien ? »[/citation] 4-4-2 Le péché du peuple des montages Aragorn rappelle ensuite à ses compagnons le sort des gens du Chemin des Morts : ils jurèrent allégeance à Isildur, sur la pierre noire d’Erech (j’ignore le sens de ce nom) qu’il fit amener lui-même, [citation=T3, ch II, LE PASSAGE DE LA COMPAGNIE GRISE, p.66]« Mais quand Sauron revint et reprit sa puissance, Isildur appela les Hommes des Montagnes à remplir leur serment, et ils ne voulurent point, car ils s’étaient prosternés devant Sauron dans les Années Sombres. »[/citation] Isildur les maudit donc, sous réserve que l’Ouest se révèle plus puissant que Sauron (c’est à dire que sa malédiction puisse avoir pouvoir sur eux). [citation=Ibidem]« Et ils fuirent devant la colère d’Isildur, et ils n’osèrent pas partir en guerre du côté de Sauron. Ils se cachèrent dans des endroits secrets des montagnes et ils n’eurent pas de rapport avec les autres hommes, mais se réduisirent lentement dans les collines stériles. Et la terreur des Morts sans Sommeil reste autour de la colline d’Erech »[/citation] Nous retrouvons là les éléments d’un péché : ces Hommes ont adoré l’ombre plutôt que la lumière, et comme Adam et Ève après la faute originelle, ils se cachèrent, terrorisés. Par quoi ? Par leur propre acte, dont ils n’assument pas les responsabilités. Isildur n’a laissé personne derrière lui pour terroriser ce peuple, et le voilà pourtant caché dans la terreur. Craignent-ils la malédiction ? Elle n’est pas effective tant que Sauron n’a pas été défait, et dans ce cas ils auraient mieux fait de combattre à ses côtés pour lui donner victoire et empêcher la malédiction de se réaliser. Cette malédiction n’a d’ailleurs rien de très effrayant à première vue : « vous ne trouverez pas le repos avant que votre serment soit accompli », et de leur prophétiser qu’ils seront appelés avant la fin de la guerre, qui durera longtemps. Ces hommes ont donc conscience d’avoir commis une faute grave, qui les terrorise et les pousse à se cacher. Quand Aragorn se tournera vers eux, il leur demandera pourquoi ils sont venus à l’appel, une voix viendra répondre (et c’est la seule parole que prononceront jamais ces armées de morts) : [citation=Ibid, p.77]« Pour accomplir notre serment et trouver la Paix »[/citation] Ils ne parlent pas de repos (rest), ce dont les a privé la malédiction, mais bien de Paix (Peace) ! Ils recherchent donc plus que ce que leur donnerait la simple révocation de la malédiction : le repos, mais aussi la fin de la guerre, la fin de toute peine. Ils témoignent donc de remords par rapport à leur manquement, et Il est étonnant qu’Aragorn leur demande de l’exprimer. Il a en effet appelé les armées derrière lui, et elles l’ont suivi depuis les ténèbres du Dimholt, dans toute la vallée du Morthond, et jusqu’à la colline d’Erech, lorsqu’il les appela : [citation=ibid, p.74]« -Laissez-nous passer, et puis venez ! Je vous appelle à la Pierre d’Erech ! »[/citation] c’est lui qui les appelle, et il leur demande pourtant : [citation=Ibid, p.77]« - Parjures, pourquoi êtes-vous venus ? »[/citation] Cela n’a pas de sens. C’est lui qui les a convoqué, et qui devait donc prendre la parole pour faire sa demande. Au lieu de cela, il inverse le processus et demande aux armées des Morts d’exprimer solennellement, en un lieu symbolique, la raison de leur venue, alors qu’elle est évidente pour Aragorn, qui les appelle même parjures. Il tient donc à ce que ce peuple, qu’il a le pouvoir de délivrer, énonce son désir, et l’aveu donc de sa faute passée. 4-4-3 les trois actes du sacrement C’est que le sacrement de Réconciliation (ou de Pénitence) demande trois « actes » : la contrition, l’aveu, la satisfaction [citation=CEC 1450]« la Pénitence oblige le pécheur à accepter volontiers tous ses éléments : dans son cœur, la contrition ; dans sa bouche, la confession ; dans son comportement, une totale humilité ou une fructueuse satisfaction »[/citation] La contrition peut-être parfaite, c’est à dire mûe par le seul amour de Dieu, ou imparfaite, c’est à dire mûe par la crainte de la damnation, ou toute autre crainte extérieure (car c’est déjà une action de l’Esprit Saint, qui transformera cette contrition imparfaite par la grâce du sacrement). Cette contrition imparfaite est bien présente chez le peuple des montagnes, comme j’ai tenté de le montrer. L’aveu est bien présent, réclamé par Aragorn lui-même ! Reste la satisfaction, c’est à dire la réparation de l’offense. Elle doit toujours être le plus proche possible du mal qui a été fait ou du bien qui a été omis, comme pour effacer ce mal. C’est exactement ce qu’ils vont faire, en répondant enfin à l’appel du roi et en l’aidant à vaincre Sauron. Parce que leur action donnera la victoire, ils satisfont à la fois au manquement dans le serment qui n’a pas été accompli, et à la fois à leur adoration de Sauron. Une fois qu’ils ont combattu et vaincu, voici qu’ils se retirent sur le rivage, attendant qu’Aragorn s’adresse à eux, ce qu’il fait en ces termes : [citation=T3, ch X, LA DERNIERE DELIBERATION, p.204]« - Entendez maintenant les paroles de l’Héritier d’Isildur ! Votre serment est accompli. Retournez et ne troublez plus jamais les vallées ! Allez en paix ! Là dessus, le Roi des Morts s’avança devant les rangs, brisa sa lance et la jeta à terre. Puis il s’inclina profondément et se détourna ; et rapidement, toute l’armée grise se retira et s’évanouit comme une brume repoussée par un vent soudain »[/citation] « Allez en Paix ! ». Cette expression pourrait sembler parfaitement liturgique, si elle n’était écrite en anglais : « Depart and be at rest ! ». Il reste que le pardon est octroyé, la satisfaction a été accomplie. Même si Aragorn ne parle que de repos, le fait que le Roi des Morts brise sa lance montre bien que pour lui, c’est la Paix définitive qu’il estime avoir reçu. Tolkien dans la Revue des deux mondes - sosryko - 13-01-2004 Pourquoi ne travailles-tu pas sous Word? Tu mets en forme, tu testes sur le fuseau test, et c'est bon ;-) Tolkien dans la Revue des deux mondes - Silmo - 13-01-2004 Bonjour à tous, quelle richesse ce fuseau. Merci Vin' pour tous ces développements fort intéressants. Je ne suis pas très calé en sacrement et si je te dis que pour le mariage je pense immédiatement à la fin du bouquin, ça va te paraître un peu *premier degré*, mais en fait c'est moins l'union *Arwen-Aragorn* qui me fait dire ça que l'article "L'Anneau de Barahir" de Sébastien Mallet dans la rubrique Essai, où il est question d'*engagement* et d'*alliance faërique*, d'*union avec la faërie*. Qu'en dis-tu? Au sujet des lieux sacrés, je suis plutôt d'accord avec Sosryko à propos de la Lorien, surtout dans le sens de lieu séparé (séparé du temps, séparé de Sauron - son esprit ne peut y pénétrer, séparé par sa nature, sa végétation); c'est aussi un lieu de rétablissement, pour la compagnie puis pour Gandalf après sa résurection. Ca ne fonctionnerait peut-être pas autant pour Rivendell, encore que ?!?! (lieu inviolé, de rétablissement aussi) Je te proposerai volontiers d'ajouter à ta liste "la Mer", chère à mon coeur, sans doute sacrée (du point de vue des elfes au moins... :-)) S'agissant des personnages, je ne suis pas convaincu par le choix de Denethor, plus proche à mon avis du prêtre défroqué, si je puis me permettre ce raccourci audacieux. En revanche Galadriel mériterait de figurer dans le trio de tête. Cordialement François
Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 14-01-2004 Hum. Pour Dénéthor, c'est précisément parce qu'il a sur lui l'ombre du sacré que je le met dans les persnnages sacrés, mais je précise bien qu'il en est l'antithèse. Comparons le à Théoden, par exemple. Ce roi est digne et remarquable, mais il incarne toutes les valeurs païennes (sans aspect péjoratif), la noblesse et le courage, la force et la gloire. C'est un grand roi, qui n'a pas failli, mais qui n'incarne pas le sacré. Dénéthor, au contraire, dans son opposition à Gandalf, dans les remontrances qu'il subi et qui se jouent sur le plan du sacré (son suicide interdit), évoque le sacré même s'il est évident qu'il ne le représente pas ni ne l'incarne. Pour le pariage, j'ai trouvé une autre piste (avec l'Arbe Blanc), mais je vais voir si cette aliance du monde faërique avec le monde réel ne pourrait pas rentrer dans mon plan. Fondcombe n'est pas vraiment un lieu séparé, c'est même plutôt un lieu de rassemblement. Ceci dit, séparé ne veut pas dire isolé, mais aussi distinguable. C'est un lieu où se joue une heure grave, et sosryko nosu a déjà fait ressortir tout l'aspect chrétien du conseil d'Elrond, où la présence divine est indubitable, ne serait-ce que parce qu'Elrond la suggère lui-même. De là, peut-on parler de sacré... je ne sais pas encore. Pour la Lorien, j'ai beau y réfléchir, je continue à y voir au contraire l'incarnation même de la Faërie, ce lieu hors du monde qui semble presque imaginaire, et qui de fait est selon le modèle et l'imagination des Elfes,a ttachés au passé, à leur temps. Bon, j'ai pris du retard sur le sacrement des malades, que je pensais très facile, et qui en fait ne l'est pas puisqu'on n'a aucune référence à la guérison en Valinor (ou Tol Erressea, ne pinaillons pas pour le moment) dans le SdA. Je suis obligé de chercher dans les Letters, ce qui est plus long. La suite donc demain.
Tolkien dans la Revue des deux mondes - sosryko - 15-01-2004 Je me dois de rappeler que le mot Estel signifie Espoir, mais aussi et surtout Espérance. On peut même le traduire par " Foi ", ce qui a été fait de nombreuses fois, et qui rend pleinement compte de cette confiance abandonnée qu'est L'Estel. C'est un tort de sembler croire que l'Espérance serait une vertu moindre que la Foi (ou similaire), et donc qu'il serait presque nécessaire de traduire Estel par Foi pour renforcer le propos... Sosryko Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 15-01-2004 4-5 Le sacrement des maladesNous reviendrons sur le sens de la maladie dans la doctrine catholique, avant même sa guérison, car nous y trouverons de troublantes correspondances avec la maladie de Frodon. Nous prétendons reconnaître le sacrement des malades dans le départ de Frodon pour Valinor. En fait, seul l'Ouest est mentionné, et nous savons par les lettres de Tolkien que c'est à Tol Eresseä qu'est en fait parti Frodon. Laissons tout cela sous le vocable de l'Ouest, et Tol Eresseä n'est bénie que parce qu'elle permet la vision béatifique de Valinor. Nous étudierons comme ligne directrice les quatre effets du sacrement des malades. 4-5-1 Une guérison [citation=CEC 1520]" Un don particulier de l'Esprit Saint. La grâce première de ce sacrement est une grâce de réconfort, de paix et de courage pour vaincre les difficultés propres à l'état de maladie grave ou à la fragilité de la vieillesse. Cette grâce est un don du St Esprit qui renouvelle la confiance et la foi en Dieu et fortifie contre les tentations du malin, tentation de découragement et angoisse de la mort. Cette assistance du Seigneur par la force de son Esprit veut conduire le malade à la guérison de l'âme, mais aussi à celle du corps, si telle est la volonté de Dieu. En outre, 's'il a commis des péchés, ils lui seront remis'."[/citation] Cette guérison est donc double dès le principe : celle de l'âme d'abord, mais celle du corps, si c'est la volonté de Dieu. Dans une longue note (note 4) sur l'échange entre Finrod et Andreth dans Home X, Tolkien explicite ce qu'il en est sur la présence d'hommes à Valinor, et parle des exceptions. Après avoir expliqué que les Elfes qui restait en Terre du Milieu étaient invité à se rendre à Tol Eresseä, Tolkien n'évoque plus que le passage " au delà de la Mer " ('passing 'oversea' qu'il met lui-même entre guillemets), en expliquant bien qu'il s'agit de tout autre chose : d'une grâce ! [citation=Athrabeth Finrod ah Andreth, in Morgoth's Ring,p.341]" Ainsi le passage " au delà de la mer " de Mortels après la Catastrophe - qui est noté dans le SdA - n'est pas vraiment la même chose. C'était dans tous les cas une grâce spéciale. Une occasion de mourir selon le plan original [prévu] pour les parfaits : il allèrent à un état dans lequel ils pourraient acquérir un plus grande connaissance et paix de l'esprit, et être guéris de toute blessure à la fois de l'esprit et du corps, [état dans lequel] il pourraient finalement s'abandonner : mourir librement, ou même de désir, dans l'Espérance. Ce qu'Aragorn accomplit sans aucune aide de ce genre. " ""The passing 'oversea', therefore, of Mortals after the Catastrophe - which is recorded in The Lord of the Rings - is not quite the same thing. It was in any case a special grace. An opportunity for dying according to the original plan for the unfallen: they went to a state in which they could acquire greater knowledge and peace of mind, and being healed of all hurts both of mind and body, could at last surrender themselves: die of free will, and even of desire, in estel. A thing which Aragorn achieved without any such aid."[/citation] Tolkien est moins présomptueux au sujet de la guérison dans une de ses lettres : [citation=Letter 246 From a letter to Mrs Eileen Elgar (drafts) september 1963 (p.328)]" Frodon fut envoyé ou autorisé à passer par delà la Mer pour être soigné - Si cela pouvait être fait - avant qu'il ne meure. Il aurait finalement à " passer au delà " : aucun mortel ne pouvait, ou peut, demeurer pour toujours sur terre, ou au sein du Temps. Ainsi alla-t-il à la fois à un purgatoire et à une récompense, pour un temps : une période de réflexion et un gain de vraie compréhension de sa position dans sa petitesse et dans sa grandeur, passée toujours dans le Temps parmi les beautés naturelle " d'Arda incorrompue ", la Terre non souillée par le diable ". "Frodo was sent or allowed to pass over Sea to heal him - if that could be done, before he died. He would have enventually to 'pass away' : no mortal could, or can, abide for ever on earth, or within Time. So he went both to a purgatory and to a reward, for a while : a period of reflection and peace and a gaining of a true understanding of his position in littleness and in greatness, spent still in Time amid the natural beauty of 'Arda Unmarred', the Earth unspoiled by evil."[/citation] Tolkien remet donc la guérison de Frodon entre les mains d'un passif non nommé : " Si cela pouvait être fait ". Nous retrouvons bien l'idée que ce passage au delà de la mer soit une grâce pour Frodon, destinée à lui donner la paix, et la guérison conditionnée. Nous reviendrons davantage sur cette guérison, il est évident qu'elle est le fil conducteur de tout ce sacrement, ainsi que du passage à l'Ouest. 4-5-2 L'union à la passion du Christ [citation=CEC 1521]" Par la grâce de ce sacrement, le malade reçoit la force et le don de s'unir plus intimement à la passion du Christ : il est d'une certaine façon consacré pour porter du fruit par la configuration à la passion rédemptrice du Sauveur. La souffrance, séquelle du péché originel, reçoit un sens nouveau : elle devient participation à l'œuvre salvifique de Jésus. "[/citation] L'idée que Frodon vit une passion a été plusieurs fois évoquée et soutenue sur ce forum (je renvoie à ce sujet aux fuseaux : Plaidoyer pour Frodon : et surtout Affaire de Volonté.L'idée même de son sacrifice est évoquée dans le SdA, puis explicitée radicalement par Tolkien : [citation=T3, Chap. IX. LES HAVRES GRIS, Page 424]" - Mais, répliqua Sam, les larmes aux yeux, je croyais que vous alliez aussi jouir de la Comté durant maintes années, après tout ce que vous avez fait. - C'est ce que j'ai cru aussi, à une époque. Mais j'ai été trop grièvement blessé, Sam. J'ai tenté de sauver la Comté, et elle l'a été, mais pas pour moi. Il doit souvent en être ainsi, Sam, quand les choses sont en danger ; quelqu'un doit y renoncer, les perdre de façon que d'autres puissent les conserver. Mais tu es mon héritier : tout ce que j'avais et que j'aurais pu avoir, je te le laisse.[/citation] [citation=Letter 246]"Mais alors il pensa qu'il avait donné sa vie en sacrifice: il espérait mourir très bientôt. Mais il ne mourut pas, et l'on pouvait observer l'inquiétude monter en lui. " "But then he thought that he had given his life in sacrifice : he expected to die very soon. But he did not, and one can observe the disquiet growing in him"[/citation] Peut-on, de là, parler de participation à la passion du Christ ? Participation, dans la mesure où le Christ n'est pas encore venu, sera de toute façon erroné, mais il reste la figure du sacrifice du Christ, même s'il n'est pas abouti. Tolkien parle bien du salut du monde (et de lui-même) opéré par Frodon dans une lettre : [citation=Letter 181 (p.234)]" But at this point the 'salvation' of the world and Frodo's own salvation is is achieved by his previous pity and forgiveness of injury "[/citation] 4-5-3 Le lien à l'Eglise [citation=CEC 1522]" Une grâce ecclésiale. Les malades qui reçoivent ce sacrement " en s'associant librement à la passion et à la mort du Christ " apportent leur part pour le bien du Peuple de Dieu ". En célébrant ce sacrement, l'Eglise, dans la communion des saints, intercède pour le bien du malade. Et le malade à son tour, par la grâce de ce sacrement, contribue à la sanctification de l'Eglise et au bien de tous les hommes pour lesquels l'Eglise soufre et s'offre, par le Christ, à Dieu le Père. "[/citation] Les questions s'interpénètrent, et nous avons déjà évoqué le fait que Frodon contribue au bien de tous les hommes. Mais qui intercède donc pour Frodon ? Nous avons la réponse dans un chapitre du Tome 3 et dans une note de cette même lettre 246 déjà citée : [citation=T3, Chap. VI. NOMBREUSES SEPARATIONS, Page 345]" Mais la reine Arwen dit : - Je vais vous faire un présent. Car je suis la fille d'Elrond. Je ne vais pas l'accompagner quand il partira pour les Havres (…). Mais vous partirez à ma place, Porteur de l'Anneau, le moment venu, et si tel est alors votre désir. Si vos blessures vous font encore souffrir et si le souvenir de votre fardeau est lourd, vous pourrez passer à l'Ouest jusqu'à guérison de vos maux et de votre lassitude. Mais portez ceci maintenant en mémoire de Pierre Elfique et d'Etoile du Soir, avec lesquels votre vie a été entretissée ! Elle prit alors une gemme blanche semblable à une étoile, qui reposait sur son sein au bout d'une chaîne d'argent, et elle passa cette chaîne autour du cou de Frodon. - Quand vous serez troublé par le souvenir de la peur et des ténèbres, dit-elle, ceci vous apportera de l'aide."[/citation] [citation=Letter 246]" Mais il ne mourut pas, et l'on pouvait observer l'inquiétude monter en lui. Arwen fut la première à en observer les signes, et lui donna son joyau pour réconfort, et pensa à une façon de le guérir. * " But he did not [die], and one can observe the disquiet growing in him. Arwen was the first to observe the signs, and gave him her jewel for comfort, and thought of a way of healing him. [small]* Pour tous exceptés ceux de la race Elfique, 'naviguer à l'Ouest' n'était pas permis, et toute exception nécessitait une 'autorité', et elle n'était pas en communication directe avec les Valar, spécialement depuis son choix de devenir 'mortelle'. Ce qui est signifié est que ce fut Arwen qui pensa d'abord à envoyer Frodon dans l'Ouest, et déposa une supplication pour lui à Gandalf (directement ou via Galadriel, ou les deux), et elle usa de sa propre renonciation du droit d'aller à l'Ouest comme un argument. Sa renonciation et sa souffrance furent apparentées et raccommodées à celle de Frodon : tous deux faisaient partie d'un plan de la régénération de l'État de l'Homme. Sa prière pouvait ainsi être spécialement efficace. For any except those of Elvish race 'sailing West' was not permitted, and any exeption required 'authority', and she was not in direct communication with the Valar, especially not since her choice to become 'mortal'. What is meant is that it was Arwen who first thougt of sending Frodo into the West, and put in a plea for him to Gandalf (direct or through Galadriel, or both), and she used her own renunciation of the right to go West as an argument. Her renonciation ans suffering were related to and emmeshed with Frodo's: both were part of a plan of the regeneration of the State of Men. Her prayer might therefore be specially efective.[/small][/citation] On peut être saisi par l'aspect de plus en plus religieux que prend cette simple explication de la manière dont Arwen s'y prend pour permettre à Frodon de se rendre à l'Ouest. Nous y lisons donc la communion des saints effective entre Frodon et Arwen. Tandis que par sa souffrance, il a sauvé l'humanité et a contribué au bonheur d'Arwen, celle-ci intercède pour lui auprès des autorités pour lui offrir la guérison. Le rôle d'Arwen comme pseudo Eglise est renforcé dans le don qu'elle fait de ce joyau qu'elle portait sur son cœur, [citation=T3, Chap. IX, LES HAVRES GRIS, p 417]" Le treize de ce mois, le Père Chaumine trouva Frodon étendu sur son lit ; il avait la main crispée sur une pierre blanche suspendue à une chaîne qu'il avait autour du cou, et il paraissait à demi-perdu dans un songe. - Il a disparu à jamais, disait-il, et maintenant tout est sombre et vide ".[/citation] C'est dans cet objet, ce viatique, que Frodon cherche un soutien. Le sacrement des malades met en effet l'accent sur le contact, qui est celui que dans l'Evangile les malades voulaient établir avec Jésus pour être guéris. [citation=Marc 6,56]Et en tout lieu où il pénétrait, villages, villes ou fermes, on mettait les malades sur les places et on le priait de les laisser toucher ne fût-ce que la frange de son manteau, et tous ceux qui le touchaient étaient sauvés.[/citation] 4-5-4 Une préparation à la mort [citation=CEC 1523]" Si le sacrement de l'Onction des malades est accordé à tous ceux qui souffrent de maladie et d'infirmités graves, il l'est à plus forte raison à ceux qui sont sur le point de sortir de cette vie, de sorte qu'on l'a aussi appelé sacramentum exeuntium. (…) Cette dernière onction munit la fin de notre vie terrestre comme d'un solide rempart en vue des dernières luttes avant l'entrée dans la Maison du Père ".[/citation] Tolkien a assez insisté sur le fait que le passage à l'Ouest était à la fois une récompense, mais aussi un purgatoire, pour ne pas avoir à y revenir. Cependant, pour les plus sceptiques nous citerons encore une autre lettre, où il est dit : [citation=Letter 325, p. 411]" Ainsi de Frodon ou d'autres mortels, ils pouvaient seulement résider en Aman pour un temps limité - qu'il soit long ou bref. Les Valar n'avaient ni le pouvoir ni le droit de leur conférer l'immortalité. Leur séjour était un " purgatoire ", mais un de paix et de guérison, et il finiraient pas passer au delà (mourir selon leur propre désir et libre volonté) vers une destination dont les Elfes ne savaient rien " " As for Frodo or other mortals, they could only dwell in Aman for a limited time - whether brief or long. The Valar had neither the power nor the right to confer immortality upon them. Their sojourn was a "purgatory", but one of peace and healing and they would eventually pass away (die at their own desire and of free will) to destinations of which the Elves knew nothing "[/citation] (ou voir encore la lettre 154 au sujet de la mort de Frodon librement consentie). Nous avons donné au début de cette longue partie un extrait du Home X où Tolkien précise bien el but de ce purgatoire : [citation=" they went to a state in which they could acquire greater knowledge and peace of mind, and being healed of all hurts both of mind and body, could at last surrender themselves: die of free will, and even of desire, in estel."]" they went to a state in which they could acquire greater knowledge and peace of mind, and being healed of all hurts both of mind and body, could at last surrender themselves: die of free will, and even of desire, in estel."[/citation] Je me dois de rappeler que le mot Estel signifie Espoir, mais aussi et surtout Espérance. On peut même le traduire par " Foi ", ce qui a été fait de nombreuses fois, et qui rend pleinement compte de cette confiance abandonnée qu'est L'Estel. Tolkien nous met déjà en piste en comparant cette mort acceptée, voire offerte, à celle d'Aragorn, qui est bel et bien une mort vécue dans la Foi. Voilà donc le but de ce temps de convalescence, tout comme le véritable but du sacrement des malades : aider le malade à accepter avec foi sa mort prochaine (dans les dispositions déjà énoncées). Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce sacrement des malades présent en ce passage à lOuest, dans la mesure où elle condense toute l'histoire du sacrifice et de la rédemption de Frodon. C'est un vaste sujet, bien trop vaste pour cette partie d'une étude. Il reste deux points sur lesquels il convient d'insister : le pardon des péchés, et le rôle de la Mer. 4-5-5 Le pardon des péchés C'est en effet un des buts de ce sacrement, sur lequel je suis passé au début, mais que je reprend ici à présent. Tolkien en fait explicite lui-même très brillamment cette présence d'un péché de Frodon, qui doit être pardonné, purifié plutôt. Ce péché, ce n'est pas celui d'avoir failli sur la crevasse du Destin, mais de continuer à désirer l'Anneau, après sa destruction… et de désirer une mort d'anéantissement, et non une mort dans la Foi. Cet extrait de lettre explicite tout cela. Je le traduirai un autre jour, car elle est fort longue et il est bien tard (ou si quelqu'un veut s'y mettre), et vous la livre donc telle quelle : [citation=246 From a letter to Mrs Eileen Elgar (drafts) september 1963]« […] Frodo undertook his quest out of love - to save the world he knew from disaster at his own expense, il he could ; and also in complete humility, acknowledging that he was wholly inadequate to the task. His real contract was only to do what he could, to try to find a way, and to go as far on the road as his strenght of mind and body allowed. He did that. I do not myself see that the breaking of is mind and will under demonic pressure after torment was any more a moral failure than the breaking of his body would have been - say, by being strangled by Gollum, or crushed by a failing rock. That appears to have been the judgement of Gandalf and Aragorn and of all who learned the full story of his journey. Certainly nothing woud be concealed by Frodo ! But what Frodo himself felt about the events is quite another matter. He appears at first to have had no sens of guilt (III 224-5) ; he was restored to sanity and peace. But then he thought that he had given his life in sacrifice : he expected to die very soon. But he did not, and one can observe the disquiet growing in him. Arwen was the first to observe the signs, and gave him her jewel for comfort, and thought of a way of healing him* Slowly he fades 'out of the picture', saying and doing less and less. I think it is clear on reflection to an attentive reader that when his dark time came upon him and he was conscious of being 'wounded by knife sting and tooth and a long burden' (III 268) it was only nightmare memories of past horrors that afflicted him, but also unreasoning self-reproach : he was himself and all that he done as a broken failure. 'Though I may come to the Shire, it will not seem the same, for I shall not be the same'. That was actually a temptation out of the Dark, a last flicker of pride : desire to have returned as a 'hero', not content with being a mere instrument of good. And it was mixed with another temptation, blacker and yet (in a sense) more merited, for however that may be explained, he had not in fact cast away the Ring by a voluntary act : he was tempted to regret its destruction, and still to desire it. 'it is gone for ever, and now all is dark and empty', he said as he wakened from his sickness in 1420. 'Alas ! there are some wounds that cannot be wholly cured', said Gandalf (III268) - not in Middle-Earth. Frodo was sent or allowed to pass over Sea to heal him - if that could be done, befire he died. He would have enventually to 'pass away' : no mortal could, or can, abide for ever on earth, or within Time. So he went both to a purgatory and to a reward, for a while : a period of reflection and peace and a gaining of a true understanding of his position in littleness and in greatness, spent still in Time amid the natural beauty of 'Arda Unmarred', the Earth unspoiled by evil. Bilbo went too. No doubts as a completion of the plan due to Gandalf himslef. Gandalf had a very great affection for Bilbo, from the hobbit's childhood onwards. His companionship was really necessary for Frodo's sake - it is difficult to imagine a hobbit, even one who had been through Frodo's experiences, being really happy evenin an earthly paradise wihout a companion of his own kind, and Bilbo was the person that Frodo most loved. […] "[/citation] 4-5-6 La Mer Dans la mesure où Tolkien ne parle jamais de voyage vers Valinor, mais toujours de passage au delà de la mer, ou bien de passage à l'Ouest, on peut prétendre que cette mer a un rôle elle aussi dans ce lieu sacré qu'est l'Ouest, et qui contient ce sacrement des malades. Je m'étendrais dessus un autre jour, mais laisse volontiers Silmo donner des pistes sur cette questions. Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 15-01-2004 Petite erreur : Tolkien est moins présomptueux au sujet de la guérison dans une de ses lettres : [citation=Letter 246 From a letter to Mrs Eileen Elgar (drafts) september 1963 (p.328)]Frodo was sent or allowed to pass over Sea to heal him - if that could be done, before he died. He would have enventually to 'pass away' : no mortal could, or can, abide for ever on earth, or within Time. So he went both to a purgatory and to a reward, for a while : a period of reflection and peace and a gaining of a true understanding of his position in littleness and in greatness, spent still in Time amid the natural beauty of 'Arda Unmarred', the Earth unspoiled by evil.[/citation] Tolkien dans la Revue des deux mondes - Yyr - 15-01-2004 Tout pareil que notre cher Sosryko ;). L'Espérance est aussi, ni plus ni moins que la Foi ou la Charité, un abandon entier, n'est-ce-pas mon cher Vinyamar ? La composante sémantique de la 'confiance' qui intègre le sens de l'estel et des dialectiques y étant rattachées dans le Conte d'Arda, ne constitue pas sa seule sémantique ; l'identification de ses autres composantes (l'attente, la constance ...) permet de reconnaître ce que les chrétiens, dans notre monde (après la Révélation), nomment précisément et exactement l'Espérance ; et ce faisant, de la distinguer des deux autres vertus théologales, car on observe en même temps que les composantes sémantiques attribuées à la Foi ou à la Charité (autres que celle de la 'confiance') sont manquantes à l'Estel. Tout cela, observé et commenté en détail, dans une certaine étude, bientôt ... :). Je me permettrai cette petite critique ... Tu cites l'Athrabeth : " [...] die of free will, and even of desire, in estel. " que tu traduis ensuite par " [...] mourir librement, ou même de désir, dans l'Espérance. ". Traduire en français de l'elfique qui apparaît dans le texte d'origine ! ah la la :) ... un lapsus, qui, parfois, n'est pas sans trahir un certain biais externiste dans l'analyse ... Prudence ... Cette petite critique mise à part, donc, je te redis ma joie de te lire. Si Arda est un monde vrai, il est normal que certains puissent y lire la trace des sacrements qu'ils vivent eux-mêmes dans notre monde. Les redécouvrir en ta compagnie dans la Terre-du-milieu est un plaisir. En ta compagnie, c'est encore du sens qui nous est donné. Merci :) Yyr PS : Sosryko : Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 16-01-2004 Salut Sosryko en fait, il me semble bien avoir lu dans bien des lieux sur ce forum, et sous de prestigieuses signatures (je pense à Eruvikë) qu'Estel signifiait directement la Foi. Je sais que Yyr prépare depuis un moment un topo sur l'Estel et l'Espérance (j'ai suivi de très loin des questionnements en forum de langues), mais je continues à me ranger pour le moment à la vision d'Eruvikë (M. Devaux) en ce qui concerne la foi, en attendant bien sûr un article pour corriger ma vision :-) Yyr, si j'ai traduit le terme elfique, c'est parce que j'ai donné l'Angais en référence et non pas en note. La traduction étant en note, je me suis permis d'éclairer ceux qui ne connaîtraient pas encore assez l'Elfique. Mais il est vrai que c'est quand même un tort. J'le f'rai pus ! Au sujet de cete présence des sacrments, je ferai un retour sur le sens qu'il faut y donner une fois l'analyse terminée.
Tolkien dans la Revue des deux mondes - Yyr - 16-01-2004 Vin' : en fait, il me semble bien avoir lu dans bien des lieux sur ce forum, et sous de prestigieuses signatures (je pense à Eruvikë) qu'Estel signifiait directement la Foi. Pas seulement Michaël, d'autres prestigieuses signatures :) ont donné cette traduction, ainsi Edouard (1ère édition du dictionnaire des langues elfiques, vol. 1), Didier (du Bien & du Mal, article sous Hiswelókë), Laurent (dans l'Imaginaire médiéval et mythologique dans l'œuvre de Tolkien) ... et a priori tous les Tolkiendili francophones jusqu'à présent :) Sans que cela n'ôte la moindre pertinence aux analyses des thèmes des études au sein desquelles est apparue la *proposition* 'Estel = Foi' (elle n'a jamais fait l'objet d'une analyse pour elle-même), je prétends que cette hypothèse n'est pas la bonne. Et que nous disposons peut-être bien de l'exacte traduction en français en l'Espérance. Je sais que Yyr prépare depuis un moment un topo sur l'Estel et l'Espérance [...] Yyr & Sosryko en fait ;) qui y ont déjà consacré plusieurs mois, mais dont les signatures ne sont pas encore prestigieuses ;) aller je te taquine - et tu as raison : nous verrons cela une fois notre travail publié :) Au sujet de cette présence des sacrements, je ferai un retour sur le sens qu'il faut y donner une fois l'analyse terminée. Chouette :) Tolkien dans la Revue des deux mondes - Yyr - 17-01-2004 Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 18-01-2004 Bon, je vais tenter de finir sur la mer avant de poursuivre avec le mariage, et éventuellement l'eucharistie. J'en profite pour dire que cette dernière étude sur la mer me montre que ces lieux sacrés que j'ai tenté de mettre en évidence sont plutôt des passages, à chaque fois, que des sanctuaires ! La mer en fait partie. [citation=T3, Chap. IX. LA DERNIERE DELIBERATION, Page 199]" Legolas Vertefeuille, longtemps sous l'arbre Dans la joie tu vécus. Prends garde à la Mer! Si tu entends le cri de la mouette sur le rivage, Ton coeur plus alors dans la forêt ne se reposera. " Legolas Greenleaf long under tree In joy thou hast lived. Beware of the Sea! If thou hearest the cry of the gull on the shore, Thy heart shall then rest in the forest no more - Regardez ! s'écria-t-il. Des mouettes ! Elles volent loin à l'intérieur des terres. Elles sont pour moi sujet d'étonnement et pour mon coeur sujet de trouble. Jamais de ma vie je ne les avais rencontrées jusqu'à notre arrivée à Pelargir, et là, je les entendis crier dans l'air tandis que nous chevauchions vers la bataille des navires. Je demeurai alors immobile, oubliant la guerre en Terre du Milieu; car leurs voix plaintives me parlaient de la Mer. La Mer ! Je ne l'ai pas encore vue, hélas ! Mais au plus profond du coeur de tous ceux de ma race réside la nostalgie de la Mer, qu'il est dangereux de réveiller. Hélas! pour les mouettes, jamais plus je n'aurai de paix sous aucun hêtre, aucun orme.[/citation] La mer apparaît, comme l'a dit Silmo, comme un élément très fort dans la vie des Elfes, presque comme le passage d'un état à un autre. Cette nostalgie des Elfes pour la mer est comme un appel vers une autre vie, comme un amour passé qui ressurgit. Mais la mer, c'est aussi ce qui sépare (tiens, nous retrouvons donc cette définition du sacré) un monde d'un autre, l'Ouest de la Terre du Milieu, mais aussi les Elfes fidèles des Elfes qui ont quitté la lumière. La mer, c'est encore cette intervention divine qui reforma le monde quand les hommes de Númenor tentèrent de la franchir, engloutissant la flotte et leur île, englouttisant la moitié du monde et condamnant les hommes à revenir toujours à leur point de départ s'ils partent pour chercher le pays de la lumière primordiale, du moins s'ils cherchent un pays physique où séjourner. La mer, c'est encore cet exploit commis par Eärendil, "l'amoureux de la mer" , qui parvint à la franchir pour déposer une supplique, une prière, devant les Valar et sauver ainsi la Terre du Milieu de la menace de Melkor ! La mer, c'est donc cet espace qui sépare, et qu'il faut franchir pour accéder à un autre état qui semble très lié au domaine religieux du Monde de Tolkien (cet Ouest mythique), ou communiquer avec les dieux. Pour Frodon, nosu l'avons vu, c'est le passage à franchir pour obtenir la guérison spirituelle, pour accéder à ce sacrement des malades qui lui vaut la prière d'Arwen. Tolkien n'énonce jamais qu'il s'agit d'aller sur Tol Eressaë, ni en Valinor, mais toujours il parle de passer "au delà de la mer", comme si ce simple passage indépendamment du but visé, valait comme remède. pour les Elfes, c'est aussi et toujours la Mer qui les apelle, et non pas la lumière du continent sur lequel ils doivent débarquer. (je parle de lumière car Tolkien l'évoque quand même dans les visions de Frodon, mais nous savons tous qu'il n'est plus d'arbre pour éclairer Valinor comme autrefois). C'est donc bien la mer en effet, qui est le lieu, ou le passage plutôt, du sacrement. D'ailleurs, il est dit à la fin du roman: Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 18-01-2004 (ah et j'ai oublié de parler des chants, qui si pour les lecteurs du Silmarillon évoquent bien sûr les Teleri, peuvent aussi bien parce qu'ils flottent sur la mer, donner un cadre plus liturgique encore à cette mer bénie) Tolkien dans la Revue des deux mondes - Silmo - 19-01-2004 Et voilà Silmo l’escargot, qui, répondant à l’appel de Sosryko, vient un peu tard vous reparler de la Mer… Merci Vinyamar d’avoir déjà développé le sujet pendant que ce week-end je me laissais aller à une certaine paresse. Il m’a fallu un peu de temps car je voulais fouiller dans plusieurs autres directions et ne pas me limiter au point de vue des Elfes tout en gardant à l’esprit que ta recherche portait exclusivement sur le SdA (pas facile d’ailleurs car beaucoup d’indices seraient à récupérer dans le reste du Légendaire). Tu as donc fait mention des Elfes pour lesquels l’appel de la Mer est très important. Il y a Legolas bien sûr, mais aussi, dans le SdA, la légende d’Amroth et Nimrodel (là aussi la Mer est un lieu de Passage)… et puis, il y la manière dont la Mer est présentée au Conseil d’Elrond, quasiment comme un Sanctuaire, hors de portée de Sauron: Dans un premier temps c’est Gandalf qui raconte ce que Saroumane a dit ,après la réapparition de Sauron, i.e. qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter puisque d’après ses recherches, l’Anneau avait été emporté dans la Mer et devenait donc inaccessible. [citation]"Into Anduin the Great it fell; and long ago, while Sauron slept, it was rolled down the River to the Sea. There let it lie until the End."[/citation] Et Glorfindel, propose donc d’y jeter l’Anneau : [citation]“Then, said Glorfindel, 'let us cast it into the deeps, and so make the lies of Saruman come true. For it is clear now that even at the Council his feet were already on a crooked path. He knew that the Ring was not lost for ever, but wished us to think so; for he began to lust for it for himself. Yet oft in lies truth is hidden: in the Sea it would be safe.”[/citation] Finalement, Gandalf écarte cette solution qui pourrait valoir pour un temps, voire pour un Âge, mais pas pour l’éternité. Quant à Galdor, il craint que Sauron n’attaque en priorité de ce côté là en pensant que c’est justement vers le plus sûr des lieux (l’a Mer, puis l’Ouest) que l’Anneau sera envoyé. Voilà pour les Elfes. Un autre point de vue intéressant, est celui de Frodon. Tolkien dans la Revue des deux mondes - Silmo - 19-01-2004 Pitié, on est lundi matin... oubliez les fautes de frappe et d'orthographe...:-(((( Tolkien dans la Revue des deux mondes - sosryko - 19-01-2004 ahh, Merci Silmo ;-)) Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 19-01-2004 Sans avoir pensé à la récurence de le présence de la mer dans le récit, j'avais déjà noté que le VENT bénéfique qui amenait Aragorn ou qui chassait les 'démons' était toujours un vent venu de la mer (ou de l'ouest, mais souvent la mer est mentionnée), un vent bénéfique, un vent béni ! C'est donc bien la mer, plutôt que Valinor ou Tol Ereesaë, qui mérite d'être considérée comme un "lieu" sacré, un passage vers un sacrement ! Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 19-01-2004 (tiens, je découvre à l'instant que tu viens d'énoncer cette observation dans un autre fuseau, justement dédié au vent (beau fuseau d'ailleurs) ) Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 19-01-2004 sinon, je viens de découvrir un lieu sacré assez étonnant, car n ne se rend pas d'abord compte qu'il est séparé, c'est le Champs de Cormallen, où je vois des indices pour une eucharistie (="action de grâce"). Tolkien dans la Revue des deux mondes - sosryko - 22-01-2004 Une nouvelle fois, merci beaucoup pour cette suite, Vinyamar ;-)) Deux remarques, une courte, une plus longue. Premièrement, attention à ne pas forcer le(s) texte(s) ! Le "on t'appellera d'un nom nouveau" en Es.62:2 ne fait pas référence à "l'époux de la nouvelle Jérusalem" comme tu le voudrais bien mais à la nouvelle manière qu'on aura de désigner Jérusalem elle-même (cf le verset 4 qui suit et que tu cites!) Deuxièmement : >>Vinyamar : Il dispose à nouveau « des guetteurs sur les remparts » (ce thème est très utilisé en liturgie, bien qu’il n’apparaisse peut-être pas aussi fréquent dans la bible). Déjà, les références que tu donnes devraient suffire (Ps130:6, Esaïe 62:6); il se trouve qu'elles ne sont pas les seules, loin de là! Dans le seul livre d'Ésaïe, le guetteur ou les guetteurs (veilleur(s), garde(s)) ont un rôle d'importance : de leur point de surveillance, non seulement ils remplissent leur rôle de protecteur de la Cité (Es 62:6 que tu cites) mais ils sont également témoins de la venue de Dieu et de la délivrance qui l'accompagne ; mais déjà, on les rencontre en Néhémie 4 : [citation]1 (…) en apprenant que la réparation des murailles de Jérusalem avançait et que les brèches commençaient à se fermer. 2 Ils se liguèrent tous ensemble pour venir attaquer Jérusalem et lui causer du dommage. 3 Nous avons prié notre Dieu, et à cause d’eux nous avons établi une garde jour et nuit (pour nous défendre) contre eux. 9 Lorsque nos ennemis apprirent que nous étions avertis, Dieu anéantit leur entreprise, et nous sommes tous retournés à la muraille, chacun à son ouvrage. 10 Depuis ce jour, la moitié de mes serviteurs travaillaient à l’ouvrage, et l’autre moitié tenait en main les lances, les boucliers, les arcs et les cuirasses. (…) 13 Je dis aux grands, aux magistrats et au reste du peuple: "L’ouvrage est considérable et étendu, et nous sommes dispersés sur la muraille, éloignés les uns des autres. 14 Rassemblez-vous auprès de nous, à l’endroit d’où vous entendrez le son du cor; notre Dieu combattra pour nous." 15 C’est ainsi que nous poursuivions l’ouvrage, la moitié d’entre nous la lance à la main depuis le lever de l’aurore jusqu’à l’apparition des étoiles.[/citation] Le guetteur/sentinelle a conduit vers deux images fondamentales dans l'Ancien testament : (1) le gardien de la cité comme image du gardien des âmes ; Ezékiel 3:17 : [citation]Fils d’homme, je t’établis comme sentinelle sur la maison d’Israël. Tu écouteras la parole qui sort de ma bouche et tu les avertiras de ma part. [/citation] Cf. la célèbre, importante et impressionnante "prophétie de la sentinelle" en Ezéchiel 33:1-9 (4 mentions) Ou encore en Ésaïe 21 : [citation]11 Menace (sur) Douma. On me crie de Séir: Sentinelle, qu’en est-il de la nuit? Sentinelle, qu’en est-il de la nuit? 12 La sentinelle répond: Le matin vient, et la nuit aussi. Si vous voulez interroger, interrogez; Convertissez-vous et venez. [/citation] Jérémie 6:17 : [citation]J’ai suscité pour vous des sentinelles: Soyez attentifs au son du cor! [/citation] (2) le gardien de la cité comme visionnaire et prophète : celui qui "se tient sur la tour de guet" est celui qui a la meilleure vision, la meilleur perspectives des choses; en se tenant à l'écart, en un lieu élevé, il est capable de voir ce qui vient, d'annoncer "l'aurore" à ceux qui sont encore dans la nuit : Ésaïe 21 : [citation]6 Car ainsi m’a parlé le Seigneur: Va, place le guetteur; Qu’il annonce ce qu’il verra. 7 Il voit de la cavalerie Des cavaliers deux à deux, Des cavaliers sur des ânes, Des cavaliers sur des chameaux; Et il était attentif, très attentif. 8 Puis il s’écria, comme un lion: Seigneur, je me tiens sur la tour toute la journée, Et je suis planté à mon poste toutes les nuits; 9 Et voici qu’elle arrive, la cavalerie, Des cavaliers deux à deux! Il prit encore la parole et dit: Elle est tombée, elle est tombée, Babylone, Et toutes les statues de ses dieux, Il les a brisées à terre! [/citation] Ésaïe 52 : [citation]7 Qu’ils sont beaux sur les montagnes, Les pieds du messagers de bonnes nouvelles, Qui publie la paix! Du messager de très bonnes nouvelles, Qui publie le salut! Qui dit à Sion: Ton Dieu règne! 8 C’est la voix de tes sentinelles! Elles élèvent la voix, Elles poussent ensemble des cris de triomphe; Car de leurs propres yeux elles voient L’Éternel revenir à Sion. 9 Éclatez ensemble en cris de triomphe, Ruines de Jérusalem! Car l’Éternel console son peuple, Il rachète Jérusalem. 10 L’Éternel découvre le bras de sa sainteté Aux yeux de toutes les nations; Et toutes les extrémités de la terre verront Le salut de notre Dieu. [/citation] Jérémie 31 : [citation]1 En ce temps-là, —Oracle de l’Éternel, Je serai Dieu pour toutes les familles d’Israël, Et ils seront mon peuple. 2 Ainsi parle l’Éternel: Il a trouvé grâce dans le désert, Le peuple des rescapés de l’épée; Israël marche vers son repos. 3 De loin l’Éternel se montre à moi: Je t’aime d’un amour éternel; C’est pourquoi je te conserve ma bienveillance. 4 Je te rebâtirai, et tu seras rebâtie, Vierge d’Israël! Tu auras encore tes tambourins pour parure Et tu sortiras au milieu des danses de ceux qui s’égaient. 5 Tu planteras encore des vignes Sur les montagnes de Samarie ; Les planteurs planteront et récolteront. 6 Car il est un jour Où les gardes/veilleurs crient sur les monts d’Éphraïm: Levez-vous, montons à Sion Vers l’Éternel, notre Dieu! (…) 17 Il y a de l’espérance pour ton avenir, —Oracle de l’Éternel; Tes fils reviendront dans leurs frontières. [/citation] J'ai gardé ce texte de Jérémie 31 pour la fin, car il confirme que nous ne nous sommes pas (trop) éloignés de notre propos : après la guerre, "les rescapés de l'épée" sont témoins d'une déclaration "d'amour éternel", de la reconstruction de la Cité, sous la protection des gardes et dans "l'espérance pour l'avenir" (Estel) ! Sosryko Tolkien dans la Revue des deux mondes - vincent - 22-01-2004 quel fuseau ! sur la mer et la mort, voici d’autres éléments - si j'ai bien lu tout (Rivages, p. 180) : « […] de la mer (ou de l’eau en général), présentée d’emblée comme « un mot redoutable, un signe de mort », ce que confirme le récit de la fin du père de Frodo, sur qui « il n'y a jamais eu grand-chose à dire jusqu'au jour où il s'est noyé » avec sa femme . Puis cette valeur se renforce par l’assimilation de la mort avec « les Mers Séparatrices » ou « l'eau profonde » , « la noyade » , par l’évocation de la Submersion de Númenor, par la comparaison des armées ennemies avec « une mer grossissante », par l’expression même de « flot de la mort » , ou par l’image de la barque de Boromir . On pourrait ajouter que l’Anneau, mortifère, a été trouvé au fond d’un fleuve, mais on distinguera partiellement la mer et l’eau, dans la mesure où celle-ci peut se révéler bénéfique, comme lorsqu’elle sauve Frodo des Nazgûl à la fin du Livre I , tandis qu’on pourrait en revanche multiplier les preuves du lien qui unit la mer et la mort - proches jusque dans leurs sonorités en français, comme jadis la mer, l’amer et l’amour . Ainsi, la fascination qu’exerce la mer sur les Elfes Legolas et Haldir (« aucun des miens ne l’a contemplée ; mais nous nous en souvenons encore dans nos chants » ) évoque la fascination de la mort qu’ils ne connaissent pas non plus, ce parallélisme étant souligné par la mise en garde qu’adresse Galadriel à Legolas (« Prends garde à la Mer ! ») et qu’il interprète comme un message funeste . notes : L’arbre peut être intéressant.
Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 22-01-2004 Erratum: il n'y a pas de fragrance sur Aragorn au moment de son sacre, elle est sur Arwen au moment de son arrivée finale. Tant pis ! Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 22-01-2004 4-6 Le Mariage4-6-1 Quels mariages ? Le « sacrement » du mariage est-il présent dans le Seigneur des Anneaux ? Pour y répondre, voyons tout d’abord le chapitre qui traite justement du mariage d’Aragorn : l’Intendant et le Roi. La première chose qui marque dans ce chapitre, c’est qu’on y trouve en fait plusieurs mariage : celui de Faramir et d’Eowyn, et celui d’Aragorn et d’Arwen. Mais une autre chose frappe davantage encore : ces mariages ne sont absolument pas décris. Comment ?! Le moment le plus heureux de la vie de ces héros, le but ultime vers lequel tendait Aragorn, « le couronnement des exploits auxquels [nos héros] ont eu part », selon les propres mots d’Aragorn, n’est décrit que par cette simple (et sublime) phrase : [citation=T3, Ch. V, L’INTENDANT ET LE ROI, p.343]Aragorn, Roi Elessar, épousa Arwen Undómiel dans la cité des Rois le jour du Solstice d’Été, et l’histoire de leur longue peine se trouva achevé.[/citation] Rien de plus, ni dans les annexes racontant l’histoire particulière d’Aragorn et d’Arwen, sinon la mention répétée que cela est « l’achèvement » ! Mais comment se fait-il que tout soit concentré sur un seul chapitre : l’amour et le mariage de Faramir et d’Eowyn (qui n’est que promis, certes, mais il n’y aura nulle autre cérémonie dans le roman, sinon son annonce officielle au chapitre suivant), le mariage d’Aragorn et d’Arwen, et surtout entre les deux, son couronnement glorieux. Dès lors, rien ne nous interdit de penser que ce couronnement s’inscrit peut-être dans la même dynamique de mariage, en réalité, et de découvrir qu’en effet, c’est peut-être bien là, dans ce triple mariage, (mais surtout celui d’Aragorn avec son peuple) que ce situe le sacrement. Relevons immédiatement que c’est Aragorn le premier qui personnifie la Cité du Gondor (il est d’ailleurs à noter qu’elle n’est plus jamais appelée Minas Tirith, mais simplement la Cité, avec une majuscule) : Dans la foulée, Tolkien nous explique ce que devient la cité sous son règne, se projetant dans l’avenir à ce moment précis du récit. Elle a lieu vers la fin du mois de Mai, mais la fécondité n’apparaîtra qu’au mois de Juin. Il s’agit de ce jour mystérieux où Gandalf emmène de nuit Aragorn hors de la Cité, et comme dans le récit de l’Apocalypse, l’emmène sur le haut d’une montagne pour contempler son royaume et la Cité : Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 25-01-2004 Vincent, merci pour ces détails sur la mer, (qu'il me semble avoir déjà lu quelque part, (pas dans ton livre, hélas, que je ne possède toujours pas) sur ce forum). Mais cela m'invite à distinguer deux formes de la mer, celle qui en effet représente la mort, et celle qui représente le passage. C'est pourquoi je distinguerai la mer comme élément liquide, et la mer comme lieu de traversée; comme un marin qui se respecte, je distinguerai la mer et sa flotte, de la mer et son vent ! D'ailleurs, Galadriel en avertissant Legolas ne parle pas de la mer à proprement parler. En tous cas, elle ne fait pas référence à l'eau, qui est la mort, mais bien au vent, à la surface, avec el chant des mouettes (c'est ce dont elle met en garde Legolas, et ce sont bien les mouettes qui appellent Legolas à partir "oversea". il faudrait en débattre mieux, mais sans doute sur un autre fuseau :-) Le changement de nom reste un geste religieux (puisque nous sommes dans le monde du sacré), qu'il s'applique à Minas Titith (qui d'ailleurs change aussi de nom, pour ne plus s'appeler que La "Cité du Roi"), ou à Aragorn !
Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 25-01-2004 --------------------------------------------------- Quant à l'eucharistie, j'ai bien peur de ne pas trouver d'éléments assez convaincants. je comptais jouer, grâce au chapitre: "les champs de Cormallen" sur le double aspect de l'eucharistie qu'est le mémorial qu'il met en oeuvre de la passion du Christ (contre la "passion" de Frodon dont la conclusion est d'ailleurs répétée dans ce même chapitre) et l'action de grâce (le sens même du mot "eucharistie") qui ets mise en oeuvre dans un lieu presque liturgique, ce champ de Cormallent dans lequel les héros rentrent comme dans une Eglise. Le lent chemin des hobbits sur une pelouse brillante, sous une voûte d'arbres, puis dans des allées d'arbres (pilliers), le "louez les avec de grandes louanges" ("praise them with great praise") qui résonne comme un archaïsme biblique (bien qu'aucune occurence similaire ne se retrouve dans la bible - je tâcherai de chercher dans la liturgie latine...), la mention du "vin même de la béatitude" dans le poignant passage décrivant comment la douleur se mêle à la joie ! Le "Silence Debout" qui est fait avant d'apporter le vin pendant le festin qui suit cette liturgie... Mais rien de tout cela n'évoque suffisemment ce qu'est réellement l'eucharistie, à savoir la présence réelle de Dieu, et surtout l'offrande à Dieu du Christ par le Christ. Aucun signe d'offrande ne s'y retrouve. Trop d'éléments manquent donc, pour oser parler d'eucharistie dans le roman. Je vais continuer de chercher, peut-être aussi du côté de la Lorien, que certains me reprochent d'avoir écarté d'un lieu sacré. Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 28-01-2004 Bon, j'abandonne donc la piste de l'eucharistie. Quoique l'on ai pu discuter de la figure de l'hostie dans le lembas, et ce en s'appuyant sur divers textes du légendaire, rien ne permet d'apercevoir une quelconque irruption du sacrement en tant qu'acte dans le Seigneur des Anneaux. J'ai eu beau fouiller les chapitres sur la Lothlorien, je n'y ai rien trouvé de concluant. Le passage clef resterait pour moi les champs de Cormalen, mais rien n'est suffisemment dit ! Je concluerai donc cette étude et expliquerai le sens qu'on peut lui donner.
Tolkien dans la Revue des deux mondes - Yyr - 02-03-2004 [small]Yyr (Ecrit le 10-01-2004 17:19) : * Marrissement qui vient ici traduire Marring, comme expliqué bientôt dans un article. L'article en question est en ligne sur Hiswelókë ici :) Yyr[/small] Tolkien dans la Revue des deux mondes - Philippe Perrier - 09-03-2004 Mon article est paru dans le numéro de mars de la revue des deux mondes. Merci à tous ceux à qui j'avais promis un exemplaire de me faire parvenir leur adresse afin que je puisse le leur envoyer. Amitiés tolkieniennes, Philippe
Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 09-03-2004 Chouette !! :-)) Tolkien dans la Revue des deux mondes - Vinyamar - 20-03-2004 Et voilà, j'ai lu l'article de Philippe dans la revue des deux mondes. D'abord, je suis admiratif devant son sens de la formule. Le thème de la pureté et de la miséricorde est très bien traité, mieux et plus simplement formulé qu'on a pu le faire ici, de même que l'excellente phrase sur l'antipathie de Tolkien pour l'allégorie, qui résume rès bien aussi le sujet ! (quoique selon moi, Tolkien soit plutôt flou en vérité sur la question de l'allégorie, mais cela demanderait à être étudié). Vient ensuite la partie sur les sacrements. Je ne l'avais glissé dans le forum que parce qu'on m'avait demandé de déployer ce thème, et je me susi surpris à y découvrir plus de parrallèles que ce que je pensais d'abord. Mais je crois pour le coup que le sujet est mal ammené dans le sein de l'article. On parlait de la pureté et de l'imaginaire, de l'anti allégorisme de Tolkien, et vient celle des sacrements. J'en suis coupable, bien sûr, mais cela vient un peu mal. je suis content que tu mentionnes aussi une part d'arbitraire dans cette vision. Je n'ai pas eu le temps (ou le courage) de 'matteler à une conclusion pour cette partie, mais j'y aurais dit que Tolkien n'avait probablement pas voulu consciemment glisser les 7 sacrements (6 d'ailleurs) dans son oeuvre. peut-être que oui (il est bien assez malin pour ça), mais peut-être pas. Voilà, c'est une conclusion dans ce style que j'aurai fait si on m'y avait poussé. :-) |