18-07-2008, 14:10
<DIV class="citeAuteur"><B>Shudhakalyan</B> propose :<DIV class="citeTexte">"<font color="#008888">It's a dangerous business, Frodo, going out of your door</font>"<p>"<font color="#008888">E pericoloso, Frodo, uscire dalla porta</font>" (trad. Vicky Alliata ?)<p>"<font color="#008888">C'est une affaire dangereuse de passer ta porte, Frodon</font>" (trad. F. Ledoux)<p>"<font color="#008888">C'est un jeu dangereux, Frodon, de franchir le seuil de ta porte</font>" (trad. S. Marlair)</div></div><br>Le projet n'étant pas de reprendre ici toute la traduction de Ledoux phrase après phrase (ouf :-)), essayons juste de regarder le début du passage que tu as choisi - <SMALL>peu importe d'ailleurs celui-ci ou un autre mais ce morceau fait très bien l'affaire</SMALL>.<p>Décortiquons-le, en essayant de voir quels choix s'offraient au traducteur... <p>Boum! gadin! on bute dès le début :-)<p>Le "<font color="#008888">jeu dangereux</font>" ne convainc guère car le mot '<font color="#008888">jeu</font>' est trop connoté. il évoque un acte irréfléchi, aléatoire, alors que '<font color="#008888">business</font>' pourrait renvoyer à '<font color="#008888">besogne</font>', "<font color="#008888">tâche</font>' ou '<font color="#008888">engagement</font>' selon l'interprétation que chaque lecteur est susceptible de trouver à ce mot, voire '<font color="#008888">responsabilité</font>' puisque c'est une des significations du mot business en anglais. <p>On peut aussi le comprendre dans le sens anglais de '<font color="#008888">matter</font>' auquel cas, le choix de Ledoux du mot '<font color="#008888">affaire</font>' a l'avantage d'une certaine neutralité. <br>Une '<font color="#008888">chose dangereuse</font>' aurait été pareillement neutre mais plutôt laid.<p><SMALL>On observe que le traducteur italien élude le problème en ne traduisant que l'adjectif '<font color="#008888">dangerous/pericoloso</font>'. Il aurait pu dire '<font color="#008888">affare</font>' ou '<font color="#008888">preoccupazione</font>', toutes deux pouvant être '<font color="#008888">rischiosa</font>' (risquée)!?!?</SMALL><p>Personnellement, j'aurais peut-être penché pour '<font color="#008888">entreprise périlleuse</font>' (sûrement à cause du <i>Perilous Realm</i>) mais - bof - ce serait une licence hardie car '<font color="#008888">entreprise</font>' suppose un acte volontaire et réfléchi et c'est un peu emphatique. or, Frodo n'est pas tout à fait dans une disposition d'entrepreneur audacieux.<p>'<font color="#008888">Affaire</font>' reste donc un bon choix suivant l'adage de Cervantès, cité plus haut: "<i>ne rien mettre, ne rien omettre</i>" :-).<p>Traduire '<font color="#008888">dangerous</font>' par '<font color="#008888">dangereux</font>', c'est Farpait!<br>Ce n'est ni <i>risqué</i>, ni <i>aventureux</i> ou <i>téméraire</i>, en tout cas, c'est moins <i>grave</i> que <i>redoutable</i>, <i>néfaste</i>, <i>terrible</i> etc... etc... etc... <br>la palette est large.<p><br>Bizarrement, c'est "<font color="#008888">going out</font>" qui présente une petite subtilité que seul le traducteur italien résout avec '<font color="#008888">uscire</font>'.<br> <br>En effet, les verbes '<font color="#008888">passer</font>' et '<font color="#008888">franchir</font>' n'indiquent pas si on entre ou si on sort.<br>'<font color="#008888">Quitter</font>' serait plus (trop?) définitif, le voyage de Frodo étant quasiment sans espoir.<p>Ta proposition de '<font color="#008888">Franchir le seuil</font>' ne parait pas convenir :-(. <SMALL>décidément, pas de chance - désolé :-)</SMALL><br>On utilise ordinairement cette expression pour l'hôte qui pénètre dans un domicile, pas pour celui qui s'en va.<p>Est-ce un exemple parmi 100.000 autres des différences culturelles (ici, l'appréhension de l'espace privé?!) entre les continentaux et leurs bretons cousins? <p>Ces derniers 'sortent de leur porte' quand nous la prenons...! ce qui n'est pas plus fin :-)<br>Autre manière de dire que nous 'quittons notre foyer' - héritiers que nous sommes des peuples méditerranéens, attachés à l'antique symbole du feu domestique (dont l'équivalent dans une maison hobbite serait symbolisé par leur fameuse porte ronde).<br><SMALL>Pour mémoire: les angliches secouent la main que nous voulons leur serrer, roulent du mauvais côté de la route et boivent de la cervoise tiède, n'est-il pas? Et je ne parle même pas de leur alimentation...</SMALL><p><img src="http://vanhoutenn.free.fr/projet/image/etrangers/bretons/faupayelatax.jpg"> <SMALL><font color="#888888">... et toc pour le vénérable professeur d'Oxford aux papilles capricieuses!</font></SMALL><p><br>Bref '<font color="#008888">going out of your door</font>' peut signifier '<font color="#008888">partir/sortir de chez toi</font>' ou '<font color="#008888">quitter ton domicile</font>'.<p>L'option la plus neutre serait "<font color="#008888">C'est une affaire dangereuse, Frodo, de sortir de chez toi</font>".<br><SMALL>(et je me demande même si, dans ce cas là, il ne serait plus approprié de dire "<font color="#008888">C'est une affaire dangereuse, Frodo, de sortir de chez <b><u>s</u></b>oi</font>").<br></SMALL><br>Ceci dit, la solution la plus neutre n'est pas forcément la meilleure. D'un point de vue littéraire, elle est généralement plus faible.<p>Elle ménage la chèvre et le chou entre les deux extrêmes de la traduction :<br><SMALL>(je reprends ici, en les modifiant à peine, 2 extraits de la page consacrée au mot "traduction" sur Wikipédia)<p>- Selon l'école de pensée <b>cibliste</b>, il est nécessaire de privilégier <b>l'esprit</b> des propos même si c'est au détriment de la stylistique. Pour "faire passer son message", la traduction devra, au besoin, échanger les éléments culturels du texte original par des exemples équivalents, mais mieux connus des lecteurs de la culture d'arrivée. Le plus important est alors le sens du message que tente de véhiculer l'auteur. Le traducteur doit faire passer ce message de manière idiomatique et naturelle pour le lecteur en langue d'arrivée, tout en demeurant fidèle au langage, au registre et au ton employé par l'auteur du texte en langue de départ.<p>- Selon l'école de pensée <b>sourcière</b>, le traducteur a la responsabilité de traduire en demeurant entièrement fidèle à la <b>forme</b> du texte original. Le traducteur devra donc reproduire tous les éléments stylistiques de l'original, employer le même ton, laisser tous les éléments culturels intacts et même (à l'extrême) contraindre la langue d'arrivée à prendre la forme dictée par le texte de départ. Le traducteur sourcier s'occupera d'abord de ne pas trahir le véhicule employé par l'auteur, et ensuite tâchera de bien rendre le sens du message.</SMALL><p><br>Il me semble que Ledoux est tantôt dans une école, tantôt dans l'autre, et le plus souvent qu'il peut dans aucune des deux.<p>__________________<p><br>Pour revenir à la question de départ sur l'opportunité d'une nouvelle traduction du SdA, s'agit-il seulement de réviser la version de Ledoux? (corriger les coquilles, rajouter les paragraphes passés à la trappe, compléter les appendices, ... etc...)<p>Ou bien d'un projet plus ambitieux (probablement utopique) d'une traduction vraiment nouvelle et aussi attachante que l'œuvre originale...? J'ai tendance à ne pas y croire car de 'vieux' lecteurs comme nous - <SMALL>du haut de nos 30 et quelques années *kof, kof, kof*</SMALL> - sommes trop imprégnés des versions que nous connaissons déjà.<br>Il faudrait un très grand écrivain en français et en anglais pour réaliser ce prodige.<p>Silmo

