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À nouveau : la traduction du Seigneur des Anneaux par Francis Ledoux
#1
Bonjour à tous. <p><br><SMALL><p>J'essaie de m'automodérer... : <p>1° Jusqu'à maintenant, j'ai surtout discuté du colloque Tolkien de Rambures (juin 2008), suite auquel j'ai enfin trouvé un échelon qui m'a permis d'entrer de plain-pied (ou presque) dans les forums de jrrvf. <p>2° En effet, je n'osais pas me lancer auparavant, parce que quand on entre sur un forum de fans comptant un bon nombre de spécialistes et qu'on a environ 8 ans de retard sur eux, on hésite, et on veut avoir lu toutes les discussions avant de se lancer (tiens, d'ailleurs, y a-t-il une FAQ ?) Or bien sûr, on est venu sur un forum pour participer, donc on est dans une impasse. <p>3° Du coup, je me suis retrouvé, dans le colloque Rambures, à discuter de vieux sujets maintes fois rebattus tels que l'adaptation cinématographique et les traductions. C'est amusant, parce que j'apporte du sang neuf (à défaut peut-être d'idées neuves), et l'on me dit que je suis le "bienvenu", mais en même temps, tous les débats ont été faits... donc il faut trouver un moyen. <p>4° Donc : sur l'adaptation cinématographique, je temporise, parce que comme le disait Isengar, c'est le lieu des "vociférations", mais sur la traduction, je continue, puisque la discussion a (re)commencé sur le fuseau de Rambures (http://www.jrrvf.com/forum/noncgi/Forum3...00261.html) mais je m'automodére en ouvrant un sujet ici sur la traduction...<p>5° Je sais donc que beaucoup de magnifiques débats consacrés à ce problème ont eu lieu sur le forum, mais, comme je n'ai rien vu, dans les fuseaux de ces deux dernières années, sur le sujet général de la traduction du Seigneur des Anneaux par Ledoux dans la catégorie "traduction", je me permets de relancer le sujet, avec toute mon ignorance. "Place aux jeunes, en quelque sorte" ;-) Parce que si je dois tout lire et tout fouiller, je ne serai jamais un forumeur. Ceci dit, n'hésitez pas à me renvoyer aux lectures prioritaires.<p>6° Promis, j'en viens au fait ci-dessous. </SMALL><p><br>Donc j'ai dit sur le fuseau de Rambures : <p><DIV class="citeAuteur"><B>Shudhakalyan</B> a dit :<DIV class="citeTexte">Comme l'a montré l'entretien que Vincent a fait avec Christian Bourgois, Francis Ledoux a été choisi un peu "par défaut" et, par la suite, ne voulait plus traduire Tolkien... Et je ne dis rien du fait (puisque j'ai dépassé mon quota de "hors-sujet") qu'il n'a pas l'air d'avoir compris à quel point Tolkien était un écrivain, doté d'un grand style, et pas seulement un narrateur.</div></div><p>& j'ai eu cette réponse en retour : <p><DIV class="citeAuteur"><B>Zelphalya</B> a dit :<DIV class="citeTexte">Hmm, je suis pas tout à fait d'accord sur le choix de Ledoux : il a été choisi parce qu'il avait déjà travaillé sur Bilbo. Et je ne suis plus non plus certaine qu'il ne voulait plus traduire Tolkien, de toute façon il n'aurait pas pu, vu qu'il est mort avant le Silmarillion si je me souviens bien. Par contre en effet, Pierre Alien, Tina Jolas et Adam Tolkien n'ont pas voulu continuer. Personnellement je préfère me fier à l'avis des gens qui travaille dessus : la traduction de Ledoux est en cours de correction depuis quelques années, elle est en stand by pour privilégier les textes inédits, il s'agit bien de correction et non de retraduction.</div></div><p><br>Réponse, donc, à Zelphalya, que je remercie pour sa réaction qui m'a encouragé à poursuivre ici...<p><p><font color=green>1. Le choix de Francis Ledoux </font><p>Voici d'abord les extraits de l'entretien que Vincent Ferré a eu avec le regretté Christian Bourgois et auxquels je faisais référence (l'entretien étant téléchargeable sur ce site : http://www.modernitesmedievales.org/arti...ticles.htm ) : <p>(Propos de Christian Bourgois :) <p>"J’ai alors recherché l’adresse de Francis Ledoux, que je ne connaissais pas mais dont je savais qu’il avait traduit ce Hobbit que je n’avais pas lu, et qui était à cette époque cantonné à la littérature pour enfants. J’ai fait la connaissance de Francis Ledoux et je lui ai confié la traduction du tome 1 du Seigneur des Anneaux. <br>J’ai donc publié Tolkien sans l’avoir lu : c’est le cas d’un très grand nombre de titres que je publie, car il s’agit pour la plupart de traductions. Je retiens des auteurs sur les conseils d’amis, de traducteurs, de lecteurs,<br>(...) <br>Et comme Le Seigneur des Anneaux avait de plus en plus de succès, sans que j’en vende des quantités très importantes, je me suis dit qu’il fallait publier Le Silmarillion, paru en anglais en 1977. Toutefois Ledoux ne voulait plus traduire Tolkien ; puis il est mort : j’ai fait appel à un très bon traducteur, Pierre Alien, qui a beaucoup <br>traduit pour moi et pour Grasset, pour Albin Michel, pour Plon, etc. Il a traduit très consciencieusement Le Silmarillion, mais ce n’était pas son univers. Il a détesté Tolkien, en fait. Puis j’ai publié le quatrième tome du Seigneur des Anneaux, les Appendices. Francis Ledoux avait refusé de traduire la fin du roman, en disant que c’était d’une difficulté considérable et qu’il n’en voyait pas l’intérêt pour les lecteurs français – il est vrai qu’à l’époque on ne me le réclamait pas. Mais je me suis dit que ce n’était pas sérieux de ne pas publier l’intégralité du Seigneur des Anneaux. "<p>Où l'on voit notamment que/qu' : <p>- effectivement, F. Ledoux n'a pas voulu continuer à traduire Tolkien ;<br>- je dis qu'il a été choisi par défaut, dans la mesure où l'on perçoit ici qu'il était, à l'époque, un traducteur de la littérature de jeunesse, et, en aucun cas (sinon ce serait souligné), un admirateur de l'oeuvre de Tolkien en anglais. <p><br><font color=green>2. Correction & (re)traduction </font><p>Quant à la question de la "correction" ou "retraduction", j'ai vu qu'il y avait là de grands débats que je ne connais encore nullement (et j'en avais déjà parlé un peu avec Vincent Ferré quand je l'ai rencontré en 2006 à Arras). J'ai vu aussi qu'il y avait un excellent post d'Edouard Kloczco "Pourquoi ne pas (re)traduire The Lord of the Rings" que je n'ai pas encore lu. Mais je peux et veux en dire une chose à partir de ma petite expérience personnelle de lecture du Seigneur des Anneaux. <p>Quand j'ai lu d'abord le livre, en français, vers 2001, après le premier film de PJ, j'ai aimé l'univers mais pas l'écriture. Expérience étrange pour moi : je me disais, curieusement, que Tolkien était un grand créateur, mais pas un grand écrivain. J'avais la sensation de lire un roman néopseudobalzacien. Quand j'ai découvert Tolkien en anglais, ça a été la révélation ! Les points suivants, notamment, m'ont complètement marqué : <p>1° Tolkien a beaucoup, beaucoup d'humour ! <br>2° L'histoire n'est pas racontée par un narrateur qui a le ton d'un prof, mais plutôt par le vieil homme au coin du feu... Bilbon ou Gandalf...<br>3° Tolkien est un grand écrivain qui a un grand style. <br>4° Le style de narration de Tolkien est plus proche d'Hugo que de Balzac : sens de la symétrie et de l'harmonie, humour, délice de l'histoire, simplicité apparente et subtilité profonde et permanente, très grande souplesse et très grande précision du récit et de l'écriture, etc.<p>Ces quatre points ne me paraissent pas vraiment importants... ils me paraissent essentiels et incontournables ! Or, même si l'on ne peut pas réussir la traduction d'une grande oeuvre à 100% (c'est-à-dire sans rien perdre/réduire de sa force originale, ou du moins de sa force potentielle, même en faisant le calcul des pertes et des gains, puisqu'il arrive aussi qu'il y ait certains bonheurs de la traduction qui n'existent pas dans l'original), il y a une différence entre la réussir à 40 et à 70 %. Bien sûr, ces chiffres sont des images ! Ce n'est pas chiffrable. Mais ça rend bien mon impression. <p>Or, selon moi, dans la traduction de Ledoux, les traits que j'ai découverts en anglais sont absents ou presque. Et il faut bien voir, car c'est fondamental, que cela n'a rien à voir avec des "erreurs". C'est beaucoup plus important que des erreurs ! C'est toute la question d'une manière de raconter dans laquelle Tolkien excelle, dans laquelle son génie se manifeste pleinement. Et ça, ça ne peut pas être "corrigé". On ne peut changer l'humour, le ton, le style et toute la manière de raconter l'histoire, par des corrections. Il faut réécrire l'ouvrage en français. Pas par quelqu'un qui connait mieux l'anglais que Francis Ledoux, même s'il faut s'entourer de collaborateurs qui sont spécialisés dans ces problèmes de traduction pour une oeuvre comme le Seigneur des Anneaux, mais par quelqu'un qui sait que, pour traduire une grande oeuvre littéraire, il faut travailler non seulement comme traducteur, mais aussi, même modestement, comme écrivain. Ce qui n'est vraisemblablement pas le cas de Ledoux. <p><p><font color=green>3. Lire en français ou en anglais </font><p><DIV class="citeAuteur"><B>Swing Kid</B> a dit :<DIV class="citeTexte">Zelphalya a dit:<br>"Pour la traduction, il faut penser aussi que pour beaucoup de non-anglophones le choix entre VO et VF n'est pas possible ..."<p>Shudhakalyan a dit:<br>""Pas possible" me paraît un peu fort ..."<p>Swing Kid répond :<br>Je maintiens l'affirmation de Zelphalya en la précisant : Lorsque comme moi on n'a aucun goût pour l'apprentissage des langues étrangères, qu'on y est même rétif, allergique, et que sais-je encore; on est bien content qu'existe une version en VF, et tout ce qui est en VO non traduit reste du domaine de l'inaccessible.</div></div><p>Je pense que la remarque de Swing Kid ne fait que confirmer la nuance que j'ai proposée : les propriétés allergènes des langues étrangères n'ayant pas encore été médicalement prouvées, malgré le nombre immense de cas pathologiques que l'on trouve en France (ou en Belgique wallonne, d'où je viens) et dont j'ai fait longtemps partie, je propose de faire la différence entre ce que l'on ne peut pas et ce que l'on ne veut pas faire. Car en effet, lire Tolkien en anglais n'a rien d'impossible. Par contre, celui qui est convaincu que ça lui est inaccessible parce qu'il ne veut pas le faire, ne le fera pas, c'est évident. Mais je ne pense pas que l'on puisse aimer profondément Tolkien, surtout Tolkien !, et soutenir de telles allergies mentales...<p><br>Pour ma part, j'ai toujours été nul en langues, surtout à l'école et à cause de l'école. Puis j'ai découvert le film de PJ, en français. Puis des amis m'ont dit : c'est nul les VF, on voit que ce n'est pas l'acteur qui parle, il faut le voir en VO. J'ai résisté à cet avis. Pourtant, je regarde des films chinois en VO, mais Le Seigneur des Anneaux, je voulais qu'il me soit directement accessible. Comme je suis fan, j'ai eu les dvd. Donc, une fois, pour voir, juste pour voir, parce que je suis un garçon ouvert, j'ai essayé de le regarder en anglais sous-titré. Sans conviction. Puis j'ai réessayé une ou deux fois. Puis je suis devenu accro', parce que même si j'aimais la doublure, je ne pouvais plus accepter, une fois que je connaissais le corps entier des acteurs (avec leur voix !), de passer à la voix d'un autre. J'ai tellement accroché que je suis devenu capable de dire, de mémoire, presque tous les dialogues du premier film en VO. <p>Pour le livre, ce qui est plus important, j'en ai déjà parlé ci-dessus. Mais surtout : la première fois, à cause de la découverte du film en anglais, j'ai juste voulu voir quelques lignes de Tolkien en anglais. Je ne suis même pas sûr que c'était The Lord of the Rings. C'était peut-être Bilbon le Hobbit. C'était vers 2003. Je ne savais absolument pas lire en anglais. Je mettais une heure pour une page. Avec le dictionnaire, et la traduction française à côté. Pénible. Mais même sur une page... la différence était tellement grande que je suis tombé de ma chaise ! Je découvrais la voix de Tolkien, la voix singulière, inimitable, tendre, sûre, subtile, précise, de John Ronald Reuel Tolkien, et surtout, par cette voix, je découvrais, avec une nouvelle intensité Gandalf et Bilbon (la scène du "Good morning" !...) Là aussi, je suis devenu "accro'". Il m'a fallu du temps, mais maintenant, quelques années plus tard, je ne lis plus les livres anglais qu'en anglais, quels qu'ils soient, et sans dictionnaire. J'étais allergique. Je suis devenu motivé. <p><SMALL><br>Et si vous me permettez, personnellement, j'ai eu l'impression, après avoir quitté l'allergie pour les langues que j'avais attrapé à l'école (Leçon One... Exercise A... etc.), d'avoir été défloré, d'avoir perdu la fermeture de ma virginité, c'est-à-dire d'être devenu conscient de ce que cela voulait dire... une traduction ! Et du monde qui y était caché. Et mieux : du nombre de mauvaises traductions que j'avais entre les mains. De sorte que si je n'ai pas aimé un auteur aujourd'hui, même dans une langue que je ne connais pas et que je ne vais pas nécessairement apprendre, je me demande d'abord s'il a été bien traduit (exemple : tel ou tel roman de Kafka ; je ne connais pas l'allemand, mais son Journal est d'une écriture française fabuleuse, et ces romans inachevés paraissent ordinaires... Bizarre, non ?) Et, souvent, il suffit déjà de ma connaissance du français pour savoir s'il a été bien traduit ou pas, du moins si je peux m'appuyer sur le fait que l'auteur est un grand écrivain. J'ai aussi pris le principe suivant : si un jour un auteur est suffisamment important pour moi, si je pense qu'il change mon existence, alors je dois pouvoir lire le texte original, même si je ne sais le lire qu'avec un dictionnaire et une traduction à côté de moi (comme Tolkien, plus ou moins, pour le Kalavala en finnois). Et, précisément, je me suis dit, après en avoir lu des extraits en français qui ne pouvaient pas être écrits par un grand écrivain, que si j'étais passionné par Dostoïevski, et bien tant pis, je me mettrais au russe (même si ça doit être plus difficile pour moi que l'anglais ou l'italien) !<br></SMALL><p>Pour cette raison, la traduction me semble être un travail mystérieux à la fois extrêmement ambitieux et extrêmement modeste, que pourrait partiellement rendre l'image médiévale des "nains sur les épaules de géant". Traduire Tolkien, c'est vouloir être un nain sur l'épaule du géant, un nain qui pousse le texte un peu plus loin dans la diffusion, en le rendant plus accessible aux autres. Mais pour moi, Francis Ledoux n'est même pas sur les genoux du géant, et c'est bien là le problème. Or ceux qui voient le nain, ne devraient jamais oublier le géant derrière. Et s'ils sont suffisamment intéressés, ils devraient, un jour, se botter le cul pour aller rencontrer l'auteur et son oeuvre avec leur vraie voix. Ainsi, un vrai traducteur, selon moi, parvient à faire passer l'essentiel de la voix, du ton et du style de l'oeuvre, et donne à la fois envie d'aller au-delà de la traduction, rechercher la voix originale, celle qui n'a pas cessé de l'inspirer. Or de ce point de vue, je ne comprends pas que l'on puisse traduire une grande oeuvre littéraire, sans aimer l'oeuvre que l'on traduit, et sans travailler comme le ferait un écrivain, fût-on simplement un nain sur l'épaule d'un géant... <p>(mais on sait que chez Tolkien, un Nain, ce n'est pas rien !) <p><br>Séb. <p>
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