Thread Rating:
  • 0 Vote(s) - 0 Average
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
Les Enfants de Húrin
#1
<small>Sauf erreur, nous n'avons pas encore ouvert de fuseau consacré à la traduction de ce bel ouvrage (bien qu'il soit question de l'ouvrage en lui-même par ici).</small>

Je relisais <i>Les paroles de Húrin et Morgoth</i> et me penchai cette fois-ci sur la traduction de certains passages <small>(en vue de citations dans un travail à venir « bientôt » c-à-d. qu'on a le temps, et qu'on aura peut-être eu vent des Ents-femmes avant, d'autant qu'Edrahil et d'autres ont maintenant abandonné, de guerre lasse semble-t-il, leur amical harcèlement à son égard :))</small>.

Un premier passage m'amène :

[colonne][gauche=The Children of Húrin, p. 63]Then Morgoth laughed, and he said: 'Death you may yet crave of me as a boon.' The he took Húrin to the Haudh-en-Nirnaeth, and it was then new-built and the reak of death was upon it; and Morgoth set Húrin upon its top and bade him look west towards Hithlum, and think of his wife and his son and other kin. 'For they dwell now in my realm,' said Morgoth, 'and they are at my mercy.'

'<b>You have none</b>,' answered Húrin. 'But you will not come at Turgon through them; for they do not know his secrets.'[/gauche][droite=Les Enfants de Húrin, p. 58-59]Et Morgoth de rire, et il dit : « Peut-être me supplieras-tu un jour de t'accorder la mort comme un bienfait ! » Alors il emmena Húrin au Haudh-en-Nirnaeth qui venait d'être érigé, et la puanteur de la mort y flottait ; et Morgoth enchaîna Húrin au sommet et lui enjoignit de regarder vers l'Ouest, en direction du Hithlum, et de penser à sa femme et à son fils et à ses autres parents. « Car ils vivent à présent sous ma loi, dit Morgoth, et ils sont à ma merci. »

« <b>Tu n'as pas d'autorité sur eux</b>, répondit Húrin. Et tu n'atteindras pas Turgon à travers eux, car ils ne savent rien de ses secrets. »[/droite][/colonne]

La première partie de la réponse de Húrin a été modifiée. Je comprends bien que <i>la</i> <i>merci</i> française est très archaïque, sortie d'expressions maintenant figées <small>(comme dans la parole de Morgoth justement)</small>, et qu'« avoir (de la) merci » <small>(dans celle de Húrin)</small> n'en fait pas partie. Pourtant, cette évidence est moins stricte dans un contexte littéraire et vieilli <small>(bien qu'on ne soit certes pas dans les parties du Conte d'Arda les plus archaïques ...)</small>, mais surtout, « avoir (de la) merci » n'avait pas besoin ici d'apparaître en clair, seulement d'être suggérée, et la fin de la phrase précédente facilitait cette suggestion en venant juste de renforcer la valeur spéciale de <i>merci</i> en tant que pitié. Je n'aurais donc pas trouvé drôle de lire : [emphase]« <b>Tu n'en as pas</b> [<i>ou</i> point <i>ou</i> aucune] »[/emphase].

Bien sûr, je me dis, comme souvent dans ces cas-là, que l'habitude et le goût que j'ai pris à lire Tolkien en anglais et à lire ou à penser souvent aux acceptions anciennes des mots français qui lui correspondent, risque de fausser mon jugement en ce que l'on peut ou non se permettre en matière de traduction. Mais je n'arrive pas à me convaincre <small>(y est sans doute pour quelque chose le fait que cette négation <u>de toute pitié</u> chez Morgoth me paraisse quelque chose de très important : l'enjeu de cet affrontement n'est pas d'abord psychologique et stratégique, mais spirituel, ainsi que le montre, entre autre, le passage ci-dessous)</small>.

Je ne sais pas ce que vous en pensez ? ...

Le deuxième passage, donc, à quelques lignes de là :

[colonne][gauche=The Children of Húrin, p. 65]'This last then I will say to you, thrall Morgoth,' said Húrin, 'and it comes not from the lore of the Eldar, but is put into my heart in this hour. You are not the Lord of Men, and shall not be, though all Arda and Menel fall in your dominion. Beyond the Circles of the World you shall not pursue those who <b>refuse</b> you.'[/gauche][droite=Les Enfants de Húrin, p. 60]« Ceci encore je te dirai, esclave Morgoth, dit Húrin, et cela ne provient pas du savoir des Eldar, mais est né en mon cœur en cet instant même. Tu n'es pas le Seigneur des Hommes, et ne le seras point quand bien même tout Arda et tout Menel tomberaient en ton pouvoir. Au-delà des Cercles du Monde, tu ne poursuivras pas ceux qui te <b>renient</b>. »[/droite][/colonne]

<i>Renier</i> traduirait volontiers <i>renounce</i> ou <i>abjure</i>, à la rigueur <i>deny</i>. Ici <i>refuse</i> clairement n'a pas d'autre sens que <i>rejeter, refuser</i>. Et la nuance est importante : autant l'on <i>renie</i> (communément) une foi, des amis ... et Dieu — cf. Eru dans le Conte d'Adanel : [emphase]« Ye have <b>abjured</b> me »[/emphase] <font color='#808080'>(Home X, 347)</font> — autant l'on <i>rejette</i> un mal, un ennemi ... et Satan — cf. Melkor ici rejeté. L'on attend donc tout naturellement : [emphase]« tu ne poursuivras pas ceux qui te <b>rejettent</b> »[/emphase].

Certes, Húrin vient justement, dans ses paroles précédentes (p. 64, vf p. 60), de se faire l'écho exact du Conte d'Adanel, qui dit précisément que les Hommes ont pris Melkor pour Seigneur, et l'on pourrait prétendre en conséquence qu'ils sont donc à même de le renier. Ce serait (théologiquement) discutable car en dépit de la démarche des Hommes <small>(qui constitue pour le coup un <i>reniement</i> d'Eru)</small>, Melkor n'est jamais lui devenu ce Seigneur des Hommes : [emphase]« Ye have abjured me [normal][dit la Voix (d'Eru)][/normal] but ye remain mine »[/emphase] <font color='#808080'>(Home X, 347)</font>. Dans son assertion, Húrin, inflexible, refuse effectivement de considérer même le passé vécu avec Morgoth comme étant de l'ordre d'une alliance qui serait maintenant reniée : le Morgoth, pour lui, a toujours été et restera toujours l'objet soit d'une soumission soit d'un refus, d'un rejet, jamais celui d'une autre allégeance possible.

Jérôme

<small>PS : Au passage, l'on notera que le chapitre des <i>Paroles de Húrin et Morgoth</i>, est certes court mais combien important, lorsqu'il est mis en parallèle avec <i>le Conte d'Adanel</i>, lequel ne peut donc pas être considéré comme relevant d'une tradition isolée au sein du Conte d'Arda, ainsi qu'on a pu le penser parfois, de mémoire en tout cas :). Les deux textes répondent chacun l'un pour l'autre. Cela bien sûr n'en fait pas une réalité historique de la Terre du Milieu pour autant, mais confirme l'importance de ce mythe au sein du Légendaire, et sa place centrale chez les Amis-des-Elfes.</small>
Reply


Messages In This Thread

Forum Jump:


Users browsing this thread: 1 Guest(s)