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À nouveau : la traduction du Seigneur des Anneaux par Francis Ledoux
#20
Suite à la réaction de Daniel Lauzon, à laquelle je n'ai cessé de répondre...<p>Merci infiniment pour cette réaction qui m'a fait forte impression.<p>Pour moi aussi, la traduction de F. Ledoux est "assez bonne pour figurer dans nos bibliothèques à côté de son original, et assez bonne pour être lue pour elle-même", à la différence que, de mon côté, je pourrais en dire autant, ou presque, de l'adaptation de PJ (mais je devrai m'expliquer un autre jour plus longuement sur cet autre sujet). Par contre, ma position, c'est donc que la traduction de F. Ledoux n'est pas encore assez bonne pour qu'il n'y en ait pas une nouvelle, pourquoi ? Pour le style, le ton, l'humour, etc. Pour qui ? Mais justement, bien entendu, pour ceux qui lisent en français. On ne sera jamais assez reconnaissant à Ledoux de nous avoir donné l'accès au Seigneur des Anneaux en français. Mais vivement que quelqu'un d'autre, s'appuyant sur le travail de Ledoux, nous donne accès au grand écrivain qu'est Tolkien, en nous faisant mieux vibrer encore à son histoire.<p>Puisque quelqu'un de moins de 30 ans, me dit que je lui rappelle sa jeunesse, alors que j'en ai 31, j'espère que l'on dira encore cela de moi à 70 ans... alors, il faudra voir encore, en fonction de ce que j'aurai pu faire d'ici là, s'il s'agit toujours d'un bel idéalisme...<p>Je suis bien sûr parfaitement d'accord avec les remarques sur l'adéquation entre le sujet et la langue, et sur la difficulté du travail de Ledoux et ses erreurs plus que compréhensibles (d'ailleurs, je ne les discute pas). Mais précisément, ce qui me frappe, en ayant lu l'oeuvre dans un tout autre contexte, c'est-à-dire, avec une expérience prononcée en littérature française et avec un gout prononcé pour le français, et en n'ayant jamais rien lu en anglais, c'est tout ce que j'ai découvert en lisant pour la première fois en anglais, avec Tolkien, et tout ce qui, de cette force, aurait pu être rendu également en français. Après cette lecture, j'ai commencé à avoir des soupçons sur mes lectures en français. On me disait que le style de Nietzsche était bondissant, véhément, violent, et il était ampoulé et rigide en français ; je percevais qu'un texte de Lawrence devait être aussi incandescent qu'un cri, mais il était maladroit et instable en français... mais je sais que le français peut être bondissant, véhément, incandescent... je l'ai vu dans l'écriture d'Artaud ou de Céline. Et je sais aussi qu'un bon nombre de traductions sont parfaitement réussies, dans la mesure, du moins, où je me trouve en présence d'un grand style, et non d'une écriture qui "sent la traduction". Et c'est pour cette raison que j'ai voulu parler de Hugo à propos Tolkien, même si la ressemblance est très lointaine. C'est parce que, moi, quand je veux traduire une phrase du Seigneur des Anneaux, le style de Hugo me montre ce que l'on peut faire. Quand j'ai voulu traduire un extrait du récit de Tuor, c'est l'idée du style biblique, en français, qui m'a permis de retraduire le texte, et le résultat était tout autre que le texte de Tina Jolas, dans lequel j'avais pourtant découvert et aimé l'histoire de Tuor.<p><p>Daniel Lauzon a dit :<br>Mais bien sûr, ce qu’il y a d’intéressant dans ton message, c’est que tu penses à autre chose : le style de la traduction. Ledoux n’était pas à la hauteur ; il n’écrit pas comme un écrivain, dis-tu. Pire, il n’aimait pas ce qu’il traduisait.<p><br>La première phrase m'a fait immensément plaisir : merci d'avoir compris mon propos. Par contre, je me suis dit que j'avais sans doute été effectivement trop loin en disant que Ledoux n'aimait pas Tolkien. Mais où avais-je dit ça, me suis-je dit ? Et il s'avère que je n'ai pas trouvé. Il me semble que ce que j'ai dit, c'est ceci :<p><br>Shudakalyan a dit :<br>Où l'on voit notamment que/qu' :<p>- effectivement, F. Ledoux n'a pas voulu continuer à traduire Tolkien ;<br>- je dis qu'il a été choisi par défaut, dans la mesure où l'on perçoit ici qu'il était, à l'époque, un traducteur de la littérature de jeunesse, et, en aucun cas (sinon ce serait souligné), un admirateur de l'oeuvre de Tolkien en anglais.<p><p><p>C'est ce que j'ai perçu à travers les propos de Bourgois, mais peut-être allais-je un peu loin. Où ai-je vu cela dans les propos du grand éditeur ? Bourgois dit, dans l'extrait que j'ai cité : "Francis Ledoux avait refusé de traduire la fin du roman, en disant que c’était d’une difficulté considérable et qu’il n’en voyait pas l’intérêt pour les lecteurs français – il est vrai qu’à l’époque on ne me le réclamait pas. Mais je me suis dit que ce n’était pas sérieux de ne pas publier l’intégralité du Seigneur des Anneaux."<br>Je trouve cela assez révélateur et surprenant. Ce n'est pas tant le problème de la difficulté de la traduction qui me retient, et ce n'est pas tant la question de "tout ce qu'on n'avait pas à l'époque". Mais c'est cette attitude de Ledoux qui ne voit pas l'intérêt pour les lecteurs français, de traduire une centaine de pages en annexe, alors que l'auteur a jugé bon de les écrire et de les publier. C'est une attitude tellement orientée, que c'est Bourgois, qui n'avait pas lu Tolkien, qui se dit que ce n'est tout de même pas sérieux...<p>Toujours est-il que si F. Ledoux n'était effectivement pas attaché au Seigneur des Anneaux, je trouverais cela révélateur, mais non déterminant. Ce qui me préoccupe, c'est autre chose ici, que j'ai mieux dit depuis. L'idée n'est pas "il n'écrit pas comme un écrivain, pire, il n'aimait pas ce qu'il traduisait", mais plutôt "il n'écrit pas comme un écrivain, pire, il n'a pas l'air de traduire un écrivain". C'est pourquoi, d'ailleurs, je ne remets pas en cause les compétences de traducteur de Francis Ledoux, et je ne vois pas à partir de quoi je me permettrais de le faire. Seulement, à chaque phrase, et non pas dans tel ou tel passage, mais à chaque phrase, je vois quelqu'un qui traduit une histoire en s'efforçant d'être fidèle au contenu, à l'information et à la convenance de la langue, mais je vois très peu et très rarement quelqu'un qui cherche à traduire un style.<p>Je peux encore avancer beaucoup d'exemples de cette affirmation, et de meilleurs sans doute que ce que je n'ai fait. En effet, j'ai voulu m'en tenir au début du Seigneur des Anneaux, pour montrer que cela pouvait être n'importe où dans le texte. Cela n'exclut pas qu'il y ait parfois des bonheurs stylistiques de la traduction de Francis Ledoux. Mais justement, ces bonheurs me paraissent exceptionnellement rares ou localisés, pour une traduction si sérieuse et d'une telle qualité. J'ai vraiment l'impression que Francis Ledoux ne se souciait pas du style de Tolkien et ne le prenait pas donc comme un grand styliste et un grand écrivain. Et ce n'est peut-être pas vrai, et je ne cherche pas à entrer dans l'esprit du traducteur. Mais la seule chose qui compte pour moi, c'est que c'est tout comme. Sa traduction est la plupart du temps exactement comme s'il ne se souciait pas du style de Tolkien, tout en respectant les phrases, les mots, et en s'efforçant de rendre au mieux le contenu accessible. Ce qui implique aussi, comme je l'ai déjà montré, et c'est là que le cas me parait particulièrement gênant, que, souvent, Francis Ledoux fait des choix de langue qui lui semblent plus "convenables en français", en éradiquant du même coup le travail stylistique de l'écrivain, faute de l'avoir pris en compte, pour y substituer quelque chose de beaucoup plus plat et de beaucoup plus ordinaire. On n'a pas une traduction de référence du Seigneur des Anneaux, on a une traduction standardisée du style unique de Tolkien. C'est tout autre chose.<p><p>Daniel Lauzon a dit :<br>Cet argument (le "non-attachement" à l’œuvre) étant difficilement prouvable, il reste les qualités d’écrivain de Francis Ledoux. Tu sembles avoir réfléchi à tout cela, alors, si tu en as envie, pourrais-tu nous donner plus d’arguments ? J’ai cru comprendre que le ton de la traduction te semblait plus professoral que l’original. Son style est peut-être trop soutenu. Mais celui de Tolkien n’est pas relâché pour autant. Je pense encore que le français y est pour quelque chose : notre langue est souvent moins simple que l’anglais, surtout en traduction, lorsque certaines phrases deviennent denses. Mais il est vrai que, lorsqu’il s’agit des Hobbits et de leur idiome particulier (surtout au début du premier livre, donc), Ledoux a plutôt gommé, et il n’était pas très adroit dans les dialogues. Ailleurs, c’est différent.<p>Notons au passage que l’humour, qui fait souvent appel au jeu de mots ou du moins à des tournures très idiomatiques, est souvent bien difficile à traduire, quel que soit l’auteur. Aussi, dans les dialogues, c’est encore plus difficile ; mais dans les passages narratifs, où l’humour est souvent plus subtil, je ne trouve pas que Ledoux passe à côté. J’aimerais des exemples, si tu en as : ce serait très instructif.<p><p>Merci pour cette question de fond à laquelle il me semble que j'ai déjà commencé à répondre. Je vais essayer de préciser encore un peu mon idée, puis j'attendrai tes réactions pour aller éventuellement plus loin et donner de nouveaux exemples.<p><br>La question du style est, bien sûr, une question difficile et je fais notamment (comme mille autres depuis mille ans) des recherches sur cette notion. Disons par exemple que le style, dans le cas de la littérature, pourrait désigner un travail spécifique sur la langue qui produit un effet particulier en termes d'émotions et de perceptions (d'affects et de percepts diraient Deleuze & Guattari), qui serait l'effet esthétique visé par l'oeuvre littéraire en tant qu'art.<p>Alors il me semble que le style, qui est fait bien sûr de mots, de tournures de phrase, de la syntaxe, etc., tient aussi beaucoup des formules de la langue et de leurs effets (propres à chaque langue), de la posture énonciative (la voix qui parle, le "ton"), et du rythme, le tout en interrelation bien sûr. Quant à l'humour, comme je le comprends, il fait partie du ton, au-delà des moments d'humour plus spécifiques, comme j'ai essayé de le montrer dans un précédent message.<p><br>Prenons une phrase que j'aime beaucoup, et que j'ai d'abord aimé grâce au film, soi-dit en passant, qui a le particularité de citer le texte presque autant que le ferait une adaptation théâtrale :<p>"It's a dangerous business, Frodo, going out of your door (...) You step into the Road, and if you don't keep your feet, there is no knowing where you might be swept off to."<p>Pourquoi cette phrase me fait-elle autant d'effet ? Parce qu'elle me fait percevoir, dans l'univers de Tolkien, le danger et l'inconnu qui guettent au détour du tournant le plus ordinaire, et la puissance du chemin, mais aussi des pieds humains qui, à l'aveugle, peuvent nous mener aux endroits les plus imprévisibles, dans les ramifications infinies de la route. Or ce qui est amusant, c'est que, je peux avoir l'air d'extrapoler en explicitant autant de choses à partir de cette phrase, mais je vais moins loin que la phrase de Tolkien, parce que moi j'explique, je commente, je bavarde. Lui, il le fait et il le fait vivre, parce que c'est Bilbon, qui disait toujours cette phrase à Frodon, au coin de Cul-de-Sac dans la Comté... et on y est. Il revient donc au pauvre traducteur de garder tout ce potentiel dans une si innocente phrase. Innocente, oui, mais puissante, comme le sont les phrases d'un grand écrivain.<p><br>De ce point de vue, peu m'importe que certains ne voient rien de spécial au style de Tolkien. Je n'en doute pas. Je sais bien que la comparaison Hugo/Tolkien paraitrait être blasphématoire partout ailleurs que sur un site de Tolkiendili. Et pas à l'avantage de Tolkien. Mais c'est bien pour cela qu'il me parait essentiel que le traducteur de Tolkien, et surtout, avant tout, le traducteur de The Lord of the Rings, se coupe en quatre pour traduire au mieux le grand style de Tolkien, comme on le fait, je suppose, en traduisant Shakespeare ou Goethe.<p><br>Comme je voulais partager cette phrase avec un ami italien qui ne parle que l'italien, j'ai fait des petites recherches sur le net pour en trouver (grâce au film, sans doute), la traduction officielle, qui donne :<p>" E pericoloso, Frodo, uscire dalla porta (...) Ti metti in strada e se non dirigi bene i piedi, non si sa dove puoi finire spazzato via."<p><br>Je ne connais pas beaucoup l'italien, mais j'ai l'impression, peut-être à tort, que cette traduction est excellente, parce que dès que je la lis, j'ai l'impression de l'entendre, par quelqu'un comme Bilbon. "E pericoloso" me parait parfait pour remplacer "It's a dangerous business", j'y vois la même posture de bon sens et d'avertissement amical, qui caractérise le parent plus âgé (posture énonciative). Je trouve toute la phrase merveilleusement fluide, et j'y retrouve ce mouvement qui est celui qui risque d'entrainer Frodon, et c'est ce qui est fondamental. Plus particulièrement, on trouve ces mots syncopés presque difficiles à mettre les uns après les autres "non si sa dove puoi finire", puis c'est l'élan vers l'inconnu qui nous aspire et qui termine magistralement la phrase sur une séquence vive et jetée en avant, "spazzato via". On a même là, j'ai l'impression, un bonheur de la traduction, puisqu'on retrouve un ton qui fait honneur à celui de l'extrait de Tolkien, mais qui s'est moulé dans le charme de la langue italienne... les ressources propres d'une autre langue. On voit que la "traduction" est plus une "réincarnation" qu'une "résurrection". On doit reconnaitre la fraternité (plus que la filiation) entre les textes, mais c'est un autre corps qui est tout le corps d'une autre langue.<p>Chez Francis Ledoux, on a :<p>"C'est une affaire dangereuse de passer ta porte, Frodon (...) Tu vas sur la route et, si tu ne retiens pas tes pieds, Dieu sait jusqu'où tu pourrais être emporté. "<p><br>A première vue, il n'y a pas de problème et l'on ne peut qu'admirer la fidélité de la phrase et son adaptabilité à d'autres expressions idiomatiques ("Dieu sait jusqu'où"). C'est un bon traducteur. Le problème, c'est que la phrase ne me fait plus du tout le même effet : plus le même ton, plus le même mouvement, plus les mêmes pieds aveugles entrainés, plus la même route ramifiée à l'infini. D'autres phrases m'ont frappé en français, mais pas celle-là, et tellement moins qu'en anglais. Pourtant, je crois, mais bien sûr ce sont des supputations, que la phrase italienne m'aurait touchée. Fidélité et adaptibilité de la traduction de Ledoux, oui. Puissance, non.<p>Qu'est-ce qui pose donc problème ?<p>- "C'est une affaire dangereuse"<p>À la limite, j'imagine bien un truand confié cette phrase à son comparse en élaborant un plan criminel, mais je n'y retrouve pas une formule stéréotypée, comme il y en a tant, qui, en français, aurait ce même effet du conseil de l'ainé, qui a toujours quelque chose de comique (un peu comme les principes du Vieux Gamegie).<br>Je propose, pour rendre "It's a dangerous business", la formule "C'est un jeu dangereux". Elle n'est pas encore parfaite, mais elle a plus de sel.<p><br>- "de passer ta porte"<br>En français, cette expression, pourtant fidèle au texte anglais, est tout à fait plate, il lui manque même quelque chose. Aucune chance de sentir le danger qu'il peut y avoir à "passer sa porte". On pense plutôt à "passer le pas de sa porte", qui là, donne l'avantage de la formule périphrastique en français, là où l'anglais joue sur ses ressources plus synthétiques avec ses verbes prépositionnels "going out your door". On peut même choisir, comme je voudrais conserver le mot "pas", "franchir le seuil de ta porte", qui accentue encore le danger, tout en ayant l'avantage de rester une phrase assez commune, assez simple, là où le français parait vite rigide et compliqué. Ainsi, ici, la force du style anglais est dans sa simplicité presque "proverbiale", son bon sens terrestre, pragmatique. La force du style italien est dans sa verve musicale. Et la force du français est dans la précision presque argumentative des effets sémantiques du lexique et des tournures choisis.<p>- "Tu vas sur la route"<br>Même remarque : aller sur la route est totalement plat, ne mobilise aucune expérience particulière et ne fait pas percevoir le danger et l'inconnu scellés dans l'expérience ordinaire. Pourtant, même si la traduction est correcte, l'expression de Tolkien est très choisie "You step into the Road" n'est pas "You walk on the road". On a la chance de pouvoir utiliser en français "faire un pas sur la route" qui, en écho avec "franchir le seuil", joue aussi le rôle d'intensificateur de l'expérience commune qui est décrite. Et ce, toujours avec l'avantage de rester suffisamment naturel, stéréotypé, et de ne pas être alambiqué.<p>- "si tu ne retiens pas tes pieds"<br>Curieuse formule qui introduit une sorte d'insolite dans la description qui brise un peu cet effet de "naturel" qui caractérise le bon sens du vieux Bilbon. Francis Ledoux a choisi de traduire "keep" par son sens de "garder, retenir", alors qu'il aurait dû plutôt exploiter le sens de "veiller, faire attention, surveiller" qui convient beaucoup mieux ici : quand tu marches, prends garde à surveiller où tu mets les pieds... après ton premier pas sur le chemin, nul ne sait jusqu'où tu iras...<p>- "Dieu sait jusqu'où tu pourrais être emporté."<br>La fin de la phrase ici convient très bien et on n'a peu d'autres choix. Par contre, "Dieu sait" serait génial si l'expression idiomatique apportait un bonus à l'effet général de la phrase en français. Le problème est que cet effet concerne l'inconnu, et met le simple quidam qui sort de chez lui, ou le petit Hobbit que son oncle met en garde, en contact direct avec la puissance aveugle du chemin, et aussi de ses jambes qui risquent de l'emporter au loin. Dès lors, "Dieu sait" ou "Dieu seul le sait", a plutôt ici un effet malheureux, parce que, sans entrer dans des considérations théologiques et dans la bizarrerie de voir Dieu surgir en pleine Terre du Milieu sans autre forme de procès, la phrase insiste plus alors sur la Providence, sur le Mystère et sur le fait que Lui, il sait, et sur une sorte aussi de fatalité, puisque quelqu'un maitrise tout cela. On n'est plus du tout dans le point de vue immédiat et physique du petit marcheur et de la route qui se prolonge à l'infini et dans l'inconnu. Je propose : "nul ne peut savoir jusqu'où tu vas être entrainé." Du même coup, je choisis de traduire "might be" en conservant à la fois l'auxiliaire modal et le sens du futur dans "tu vas être entrainé", puisque la formule reste de toute façon ouverte : rien n'indique pour autant qu'il va être entrainé loin, mais l'effet me parait plus fort et compense alors un peu la disparition de "swept off to", pour laquelle je ne trouve pas, dans cette phrase, de ressources françaises aussi satisfaisante que l'italien, "spazzato via". Donc je préfère, ne pouvant garder ce mouvement de balaiement provoqué comme par le vent du chemin ou par l'infini fleuve des routes, je préfère donc choisir le côté un peu inquiétant de "tu vas être entrainé", comme si les jambes du marcheur et la route tentaculaire formaient une pieuvre capable de l'entrainer dans les plus insondables profondeurs.<p>Ça donne donc :<p>"It's a dangerous business, Frodo, going out of your door (...) You step into the Road, and if you don't keep your feet, there is no knowing where you might be swept off to."<p>"E pericoloso, Frodo, uscire dalla porta (...) ti metti in strada e se non dirigi bene i piedi, non si sa dove puoi finire spazzato via." (trad. Vicky Alliata ?)<p>"C'est une affaire dangereuse de passer ta porte, Frodon (...) Tu vas sur la route et, si tu ne retiens pas tes pieds, Dieu sait jusqu'où tu pourrais être emporté. " (trad. F. Ledoux)<p>"C'est un jeu dangereux, Frodon, de franchir le seuil de ta porte (...) Tu fais un pas sur la Route, et si tu ne surveilles pas tes pieds, nul ne peut savoir jusqu'où tu vas être entrainé. " (trad. S. Marlair)<p><p><br>Pffiouuu. Bon. On voit pourquoi je ne vais pas donner cinquante mille exemples, sinon autant écrire un livre. Je vais m'arrêter là pour l'instant dans ma réponse à Daniel, bien que je voudrais également répondre au reste.<p>Tout particulièrement, je remercie déjà Silmo dont je viens seulement de voir le très instructif message et... ah vivement que je puisse lire les anciens fuseaux !<p>s.
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